Terrae, Une nouvelle ère commence...

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Petite chose cassée [terminé]
Sam 20 Sep 2014 - 17:12
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Je reprends peu à peu conscience. Je me sens si faible. J'ai tellement mal à la tête. Mon esprit est un champ de ruine. J'ouvre les yeux et cligne des paupières pour clarifier ma vue. Je suis dans la pénombre, car les rideaux sont tirés. Je ne reconnais pas la chambre, ce n'est pas la mienne. Qu'est-ce que je fais là ? Je passe ma main sur mon visage et je sens la perfusion à l'intérieur de mon coude. Je la regarde ébahie. Gentiment, mes souvenirs me reviennent. J'ai fait cette mission avec... un master et une fille... Ludmila, oui, c'est ça, une initié Tonnerre. On devait aller chercher des enfants, mais ça ne s'est pas bien passé. Il y a eu un accident, j'ai été blessée. Je jette un nouveau regard autour de moi. Suis-je à l'hôpital ou entre les mains des scientifiques ? À en juger par le confort de mon lit, je pencherai plutôt pour la première idée. Je me rappelle ! Elle m'a téléportée loin de la bataille. Mais eux, qu'est-ce qu'ils sont devenus ? Kiyo, voilà le nom du master... est-ce qu'ils s'en sont sortis ? Je referme les yeux. Décidément, je ne me souviens pas. Je porte cette fois la main à ma tête, à l'endroit de ma blessure. Il n'y a plus rien, plus aucune trace visible. Je suis à Terrae ? Ou alors je suis restée dans le coma pendant plusieurs semaines, mois ? Pourquoi je suis si faible ? Ah oui... j'entends la voix de quelqu'un résonner dans mon esprit. J'ai perdu beaucoup de sang. Il me faut du repos. Je grimace, le blabla habituel. Au moins, maintenant, je suis sûre d'être en sécurité... sauf si j'ai à nouveau une hallucination. Je me souviens avoir rêvé d'Elio là-bas. Elio...

Pour en avoir le cœur net, je me pince le bras, ce qui m'arrache un petit cri faible. Je suis stupide, mais au moins, je suis éveillée... et en vie. Oui, je suis en vie. Je me mets à pleurer calmement. Je n'ai pas la force d'avoir des sanglots.

[...]

J'ouvre les yeux lorsque quelqu'un entre dans la pièce. Est-ce que j'ai dormi ? Je ne me souviens plus de mes dernières pensées. Je suis où ? Ah oui, à l'hôpital. C'est une femme qui est entrée, enfin je crois. J'ai de la peine à garder les yeux ouverts. Je vois trouble. La personne s'approche du lit et semble contrôler mes perfusions.

- Ils vont bien?

Ce n'est qu'un murmure. Je ne sais même pas si c'était audible. Ai-je vraiment prononcé ces mots ? Une main se pose sur mes cheveux avec délicatesse. Je referme les yeux.

- Oui, ils vont bien. Vous allez tous bien, ne te fais pas de soucis. C'est fini.

C'est fini... ces mots restent gravés dans mon esprit. C'est fini. Je lâche un faible soupir. La personne quitte ma chambre. Je suis à nouveau seule. Pour une fois, je n'aime pas ça. Moi qui adore la solitude, je me sens, à cet instant, très mal à l'aise. J'ai peur. J'ai toujours peur. Par contre, je n'ai plus mal à la tête. Est-ce que ce sont les médicaments ? Ou alors je suis en train d'aller mieux. Je reprends des forces... mais je n'ai pas envie d'être seule. J'ai besoin d'une présence, de quelqu'un pour me rassurer. J'ai envie de crier pour qu'on s'occupe de moi. Je me sens si mal...

Des bribes de souvenir me reviennent : des poupées de chiffon, des scientifiques, un coup de feu, du vent, un escalier, du sang. C'est si confus dans ma tête. J'essaie de recoller les morceaux, mais c'est trop dur. C'est encore trop tôt, trop de souffrance... mais il faut que je sache ce qui s'est passé exactement. Comment on s'en est sorti, pourquoi j'ai été blessée,... je pose ma main sur mon ventre. Je me souviens de mon état nauséeux. J'ai l'impression d'y être, mais sans les images. J'ai ce malaise au fond de moi. Je sais qu'il s'est passé quelque chose. Qu'est-ce que j'ai fait ? Ou peut-être, que n'ai-je pas fait ?
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Dernière édition par Selvi Sayanel le Ven 12 Aoû 2016 - 11:56, édité 1 fois
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Jeu 25 Sep 2014 - 22:25
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Je regarde autour de moi pour voir où je suis arrivé. Quel idiot. Ca ne fait que quelques jours que je suis arrivé ici et déjà je commence à me perdre dans les pensées en marchand. Comme si je demanderais de me perdre. Et bien évidemment, maintenant que je regarde autour de moi, c’est bien le cas, parce que je n’ai pas la moindre idée où je suis. Merde.

Bon calme-toi. Calme-toi et regarde. Ca ne va quand même pas être impossible de deviner où je suis. Je me focalise sur mon entourage. Un couloir, rien de spécial, si ce n’est pour le blanc parfait des murs. L’infirmerie ? Non, ce n’est pas possible, l’infirmerie est plus petite que ça. Du moins, c’est ce que je pense. Mais alors, si je ne suis pas arrivé à l’infirmerie, alors je suis où ? Il n’y a quand même pas mille solutions.

C’est alors que je remarque l’odeur qui m’entoure. J’aurais dû la remarquer bien plus tôt que ça, surtout qu’elle a tendance à me rendre malade. Anti-sceptiques. L’odeur type des hôpitaux. L’odeur qui fait penser les gens à un endroit où ils peuvent être soigné, eux où quelqu’un qu’ils aiment. Mais pour moi, cette odeur et cet endroit ne réveil pas des souvenirs de ce style. Pour moi, un hôpital n’est pas un lieu de soin, mais un lieu de mort. Pour moi, ce n’est pas un lieu où on aide les gens, main un lieu où on les abandonne. Comme on l’a fait avec moi plus d’une seule fois juste parce que j’étais un ‘gamin de rue’…

Je secoue ma tête. Ce n’est pas le moment de penser au passé. C’était dans une autre vie. Une vie qu’il faut que j’oublie si je ne veux pas contaminer celle que je vais peut-être pouvoir commencer ici…

Un soupir m’échappe. Voilà que je recommence. Pourquoi je continue à penser à ça, à recommencer une vie comme si la précédente était terminée ? Ce n’est pas le cas, je le sais pourtant. Chaque humain n’a qu’une seule vie et cette vie se termine uniquement avec la mort. Il y a ceux qui n’ont pas de chance et qui meurent trop tôt. Il y a ceux qui sont chanceux et qui survivent alors que des dizaines d’autres meurent en même temps. Et il y a ceux qui sont maudit comme moi : ceux qui survivent uniquement pour apprendre que leur vie était épargné parce qu’ils ne valaient même pas la peine d’être tué avec ceux qu’ils aimaient, mais qui au lieu de ça ont été laissé en vie pour que le froid et la famine les finissent.  Ceux qui sont maudit à continuer à vivre après avoir vu leur monde entier s’écraser et mourir devant leurs yeux… par la dernière personne qu’ils auraient pensé avoir capable de le faire.

Je soupire. Quel idiot je fais. Ca va me mener à quoi si je continue à m’acharner sur le passé, au juste ? A rien. Alors je peux aussi bien laisser ce passé derrière moi et continuer à vivre. Comme j’ai fais avant d’avoir découvert la vérité sur ce massacre.
Il y a quelque temps que les pensées de cette nuit m’on presque fait chialer comme un gosse. Plus maintenant. Maintenant… il y a des moments où je ne ressens rien du tout. Comme si j’étais vide. Le plus souvent quand je pense à cette nuit. Ou à la nuit quand j’ai appris la vérité…

« Hmmm ? Qu’est-ce qu’il y a ? Vous êtes venu visiter quelqu’un ? Je peux Vous aider trouver la bonne chambre, si Vous voulez. »

Je cligne mes yeux quand je suis à nouveau arraché de mes pensées et ramenée à la réalité, cette fois par une voix d’une jeune fille, probablement une infirmière. J’ai à nouveau marché sans regarder où je vais, comme j’ai tendance à le faire quand je me perds dans mes pensées, mais cette fois-ci, au moins, je suis tombé sur quelqu’un et pas un couloir vide.

« Non, mademoiselle. Je suis vraiment navré de Vous déranger, mais je suis nouveau dans l’établissement et j’ai bien peur de m’avoir perdu. Pourriez-Vous  m’indiquer où se trouve la sortie ? »

J’ai bien avoir vécu dans la rue pour une grande partie de ma vie, mais je n’ai pas quand même oublié les manières que mes parents m’ont fait apprendre dès que j’ai commencé à apprendre à marcher et parler. L’infirmière sourit et me donne des instructions pour retrouver ma route et je m’incline devant elle en lui remerciant avant de m’en aller. Encore une habitude que je ne vais probablement jamais perdre et qui va me rappeler mes origines. Ma famille. Le bonheur que j’ai pensé je vais toujours avoir.
Je me re-concentre sur la route que je dois prendre cette fois. Droit, droit, gauche, tout droit et… voilà, ça devrait être la sortie. J’ouvre la porte sans hésitation… et tombe dans une des chambres occupées par une des patientes.

Mais, comment j’ai fait ?! J’ai suivi les instructions de l’infirmière, je pris à droite, encore à droite, puis gauche, puis tout droit… et merde, je suis un idiot. Elle m’avait dit ‘droite, gauche, droite’, pas ‘droite, droite, gauche’. Merde. Voilà pourquoi je ne devrait pas me perdre dans mes pensées quand je marche dans un lieu que je ne connais pas.

Je jette un coup d’œil discret sur la personne qui occupe le lit. C’est une fille avec des longs cheveux bruns, mais je ne peux pas dire plus que ça. Ca, et le fait qu’elle ne dort pas en ce moment, puisque ses yeux se fixent sur moi. Merde, merder et puis merde encore. Heureusement que je suis plus qu’habitué à ne pas montrer trop mes sentiments.

« Veuillez excuser mon intrusion, je Vous prie. Bien que ça n’explique dans aucun cas mon entré brusque, croyez-moi que je n’avais aucune intention de Vous déranger, je me suis uniquement perdu en route. Pardon. »

Je m’incline par habitude, cette fois-ci pour montrer que mes excuses sont sincères avant de reculer doucement, ma main sur le poigner de la porte pour la refermer en sortant.

Je jette un dernier coup d’œil sur la fille avant de partir et je me retrouve figé. Il y a quelque chose dans son regard. Quelque chose que je connais bien, une sorte de lumière que j’ai souvent vue dans mer propres yeux quand je regardais dans un miroir – ou n’importe quoi d’autre qui pourrait me donner un reflet. Son regard était celui de quelqu’un qui, en ce moment précis, ne voulais pas être seul. Mais moi, je ne connais pas cette fille. Je ne pense pas que ma présence puisse l’aider à se sentir plus à l’aise. Et pourtant, j’hésite. Je ne devrais pas, mais j’hésite.
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Dernière édition par Kurei Yataro le Lun 8 Aoû 2016 - 2:48, édité 1 fois
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Sam 27 Sep 2014 - 20:04
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J'ouvre les yeux sur ma chambre d'hôpital. Combien de temps s'est-il écoulé depuis la dernière fois que j'ai repris conscience ? Je n'en sais rien. Le temps est devenu, pour moi, une notion très subjective. Les rideaux sont à présent entre-ouvert, ce qui laisse filtrer un rayon de soleil. Il fait jour et cette lumière me réchauffe le cœur. Vivre dans l'obscurité à quelque chose de déprimant et j'avoue ne pas avoir besoin de ça pour le moment. Je me sens suffisamment mal comme ça. Je suis toujours seule. J'ai l'impression d'avoir reçu de la visite dans mon sommeil... ou mon état semi-conscient, je ne sais pas trop. Mais si quelqu'un est effectivement venu me voir, il est reparti à présent. Je déteste cette chambre. Elle est trop froide, trop blanche... trop vide. Mes pensées sont un peu plus claires à présent, mais c'est tellement changeant. Je sais que je passe d'un état lucide à un état totalement confus en un instant. Je suis tellement instable. Je soupire. Je ne me souviens toujours pas de ce qui s'est vraiment passé. Peut-être que ma blessure a endommagé ma mémoire ou alors c'est simplement le choc émotionnel qui me prive de mes souvenirs. Machinalement, mais lentement, ma main vient caresser le côté de mon front. Réfléchir me provoque un mal de tête horrible. Décidément, je ne vais vraiment pas bien. Moi qui adore réfléchir d'habitude, qui réfléchit trop même, me voilà condamnée à ne pas le faire si je ne veux pas imploser.

Mon regard vient se poser sur la fenêtre. J'aimerais qu'on vienne m'expliquer ce que j'éprouve, depuis combien de temps je suis là, ce qui va advenir. L'inconnu, l'ignorance me ronge. Parfois, lorsque je suis éveillée, j'envie mes moments d'inconscience, car alors, je ne réfléchis plus. Je me laisse guider... J'ai soudainement envie de me lever pour aller me placer devant la fenêtre. C'est impressionnant cette attirance pour la lumière. Je prends une grande inspiration. Je me sens encore tellement faible. Je ferme les yeux, imagine que je me lève, que je me tiens debout dans la lumière et qu'elle me guérit. Je ressens sa chaleur, mais lorsque j'ouvre les yeux, tout disparaît. Non, je n'ai pas bougé. Je soupire une nouvelle fois et je sens les larmes me monter aux yeux. Pourquoi je pleure, là ? Je suis si pathétique. Je m'essuie les joues avec ma main, mais cela ne sert à rien. J'ai envie de crier, de hurler, mais, à la place, je reste allongée dans mon lit d'hôpital, sans rien faire d'autre que pleurer. Pourquoi est-ce que je me sens si mal ? Je suis en vie, je devrais profiter de cette chance qui m'est offerte, je devrais respirer la joie de vivre... Alors pourquoi ? Pourquoi je souffre ?

[...]

Ah, je me suis, à nouveau, assoupie. Mes joues sont sèches, ce qui me donne une indication sur le temps écoulé. Je tourne ma tête vers la fenêtre et, cette fois, je prends la décision de vraiment essayer de m'en approcher. Je rassemble mon courage et ma volonté. Je dois au moins tenter ! Je jette un coup d’œil à mes perfusions et je remarque qu'elles ont changé depuis tout à l'heure. Une infirmière est donc venue me voir. Je reporte mon attention sur la lumière. C'est elle qui va me donner la force, me guider. Je prends appui sur mon lit avec mon coude et me redresse légèrement. Tout se met à tourner autour de moi et je me relaisse tomber contre mon coussin, haletante. Je sens les larmes qui reviennent, mais je les chasse cette fois-ci. Il faut que j'arrête de pleurer tout le temps ! Je suis trop impatiente, je ne suis pas encore assez forte. Je me sens si inutile... lamentable...

Soudain, la porte s'ouvre sur un jeune homme. Je cligne des yeux plusieurs fois, surprise. Il ne porte pas l'habit des infirmiers ou des médecins. Son visage ne me rappelle rien, rien du tout. Je me peux m'empêcher de le fixer. C'est la première personne que je vois depuis la mission... enfin je crois. Mes premiers souvenirs de cette chambre sont très flous. L'homme doit avoir mon âge, ou pas loin. Il a des cheveux noirs, mi-longs. Sa peau est assez pale et il semble plutôt musclé.

« Veuillez excuser mon intrusion, je Vous prie. Bien que ça n’explique dans aucun cas mon entré brusque, croyez-moi que je n’avais aucune intention de Vous déranger, je me suis uniquement perdu en route. Pardon. »

Sa voix... elle est si... si belle. Un ton grave qui me rappelle un peu la voix d'Elio. Je retiens un soupir, il faut que j'arrête de penser à lui. Le jeune homme s'incline, puis se met à reculer lentement, avant de s'arrêter net en me fixant. Je le regarde, presque suppliante. J'aimerais tellement qu'il reste. On ne se connaît pas, mais je m'en fiche. J'ai besoin d'une présence, peu importe laquelle. C'est égoïste, je sais, mais j'avoue qu'en ce moment, je n'y pense pas. Je le vois hésiter. A-t-il perçu de la détresse dans mon regard ?

- Ne pars pas...

Ma voix est faible et un peu rauque. Je cligne des yeux.

- Ne me laisse pas seule...

Je sens à nouveau les larmes qui me montent aux yeux, j'ai la gorge sèche.

- S'il te plaît...

Ce n'est plus qu'un murmure et je me mets à pleurer calmement. Décidément, je ne sais faire que ça, mais il faut croire que c'est ce dont j'ai besoin. Je détourne la tête, honteuse de ma faiblesse. Que va-t-il penser de moi ? Je dois avoir l'air si pathétique. Il va se sentir obligé de rester maintenant. Il doit avoir pitié de moi, oui... Ma poitrine est soudain secouée de sanglots. J'espère qu'il va rester. J'en ai tellement besoin. Je ne supporte plus cette chambre, je ne supporte plus l'obscurité, je ne supporte plus cette solitude. J'ai l'impression de mourir à nouveau, abandonnée de tous. Je me sens, à nouveau, nauséeuse et pose ma main sur mon ventre. À nouveau, cette envie de hurler me prend, mais je garde tout. Je crois... je crois que pleurer est la seule manière que j'ai trouvé de m'exprimer... Je me tourne sur le côté, dos à la porte, et me recroqueville. Pourquoi j'ai si mal ? Et pourquoi n'ai-je pas droit à la lumière ? POURQUOI ?!?!
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Sam 27 Sep 2014 - 22:56
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Mes yeux s’élargissent quand j’entends son murmure suppliant. Le fait qu’elle ne veut pas être seule ne m’étonne pas tellement. C’est plutôt qu’elle m’a demandé de rester qui est surprenant. Après tout, elle ne sait rien de moi, ni moi d’elle. On est des étrangers parfaits. Pourquoi voulait-elle que je reste ?

Un soupir m’échappe et je passe une main dans mes cheveux. Je n’ai pas besoin de réfléchir pour connaitre la réponse, après tout, à une époque, je ressentais quelque chose de comparable. Un besoin presque inexplicable d’avoir quelqu’un à mes côtés, peu n’importe qui. Ce sentiment, j’ai pu le lire dans les yeux de la jeune fille pendant l’instant brève qu’elle ma regardé avant de se détourner. Elle pleure. Je serre mes dents. Son regard à lui seul aurait probablement été assez pour me faire rester – pas tellement parce que cette fille me fait pitié que parce que je la comprends, et je comprends comment elle se sentirait si je l’ignorais. J’avais été à sa place assez des fois pour savoir, bien que les circonstances n’étaient pas tout à fait les mêmes. Son regard aurait vraiment été assez pour assurer que je reste. Mais maintenant qu’elle pleure…

Je ferme les yeux avant d’entrer dans la chambre et fermer la porte doucement derrière moi. On aurait pensé qu’après ce qui c’est cette nuit et ma façon de vivre qui a suivi, je serais plus fort et plus capable d’ignorer les besoins des autres. Après tout, dans la rue, c’est chacun pour soi. Ou plutôt, ce qui était mon cas, tout le monde s’entre aide sauf le survivant des Yataro, à savoir moi. Moi, j’ai du me démerder tout seul. On aurait vraiment pensé qu’une telle sorte de vie m’aurait appris d’être égoïste, de penser qu’à moi-même… Et pourtant, je suis faible, je ne peux jamais détourner quelqu’un qui me regarde avec un tel regard, encore moins si la personne se met à pleurer juste après. Ce type de regard et des larmes sont ma plus grande faiblesse, je le sais… ou peut-être ma plus grande force. Qui sait. Ce qui est sûr, c’est que je ne partirais pas. Pas de suite. Je ne peux pas.

Je m’approche lentement du lit en hésitant. Elle veut que je reste, d’accord, mais après, que faire ? Que dire ? Ma tête est vide d’idées. D’habitude, jusqu’à ce que j’ai appris que personne ne m’aiderais, que ma survie ne dépendait que de moi-même parce que personne de la ville ne s’intéressait à mes appels à l’aide, la situation était inverse. C’était moi qui voulais que quelqu’un vient vers moi, que quelqu’un me tienne compagnie. Et ces appelles n’ont jamais étés entendus par qui que ce soit. Par conséquent, maintenant que je me trouve dans une situation inversé, je n’ai aucune idée de comment réagir, et encore moins de quoi dire. La seule chose que je sais, c’est que je voudrais qu’elle se calme. Mais comment faire… ?

Mes pensées se tournent à nouveau vers le passé. Quand c’était moi, le petit gamin dans la rue qui avait besoin d’aide, qui était chassée par les fantômes des souvenirs des horreurs récentes et qui voulait surtout que quelqu’un vienne vers lui, j’ai voulu que cette personne fasse quoi ? Je voulu entendre quoi ? C’était facile de me rappeler. Ce que j’ai voulu entendre était des mots que tout autre enfant aurait voulu qu’on lui dise dans une situation pareille. Et en regardant la jeune fille dans le lit, quelque chose me dit que ces mots peuvent être exactement ce dont elle a besoin d’entendre, tout comme moi à l’époque. Alors je pose une main sur son épaule, en espérant que cela la calmerait.

« Ne vous inquiétez pas, tout va bien maintenant. Vous n’êtes pas seule et vous ne le serrez pas si vous ne le désirez pas. Je resterais si vous le souhaitez. »

Il y a une chaise à côté de son lit et je décide de m’assoir en attendant que la fille se tourne vers moi à nouveau. Je la regarde pour quelques instants avant de détourner mes yeux. Elle a l’air si petite, si faible, si fragile… elle me rappelle Liryo quand je l’ai trouvé pour la première fois. Liryo aussi étais blessé, malade et affaibli quand je l’ai trouvé, et malgré avoir été à moitié mort moi-même, j’ai quand même décidé de m’occuper de lui. Je ne regrettais pas non plus, loin de là, puisque le chaton est jusqu’à aujourd’hui le seul qui je peux appeler un ami… mais pourquoi la plus part de mes premiers rencontres avec des gens arrive dans des situations pareilles ?

Question bête, je sais. Après tout, dans une situation normale, les autres gens ne me remarquent pas quand je ne le veux pas, ce qui veut dire presque toujours, et moi, j’ignore ceux qui m’entourent. Mais quand il y a quelqu’un de blessé ou affaibli, je ne peux jamais détourner la tête. C’est ma seule et unique faiblesse, je pense. Ou peut-être ces dernières traces de compassion sont le dernier signe que je suis encore humain, et non pas une plante capable de se mouvoir.

« Peux-je savoir votre nom ? Le mien est Kurei. Kurei Yataro. »

D’habitude, je ne suis pas le premier à me présenter ou à commencer une conversation. Mais vu la situation, et la détresse que la jeune fille ressent probablement en ce moment, quelque chose me dit que le silence n’est pas une chose dont elle a envie en ce moment. Donc, je parle. Ou j’essaye, au moins. La conversation n’a jamais était mon point fort, mais dans une situation comme ça, je ferrais un effort. Parce que je sais qu’il y a quelques années, c’était moi à la place de cette jeune fille. Parce que je sais qu’est-ce qu’on ressent quand personne ne réponds. Parce que c’est un sentiment que je ne souhaite à personne.
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Dernière édition par Kurei Yataro le Lun 8 Aoû 2016 - 2:47, édité 1 fois
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Jeu 2 Oct 2014 - 20:20
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A travers mes sanglots, j'entends la porte se fermer, mais je ne bouge pas. L'inconnu est-il parti ? Je ne sais pas. Oui, je pense. Il a sûrement profité du fait que je lui tournais le dos pour s’éclipser. Après tout, c'est normal, on ne se connaît pas et je pleure. Il n'y a rien de pire pour mettre les gens mal à l'aise. Je fais tout de travers, mais je n'y peux rien. Mes mains se mettent à trembler légèrement. Est-ce que je vais devenir folle ? Je suis en train de perdre le contrôle de moi-même. Mon esprit m'échappe par moment. Oui, c'est sans doute ce qui va arriver. Je vais me noyer dans mes larmes et lorsque mon corps sera complètement sec, alors mon cerveau abîmé se déconnectera... démente. Cette idée augmente un peu plus mon état de panique. Je vais mourir dans ce lit, seule et folle... et je l'aurai mérité, parce que je ne suis qu'une lâche inutile. Qu'est-ce que ça fait mal ! Des images floues et des voix s'imposent à mon esprit. Je ferme les yeux pour ne pas voir la pièce tourner. Quand est-ce que tout cela va s'arrêter ? Je me revois à l'école... avant Terrae, le jour où j'ai appris que Jenny était partie, le jour où elle m'a abandonnée. Le pire, c'est que c'est cet imbécile de Brian qui me l'a annoncé avec un immense sourire, mon tortionnaire. Je n'ai pas voulu le croire. Je suis partie en courant et j'ai fouillé dans toute l'école. J'ai eu peur qu'il ne lui ait fait du mal pour m'atteindre, mais elle n'était nulle part. J'ai fini par aller chez elle et c'est là que j'ai compris. Je suis alors tombée dans l'herbe et ai pleuré, comme depuis que je suis dans cette chambre. Je n'ai arrêté de pleurer que lorsque le master est venu me chercher... Il me sortait de cet enfer. Je savais que je ne retrouverais pas Jenny à Terrae, mais au moins je quittais mon école. Je quittais ma mère, l'appartement et cette atmosphère oppressante et triste. J'avais une seconde chance. Mais comment faire aujourd'hui pour m'en sortir ? Je suis déjà à Terrae, or, à présent, ce n'est plus une terre d'accueil comme auparavant. Nous sommes en guerre. Je n'ai rien demandé, moi ! Pourquoi est-ce qu'on ne nous fout pas la paix. Tout ça c'est à cause de ces scientifiques ! Je sens ma tristesse profonde se changer légèrement en colère, mais je lutte. Ce n'est pas en m'énervant que je vais améliorer les choses. Je repense à Maman et je me souviens y avoir déjà pensé lorsque j'attendais contre cet arbre. Oui, cela me revient, mais ces images sont accompagnées de ce que je ressentais alors. Douleur, pure douleur...

Soudain, une main se pose délicatement sur mon épaule et la belle voix s'élève, par-dessus mes sanglots, pour me rassurer, pour me dire que je ne suis plus seule. Ce contact m'apaise instantanément. Il n'est pas parti. J'ai vraiment dû lui faire pitié. Je ne me retourne pas tout de suite, mais je l'entends s'asseoir sur une chaise. Un léger silence s'installe, coupé par le bruissement des draps lorsque je me décide à bouger, après m'être essuyé les yeux. Je pleure toujours, mais calmement à présent. Mon interlocuteur ne me regarde pas et semble perdu dans ses pensées. J'en profite pour le fixer. Il a l'air mélancolique. Il finit par relever la tête, mais je ne détourne pas les yeux. Finalement, j'arrive à me détacher de ma propre personne, à penser un instant à autre chose, il m'intrigue. Pourquoi est-il resté avec moi ? Cela doit certainement avoir un lien avec son passé, mais je ne le questionnerai pas là-dessus. J'ai moins peur maintenant qu'il est là, près de moi. De sa belle voix, il se présente et me demande mon nom. Je cligne des yeux, sentant venir la fatigue, mais je lutterai. Je ne vais pas abandonner maintenant que j'ai de la compagnie.

- Selvi Sayanel

Mon ton est neutre. C'est le mieux que je puisse faire pour l'instant. Le silence s'installe à nouveau entre nous, coupé, par moment, par mes reniflements. Je n'ai pas spécialement envie de parler. J'ai juste besoin d'une présence, mais je sais comme l'absence de bruit peut être oppressante pour certaines personnes, je cherche quelque chose à dire. Mon cerveau fonctionne malheureusement au ralenti. La seule idée qui me vient à l'esprit peut paraître enfantine, mais, je crois que dans mon état, c'est exactement ce qu'il me faut. Je sais que je vais le mettre dans l'embarras, mais ça m'est un peu égal. Désolée... je n'ai ni l'envie, ni la force d'être altruiste en ce moment.

- Tu... tu veux bien me raconter une histoire ?

Mon regard est suppliant. Kurei est le seul à pouvoir me réconforter... pour l'instant du moins. Ça peut paraître bizarre de s'abandonner comme ça aux bons soins d'un étranger dont je ne sais rien d'autre que le nom, mais je sens... je sais que je n'ai pas le choix. J'ai l'impression d'être une gamine de dix ans qui demande à ses parents de lui raconter une histoire avant de s'endormir. Je crois... que la jeune femme de dix-sept ans est allée se réfugier à l'abri en attendant que la tempête passe. Dans ma tête, il ne reste plus que des débris...
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Mer 15 Oct 2014 - 18:02
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Humeur : Interchangeante et difficile à deviner quand elle diffère à la norme

Selvi Sayanel. Hors de question que ce soit un nom Japonais. Cela ne me surprend plus. Terrae se trouve sur Tokyo, certes, mais j’ai déjà remarqué qu’il y a ici bien plus que des Japonais. En fait, il me semble qu’il y a bien plus des étranges que des gens de l’île elle-même. Brièvement, j’essaye de deviner de quel pays cette jeune fille peut bien venir, mais mon intérêt disparaît aussi soudainement qu’il est arrivée.  Il y a des choses plus importantes que je dois adresser, et du silence qui s’est installé à nouveau entre la jeune fille et moi, je conclue qu’elle n’a pas tellement besoin de quelqu’un pour parler avec elle, mais juste de quelqu’un qui soit là, à ses côtés.

Maintenant que j’y réfléchie, c’est la première fois depuis que je suis arrivée à Terrae que j’ai trouvé un endroit aussi calme. J’ai entendu parler qu’il y a une forêt pas trop loin, peut-être même sur le terrain de l’école elle-même, mais je n’ai pas encore réellement eu le temps d’aller le chercher. Ca va probablement être une des premières choses que je ferrai après. Ce calme m’a manqué. Il y a quand même une sacrée différence entre être seul bien qu’on soit entouré des gens, et être vraiment seul, et je ne réalise que maintenant jusqu’à quel point cette solitude complète et totale et le calme que j’associe avec m’a manqué. La seule chose qui manque sont des bruits naturel des alentours pas encore touchés par l’homme, les odeurs des plantes… mais je n’ai pas a l’imaginer beaucoup avant que mes sens soient persuadés que je me suis trouvé soudainement dans une forêt ou une autre. Mais l’illusion est brisée par la voix de la fille dans le lit alors qu’elle me pose ce qui était certainement une des dernières questions que je pourrais imaginer qu’elle me posera.

« Tu… Tu veux bien me raconter une histoire ? »

Je lève une paupière (quand ai-je fermé les yeux ?) et je la regarde d’un coin de l’œil. Son visage, vu de près, me dit que ma première supposition était probablement la bonne, elle a à peu près mon âge, mais ses yeux disent une toute autre histoire. Décidemment, peu n’importe ce qui l’a mis ici et dan l’état dans lequel était a du être assez traumatisant. Quelque chose me dit que ça aurait été plus anormal si elle se comporterait comme je suppose elle se comporte normalement que son comportement actuel, un comportement que j’aurais associé plus à une petite gamine qui a peur du noir à cause d’un cauchemar qu’à autre chose dans une situation moins… complexe, disons.

Je referme les yeux et j’incline ma tête en arrière, une tentative que je sens inutile de trouver une histoire dans ma tête que je puisse lui raconter comme elle me le demande. Je sais bien pourtant que mon enfance était loin de la vie d’un enfant qui écoutait des histoires, que ce soit celles racontés par ses parents avant d’aller dormir ou celles qu’on pouvait lire dans des livres d’enfants une fois que les lettres et le mots écrits ne sont plus de la magie noire dans les yeux de l’enfant en question. Et effectivement, ma tentative de trouver quelque chose dans mes souvenirs n’apporte aucun résultat. J’aurai vraiment dû appeler quelqu’un d’autre pour s’occuper de cette jeune fille, parce qu’il est de plus en plus clair que moi, j’en ai pas la moindre qualification. Pourquoi n’ai-je pas fais ça ? Pourquoi rester avec elle ?

Ah oui… parce que je comprends comment elle se sentirait si je partirais. Bien sûr.

« J’ai bien peur que je suis la pire personne possible pour demander une question pareille. Le mieux que je puisse vous proposer est une tentative d’improvisation… »

Mes paroles se perdent quand une image apparaît dans ma tête : une image d’un livre que je lisais avant d’aller dormir, une fois que j’ai appris à lire. Un livre qui m’était offert par mon père, un livre parlant d’une des beaucoup des choses que j’ai dû apprendre, et le seul truc que j’ai voulu apprendre à cet âge. La mythologie de mon pays, les mythes du Japon. Il doit y avoir au moins un ou deux qui pourrait être adapté à la situation, non ?

« A moins que vous serrez intéressé par l’histoire de la princesse Kaguya ? »
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Dernière édition par Kurei Yataro le Lun 8 Aoû 2016 - 2:46, édité 1 fois
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Dim 19 Oct 2014 - 0:00
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Après avoir posé ma question, je fixe Kurei, attendant sa réponse. Il paraît surpris, ce qui est normal, puis emprunté. Il réfléchit, ça se voit, mais peut-être ne connaît-il pas d'histoire ? Ce serait tellement dommage. D'une main, je viens me masser le front, car la douleur a repris. Je ferme les yeux et écoute le silence qui s'est installé. Je ne sais pas si le médecin me donne des médicaments, mais si c'est le cas, ça ne fonctionne vraiment pas bien du tout. Mes maux de tête s'estompent au bout de quelques minutes généralement, mais c'est assez pénible. Je n'ai pas encore eu l'occasion de parler avec un infirmier ou un docteur, enfin pas que je m'en souvienne... quoi que, il y a des choses que je sais que quelqu'un a bien dûes m'apprendre. Oh, je ne sais plus. Réfléchir n'arrange rien à mon état.

Kurei ne brise pas le silence. Il doit certainement être en train de chercher... ou alors il a abandonné. S'il ne trouve rien, ce n'est pas grave. Je ne lui en voudrai pas. Ça je suis encore capable de faire. J'ouvre un instant les yeux et perçoit son trouble. Je crois qu'il regrette d'être resté. Je retiens un soupir. Je suis de très mauvaise compagnie malheureusement. Un flash me revient, une dispute entre mes parents alors que nous sommes à table pour le dîner. J'aurais aimé partir me réfugier dans ma chambre, mais je ne pouvais pas quitter ma place. J'étais tellement mal à l'aise, apeurée et triste de la situation. Sans doute mon interlocuteur ressent-il un peu la même chose... enfin pour ce qui est d'être mal à l'aise et de vouloir partir seulement...

Mon visiteur prend alors la parole pour m'annoncer, comme je le pensais, qu'il n'est pas la personne la plus appropriée pour ce genre de tâche. J'en conclue qu'il ne trouve pas d'histoire à me raconter. Il me propose par contre d'improviser. J'ouvre à nouveau les yeux et le fixe. Il semble songeur. Pense-t-il déjà à ce qu'il va devoir inventer ? L'exercice est délicat et je doute qu'il parvienne à un résultat concluant, mais en fait, je m'en fiche. J'ai juste envie qu'il me parle, que j'aie juste besoin de l'écouter. Soudain, Kurei reprend la parole pour me proposer l'histoire de la princesse Kaguya. Je me contente de hocher la tête et me cale comme il faut dans mon coussin, prête à écouter. J'espère avoir assez de force pour rester concentrer et ne pas m'assoupir. Avant qu'il ne commence, je tourne la tête vers les rideaux toujours entre-ouvert. Le rayon de soleil illumine toujours le sol de la pièce au pied de mon lit.

- Avant de commencer, tu voudrais bien ouvrir un peu les rideaux. J'aimerais sentir la chaleur du soleil sur ma peau...

Ce n'est qu'un murmure. Je n'ose pas regarder mon visiteur, tant ma requête semble étrange. Je ne sais pas s'il va comprendre, je ne sais pas s'il va le faire, mais je sens qu'en plus de cette présence inestimable, j'ai besoin de lumière. S'il te plaît Kurei. Je sais que je t'en demande beaucoup et que je profite de la situation, mais j'ai besoin de ça. Je soupire, car mon égoïsme commence gentiment à m'ennuyer. Je remarque soudain que je me sens moins mal. Oh, ce n'est pas la grande forme et je suis encore cette petite chose cassée perdue dans les draps blancs de son lit d'hôpital, mais je ne suis plus seule. Je suis un peu plus rassurée.
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Jeu 23 Oct 2014 - 13:41
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Mon regard se lève vers les rideaux semi-ouverts. Il y a à peine assez de lumière qui passe pour voir sans problème, mais les rayons de soleil et la chaleur qu’ils apportent habituellement ne parviennent pas au lit de la jeune fille. La chambre d’hôpital n’est pas froide, certes, mais je dois avouer que maintenant qu’elle en parle, j’ai envie de voir la lumière de soleil moi-même. Voir le soleil caché derrière quoi que ce soit, des nuages ou des simples rideaux, deviens assez déprimant  à longue durée.

Je fais attention en ouvrant les rideaux pour que le soleil entrant dans la pièce n’atteigne pas les yeux de la jeune fille dans le lit et ne l’ébloui pas. D’un instant à l’autre, la pièce semble  devenir juste un peu plus accueillant, aussi débile que cela ne puisse paraitre. Je n’ai peut-être que ouvert les rideaux et je n’ai aucune idée de ce que ça peut changer pour Sylvie, mais je sais que personnellement, le soleil à tendance à me relaxer et me mettre moins mal à l’aise. Et cet instant n’est pas une exception à la règle.

« Donc, le compte de la princesse Kaguya. »

Je m’assois à nouveau, cette fois-ci au bord du lit pour que je puisse aussi profiter des rayons qui éclaircissent la chambre, mes bras en arrière pour me supporter et un sourire léger aux lèvres. Et tiens, c’étais quand la dernière fois que j’ai sourit, au juste ?

« C’est une histoire d’un vieux coupeur de bambou qui vivait seul avec son épouse, mais qui n’avait pas des descendants. On l’appelait Taketori-no-Okina. Un jour, quand il était en train de récolter le bambou comme tous les autres jours, il trouva une canne de bambou reluisante, semblant être fait d’or. Quand il la coupa, il découvrit à l’intérieur une petite fille-bébé, à peine aussi grand que son pouce. Il l’amena chez lui et, ayant toujours voulu des enfants, l’éleva avec son épouse comme si elle était sa propre fille. Et en vu des circonstances dans lesquels il l’a trouvé, il l’a baptisa Kaguya-hime, la princesse lumineuse. Pas longtemps après avoir trouvé la petite fille, il trouva dans une autre canne de bambou une pépite d’or, ce qui lui permit de vite devenir plus riche qu’il ne le jamais espéra. »

Ca me surprends moi-même, mais je me trouve à raconter cette histoire avec mes propres mots, bien que j’aurais pu faire de la citation mot à mot du livre tellement des fois j’ai lu cette légende. C’était une de mes préférés. Et maintenant que je la partage avec quelqu’un d’autre, elle me semble encore plus émouvante et belle, bien que je sache que sa fin est plutôt triste.

« Kaguya-hime grandit d’un bébé de la taille d’un puce à une femme de taille normale et d’une beauté resplendissante. Et malgré les efforts de Taketori-no-Okina, des nouvelles de la beauté de Kaguya-hime se répandirent et attirèrent des jeunes hommes de tous les coins du pays qui demandèrent la main de la jeune fille en mariage. Elle les refusa tous, jusqu'à l’arrivé des cinq princes qui arrivèrent à convaincre Taketori-no-Okina à demander à sa fille de choisir parmi eux. Kaguya-hime répondit qu’elle  épousera celui qui réussi en premier à lui apporter un objet bien précis.
Au premier, elle demanda le bol de pierre utilisé par Bouddha pendant ses méditations. Le second eut comme tâche d’apporter une branche de joyaux d’île de Hôrai. Le but du troisième fut faire l’acquisition de la robe légendaire faite du pelage du rat habitant une des montagnes de Chine, appelé le rat de feu. L’épreuve du quatrième fut trouver un joyau coloré du cou d’un dragon. Et le dernier, le cinquième, fut envoyé en recherche de coquillage cauri d’une hirondelle. Tous des tâches bien impossibles pour des mortels. »


Raconter cette histoire me mets les mêmes pensées en tête que quand je l’ai lu étant gosse. Les pensées de vouloir rencontrer la princesse Kaguya, telle qu’elle est décrite dans cette histoire. Pas autant parce que je veux voir sa beauté ou pour l’épouser, non, je voudrais juste rencontrer cette femme qui pourrait, en effet, avoir tout ce qu’elle désirait et qui a choisi de ne rien demander sauf la seule chose qu’elle ne pouvait pas avoir et que personne ne pouvait lui assurer.

« Se rendant compte de l’impossibilité de leur tâches, trois des princes tentèrent de tromper Kaguya-hime avec des faux trésors, mais elle s’en eut rendu compte. Des deux autres, un abandonna à cause d’un orage et l’autre mourut en essayant de trouver le trésor qui lui fut demandé. Après l’échec des cinq princes, pour un temps, personne n’osa demander la main de Kaguya-hime, jusqu’à ce que l’Empereur lui-même apprenne de la femme plus belle que tous les autres qui refusa tous les demandes de mariage. Intrigué, l’Empereur décida de visiter Taketori-no-Okina et de rencontrer Kaguya-hime pour verifier pour lui-même ce qui en était des histoires de sa beauté. Et il la rencontra. Et comme tous les autres avant lui, il tomba amoureux d’elle. Mais Kaguya-hime ne fit pas d’exception même pour l’Empereur et refusa de l’épouser en expliquant qu’elle n’était pas de ce pays et que, par conséquence, elle ne pourra pas accompagner l’Empereur à son palais. Ils restèrent en contact, mais tous les offres de mariage fit par l’Empereur par la suite furent refusé tout comme la première.
Le temps passa  et l’été suivant, Kaguya-hime se mit à observer la lune et, pour des raisons inconnues même pour Taketori-no-Okina et son épouse, elle pleura chaque nuit de pleine lune. Cela fut plusieurs semaines avant qu’elle ne révéla à ses parents adoptifs qu’elle n’était non seulement pas de ce pays, mais elle n’était pas de ce monde. Kaguya-hime était la princesse de la lune, refugié sur Terre pour la maintenir en sécurité pendant une guerre céleste. L’Empereur apprit la vérité aussi à travers une lettre que Kaguya-hime lui écrit. Le jour où le départ de Kaguya-hime fut prévu, l’Empereur envoya des gardes patrouiller autour de chez elle pour la protéger des envois lunaires. Mais quand une ambassade d’êtres célestes arriva, les gardes ne purent rien faire, aveuglés par une étrange lumière.
A ce moment là, Kaguya-hime annonça que, bien qu’elle aime bien ses amis et sa famille sur Terre, elle doit rentrer sur la lune avec les siens. Elle écrit une dernière lettre à l’Empereur, donna sa robe à ses parents en souvenir d’elle et gouta de l’élixir d’immortalité avant de l’attacher à la lettre qu’elle donna à un garde pour apporter à l’Empereur. La garde envoyé pour ramener  Kaguya-hime sur la lune l’habilla en une robe des plumes, ce qui causa toute sa tristesse et sa compassion pour le peuple de la Terre à disparaitre, tout comme le reste de son humanité. Contre son gré, Kaguya-hime fut ramené au Tsuki-no-Myako, la capitale de la lune, laissant ses parents en pleur. Ils tombèrent malades pas longtemps après son départ.
Le garde, quant à lui, rentra au palais et donna à l’Empereur les objets que Kaguya-hime lui eut confié dans son dernier acte mortel. Emu par la lettre, l’Empereur ordonne à ses domestiques de l’apporter sur la montagne la plus proche du ciel, le Grand Mont, et de l’y incinérer avec l’élixir d’immortalité, puisque l’Empereur ne souhaita pas vivre éternellement sans pouvoir revoir Kaguya-hime. Il est dit que c’est après l’élixir d’immortalité que le Grand Mont fut renommé comme Mount Fuji, ‘fuji’ veuillant dire ‘immortalité’ en japonais. »


En effet, Kaguya-hime n'a voulu qu'une seule chose: pouvoir rester sur Terre, parmis les mortels et avec le vieux couple qui est devenu sa famille. C'est tout ce qu'elle désirait... et la seule chose qu'elle ne pouvait pas avoir. J'ai toujours pensé que c'était bien triste, mais quelque part, c'est aussi le plus souvent le cas dans la vie. Ce sont les choses qu'on désire vraiment qu'on ne parvient jamais à obtenir.
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Dernière édition par Kurei Yataro le Lun 8 Aoû 2016 - 2:44, édité 2 fois
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Sam 20 Déc 2014 - 23:55
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J'attends, en le fixant, que Kurei se décide soit à se lever pour ouvrir le rideau, soit à commencer son histoire. Il finit par bouger et à m'apporter la lumière. Un semblant de sourire se dessine sur mes lèvres lorsque la chaleur se répand dans la pièce. Doucement, je soulève ma main comme pour attraper les rayons du soleil. C'est un peu bête, sans doute. Le jeune homme vient s’asseoir sur le bord du lit, devant moi, et me sourit, puis il entame son histoire, un récit plutôt triste d'ailleurs.

Pendant qu'il parle, je ne peux m'empêcher de regarder par la fenêtre. Je l'écoute, observant le ciel bleu et les quelques nuages qui le parsèment, comme bercée par sa voix. Je ne rate pas un seul mot, me laissant guider dans un autre monde. Je ne réagis pas beaucoup, restant très calme. J'espère qu'il ne va pas se décourager. Je sais que ce n'est pas très polie de ne pas le regarder, mais je ne peux m'empêcher de tourner mes yeux vers l'extérieur. C'est la première fois que je vois autre chose que la pénombre de ma chambre. Si j'en avais la force, je me lèverais et resterais des heures debout face à la fenêtre. Cette chambre me sape le moral...

Je tourne mon regard vers Kurei lorsqu'il en vient à la partie de l'histoire où Kaguya dévoile son origine : princesse de la lune. Je prends un bref instant pour rassembler mes maigres connaissances sur le satellite terrestre, puis me rappelle qu'il s'agit-là d'une légende. J'essaie alors d'imaginer une vie extraterrestre, une vie pleine de magie... non, une vie sans magie, rien d'extraordinaire, car cela fait peur aux gens et je sais de quoi je parle... on le sait tous ici. Je retiens un soupir. La suite de l'histoire devient vraiment triste. La princesse est contrainte de partir et tous ceux qu'elle aime meurent après son départ. Kaguya rejoint les siens, des inconnus pour elle, contre son gré.

Tandis que mon interlocuteur s'arrête de parler, je me perds dans mes pensées, cherche l'enseignement que je peux tirer de cette légende, mais j'arrête bien vite, car je recommence à avoir mal à la tête. Je ferme les yeux un court instant, puis fixe Kurei.

- Merci

Le silence s'installe un moment entre nous. Je ne sais pas quoi lui dire... en fait, je n'ai pas envie de parler, mais je n'ai pas envie qu'il parte, pas encore, alors je fais un effort pour lancer une conversation, n'importe quoi, pour l'occuper.

- Tu aimes cette histoire ?

Ce n'est pas génial comme question, surtout qu'elle est fermée, un simple oui ou non suffit pour clore le sujet, mais tant pis. Je ne peux pas faire mieux. D'ailleurs, je ne peux pas le forcer à rester plus longtemps. Il faut que je me fasse une raison. Je referme les yeux pour ravaler les larmes que je sens arriver, puis je prends une grande inspiration.

- Si... si tu souhaites t'en aller, tu peux. C'est déjà très gentil de ta part d'être resté pour me tenir compagnie un moment.

Je tente un sourire qui ressemblera peut-être à une grimace, mais je m'en fiche. Je n'ai pas le droit d'exiger quoi que ce soit de sa part. Je dois prendre sa gentillesse et son histoire comme un cadeau et non comme un dû. Je sens mon cœur s'emballer dans ma poitrine. La peur d'être à nouveau seule revient me hanter, mais je devrai faire avec. Je regarde le soleil illuminer ma main à nouveau levée. Qu'est-ce que c'est beau...
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Jeu 8 Jan 2015 - 21:26
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Quand elle me remercie, je sursaute presque. Elle était tellement calme et silencieuse pendant que j’ai parlé que j’ai failli oublier que je n’étais pas seul. Mais j’arrive à cacher ma surprise. C’est presque une habitude déjà, cacher mes sentiments. Presque comme un système de défense. Non, pas presque. C’est un système de défense. Un qui marche plutôt bien, d’ailleurs, à ce que j’ai pu remarquer.

« Tu aimes cette histoire ? »

L’air quitte mes poumons comme si j’ai soupirait en réponse et mes yeux se lèvent vers la fenêtre. Ma main passe derrière ma tête pour hérisser mes cheveux en un mouvement prouvant que je suis mal à l’aise sans que je m’en aperçoive.

« Ce n’est pas tellement que je l’aime… C’est plutôt que j’y attache beaucoup de… valeur sentimentale, disons. »

Ca suffit comme réponse, j’imagine. Elle ne doit pas savoir plus. Surtout pas que depuis que j’étais forcé à vivre dans les rues, je m’identifiais beaucoup à la princesse Kaguya. Comme elle, je n’ai voulu que rester auprès de mes proches et comme elle, ce seul et unique veux que j’avais est resté évanoui. La seule différence, c’est que la princesse Kaguya a du quitter ces proches et ne les a pas vu mourir. En plus, ayant perdu son humanité, même si elle était consciente de leur mort, cela ne lui a pas fais mal. Moi, c’étais différent. Je ne les ai peut-être pas vu mourir… mais j’ai vu les résultats. Et j’ai subit les conséquences.

C’est elle qui brise le silence à nouveau, et cette fois, j’en suis presque ravi. Ces souvenirs sont quelque chose que je n’aime pas revisiter, et encore moins revivre. Je tourne la tête pour la regarder. Bien qu’elle a dit que je peux partir, elle ne semble pas vraiment le vouloir. Ses yeux parlent beaucoup de ce qu’elle ressent réellement. Ou peut-être c’est juste moi qui suis capable de lire dans ses yeux comme dans un livre ouvert. Ce n’est pas dure la plupart du temps et pour la plupart des gens. Une fois que j’ai appris à cacher les miens, voir les sentiments des autres est devenu beaucoup plus facile.

Mes yeux se retournent à nouveau vers la fenêtre. Sylvie l’a regardé carrément tout le temps depuis que j’ai ouvert les rideaux. Une idée me vient à l’esprit. Une petite voix dans ma tête me dit que c’est assez. Mais je sais que même si elle me le dit, je ne peux pas partir tant que je sens qu’elle n’est pas prête à être seule. Elle me rappelle trop moi-même du passé. Et donc je reste, en regardant par la fenêtre, jusqu’à ce que j’ose lui dire à quoi j’ai pensée.

« Si vous le souhaitez, je peux demander à l’infirmière si ça serait possible que je vous emmène dehors… »
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Dernière édition par Kurei Yataro le Lun 8 Aoû 2016 - 2:44, édité 2 fois
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Sam 10 Jan 2015 - 18:32
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Kurei semble gêné par ma question. J'ai certainement touché un point sensible et je suis désolée pour lui. Il finit par me répondre que cette histoire à une valeur sentimentale pour lui. Je me demande un instant ce qu'il a voulu dire par là, mais je décide d'abandonner et de ne pas lui poser de questions. Il n'a manifestement pas trop envie d'en parler et je respecterai cela. Je sais que certains sujets sont durs à aborder et qu'on préfère parfois oublier ce qui est pénible, alors je ne l'embêterai pas avec ça. Je n'en ai pas le droit. Après tout, cela ne me regarde pas.

Mon interlocuteur semble, à présent, plutôt morose. Sans doute se remémore-t-il des souvenirs douloureux et tristes. Est-ce que mon état est contagieux ? Je ne l'espère pas, car ce serait dommage. Ce n'est pas parce que je souffre que tout le monde autour de moi doit souffrir, mais qu'y puis-je ? Je n'arrive même pas à m'occuper de moi, alors comment remonter le moral de quelqu'un d'autre ? Je reste donc silencieuse et j'attends de voir s'il va partir ou non. Quoi qu'il fasse et même si cela doit me faire mal, je respecterai son choix. Il ne me doit rien, absolument rien.

Il pose son regard sur moi et je sens qu'il essaie de cacher ce qu'il ressent. Sans doute ma détresse m'aide-t-elle à passer à travers ce mur, à voir ce qui est invisible pour les autres. Je n'en sais rien et je m'en fiche. J'en ai marre de me poser toutes ses questions inutiles et vaines. Je retiens un soupir. Il ne comprendrait pas, il n'est pas dans ma tête. Lorsque Kurei tourne son regard vers la fenêtre, je fais de même. Est-il aussi attiré par l'extérieur et le soleil que moi ? Nous restons un long moment ainsi, sans dire un mot, et cela ne me dérange pas. Je ne suis pas seule, sa présence me suffit. S'il n'est pas gêné par le silence, alors restons comme ça des heures.

« Si vous le souhaitez, je peux demander à l’infirmière si ça serait possible que je vous emmène dehors… »

Je ne peux retenir un sursaut. Je crois bien... que j'étais en train de m'assoupir. Je le fixe un moment, puis mon regard fait des aller-retour entre lui et la fenêtre. M'a-t-il vraiment proposé d'aller à l'extérieur ? Je retiens mon souffle un instant, réfléchis intensément, puis ferme les yeux et fronce les sourcils. Fichu mal de crâne. Lorsque j'ouvre les yeux, je ne peux cacher le fait que je sois très émue, touchée par sa proposition. Je sens qu'un petit déclique s'est produit dans mon cœur endolori. C'est tellement généreux de sa part... et pourtant, malgré le fait que j'en meure d'envie, je dois refuser.

- Merci Kurei. C'est vraiment... cela me touche profondément, mais je ne peux pas accepter. Je suis trop faible pour me lever, alors pour aller marcher dehors... Tu devrais me pousser sur une chaise roulante. C'est trop te demander. Mais merci infiniment.

Je suis partagée entre deux sentiments : la fierté d'avoir dépassé le stade de l'égoïsme pur, d'avoir retrouvé une partie de mon humanité en quelque sorte, et une profonde tristesse de ne pas avoir accepté. Je sens que je vais à nouveau pleurer, mais j'essaie de la cacher tant bien que mal, de ravaler mes larmes. Ce ne serait pas juste pour lui. Je n'ai pas envie qu'il me prenne encore plus en pitié et qu'il se sente obligé d'agir.
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Ven 27 Mai 2016 - 0:43
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Je ne réponds pas pendant un long moment à ses mots. Son refus ne me surprend pas. Si j’étais à sa place, j’aurais probablement fait exactement la même chose. Peut-être pour des raisons un peu différentes, mais j’aurais refusé moi aussi. J’ai appris à ne pas accepter de l’aide des autres. Pas pour rien, en tout cas. Mais quand j’y réfléchis, mon attitude ne fais pas vraiment de sens, je croix. D’un côté, je ne croix jamais personne s’ils m’offrent de l’aide sans rien demander en échange. Je le trouve suspect et dans ma tête, il est évident que si quelqu’un le fait, c’est parce que il y voit son propre intérêt. Mais d’un autre côté, ce n’est pas comme si je n’étais pas en train de faire la même chose tout simplement parce qu’il me semble que ce n’est que la moindre politesse d’au moins proposer de le faire. Cela doit être dû à mon éducation. Mes parents ont toujours insistés sur beaucoup de règles de conduite, mais le fait d’aider ceux qui en ont besoin quand je peux, même si ce n’est qu’un minimum, était toujours la règle numéro un. Et elle l’est toujours… ou plutôt de nouveau.

« Une offre comme celle-là ne se fait pas si celui qui offre n’est pas prêt à assumer dans le cas qu’elle soit accepté. Ne vous inquiétez pas pour cela. Je ne vous aurais pas proposé de vous amener dehors si ce dont vous parlez était une exagération de votre part de demander. »

Je ne sais pas si elle comptait sur une réponse. Peut-être elle pensait que je vais laisser tomber, mais je ne peux pas. Pas sans lui dire que ce ne serait vraiment pas un problème pour moi de lui aider. D’autant plus qu’elle semble vouloir quitter cette chambre (et peut-être l’hôpital même) encore plus que moi.

C’est étrange, maintenant que j’y pense. Cela faisait longtemps que je ne me comportais plus comme un Yataro. Les gosses des nobles ne survivent pas dans les rues, après tout, et donc j’ai dû écraser et cacher cette partie de moi. Je n’étais plus un Yataro, j’étais un enfant de la rue, alors j’ai dû me comporter comme un. L’honneur, les bonnes manières, la politesse, le langage des nobles, tout ce que j’ai connu n’était pas une arme à l’époque, mais bien un handicap, aussi bien pour ma survie que pour… brèf.  Comme mes racines et mon éducation étaient plus un handicap qu’autre chose, je les ai rejetés. Je ne pensais pas qu’ils restaient quelque part au fond de moi. Mais depuis que je suis ici, à cet endroit étrange… sans le remarquer je me comporte de plus en plus souvent comme avant. Peut-être pas exactement et à tout moment comme madame ma mère et monsieur mon pères l’auraient voulu, mais… je me conduis plus comme un fils de mes parents que jamais. Je parle même plus comme ils m’ont appris à parler que j’ai fait depuis des années.

La question à laquelle je ne connais pas la réponse, c’est… est-ce que cela est une bonne chose ?

J’ai envie de dire que non. Le passé est dans le passé et il est impératif qu’il en reste là. Moi, je dois aller de l’avant sans m’arrêter… et surtout sans regarder en arrière.

Cela étant dit… personne n’a dit que ‘aller de l’avant’ ne peut pas impliquer retourner un peu dans ses racines… si ?
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Dernière édition par Kurei Yataro le Sam 6 Aoû 2016 - 13:40, édité 1 fois
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Mer 3 Aoû 2016 - 19:43
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Alors que je me bats contre mon chagrin et la douleur, Kurei me répond qu'il ne m'aurait pas proposé d'aller dehors s'il n'était pas près à le faire, si ça le dérangeait. C'est assez logique, je dois bien l'avouer, mais cela ne résout pas mon problème. On ne se connaît pas, mais j'agis comme s'il était un de mes amis, comme si c'était normal de le voir ici. Pourtant, il est entré par erreur dans ma chambre et je l'ai forcé, si on peut dire, à rester avec moi pour me tenir compagnie. Je ne voulais pas être seule, pas encore. Je l'ai trop été ces derniers temps. J'ai besoin d'un repère, d'un point d'attache pour ne pas sombrer dans le désespoir ou la folie et c'est tombé sur lui, le pauvre. Je serre ma tête entre mes mains. La douleur est toujours présente. Je suis fatiguée de tout ça. Est-ce que ça n'aurait pas été plus simple que tout se termine cette nuit-là ? Non, je ne dois pas penser de telles choses. C'est un mauvais moment à passer, mais ça ira mieux. Il me l'a dit. Mon regard se pose à nouveau sur l'extérieur, la lumière. J'arrête de réfléchir, j'en ai besoin. Je lâche un soupir.

- C'est d'accord.

Je regarde Kurei. Je me demande si la douleur et l'épuisement se lisent sur mon visage. Certainement... j'aimerais d'ailleurs bien savoir à quoi je ressemble. Je n'ai pas croisé de miroir depuis longtemps. Je préfère ne pas y penser et à bien y réfléchir, je m'en fiche royalement en fait. J'ai d'autres problèmes bien plus importants que de savoir si je suis bien coiffée ou si j'ai des cernes sous les yeux. C'est assez ridicule de penser à ça en ce moment, d'ailleurs. Un nouveau soupir.

- Merci.

Il ne me reste plus qu'à attendre. Je n'ai pas envie d'essayer de me lever toute seule. Le dernier essai n'a pas été très concluant et rien n'a changé depuis ce moment.

- Il faudra que tu m'aides. Je n'ai même pas la force de me redresser. J'ai essayé, mais toute la chambre se met à tourner...

Je grimace. Parler me fatigue aussi, je crois. Peu importe, je vais bientôt quitter cette chambre pour un instant au moins. Un petit répit. Yeux rivés vers la fenêtre, je m'imagine la chaleur du soleil sur ma peau, le vent me caressant, un frisson, l'odeur de la nature, le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles, le ronronnement des moteurs de voitures, les cris des enfants, la vie.

Oui, c'est ça. J'ai besoin de vie.
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merci Haley
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Lun 8 Aoû 2016 - 2:39
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Au final elle accepte. Le moment ou son accord quitte ses lèvres, je hoche légèrement la tête et me lève pour aller vers la porte. Avant que je ne fasse quoi que ce soit, j’ai besoin d’une autorisation, après tout. Et d’un fauteuil roulant.

« Attendez une seconde. »

Je dis à la jeune fille… à mademoiselle Sayanel en approchant la porte. Me voilà qui recommence. Encore un peu et je pourrais prétendre être un noble. Certes, j’ai été ne dans une famille prestigieuse, mais je ne suis plus un noble. Alors pourquoi dès que je ne suis plus dans la rue je retombe directement dans mes habitudes d’avant ? J’ai même commencé à l’appeler ‘mademoiselle Sayanel’ dans ma tête !

Ouvrant la porte, j’aperçois une infirmière qui passe dans le couloir et l’arrête. Après une courte discussion, j’obtiens la permission d’emmener mademoiselle Sayanel dehors et l’infirmière se tourne pour partir chercher un fauteuil roulant alors que je m’incline devant elle en remerciement. Voyant cela, elle me sourit en réponse, mais c’est une expression légèrement gênée.

« Vous n’avez pas besoin d’être si formel, vous savez. »

Sur ce, elle part en me disant d’attendre un moment. Je la suis du regard. Ma formalité, qui est sortie toute seule, à vraie dire, l’a mis mal à l’aise, c’est bien visible. Je prends un moment pour réfléchir pourquoi en attendant dans le couloir. Mon regard passe par une fenêtre, mais au lieu de voir l’extérieur, je me focalise sur mon propre reflet. Mon expression est neutre. Si je ne savais pas ce que je ressentais et ce que je pensais, alors même mois j’aurais eu du mal à me lire.

Ah, c’est donc ça. Je comprends. Il y a peu de temps, la meilleure façon de tenir les autres à l’écart était se montrer froid, mais en même temps plus fort qu’eux. Ce n’est plus le cas. Maintenant, il suffit juste d’être formel, un peu distant, et la chose est faite. Instinctivement, je l’ai su, et je me suis adapté. Voilà pourquoi je reviens peu à peu à mon comportement d’avant. Appart devant mademoiselle Sayanel. Pour une raison bien simple. Je n’arrive tout simplement pas à être trop distante avec elle. Pas quand elle est dans un tel état d’esprit.

L’infirmière ne tarde pas à revenir et on rentre ensemble dans la chambre de mademoiselle Sayanel. Je m’approche alors de son lit et lui adresse à nouveau doucement la parole.

« C’est réglé. