Terrae, Une nouvelle ère commence...

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Je ne m'envolerais jamais, pourtant je continue de m'arracher les ailes...
#   Mer 23 Juil 2014 - 4:26
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Pourquoi ? Pourquoi suis-je venue ici ? La rencontre avec mon frère m'aurait à ce point affectée ? Non...Je ne veux même pas admettre que cet odieux personnage possède mes gènes, je n'y crois pas ! Et puis, il ne peut pas se permettre d'entrer comme ça dans ma vie. Il voudrait que je l'apprécie en plus ? Il l'a eue dure, la belle affaire ! Comme si j'allais le plaindre...
Non, ce qui m'inquiète, c'est Kaori...Je sais qu'elle est naïve et un peu niaise...Mais tout de même...S’amouracher si vite d'un inconnu...certes, charismatique, mais certainement un vrai pervers ! Penser qu'elle puisse être lovée dans ses bras, avec insouciance, à l'instant...m'ôte un frisson glacial.

Mes cheveux, noués en catogan, parsèment par moments mon visage puis se ravisent, frivoles filets d'argents sans envergure, qui se laissent emprisonner sans protester et attendent patiemment que quelqu'un daigne les libérer. Sans pitié, je les libère pourtant en pestant et joue un moment avec mon ruban. Ce petit lien de satin clair avec lequel j'aimais attraper les crins des chevaux et les nouer en tresses...

Ces tourments ne m'aideront pas à tenir. Comment aimer de nouveau ? M'attacher à quiconque ? Chaque jour qui passe, je perds un être cher ou l'éloigne de moi...
Tant pis, je craque...il doit m'en rester...juste un peu...j'ai toujours une gourde accrochée à la ceinture...cette ceinture, mon père me l'avait offerte, il disait que même si elle était trop grande pour moi, un jour elle me servirait. Aujourd'hui je m'en sers pour y accrocher mes couteaux de lancer...Pour l'heure il me faut un peu de vodka, pour faire passer l'amertume du désespoir. Il reste toujours quelques gorgées, juste au cas où ! La bouteille est ouverte quelques secondes plus tard et portée à ma bouche. Je m'arrête un instant, avant que mes lèvres n'effleurent le goulot. L'odeur me prend soudain aux tripes et je canalise mon haut-le-cœur. Mes jambes, lâchées dans le vide, sont secouées de tremblements maladifs. Ce n'est pas le moment de replonger. Je ne tourne que le buste et la lance vivement derrière moi dans un soupire rauque. L’alcool ne m'aidera plus. Mes regrets, mes cauchemars, mes chagrins...Je n'oublie plus rien. Mon corps ne réagit plus que par du rejet. Il veut me voir faire face, il a raison...au fond...

Le vent se lève enfin et chasse mes pensées moroses l'espace d'un instant. Je me lève et me rapproche du bord. La brise forcit et mon gilet sombre dentelé claque sur ma peau pâle, c'est délicieux...
Tantôt je me laisserais tomber, moi et mes folies, et créerais un portail tout en bas...puis disparaîtrais avant d'atteindre le sol.
Mais ne nous y risquons pas encore. Je sais toujours aussi peu où est-ce que j’atterris, et finir coincée dans un mur ne me tente qu'à moitié.
Profitons plutôt de cet air froid, tranchant, comme lame...l'âme !

La porte qui mène au toit claque soudain et je me retourne alors dans un dangereux soubresaut avant de reprendre mon équilibre, puis observe sans bruit. Rien, certainement le vent...
Enfin je l'espère, déjà que j'ai gagné sans mal ma réputation d'ivrogne, je ne voudrais pas qu'en plus de cela, une personne mal avisée ne me croit suicidaire. Parfois j'aimerai pouvoir l'être, choisir la facilité, mais voilà, je ne cherche pas à trouver le raccourci ultime jusqu'en bas...Je ne suis pas née avec un esprit faible. Ce fourbe préfère me torturer jusqu'au bout!

