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Aoi... Eclaire-nous de ta lumière.
##   Mar 10 Juin 2014 - 13:22

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Je fermai les yeux un instant, inspirant doucement. Sentir la présence de Ryu à mes côtés me calmait. J'avais passé de longues heures à l'hôpital, après ce fameux combat contre la jeune Aoi. Mes blessures avaient été assez rapides à guérir, probablement à cause du fait qu'en tant qu'originelle, la magie faisait pleinement partie de moi, et un coup de pouce de la part d'un guérisseur ne pouvait que m'aider à guérir plus vite. L'autre partie de mon temps, je l'avais passé avec Ryu, qui mettait un peu plus de temps à se guérir de ces brûlures que je lui avais infligées. Et encore... Aoi avait été là. Elle l'avait protégé. Elle avait même tout donné pour lui... Et tu osais affirmer que tu n'étais pas prête pour devenir Master ? Tu m'en avais montré tout le contraire, ce jour-là.
Chaque minute que je passais en dehors de la chambre de Ryu, je la passais à côté de la porte de la chambre d'Aoi. Elle avait eu bien du courage pour me demander à moi de l'affronter. Et pourtant elle l'avait fait. Et elle avait réussi. Ce que je pouvais être fière de cette génération... Cette génération qui promettait de devenir légendaire.
Deux semaines étaient passées depuis le combat d'Aoi. Tout le monde avait quitté l'hôpital, et j'étais maintenant là, plantée au centre de la salle des Masters, avec le regard de tous sur moi, et Ryu à mes côtés. Qu'est-ce que je me retenais de lui tenir la main...
Je rouvris finalement les yeux, et ramenai ma main contre ma poitrine. Dans le creux de celle-ci, j'avais gardé la pièce qu'avait utilisé Aoi lorsqu'elle m'avait appelé. Me servant de l'Appel, du Murmure, je laissai s'envoler ma voix, se glissant dans La pièce, résonnant seulement à l'intérieur la tête de la jolie Aoi, l'informant qu'il était temps pour elle de nous rejoindre.
Tu allais enfin, et définitivement, passer le cap ce soir, Aoi. Sois fière d'être arrivée jusqu'ici.


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##   Lun 30 Juin 2014 - 15:53

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Allongée dans mon lit, je me tourne et me retourne longuement, sans parvenir à trouver le sommeil. Trop de pensées se bousculent dans ma tête, c'est horrible. Je sais que c'est pour bientôt, et j'appréhende un peu plus chaque nuit de passer à la journée suivante. L'angoisse atteint son comble lorsque j'entends Sa voix résonner dans mon esprit, et mon souffle se fait plus vif. Nerveux. Vous croyez que c'est encore le moment de fuir ? Je ne veux pas y aller. Je ne le mérite pas, pas après tout ça. C'est affreux.
Je ne veux pas passer Master.
Malgré tout, je me lève et m'habille rapidement pour être présentable. Je me recoiffe en cours de route, essayant de ne pas mettre trop de temps pour y aller. Mais ces maudits couloirs me semblent interminables.
Je toque doucement à la porte et entre dans la Salle des Masters, déglutissant à la vue de toutes ces personnes encapuchonnées. Au centre, Hideko, qui me fixe de ce regard devenu maternel à mon arrivée dans la salle.

– Bonsoir... ? je les salue comme je peux.

Me retenant de prendre mes jambes à mon cou, j'avance lentement, les yeux fixés sur un point au dessus de l'épaule de la Directrice.

– C'est le moment, hein, c'est ça ? je souffle avec un sourire faible, embarrassé et terrorisé à la fois.

Lentement, je prends une inspiration. Profonde et longue, juste assez pour me remettre l'esprit au clair, au calme. Tente de reprendre un visage plus soutenu. Moins expressif. Mais c'est comme demander à une gargouille de ne pas grimacer, hein, une fois que l'expression est taillée, elle ne bouge plus. Prenant mon courage à deux mains, je croise le regard bleu lagon de la femme et l'interroge :

– Je... Je dois faire quelque chose ?



Je vole en #F54759
##   Mar 1 Juil 2014 - 12:30

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L'énergie hasardeuse d'Aoi commença à se déplacer dès que l'Appel fut lancé. Elle ne tarda pas à arriver en salle des Masters, et je souris en sentant cette nouvelle puissance en elle qui ne demandait qu'à être délivrée, libérée de ce sceau qui la bridait de toute part. Elle toqua à la porte, d'une main légère, puis entra. Son regard fit le tour de la salle avant de se poser sur moi. Je ne pus m'empêcher d'afficher un sourire doux face à l'hésitation qui se lisait sur son visage. Timidement, elle nous salua, puis d'une voix maladroite, elle s'enquit de la raison de sa présence ici, qu'elle avait deviné. En même temps, quelle autre raison aurait pu justifier sa convocation en salle des masters ?
Elle parvint enfin à croiser mon regard et j'affichai un sourire chaleureux, hochant la tête suite à sa question.

-Oui... Et non.


Je repris le silence, quelques secondes seulement. Puis, dans une expression sereine, je dis :

-Quand tu es arrivée ici, nous t'avons promis de t'aider à combler ce Vide qui est né en toi il y a plusieurs années maintenant. C'est par cette toute dernière étape que finalement, toi et toi seule pourra y parvenir.


Je lui tendis une fiole dont le contenu brillait de mille éclats.

-Dans cette fiole se trouve le liquide qui te permettra de franchir la dernière étape afin de devenir Master. C'est un passage unique, et personnel. Tu vas tomber dans un sommeil profond où tu seras confrontée à toi-même, ton passé, tes souvenirs, tes pouvoirs. Ce qui se passera dans ce rêve déterminera ta nouvelle identité en tant que Master.


Je lui adressai un sourire tendre. Je n'avais aucune idée du rêve qu'elle allait bien pouvoir faire, comme c'était le cas pour tous les élèves. C'était une expérience totalement personnelle. Mais comme à chaque fois, je ne pouvais qu'être impatiente à l'idée d'accueillir un nouveau Master, voir cette famille s'agrandir. J'avais pu voir à travers le temps, mais aussi à travers notre combat, qu'Aoi était une fille bien plus courageuse qu'elle n'osait l'affirmer. Elle était forte, autant mentalement que physiquement. Son apparence fragile n'était qu'une façade qui cachait bien des choses. Je n'avais qu'une hâte : découvrir sa greffe ; découvrir ce qui allait faire d'elle une personne unique et singulière. Découvrir enfin par quel moyen elle allait atteindre le stade de Déesse.
Refermant ma main autour de la fiole, je pris un air plus sérieux.

-Je n'ai qu'une chose à vérifier avant de te laisser franchir la dernière étape. Souhaites-tu retourner à une vie normale, ou bien souhaites-tu prendre tes responsabilités, chérir et protéger cet institut de toutes tes forces ?


Un ange passa. Je me permis d'ajouter, avant que tout s'enchaîne si rapidement :

-Si tu as des questions, c'est le moment, Aoi.


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##   Mar 1 Juil 2014 - 13:56

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Une grande inspiration, à nouveau. Les paroles de la Directrice s'ancrent en moi, résonnent longuement. C'est vrai ; ça fait trois ans que je suis ici maintenant. Trois ans, et... j'allais passer Master. J'allais oublier ce Vide en moi... L'oublier ? Est-ce que j'avais vraiment envie d'oublier Keiji ? Est-ce que j'avais vraiment envie d'oublier la raison de ma présence ici ? Ce qui fait de moi ce que je suis... Mais après tout, elle a dit "combler" ; elle n'a pas dit que j'allais tout oublier. Mais est-ce que j'ai envie d'être indifférente à tout ça ? Est-ce que j'en ai le droit ? Je ne sais sincèrement pas.
Je déglutis un peu lorsqu'elle m'explique le principe de la Masterisation. Ça m'a l'air... Beaucoup plus ardu que prévu. Je la fixe longuement, écoutant la fin de ses explications.
Je souffle doucement. Bon, quand faut y aller, faut y aller. Ma décision est déjà prise. Reste encore à voir si je le mérite... Et si j'y parviendrais.

– Je chéris déjà cet institut... Mais si je pouvais le protéger, je suppose que je me sentirais plus utile ? je lâche dans le silence de la salle, tripotant mes doigts, osant un sourire timide.

Mon sourire fane bientôt. Je me mordille la lèvre, essayant de voir comment l'interroger. Sur mes doutes, mes peurs...

– En revanche j'ai une question. Vous parlez d'une nouvelle identité de Master, mais... Ça veut dire que je changerai ? Que je ne serai plus "moi" ?

Doucement, je me mordille la lèvre. J'ai tellement peur d'avancer, de voir ce que j'ai au fond de moi. Je ne pense pas être prête pour ça, mais...

– J'aimerais tenter de le voir. De voir si je suis capable de devenir réellement comme vous, mais... Et si ça ne fonctionnais pas ? Qu'est-ce qu'il se passera ?

Au fond, je resterai toujours cette éternelle froussarde. J'aimerais tellement pouvoir aller de l'avant... Mais c'est dur de mettre tout ça de côté. Je douterai toujours.



Je vole en #F54759


Dernière édition par Aoi Amazaki le Mar 1 Juil 2014 - 15:55, édité 1 fois
##   Mar 1 Juil 2014 - 14:44

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J'écoutai les doutes et les peurs d'Aoi avec attention. C'était compréhensible. Cette étape était sans doute, pour l'instant en tout cas, l'étape la plus importante de sa vie.
Je n'avais, moi, jamais eu ce choix à prendre. Ca m'était tombé dessus et ça m'avait littéralement changé. J'avais passé de longs mois à refuser tout ça, puis j'avais finalement décidé d'avancer, avec l'aide de Ryu. J'avais décidé d'apprendre à me connaître, à découvrir cette nouvelle-moi qui était née avec ces pouvoirs, avec cette assurance finalement renforcée après une longue période de doute. Mais alors, est-ce que j'avais réellement changé ? Etais-je devenue si différente ? Est-ce que je n'étais plus... "moi" ?
C'était ce que j'avais cru au départ. Et c'est Ryu qui m'a fait comprendre que non. J'étais la même. En... Mieux.
Le passage au rang de Master nous permettait d'atteindre une forme de perfection. Oh, attention, je ne dis pas que nous étions parfait. J'étais au courant de mon caractère de cochon. J'avais aussi tendance à m'irriter facilement, même si j'avais appris à contrôler ça. Mais être Master, c'est être soi-même, en mieux. Aller au bout de ce qui fait de nous ce que nous sommes.
C'est quelque chose de très compliqué à expliquer, et je ne suis d'ailleurs pas sûre d'être en mesure de le faire. S'acharner à répéter que nous sommes nous-même en mieux n'est pas une explication. En revanche, ce dont je suis sûre, et ce qui est pour moi significatif de la masterisation, c'est que ce passage nous permet de nous comprendre. D'une certaine façon, ce rêve, où se confrontent notre inconscient et notre conscient, nous permet de nous cerner tel que nous sommes vraiment. On finit par ne plus douter de nous, parce que nous connaissons nos limites, nous connaissons nos atouts autant que nos défauts.
Aussi, je finis par secouer négativement la tête à l'intention d'Aoi.

-Tu resteras la même. Mais tu découvriras vraiment qui tu es. Tu sauras la personne que tu es réellement. Tu ne pourras plus te demander si tu es capable de faire telle ou telle chose. La réponse sera évidente.


Un sourire naquit doucement sur mes lèvres, presque timidement. Si ça ne marchait pas, hein ? J'avais entendu parler d'une histoire, dans l'Ancienne Terrae. Une élève dont le passage au rang de Master ne s'était pas correctement passé. Elle avait viré à la folie. Elle avait fusionné avec son instinct, retournant quasiment à l'état sauvage. Après quelques études sur le sujet, j'avais découvert que cette femme s'appelait Mist. Ou Kasumi, avant qu'elle ne change d'identité. Elle était parvenue à surmonter cela. Tout était rentré dans l'ordre. Elle avait même fondé une famille... Et sa fille demeurait ici, à Terrae. La toute première Master depuis une éternité selon moi. La meilleure amie d'Aoi, si je ne me trompais pas...
Mon sourire devint plus sûr et plus sincère. Je repris la parole.

-Tout se passera très bien. Pourquoi ça ne fonctionnerait pas, après tout ? Nous sommes là pour toi, nous sommes là pour t'épauler. Si le rêve ne dépend que de toi, nous sommes là à ton réveil. Tu n'as pas à douter de toi, parce que tout ce que tu as accompli jusqu'ici prouve que tu es prête à passer Master.

Mon sourire s'élargit délicatement, et une once de chaleur se répandit en moi tandis que je lui tendais la fiole à nouveau.

-Alors... Est-ce que tu te sens prête, Aoi-chan ?

Pendant un bref instant, je me remémorai mon passé, celui qui précédait Terrae, et toute cette histoire d'Ellipse. J'entraperçus la fille que j'avais été, au collège, au lycée, durant l'adolescence en général. Et je ne pus m'empêcher de préférer la femme que j'étais devenue à présent. Ces pouvoirs n'avaient jamais été une malédiction, quoi que j'aie pu en penser un jour. Ils m'ont permis d'avancer, de devenir ce que je suis aujourd'hui. Ils ne sont pas qu'un gadget... Ils ne sont pas qu'une partie de moi. Ils sont Moi.
Je crois que c'est ça, devenir Master. Ne faire plus qu'un avec ses pouvoirs. Être uni. A jamais.


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##   Mer 2 Juil 2014 - 14:29

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Les paroles de la Directrice me tirent une moue légère. La réponse sera évidente... Pourquoi tout paraît évident pour les Masters, hein ? Pourquoi est-ce qu'ils ne doutent pas ? Pourquoi moi, je ne douterais plus si je le deviens ? Peut-être que je ne le serai même pas au final. Peut-être que je n'y arriverai pas. Être à nouveau confrontée à mes cauchemars, au risque de changer... Quel est le prix pour atteindre la sérénité, au juste ? Perdre tout ce que l'on est ? Hideko m'affirme le contraire. Que c'est plutôt... une découverte. Savoir enfin qui je suis ? Ça m'effraie, mais peut-être que c'est ça qui me manque pour avancer. Comprendre ce qu'il se passe dans ma tête, ce qui me bloque, ce qui m'effraie le plus. J'ai l'impression que la mort de Keiji ne m'a pas seulement attristée au point de manquer de me rendre folle, mais m'a aussi ramenée... à mon impuissance totale, et ma culpabilité. Comme celle que j'ai ressentie durant mon combat contre Hideko...
Je souffle longuement et hoche lentement la tête, toujours pas très rassurée.

– Si vous dites que je le suis, c'est que je dois l'être…

Je tressaille un peu en attrapant la fiole.

– Non... Non, je suis prête, je murmure en l'observant longuement, n'arrivant pourtant pas à me décider à en boire le contenu.

Je prends une longue inspiration, encore une fois. J'ai l'impression que je vais finir par m'hyperventiler, et que je vais m'évanouir. Mais non, non. Maintenant, tant pis, il faut que j'y aille. Et si ça ne va pas... Si ça ne va pas, Ils seront là.
Je débouche la fiole et la porte à mes lèvres en tremblant. Bien vite, je me sens m'engourdir, perdre le contrôle de mes membres, puis chuter doucement au sol.
À tout à l'heure... Nous verrons bien.

    « Aoi. »
    J'ouvre les yeux. Autour de moi, la rue, les gens qui passent. Je reste un instant hébétée, à fixer cette route que je connais si bien, mais que, me semble-t-il, je n'ai pas revue depuis des années. Lentement, je me tourne vers la maison à laquelle je fais dos, la détaille un instant. Chez moi. J'ai une impression diffuse, un souvenir étrange ; la sensation que je ne dois pas y retourner. Je crois que maman m'a demandé d'aller lui acheter quelque chose – mais quoi ? Je n'ose plus entrer pour le lui demander. Elle n'est pas toute seule à la maison ; je n'ai pas spécialement envie de la déranger...
    Mes dents torturent mes lèvres, et je tourne le dos à la porte de bois défraîchi avec un soupir las. Où aller ? Je regarde à gauche, puis à droite. Quelques voitures passent sur la route bétonnée, puis, soudainement, plus rien ne vient. Tout est étrangement désert. Plus personne sur les trottoirs.
    Mue par une étrange impression, un peu désagréable cela dit, je me retourne. Devant moi, il n'y a plus qu'un chemin caillouteux qui s'enfonce dans une forêt, menaçante et angoissante. Je ne comprends pas... Je ne comprends plus rien. Tout est trop étrange. Je recule d'un pas, puis de deux, lentement ; mais mon pied ne peut aller plus loin. Je manque de chuter.
    Devant, la nuit, sombre et étouffante.
    Derrière, un précipice insondable. Je n'aurais pas dû partir de la maison.
    « Aoi. Allez, viens. »
    La voix résonne tout autour de moi, semblant parvenir d'entre les arbres. Elle me rappelle quelque chose ; un ton que je n'identifie pas. Une voix très douce, mais aussi très sombre. Comme intérieure.
    Un frisson remonte le long de mon échine alors que mon malaise s'intensifie. Le vent souffle dans les branches en les faisant craquer à grand bruit. Un temps. Puis j'avance. Je n'ai pas le choix.
    Mes pieds nus glissent sans bruit sur le sol de terre battue et, lentement, je m'enfonce dans l'obscurité. Protégée par les feuillages. Mais terrifiée par le moindre craquement alentour. La cime des arbres gigantesques me fait paraître minuscule, insecte dérisoire en quête de réponses à des questions qui ne se formulent pas. Qu'est-ce que je fais ici au juste ? J'ai à peine le souvenir de m'être perdue... Tout est flou, tout s'efface dans mon esprit – rien n'a de logique. J'ai l'impression d'être la pauvre Alice abandonnée au beau milieu du Pays des Merveilles. Laissée pour compte, qui s'égare dans un univers... qui ne devrait pas exister.
    Ma marche s'allonge encore. Combien de temps je passe à regarder autour de moi, essayer de me repérer, trébuchant sans cesse sur les mêmes racines et écartant les branches des mêmes arbres ?
    Je débouche au bout d'un temps infini sur une plaine ouverte, au centre de laquelle trône une tour d'ivoire, immense et majestueuse, dont la surface lisse reflète le croissant de lune. À ses pieds, un lourd filet de brume l'enveloppe, en dissimulant l'entrée. J'avance lentement, prudemment. Comme effrayée par cette chape semblable à de la fumée – mais pourtant attirée comme une abeille par un parfum de fleur.
    La brume s'efface à mesure que j'avance, et je pousse finalement la lourde porte, démesurée, de toutes mes forces.
    Devant moi, une longue étendue de dalles en marbre blanc, infinie, à l'horizon indécelable. La lumière me pique les yeux, et je me retourne pour sortir. Perdue.
    Plus rien derrière. Le marbre blanc, lumineux.
    Partout.
    Tremblante, je continue ma marche ; mais m'interrompt soudainement. Mes yeux se baissent avant de me détailler dans le pâle reflet du sol. Une robe longue, blanche et violette ; des chaussures à petits talons ; et surtout, les cheveux attachés. Retenus à l'aide d'un pic particulier, au bout duquel pend une étrange pierre rouge. Je l'effleure du bout des doigts. Observe ma tenue. Je suis pourtant toujours vêtue de mon uniforme... Mais le pic à cheveux est là. Bien palpable.
    Je secoue la tête. Il faut que je continue. Pas que je me fixe sur chaque détail insignifiant.
    Mes pieds nus émettent un léger bruit sur les dalles. Le brouillard revient petit à petit, s'enroule autour de mes chevilles comme des serpents. Il se fait de plus en plus épais, tourbillonne autour de mon corps en me bouchant la vue. Mais j'avance malgré tout ; malgré les ombres qui s'accrochent à mes pieds, malgré la purée de pois qui ralentit ma progression. Mais j'ai l'impression de ne faire que ça, à tâtons, depuis des heures, et angoisse de plus en plus. Je m'oblige à reprendre le contrôle de moi-même, inspirer et expirer longuement en me concentrant. Mais j'ai beau exercer mon contrôle sur l'air, rien n'y fait ; je suis privée de tout pouvoir. Ma poitrine se compresse dans un étau, alors que la pensée de ne jamais pouvoir en réchapper me taraude. Où est-ce que je me trouve ? Mes yeux ne parviennent à trouver aucun point d'ancrage, à ne reconnaître aucune forme. J'aurais pu ne pas avoir bougé que je ne l'aurais pas remarqué...
    Tout est si surréaliste, et pourtant mes sensations sont si fortes... Du souffle du vent sur ma peau à la légère odeur sulfatée flottant dans l'air. J'ai l'impression de ne pas pouvoir rêver. Et pourtant, il ne peut pas en être autrement, pas vrai ?
    Au bout d'un temps qui me paraît infini, je trébuche à travers une... marche ? Mon cœur loupe un battement alors que je relève finalement les yeux devant moi. Le brouillard s'efface à nouveau, laissant apparaître un gigantesque escalier d'ivoire. Il s'enroule sur lui-même, et son sommet m'est invisible, à nouveau caché par cette maudite brume qui me poursuit partout où je vais.
    Une longue inspiration.
    Mes pas résonnent doucement sur les marches claires alors que je démarre mon ascension, guidée par de doux murmures à mon oreille. Ma main glisse sur la rampe, l'effleurant du bout des doigts, sans que je ne m'en rende réellement compte. Les yeux fixés sur le sommet, suivant la courbe des escaliers, je me perds longuement dans sa contemplation. Le monde entier pourrait s'effondrer en cet instant ; je m'en fiche totalement. Il n'y a plus que cette brume et la lueur qui s'en échappe...
    Le sommet, enfin. J'ai l'impression d'avoir gravi l'Everest – et mon épuisement est déjà total. La luminosité est de plus en plus forte, si bien que je suis contrainte à fermer les yeux ; j'avance en hésitant, bras tendus devant moi. Puis, soudainement, le bout de mes doigts rencontrent une surface lisse et froide. Mes paupières se soulèvent, et je plonge mes yeux... dans ceux de mon propre reflet. Habillé de cette même robe que je ne porte pas.
    Je recule d'un pas dans un sursaut, et regarde autour de moi d'un air paniqué. Pas de brouillard, ni de lumière, et encore moins d'escaliers. Une simple étendue lisse, à perte de vue.
    Bon sang, qu'est-ce que je fiche ici ?
    Mes dents torturent mes lèvres un instant, alors que je reporte mon attention devant moi. L'image que me renvoie le miroir me semble irréelle. Encore une fois, je prends conscience que tout ceci ne peut pas exister. Comment pourrait-il en être autrement ? Tout est si étrange... Si... comment dire ? Un rêve, sûrement. C'est pour cela que je suis ici, après tout. Alors quoi ? Je dois faire quoi ? Rester plantée là, à me fixer dans cette glace, alors même que ce n'est pas moi ? Mon nez se plisse lorsque je remarque les iris argent de mon reflet. Pourtant, mon pouvoir ne court pas mes veines comme à l'accoutumée. C'est différent. Mes pouvoirs...
    … sont là, juste en face.
    Le visage de mon reflet se détend lentement, et un sourire très doux vient étirer ses traits – ou serait-ce les miens ? Il – elle – approche sa main de la surface lisse d'un geste très lent, très mesuré, en même temps que moi. Nous l'effleurons au même instant. Et je La sens. Cette énergie si particulière. Si vive. Douce comme la brise et pourtant aussi puissante qu'un ouragan.
    « Aoi. »
    La voix résonne autant dans mon cœur que dans mon corps. Mon esprit. Elle est interne à moi-même. Présente, là, quelque part. Enfouie très loin en moi-même. Trop lointaine et profonde pour que je puisse l'entendre lorsque je suis pleinement éveillée.
    « Que fais-tu ici, Aoi ? »
    Mes lèvres s'entrouvrent et je tente de formuler une réponse ; mais aucun son ne m'échappe. Je ne comprends pas. Tente de rompre le contact – mais mes gestes sont lourds, mes membres figés. Même mes paupières se font plus lourdes, tellement plus ; l'impression de m'embourber sans possibilité de m'en tirer m'étreint l'esprit.
    « Réfléchis un peu, Aoi. Regarde autour de toi. Pourquoi est-ce que tu ne comprends pas ? »
    Le visage – mon visage – prend une expression attristée. Je ne sais pas. Je ne comprends pas. Il y a trop de choses incompréhensibles ici... Je ne veux plus avancer. Trop noir, trop sombre ; trop effrayant.
    Cette fois, ses sourcils se froncent. Son visage et son corps se modifient.
    « Aoi ! À quoi tu penses, au juste ? Je t'interdis de reculer. Je t'interdis de sans cesse avoir peur. Grandis. Il faut que tu avances, maintenant ! »
    Je veux reculer, mais mes membres ne m'écoutent pas. Ma mère me fixe à travers le miroir, le regard dur et déterminé, flamboyant. Maman...

    – Mais je ne sais pas, je balbutie. Je ne sais pas où aller.

    Son regard se fait de braise.
    « Tu comptes encore laisser quelqu'un être blessé pour toi ? »
    Le contact avec le miroir se rompt alors que je serre mon bras contre ma poitrine en tremblant, comme après m'être fait électrocuter. Le visage pincé de la Directrice, furieuse et déchaînée, se tourne vers moi.

    – Non, je... Plus jamais, plus personne, c'est--

    « Alors bouge-toi ! »
    Je fixe la glace en tremblant comme une feuille morte. Terrifiée.
    « Sauf si tu souhaites que je mette directement fin à tout ça... Alors ma puce... Que dirais-tu de mourir comme ton ami...? Dans des escaliers. On peut même aller là-bas si tu veux. Il parait que je peux aussi me téléporter ! »
    Mes yeux se ferment brusquement et mes dents se serrent. Non. Non. Pas Elle. Pas maintenant. Pas maintenant... Laisse-moi, laisse-moi tranquille ! Pourquoi est-ce que tu continues à me poursuivre, hein ?! Ça t'amuse ? Ça te plaît ? Je sais que tu aimes ça, que tu aimes le sang, que tu aimes voir la souffrance et la mort. Espèce de tarée. Va-t-en. C'est mon rêve non ? C'est moi qui le contrôle ! Tu n'as pas le droit d'être ici, pas toi ! Dégage ! Sors de ma tête, SORS DE MA TÊTE ! Je veux juste que tu DISAPARAISSE ! Tu n'as pas le droit d'arriver aussi loin ! Tu n'as pas le droit de remonter aussi loin !
    DEGAGE !
    « AOI ! Regarde-moi si tu ne veux pas que je les massacre ! »
    La voix d'Aëlita continue à résonner tout autour. Pourtant ce n'est plus elle que je vois. C'est un souvenir, entrecoupé de tous ces visages bien connus qui ont accompagné mes années à Terrae. La chute. Les flammes. Un cri m'échappe, et je me jette contre la surface réfléchissante. Je traverse celle-ci comme on passerait au travers d'un courant d'air, et me met à tomber à mon tour dans le vide. Les flammes apparaissent, et m'engloutissent entièrement dans dans une gerbe d'étincelle.

    * * *

    Une explosion. Puis deux, puis trois. Le ciel est empli de lueurs rouges, vertes et bleues, de fusées blanches et dorées. Mes mains sont crispées sur la balustrade froide du toit sur lequel nous nous tenons, alors que j'essaie de calmer les battements de mon cœur. Le vent glacial mord ma peau. La transition est violente, presque trop instantanée pour avoir l'air réelle. Pourquoi ? Qu'est-ce que...

    – Hey, A-chan ?

    Je frissonne en reconnaissant la voix. Son visage. Son sourire il s'approche et m'étreint doucement. Sa chaleur. Son odeur. Comme s'il n'était jamais parti. Comme si je n'avais jamais fui.

    – Bon anniversaire princesse.

    Je ferme les yeux en sentant mes yeux me piquer. Un doux souvenir. Trop doux. Il est là. Et je le tiens dans mes bras. Comme si j'avais pu retourner dans le temps, subitement. Pour retrouver ces instants que je chéris tant.

    – Ben alors, tu pleures ?

    Il sourit encore. Son sourire est beau. Un mirage, tellement merveilleux mirage. Doucement, il embrasse chacune de mes joues avec une délicatesse qui me rappelle encore une fois ce temps reculé, ces trois dernières années de rêve. Peut-être que c'est ça, que j'ai simplement rêvé, imaginé Allen et Mitsuki, ces pouvoirs, Huo... Huo. J'ai un pincement au cœur. Il n'était pas réel ?
    Une torture que de choisir entre la personne que je crois aimer et celle que j'ai aimée. Qui n'est pas réel ? Qui est une illusion ? J'aimerais savoir qui effacer de mon cœur, afin de cesse de souffrir. J'aimerais savoir...
    Keiji ou Huo ?
    Le passé ou l'avenir ?
    Se retourner ou continuer à avancer ? Qu'est-ce que je dois faire, hein ?
    Mes yeux se referment. Je me serre presque avec désespoir contre son corps chaud.

    – Aoi, Aoi... Tu es vraiment trop sensible. Viens, allez, arrête de pleurer, ça va.

    Il se recule un peu et fouille dans sa poche avant de me tendre un mouchoir. Je l'accepte avec un sourire discret. J'ai dû avoir l'air bête. Doucement, il m'attrape le poignet droit et je relève les yeux vers lui. Interrogatrice.

    – Fermes les yeux.

    J'acquiesce lentement et m'exécute, toujours incapable de parler. Je sens rapidement un métal froid s'enrouler autour de mon poignet.

    – Tu--
    – Ne dis rien. Tu peux regarder. Et tu es obligée d'accepter hein !

    Le bijou est en argent, je crois ; de très fines mailles le composent, ainsi qu'une sorte de cercle entourant deux triangles comme pendentif – censé représenter un sablier je crois bien.

    – C'est beau, je souffle doucement.

    Mon sourire tremble. Mon cœur me fait mal. Je me souviens.

    – Merci Kei, je lâche en le reprenant dans mes bras pour qu'il ne voit pas mes larmes.

    C'est n'est qu'un mirage.

    * * *

    J'atterris dans un couloir éclairé par le soleil de midi, et ressens immédiatement le manque de ses bras protecteurs autour de moi. Je reconnais les lieux dès la première seconde. Comment ne pas y parvenir ? J'y ai passé les pires mois de ma vie. J'aurais tellement souhaité y retrouver Mitsuki et Allen ; peut-être que les choses auraient pu s'arranger, auraient été différentes. Mais ça aurait été égoïste. L'égoïsme, hein... Des fois, on me dit que je devrais l'être plus souvent. Mais je ne sais pas si ce serait une bonne chose... Après tout, maintenant, c'est comme ça, et je l'ai toujours été. Je ne veux pas changer, je ne veux pas devenir égoïste...
    Perdue dans mes pensées, je commence à déambuler. C'est si étrange de se retrouver ici après tant d'années. Mais surtout si malsain. Un frisson remonte le long de mon échine alors qu'un courant d'air glacial passe dans le couloir. Mon nez se plisse. Je tripote machinalement le bracelet que m'a offert Kei, me mordille la lèvre. Puis, alors que je tourne à l'angle d'un couloir, je tombe face à un visage bien trop connu. Celui de mes cauchemars. Je déglutis malgré moi.

    – Oh. Bonjour, Aoi-chan.

    Je recule d'un pas, avant de me retourner vivement. Fuir. La scène a un air de déjà-vu qui ne me plaît pas du tout. Sa main enserre mon poignet avec force.

    – Eh, tu veux déjà partir ? Tu vas pas me dire que tu flippes maintenant, allez. Reste un peu.

    Je me dégage de sa poigne d'un geste sec. Plisse le nez et fronce les sourcils. L'animosité doit se lire sur mes traits et dans mes yeux.

    – Qu'est-ce que tu me veux, Rintaro ?

    Son sourire s'étire subtilement, mélange de cynisme et d'amusement pur et dur.

    – Pas grand chose... Parler à une vieille amie, tout simplement ?~ Je ne peux pas ?~

    Mes sourcils se froncent et j'essaie d'avancer ; mais me fais rapidement bloquer. Je le pousse un peu pour passer, l'oblige à me laisser faire un peu plus violemment que je ne l'aurais souhaité. Ma mâchoire est serrée, et je tente de le semer dans les couloirs. Je sens sa présence, là, juste derrière moi ; son regard fixe, son expression fermée. Qu'est-ce qu'il me veut ? Encore me faire du mal ? Je pensais qu'il en avait eu assez. Que ça l'avait suffisamment amusé...
    Sa main se pose sur mon épaule alors que je sursaute, repousse sa main.

    – Lâche-moi ! Pourquoi tu continues à me courir après, hein ?!

    Son regard se fait trouble, perturbé. Il ouvre la bouche pour essayer de parler, avant de poser les yeux sur un point au dessus de mon épaule. Son expression se crispe, sa mâchoire fait de même alors qu'un sourire mauvais étire ses lèvres.

    – Rin, fous lui la paix, lâche une voix froide dans mon dos, alors que je me fais presque tirer vers l'arrière. Tu crois pas que t'en as déjà assez fait ?

    – De quoi je me mêle ?

    Un soulagement de courte durée m'étreint, alors que Keiji se met devant moi. Paniquée, j'essaie de lui tirer le bras, l'emmener plus loin.

    – Non, non... Viens, s'il te plaît, on y va...

    Mais il ne m'écoute pas ; je sais, je sais ce qu'il va arriver. Mortifiée, je continue à l'appeler, pendant qu'ils commencent à parler, s'envoyer menace sur menace, puis insulte sur insulte. Ils montent dans les tours, deviennent de plus en plus violents. Je recule un peu, ferme les yeux, me plaque les mains sur les oreilles. Leur voix m'agressent les oreilles, me rappellent encore et encore ces souvenirs que je ne veux plus revoir. Ceux qui hantent mes cauchemars. Toujours. Toujours...
    Pendant un instant, je suis tentée de me recroqueviller dans un coin, en attendant que la scène passe ; comme toujours, incapable cette fois de le revivre, surtout aussi vivement. Cette sensation de réalité me poursuit, inlassablement. J'aimerais pouvoir la fuir, faire changer les choses cette fois ; mais je ne sais pas comment faire !
    Mes yeux se rouvrent, et se posent sur les deux garçons, perdus dans leur monde, leur bagarre, les quelques bousculades se transformant immanquablement en coups. Mes lèvres s'entrouvrent en un cri silencieux lorsque Kei percute le rebord de l'escalier, et bascule dans le vide. Je ne peux pas laisser faire ça.
    Les joues baignées de larmes, je tends la main, l'espoir insensé de pouvoir le rattraper animant mon geste. Je le frôle, du bout des doigts ; mes yeux prennent cette couleur argentée si caractéristique. Il faut que je le rattrape. Il faut que je--
    Il chute. Percute la rambarde de l'étage d'en dessous, puis le sol. Mon bras reste tendu quelques secondes, avant de retomber mollement le long de mon corps. Je vois son corps désarticulé, le sang qui s'écoule par terre ; ni une, ni deux, je me précipite dans les escaliers et dévale les marches quatre à quatre, manquant de suffoquer, de m'étouffer dans mes larmes et mes cris. J'ignore Rin en passant à côté de lui ; j'ignore sa posture figée, son expression surprise, douloureuse, paniquée ; j'ignore son appel lorsqu'il me dit qu'il va chercher quelqu'un. Je n'écoute plus rien, je ne fais plus attention à rien. Il n'y a que Lui. Que je n'ai jamais su sauver.
    Que je ne saurai jamais changer.
    Il aurait pourtant suffi d'une seconde... Une seconde de moins pour réagir. Et peut-être que--
    Je me laisse tomber auprès de lui, essayant en vain d'user de mes dons de guérisseuse. Mais il est mort, il est mort ! Mort. Et je ne peux plus rien faire...
    Mes larmes coulent, encore et encore. Je les sens dévaler mes joues et s'échouer dans mon cou, puis jusque sous mon chemisier. Je ne suis plus que torrent incontrôlable, la colère de l'ouragan, cette tempête qui se déchaîne et enfle à chaque minute, cette haine qui gonfle et balaie tout, ce chagrin ineffable. Il est mort, et je ne peux plus rien faire.
    Culpabilité.
    Le tintement d'une clochette attire mon attention. Le son cristallin semble provenir du haut, complètement décalé dans cette situation terrible. Ma main, qui a agrippé sa chemise avec force, desserre un peu sa prise ; je lève les yeux, le visage détruit, semblable à une immense cascade de douleur. Une lumière douce m'aveugle, m'oblige à plisser les yeux ; une plume. Une plume, légère et douce, flotte dans les airs, tourbillonne, passe devant mon nez. Gracieusement, avec délicatesse, celle-ci se pose sur le bracelet étincelant, semble ne plus faire qu'un avec les mailles du bijou. Elle s'enroule autour de mon poignet et se fixe dessus, paraît fondre dans ma peau en même temps que l'ouvrage d'argent. Ma respiration se bloque ; un instant, je suis tentée de l'en empêcher. Mais la magie de l'instant, apaisante, me convainc de laisser faire. De les laisser ne faire plus qu'un avec mon corps, avec mon esprit ; marque sombre indélébile, à jamais présente.
    J'observe la tâche sombre s'étendre, devenir mouvante ; comme deux ailes autour de mon bras, ce sablier, ce foutu sablier commençant à écouler son sable. Lentement. Cette puissance résonnant en moi.
    Un mouvement devant moi ; je recule presque. Le sang se résorbe, le corps retrouve sa forme, ses couleurs, sa vie. Il se redresse, se passe une main sur le visage et me fixe, comme s'il ne venait pas de mourir sous mes yeux. Autour, un léger halo semble nous protéger.
    Keiji lève le bras, glisse sa main sur ma joue pour en essuyer les larmes. Sourire et regard doux. Serein.

    – Eh bien Aoi, pourquoi tu pleures ?

    Je ferme les yeux. Le sablier laisse écouler le temps ; je sais que nous n'en avons pas beaucoup. Que lorsque je partirai, je me réveillerai, et rien n'aura changé. Il sera toujours là, les yeux vides et morts.

    – Je veux pas que tu partes, je balbutie.
    – Eh... On a pas le choix, tu sais. Mais ça ne change rien.

    Mon nez se plisse, et je me serre contre lui avec désespoir.

    – M'abandonne pas...

    Pas encore une fois.
    Il a un rire léger comme un souffle d'air.

    – Je t'abandonnerai jamais ma belle.

    Doucement, il s'éloigne et caresse ma joue.

    – Je serai toujours là. Ici.

    Avec un geste délicat, il attrape ma main et la pose sur ma poitrine. Son front contre le mien.

    – Et ici.

    Je ferme les yeux lorsque ses doigts effleurent mon poignet. Sereine. Malgré ce pincement au cœur, je me laisse envahir par sa douceur, sa prévenance et son affection. Est-ce que ce n'est vraiment qu'un rêve ?
    Je sens sa main effleurer mes cheveux.

    – Aoi, tu es restée un peu trop longtemps ici, tu ne crois pas ?
    – Je ne sais même pas comment faire pour repartir... je souffle en baissant les yeux comme une enfant.

    Un nouveau rire. Il s'éloigne, se relève et m'aide à faire de même. Garde ma main dans la sienne, la serrant doucement, avec un sourire. La tendresse...

    – Laisse-toi aller. Relâche ton pouvoir, tu n'en as plus besoin. Tout ira bien maintenant. Fais-moi confiance.
    – Oui mais tu vas--
    – Aoi. Fais-toi confiance, à toi aussi.


    Mes dents torturent mes lèvres un instant, et je hoche la tête en retenant une légère moue. Quelques instants passent durant lesquels il semble me fixer, avant de s'avancer pour déposer un baiser sur mon front. Léger. Comme une plume...

    – Je suis fier que tu sois venue jusqu'ici pour moi.
    – Kei, je--
    – Ouais je sais. Moi aussi,
    souffle-t-il avec douceur, sans s'éloigner.

    Mon sourire se fait doux. Un peu plus calme encore, mais surtout plus aussi triste.
    Un ange passe.

    – Eh. Dis-lui de prendre soin de toi, sinon je lui fais la peau. Je sais pas comment. Mais je lui ferai la peau.

    Un rire m'échappe, léger et cristallin. Un rêve.

    – Ne t'en fais pas, Allen le fera pour toi.

    Il rit à son tour, me serre contre lui. Une dernière fois.

    – C'est le moment.

    Mes paupières s'abaissent. Je sens ce pouvoir refluer, une lumière aveuglante jaillir autour de nous, que je peux apercevoir même derrière mes yeux clos.
    Je t'aime.

    J'ouvre les yeux. Autour de moi, la rue, les gens qui passent. Un sourire naît sur mon visage. J'ai encore la sensation de son étreinte, son rire plein les oreilles, et son visage rayonnant m'invitant à le suivre. Un instant, je reste plantée là, devant cette rue, cette route, ces voitures et ces passants. Ressentant le vent dans les branches, mon souffle dans l'espace.
    Douceur.
    Lentement, je me tourne vers la maison à laquelle je fais dos, la détaille un instant. Amusée. Là où tout commence, tout finira, hein ? Je m'approche de la maisonnette, ose un regard par la fenêtre. Et je Les vois. Tous réunis, le visage apaisé et rieur, Allen, Mitsuki, Huo, Noah, Jun, Selvi, et même le petit Akihiko et la Directrice, quelques connaissances de l'institut. Et là-bas, ensemble, à l'écart, deux silhouettes se tenant la main. Ma vue se brouille.
    Le bonheur.
    Je m'avance vers la porte. Tends la main pour l'ouvrir.
    C'est maintenant que tout commence.




J'émerge. Lentement, je me redresse et regarde autour de moi, clignant plusieurs fois des yeux pour observer la pièce. Un peu perdue, je me remets debout et époussette mon pantalon, puis plante mes yeux dans ceux de la Directrice. Le retour à la réalité semble un peu plus ardu que prévu. C'est tellement étrange. Cette impression de... puissance. Cette symphonie qui murmure à mes oreilles. Cette énergie, là, partout, dans cette salle, dans tout l'institut ; cette énergie qui nous différencie pourtant, mais qui nous lie tous à ce cœur qu'est Terrae.
La sérénité... Enfin...

– Je n'ai pas été trop mauvaise ? j'interroge la marionnettiste avec un doux sourire, cherchant malgré tout son approbation.

Doucement, je replace une mèche de cheveux derrière mon oreille, et aperçois le tatouage sur mon bras. J'ai une mimique un peu surprise, mais ne dis rien, me contentant d'attendre.
Alors... ça y est, enfin ? Il était peut-être temps...




HRP : J'ai cru que j'y arriverai jamais. Amen.
Désolée pour la niaiserie ♥



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##   Jeu 3 Juil 2014 - 15:59

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Aoi accepta. Timidement, elle prit la fiole. Elle la dévisagea un bon moment, puis, finalement, elle en but le contenu. Elle s'endormit rapidement, et sa chute fut amortie par un coussin d'air créé in extremis par Yuna, qui se cachait parmi le reste des Masters, silencieuse.
A plusieurs reprises, durant son rêve, le visage d'Aoi fut traversé par plusieurs émotions. Quelques spasmes agitaient son corps, mais de notre côté, nous restâmes de marbre.
Il n'y avait pas un bruit dans la salle. Pas un mot n'avait été prononcé depuis qu'Aoi était tombée dans l'inconscience.
Le temps passa bien plus vite que je ne m'y attendais. Est-ce que vous savez qu'en réalité, un rêve ne dure que quelques minutes ? Alors que lorsqu'on rêve, on est persuadé que ça dure des heures... J'ai toujours trouvé ça impressionnant.
Cela dit, il était vrai que le sommeil dans lequel le contenu de la fiole nous prolongeait pour que l'on passe Master était particulier, et nous permettait de faire un rêve unique selon moi. Un rêve probablement plus long que les autres de tous les jours.
Un bon quart d'heure plus tard, peut être vingt minutes, Aoi émergea. Son énergie brillait de mille feux, et quand elle se redressa, je ne pus qu'afficher un large sourire en observant avec bonheur toute la puissance qui bouillait en elle, ne demandant qu'à faire ses preuves.
Elle prit la parole, et je bus ses mots avec une aisance toute particulière. Elle avait enfin cette voix magique, ce ton cristallin. L'éclat dans son regard avait changé lui-aussi. Elle semblait encore plus vivante qu'auparavant. Elle était débordante de vie, alors que son corps restait immobile, comme si elle calculait le moindre de ses mouvements, ne gaspillant pas la moindre trace d'énergie.
Je remarquai une légère trace noire sur son bras, sans parvenir à en déchiffrer le détail. Je devinai qu'il s'agissait du tatouage représentatif de sa greffe.
Répondant à sa question par un haussement d'épaule, je m'autorisai enfin à céder à la curiosité : pouvoir enfin voir de quoi retournait sa greffe.

-A toi de me le dire,
soufflai-je doucement, avant de charger mes mains de feu.

En une seconde à peine, les flammes qui ornaient mes doigts formèrent deux sphères et elles partirent à l'instant même sur la nouvelle Master qui venait de rejoindre notre belle famille.
Allez Aoi... Montre-moi un peu ce que ce passage au rang de Master t'a apporté.


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##   Dim 6 Juil 2014 - 16:28

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Doucement, j'incline la tête sur le côté en attendant la réaction d'Hideko, un peu angoissée à l'idée de n'avoir pas correctement fait quelque chose. Pourtant, au fond de moi, je me sens... Paisible. Je me sens sincèrement bien, posée, et la première chose que j'ai envie de faire en cet instant est de m'envoler par la fenêtre pour enfin sentir le vent sur mon visage. Le ressentir jusqu'au plus profond de moi, de mes tripes et de mon cœur. Enfin être en harmonie avec moi-même...
Son haussement d’épaule manque de m’arracher une moue boudeuse. Cependant, je ne peux pas réagir immédiatement ; des flammes apparaissent dans ses mains et se rejoignent pour former des sphères, toutes dirigées vers moi. Mes lèvres forment un petit « Oh » silencieux et à demi surpris lorsque, mue par mon intuition et mes pouvoirs, je me concentre pour arrêter ses projectiles. Ceux-ci, entourés d’un léger halo lumineux, semblent comme figés dans l’espace, à environ une quarantaine de centimètres de mon visage. En un clin d’œil, je les fais alors disparaître en retirant toute l’oxygène des zones contrôlées, avant de relâcher ma greffe et de fixer le sablier sur mon bras d’un air perplexe. Avec tant de facilité… C’est… assez classe, disons-le. Bon, pas comme ça, mais vous imaginez tout ce qu’on peut faire ? Il faudra voir les limites de ce pouvoir, même si je me doutais qu’il ne valait mieux pas jouer avec. Par mesure de… de quoi au juste ? De prudence ? Vis-à-vis de moi, ou du reste ?
Un contrôle du temps… Sûrement aussi aller et venir, en avant ou en arrière, figer les choses. Changer le cours normal du temps… ? C’est tellement… étrange. Tellement de responsabilité aussi.
Lentement, je lève les yeux vers elle.

- Est-ce que c’est bon ? je l’interroge encore, pour être certaine, surveillant ses mains pour éviter qu’elle ne me renvoie des boules de feu dessus une nouvelle fois.


J’ai un sourire léger.

- J’espère que je ne vous décevrai pas trop…

Parce qu’au final, je ne sais pas si le grandiose m’irait beaucoup.



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##   Mar 15 Juil 2014 - 13:56

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Mon regard s'illumina lorsque je compris quelle était sa greffe. J'eus du mal, car autant pour ma sphère que pour moi, tout se passa très très vite. Et puis, quand je vis l'aisance qu'eut Aoi à retirer l'oxygène qui berçait ma sphère, quand je remarquai la vitesse à laquelle tout cela se passa, je compris. Le temps. Sa greffe lui permettait d'agir sur le temps...
Mon sourire s'étira doucement sur mes lèvres, et je l'observai avec une fierté certaine. Nos deux premières masters depuis un bon bout de temps étaient décidément pleines de surprise... Et ces greffes. Ces greffes... Elles étaient parfaites.
Aoi réitéra alors sa question, les yeux fixés sur mes mains, affichant un sourire léger et empli d'une assurance qu'elle ne devait même pas remarquer. Cette force qui émanait d'elle, cette aura de puissance qui l'entourait... Elle allait devenir une Master formidable.
Je hochai alors la tête, et lui offris un joli sourire.

-Bien sûr que c'est bon.


Concernant sa dernière réplique, je décidai de ne pas répondre. Parce que ça ne valait pas le coup.

-Dès que tu auras préparé tes affaires, tu pourras déménager, et retrouver ton nouveau logement qui t'attend dans le quartier des Masters, au village. Je suis sûre que ça te plaira
, déclarai-je avec assurance.

J'observai Aoi avec douceur. Notre famille s'était encore agrandie. C'était probablement idiot, mais je le sentais. Au fond de moi, une nouvelle flamme s'était mise à briller. La flamme encore hésitante mais pourtant si éclatante d'Aoi. Parce que chacun d'entre nous étions liés. Et encore plus dans mon cas... En tant qu'originelle... Que voulez-vous ?
Mon sourire s'étira doucement dans une moue gentiment amusée.

-Si tu n'as plus de questions, je te libère,
soufflai-je.


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##   Ven 18 Juil 2014 - 19:10

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Hideko a l’air étrangement ravie. Patiente, j’incline la tête sur le côté et étire néanmoins un sourire léger, discret, alors que la sphère enflammée disparaît devant moi. Tout à l’air si… facile ! Si logique ! Tout est là, tout se ressent, ces voix, ces auras, cette énergie qui nous traverse tous… J’aime cette sensation particulière qui berce mon cœur à cet instant. Cette sorte de promesse que, à partir d’aujourd’hui, plus rien ne sera comme avant. Que cette fois, je ne serai plus aussi faible. Que, cette fois, je saurai faire face en cas de besoin. J’aimerais pouvoir aller voir maman, pour lui montrer jusqu’à quel point j’ai pu m’élever. Pouvoir la serrer dans mes bras et lui sourire doucement, la faire rêver encore un peu. Rien qu’une fois.
La femme me sourit doucement et je lui réponds par un autre, éclatant de bonheur et de sincérité. Je l’écoute attentivement alors qu’elle m’explique les dernières choses que j’ai à savoir, avant de me congédier. Doucement, je m’incline face à elle.

- Merci pour tout, vraiment.

Ma peur s’est envolée. Ma colère et ma rancœur envers elle aussi. Parce que maintenant, je comprends qu’elle a fait ce choix de me faire confiance. Un choix que je n’aurais peut-être pas fait moi-même si on m’avait demandé de protéger quelqu’un que j’aime.
Je me redresse et offre un sourire à mes nouveaux collègues, m’inclinant doucement en direction de Ryu alors que je sens son énergie scintiller au milieu de toutes ces autres auras si puissantes, et salue la salle avant de repartir comme un courant d’air léger, refermant la porte silencieusement.
Mes pas mes guident jusqu’à l’extérieur de Terrae, où j’inspire une longue goulée d’air frais.
Sous le clair de lune, je m’envole.
À partir d’aujourd’hui, je suis Libre.



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