Une fois assurée de ma solitude en ce lieu, et ma petite danse de funambule au bord du toit achevée, je sors ma compagne de son fourreau, teinte mes yeux d'un jaune orpiment(ou jaune de Perse), et lui offre une valse électrique en hurlant pour moi ces quelques mots :

<< Tu m'auras presque tout pris, Destinée !
    Depuis lors je joue sur le fil de l'épée.
    Fi ! Aide moi donc à déchanter !
    Ne vois-tu pas, que tu ne m'as pas encore achevée ? >>


Et mon cœur enchaîné, ma voix rauque hachurée par mes soupirs enragés, raisonne alors, folle à lier, sur les toits de Terrae. Qui, en ces lieux, osera de nouveau me défier ?
Je n'ai que faire de votre pitié et suis prête à en découdre sans plus tarder !
Mais déjà mes jambes flageolent et reflètent mon espoir embrumé.
Je suis seule sur ce toit avec mon esprit guerrier.
A hurler tout bas, genoux à terre...à rêver d'épopées...

En ces jours sombres qu'il me faudra traverser.
J'espère seulement m'en sortir sans trop de regrets, sans pertes à pleurer, sans haine à calmer.

Quelqu'un qui ne meurt pas, quelqu'un sur qui compter...
Quelqu'un de fort, qu'on ne peut pas effrayer...
Quelqu'un qui à l'occasion n'essaiera pas de m'éventrer....
Est-ce trop demander ?


Dernière édition par Luna Shitsu chi le Mer 23 Juil 2014 - 22:08, édité 1 fois
#   Mer 23 Juil 2014 - 21:24
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Adossé au mur de sa chambre Hisméria sortit son briquet et alluma sa clope. Des flaques d’eau arrosaient la petite terrasse dont il disposait depuis sa pièce. L’air était humide et ajoutait une certaine fraîcheur à l’environnement ; Chose qui ne fut pas désagréable en raison des fortes chaleurs de la journée.  L’homme commençait à tirer quelques lattes. Tout était silencieux, rien ne venait perturber le calme de l’extérieur. 
Tout était vide, son esprit aussi, libre. Ses pensées vagabondaient et cela comblait la tranquillité du moment. La pulsion que l’adolescent avait eue en entamant mon paquet de cigarette était réfléchie. Hisméria avait envie de penser à sa vie, l’homme en avait trop peu l’occasion ses derniers jours. Il faut dire que son étoilisation le laissait encore perplexe, et que celui-ci avait encore du mal à penser à autre chose. Mais pas ce soir. Cette nuit, l’adolescent se laissait sombrer dans les tendres souvenirs d’un passé qui, visiblement, lui manquait un peu trop. Et sa solitude ne pouvait en rien combler ses instants perdus.
  
Ces  doux souvenirs qui le hantaient. Sa peau, son odeur, ses gestes. Les moments où tendrement Hisméria l’enlaçait. Ils étaient loin mais ils l’emportaient, une cascade de sentiments embrumait ses sens. Cela était accentué par le fait que l’adolescent n’avait plus fumé depuis longtemps et les vapeurs lui montaient à la tête. C’était bon. L’homme avait l’impression d’être hors temps. 
Hisméria se mit à marcher jusqu’au placard de sa cuisine et il titubait comme un alcoolique. L’homme s’arrêtai, tournai sur lui-même,  Hisméria avait l’impression de sentir la nuit. L’adolescent levait la tête et là devant lui, c’était comme si le souvenir prit vie. L’adolescent échangeait un regard avec elle. Ces yeux clairs étaient pénétrants. Elle était là, assise sur mon lit, et ne disais rien. Hisméria s’accroupis comme pour me rapprocher de sa plénitude,  humer son parfum. 
Cela  fit l’effet d’un coup à la tête qui résonna dans tout son corps. Les effets de la clope se faisaient sentir,  c’était enivrant. Après s’être relevé, Hisméria prit une latte, sans s’en rendre compte la cigarette s’était consumée de moitié. Mais les vapeurs se dissipèrent rapidement, et il comprit que ce n’était qu’une illusion. Un souhait un peu trop marqué que de revoir cette personne qui lui manquait tant. Lorsque Hisméria inspirait, celui-ci entendit les grésillements du tabac. Il était peut être temps qu’il noie de nouveau son chagrin dans l’alcool afin d’oublier rapidement ceux pourquoi il était encore ici, et elle là bas. 
Alors avant de sortir de sa chambre Hisméria attrapa une bouteille à demi-remplie et l'ouvrit. L'odeur remonta jusqu'à ses narines, une odeur rassurante, à la fois rude et familière. En son for intérieur, savais que cette vie n'était pas une fatalité. Qu’il pouvait, comme un élève normal regardé de nouveau vers l'avenir. 
Il me suffisait de refermer cette bouteille et d'aller dormir. Hisméria pouvait reprendre les cours, retourner à mes occupations d'antan, en découvrir d'autres, reprendre une vie normale... 
Mais en avait-il vraiment envie? Il y a quelque chose de réconfortant dans l'autodestruction. A mesure que le liquide lui brûlait l'œsophage, un soulagement se répandit dans tout son corps. Ses muscles crispés se détendirent. Une gorgée... Une deuxième... Les contours de la pièce s'estompèrent, comme un tableau impressionniste. Ses jambes flageolantes titubèrent jusqu'au mur contre lequel Hisméria s’adossai, savourant la sensation chaleureuse qui parcourait ses membres.
Puis c’est dans cet état lamentable que finalement l’homme se décida de sortir pour se diriger vers les toits, sans véritablement savoir pourquoi. Hisméria marchait doucement jusqu’au sommet, ouvrit la porte menant au toit et s’arrêta. 
Hisméria décidai d'allumer une deuxième cigarette nocturne. Comme pour oublier ce pourquoi il était là. Comme pour omettre son absence. Dans l'immensité qu'est une nuit noire, sur l’institut endormit, Hisméria s’assit sur le rebord du revêtement, scrutant avec mélancolie l’horizon. La fumée de sa drogue douce s'envolait au loin, la tête penchée dans le vide, ses longs cheveux bruns se balançait aux rythmes estivales des bourrasques nocturnes. Recouvrant ainsi la totalité de son regard gris. Une larme s'écoula de son visage fin, puis deux. Voilà qu'il fut submerger par un océan de souvenir, à ne plus pouvoir contenir ses sentiments. A vrai dire, il ne voulait pas les contenir. Et même si il voulait le faire, il n'en avait plus la force.
Cependant, au bout de quelques minutes, comme par enchantement, l'homme vêtu d'un grand manteau redevient aussi froid que sa tenue. Ne laissant plus rien transparaître. Comme si le temps avait littéralement changé la personne assise. Il se leva, laissant sa silhouette fine se perdre au loin. Hisméria n'avais oublié ce pourquoi il était resté. Ce pourquoi elle n'eus pas cette chance. 
En une large cicatrice disposait sur son œil gauche, dissimulé par une longue mèche brune, étais scellé son histoire. Leur histoire. Il lui avait pourtant promis. A chaque fois que celui se remémorait les événements passés, sa cicatrice lui brûlait le visage. Des douleurs atroces le traversant. Comme pour lui rappeler ses différents regrets et son amertume grandissant au fils que les secondes s'écoulèrent. Le rongeant sans merci. Lui rappelant son erreur. Quotidiennement. Cette homme savait plus que quiconque qu'il ne pourrait trouver la rédemption qu'il recherchait tant qu'il n'aurait compris ce pourquoi elle avait disparu.
Hisméria repensa à l’homme qui avait imposé la marque de sa honte sur son œil gauche. S.N.E, qui, caché dans l'obscurité fut témoins de l'atrocité de cette nuit, mais préféra. Possédant un morceau de cette énigme. Pourquoi ne s’est-il jamais prononcer? Pourquoi n'est-il jamais réapparut? Tant de question enivrant son esprit, avec à la clé aucune réponse concrète, plausible. L’homme était néanmoins sur d'une chose : il se devait de le retrouver.  En premier lieu pour se venger et retrouver son honneur.
Hisméria avait pour seul indice, la rose que S.N.E avait laissé derrière lui. Une rose noir unique en son genre. Noir comme le regard haineux de l'homme brisé.  Le fruit de ses recherches n’avait abouti jusqu'à présent. Trop de mystère régnait autour S.N.E… 
Au bout d’un moment Hisméria entendis un cri lointain venant de l’autre bout du toit, mais l’homme reconnu avec précision le débit de paroles prononcés : 

- Tu m'auras presque tout pris, Destinée ! Depuis lors je joue sur le fil de l'épée. Fi ! Aide-moi donc à déchanter ! Ne vois-tu pas, que tu ne m'as pas encore achevée ?
Brutalement Hisméria jeta sa cigarette, dégaina son Katana est se dirigea en direction des cris. Alors sans véritablement comprendre pourquoi, l’homme se mit à crier lui aussi une réplique d’un livre anglais qu’il avait lu un soir de pleine lune :


- « Si je pouvais t'offrir le bleu secret du ciel,
Brodé de lumière d'or et de reflets d'argent,
Le mystérieux secret, le secret éternel,
De la vie et du jour, de la nuit et du temps,
Avec tout mon amour je le mettrais à tes pieds
Mais moi qui suis pauvre et n'ai que mes rêves,
Sous tes pas je les ai déroulés.
Marche doucement car tu marches sur mes rêves. »

C’était comme s’il espérait que l’autre personne sur le toit lui réponde de manière poétique. L’adolescent n’avait pas l’habitude de ce genre d’échange, pourtant ce soir, il se sentait d’humeur. L’homme continuait d’avancer, puis, soudain, celui si se retrouver derrière une silhouette féminine regardant l’horizon. « Reste sur tes gardes Hismé, après tout, tu ne sais pas qui est cette femme et ce qu’elle vient faire ici. » Pensa l’homme retrouvant d’un seul coup toute sa froideur.  
Alors avec toute la délicatesse qu’il soit, Hisméria ne pu s’empêcher de prononcer :  

- On ne t’as jamais dis que crier dans la nuit, ne servait à rien ? 
#   Ven 25 Juil 2014 - 7:17
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Le silence est retombé, mes questions en suspens sont toujours là, elles, et rien ne semble vouloir les chasser dans mon esprit. Mais alors que j'allais ranger ma lame, un souffle métallique résonne furtivement de l'autre côté du toit, similaire, même un peu trop, à celui que produit la Dame de Fer lorsqu'elle s'échappe de son fourreau. Sur mes gardes, je ne bronche plus et tend l'oreille. Alors, une voix se laisse porter jusqu'à moi, une voix d'homme...Une voix qui s'impose en restant pourtant douce et...froide...mélancolique... Cette voix pourrait-elle m'aider hm ? Non, hélas, car le soucis avec les voix, c'est qu'elles appartiennent souvent à quelqu'un, sauf les voix synthétiques, mais il est question ici de sentiments...Les machines peuvent-elles en éprouver ? Ou alors le faux-semblant vient-il seulement des espoirs dont les emplissent leurs créateurs ? Une question à creuser. Mais revenons-en à celle-ci, si son propriétaire ne se montre pas, cet échange deviendrait presque réconfortant... Qui plus est, elle dit plutôt de belles choses..

- « Si je pouvais t'offrir le bleu secret du ciel,

Brodé de lumière d'or et de reflets d'argent,

Le mystérieux secret, le secret éternel,

De la vie et du jour, de la nuit et du temps,

Avec tout mon amour je le mettrais à tes pieds

Mais moi qui suis pauvre et n'ai que mes rêves,

Sous tes pas je les ai déroulés.

Marche doucement car tu marches sur mes rêves. »


Alors que je ne tourne la tête qu'à demi, pensive, je sens sa présence, et fait maintenant presque abstraction de sa dernière pique, celle qui visait peut-être à se moquer de mon cas parce que je hurlais à la volée mes sentiments éparses et indignés. Mais je ne peux vraiment retenir en tête que ses quelques vers. Ces mots me déroberaient presque un sourire, bref et mélancolique certes, mais un sourire tout de même... Après tout, s'il me faut riposter, que ce soit dans les règles ! J'en suis là et ce soir, ce toit sera mon théâtre. Pourquoi daigner me retourner, rien ne presse...Qu'il soit dangereux ou non, poète ou meurtrier, ou alors, mon égal en ces lieux, une ombre, un vestige, une carcasse de peut-être, autrefois, quelqu'un de bien..Je ne retiens pas mes aises et, le buste fièrement haussé vers l'horizon, offrant mon ruban au gré du vent... je respire à pleins poumons. Je m'en voudrais de ne pas être au moins inspirée par les alizés de noirceur qui font chavirer mon cœur. Et par cet autre fou provoquée en cette nuit dont l'excentrisme m’écœure, Je décrète, mes dires accompagnés d'une stature plus soutenue.

« Ainsi donc m'offrirais tu l'azur ?

Et ton amour, et tes broderies ? De belles paroles, mais des mots !

N'est-ce pas là que prétention ? Que de laisser ta vie, sans plus d'éloquence, à la frivolité !

Tu es mortel comme ta consœur, et un jour endeuillé, tu t'éteins, tu meurs...

Mais alors ce jour, je ne saurais graver,

Sur ta tombe qu'un baiser et tes merveilleux rêves, mais par quelle entité honorés ?

Aurais-tu ton compte, serais-tu satisfait, si ce jour-ci , je ne t'offre,

Qu'une ombrelle noire comme la mort et une perle d'argent...

Vois-tu mon frère, en ces temps de brume, la lune elle-même ne sait plus où briller...

Elle sait à son tour, elle voit enfin rouler sur la peau des jeunes filles,

Toutes ces perles découlées de nos rêves de pacotille ! »


Mon regard se détourne alors enfin de l'astre du songe alors qu'est venue parcourir ma joue la fameuse perle de mercure qui attendait depuis si longtemps au coin de cet œil sec et vif.
Je l’aperçois enfin, le propriétaire de la fameuse voix... Il a l'air sur ses gardes, je ne le suis pas moins.
Que cherche-t-il ici, à cette heure ? Faut-il encore que nous soyons plusieurs, à prendre à témoins les cieux de nos rancœurs ?

Je le toise sans trop de discrétion, un sourcil arqué et la langue prisonnière de mes dents serrées.
Il n'est pas très grand, ses traits sont fins et marqués, ses cheveux un peu longs, mais pas trop. En tous cas certainement moins que ce diable gris de croque-mort ! Je lui scalperai bien cette belle boîte à néant qui est vissée sur son cou ! Mais je m'emporte toute seule en pensant à mon faux frère et en oublie presque cet homme-ci...

Cet homme... n'est pas repoussant...Cet homme... possède des attraits, comme tout individu...Cet homme...pourrait m'attendrir ou m'énerver...Cet homme...sent le tabac ou un lointain fumet moins galant encore (ce qui doit ravir ses synapses mais ne ravira pas mon odorat)...Cet homme...sera peut-être comme les autres...Cet homme...a un passé et une histoire...Cet homme...semble connaître la hantise de l'alcool....Cet homme...cherche à me voir, qui sait même, me frôler, me battre...Cet homme...est maître de son destin...Bref...Cet homme...m’indiffère....
Mais pour son effort de lyrisme, j'essaierai de l'écouter juste un peu, comme on écoute un artiste inconnu devant des amis fans et que l'on tâche de faire abstraction du "bruit" en leur souriant radieusement. Oh, je suis injuste ? Froide ? Cruelle ? Qui jugera de cela ? Qui en sait assez sur moi pour me dicter ma conduite ? Je ferais en sorte que cette personne n'éxiste jamais vraiment...

Mon regard se libère des entraves profondes de ses yeux pour se laisser glisser jusque son arme, ainsi donc les fines lames reviennent à la mode ? Je n'en ai vu que très peu jusqu'à présent, et j'ai certainement vu plus rarement encore, de vrais porteurs dignes de ce nom. Pour le moment, je ne vois qu'une once d'animosité en lui, tantôt alimentée par son souffle alcoolisé, tantôt calmée par nos envolées lyriques. S'il est assez sûr de lui pour manier ce genre d'atout en premier recours, je ne renoncerais pas à devenir offensive au moindre faux pas. Mais au vue de sa carrure, il me faudra frapper fort pour espérer le surprendre.

Pour l'heure, je patiente, ma rage au placard. En découdre si vite, précipité, mais après tout...
Si le sang devait couler ici, le ciel m'en soit témoin, dans tous les cas, je n'y serais pas pour rien !
Mais peut-être suis-je trop sanguine, il viendrait alors chercher l'isolement et dégager son esprit comme moi, se tenant uniquement sur ses gardes pour limiter les issues d'un éventuel combat.
Au fond, nous ne sommes pas si différents...Mais c'est presque une raison supplémentaire que je me donne de me méfier. Et s'il était vraiment comme moi, mais qu'à mon opposé,même si je n'arrive plus vraiment non plus à m'y tenir, garder le respect et s'arrêter une fois la supériorité acquise ne soient pas ses maîtres mots ? Il pourrait me tuer, ici, alors même que nous échangions des mots à l'instant ? Mais j'y pense, ces mots, n'étaient pas les siens...

Alors, et si, pour toutes ces raisons, pour changer, je le surprenais, en me surprenant...
C'est une idée, je ne la qualifie pas de bonne, mais elle se vaut...Essayons !

J'esquisse un petit sourire à peine remarquable et lui lance alors d'une voix...douce et neutre.
(Je vais pas lui faire du charme non plus...)

« Excuse-moi...Bonsoir...Je me prénomme Luna...Et me nomme Shitsu Chi...Quels sont tes qualificatifs ? Si je puis me permettre...»
J'en frissonne de dégoût, ces mots pompeux, même sur un ton neutre..On dirait l'autre là ! Déjà que je n'arrive pas à me le sortir de la tête, si en plus, maintenant, il déteint sur moi !

Vraiment, comment cette soirée va t-elle se terminer...?
#   Ven 25 Juil 2014 - 19:05
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La nuit s’étirait, longue et taciturne, couvrant consciencieusement l’incroyable pâleur qui s’affichait sur son visage à cet instant. Les yeux d’Hisméria dévoilaient dans l’intégralité l’état de noirceur dans lequel il se trouvait. Tel un homme vidé de toute émotion, purifié de toute peur. Mais comme sortant de l’ombre de la nuit, une douleur implacable et continue semblait alourdir ses pas, les rendant froid et mystérieux.
 
Le doute, la nostalgie mais aussi l’excitation envahissaient la personne peu à peu sans même connaître l'origine de ces sentiments. Un goût acidulé au bout des lèvres lui laissait l’étrange sensation que le hasard n’était pas maître de sa personne à cette heure et que ses pas ne l’amèneraient pas n’importe où.
 
Le vent caressait doucement ses cheveux bruns, tandis qu’Hisméria restait immobile et sur ses gardes. Au loin, une faible lueur surgissait de l’obscurité. Comme attirée par cette source, l’homme s’amusa à scruter la silhouette. La jeune femme de dos n’avait pas bougé. C’était comme si elle ne se souciait pas de la présence d’Hisméria.  
 
C’est alors que tous les souvenirs remontèrent à la surface. Parmi eux, un souvenir, celui qui marquait la toute dernière fois. Il l’avait blessé du plus profond de son âme. La laissant seule face à son destin. Sans aucune raison.  « Pourquoi ? » Cette question avait pris racine dans un coin de son esprit et ne l'avait plus quitté. Hisméria avait longtemps cherché une réponse, mais quand la réalité éclata au grand jour, ce fut bien pire. Le brun arborait à présent un magnifique sourire malveillant. Une lueur cinglante brillait alors dans la prunelle de ses yeux. Son souvenir fut rapidement estompé par le flot de parole de l’illustre inconnue :
 
- « Ainsi donc m'offrirais tu l'azur ?  Et ton amour, et tes broderies ? De belles paroles, mais des mots !  N'est-ce pas là que prétention ? Que de laisser ta vie, sans plus d'éloquence, à la frivolité ! Tu es mortel comme ta consœur, et un jour endeuillé, tu t'éteins, tu meurs... Mais alors ce jour, je ne saurais graver, Sur ta tombe qu'un baiser et tes merveilleux rêves, mais par quelle entité honorés ? Aurais-tu ton compte, serais-tu satisfait, si ce jour-ci , je ne t'offre, Qu'une ombrelle noire comme la mort et une perle d'argent... Vois-tu mon frère, en ces temps de brume, la lune elle-même ne sait plus où briller... Elle sait à son tour, elle voit enfin rouler sur la peau des jeunes filles, Toutes ces perles découlées de nos rêves de pacotille ! »
 
Au contact de toute cette poésie, Hisméria pouvait ressentir la colère montait en lui. Hisméria se concentra sur lui-même et se mis à trembler si fort que son corps semblait interagir avec petite molécules l’entourant. L’homme se rappela avec précision le sentiment qu’il avait ressenti la première fois que ses pouvoirs sont apparus. Cette tristesse heureuse coulant dans ses veines. Ce tourbillons de folie grandissant, à tel point qu’il était impossible de l’arrêter. Son expression changea brutalement et son expression s’assombrit. Comme si les ténèbres ne faisait plus qu’un avec ce qui le constitue. Corps et esprits s’alignèrent, formant une alchimie parfaite.  Ca y est-il était prêt. De nouveau, dans un élan lyrique Hisméria prononça :
 
- « Tu ne sais rien, mon frère, de la nuit, rien de ce tourment qui m’épuisait comme la poésie qui portait mon âme, rien de ces mille crépuscules, de ces mille miroirs qui me précipiteront dans l’abîme. Tu ne sais rien, mon frère, de la nuit que j’ai dû traverser à gué comme le fleuve dont les âmes sont étranglées depuis longtemps par les mers, et tu ne sais rien de cette formule magique que notre Lune m’a révélée entre les branches mortes comme un fruit du printemps. Tu ne sais rien, mon frère, de la nuit, qui me chassait à travers les tombeaux de mon père, qui me chassait à travers les forêts plus grandes que la terre, qui m’apprenait à voir des soleils se lever et se coucher dans les ténèbres malades de ma tâche journalière. Tu ne sais rien, mon frère, de la nuit, du trouble qui tourmentait le mortier, rien de Shakespeare et du crâne brillant qui, comme la pierre, portait des cendres par millions, qui roulait jusqu’aux blanches côtes, au-delà de la guerre et de la pourriture avec des éclats de rire. Tu ne sais rien, mon frère, de la nuit, car ton sommeil passait par les troncs fatigués de cet automne, par le vent qui lavait tes pieds comme la neige. » Thomas Bernhard
 
La jeune femme surprise se retourna. Hisméria pouvait ressentir d’ici la haine commune qu’il partageait.  Celle-ci s’exclama :
 
- « Excuse-moi...Bonsoir...Je me prénomme Luna...Et me nomme Shitsu Chi...Quels sont tes qualificatifs ? Si je puis me permettre...»
 
Sans véritablement savoir pourquoi Hisméria se mit dans un état de transe, somptueux mélange d’amertume et de souvenirs. Saisit de nouveaux par une vague d’émotion, l’homme se perdit dans ses pensées :
*
« J’ai crié son nom aux cumulus saturés de pluie, j’ai cherché désespérément ses bras, j’ai pleuré. Je suis lié à la vie qu’elle a laissée derrière elle. Son portrait hante mes songes qui étaient agréables avant, le souvenir de sa voix me fait perdre tout bon sens. Elle est là. Dans les stries de l’écorce, dans les affluents de pluie sur l’asphalte noire des allées de Terrae, dans les ombres des nuages, dans le reflet des vitres de l’institut, dans le ballet des feuilles. Elle est partie, mais elle est partout.
 
J’ai craché le désespoir qui me plongeait les yeux dans le noir. J’ai hurlé ma misère, écoutant au travers de mes pleurs mon pas qui cognait contre les dalles de l’institut. Je vomissais ma colère à la Lune qui brillait sur mes larmes rondes. C’était parti, envolé vers ce paradis inconnu auquel je ne croyais plus. Une tornade rageuse tournait autour de moi, me giflait de ses longs bras froids et anguleux. La tempête bouillante, la tempête du cœur qui rugit, qui crie, qui se démène de fureur.
 
Ça avait fait une semaine. Puis deux, puis trois. Ça avait fait quitter un kilo à mon corps, puis on avait vu les os. Ça m’avait rongé mon âme, puis il y avait eu des copeaux partout sur le sol. Ça avait empêché ma tête de s'assoupir une première fois, puis l’insomnie était devenue familière. 
 
Je ne sais pas ce que je convoitais en voyageant comme ça, dans l’ébène de la nuit. J’implorais peut-être au temps de rejoindre cette soirée-là pour remanier le cours des choses, pour empêcher cet enfoiré de la tuer et de la trainer par les cheveux après l’avoir froidement égorgé. Je ne sais pas, je ne sais plus. J’avais déjà su, mais le savoir s’est éclipsé, ma peine se troquant avec l’inimitié sauvage envers S.N.E …»
 
Sortant peu à peu de cette état, mais toujours aussi énervé, Hisméria d’une tonalité faussement calme prononça :
 
- Ne t’excuse pas, je vois très bien que tu es dans le même état de colère que moi. Sinon pourquoi serais tu sur ce toit ce soir à boire tout ce que tu sais ?  Pas besoin de le dissimuler sous toute cette élégance. Je me nomme Hisméria, Hisméria Altair. [Prononcé Alt’ Air] C’est une belle lame que tu as là. Comptes-tu t’en servir ? Ce n’est pas parce que tu es une femme que je t’épargnerais. Dans le cas contraire, je suis prêt à rengainer.  
 

Je ne m'envolerais jamais, pourtant je continue de m'arracher les ailes...

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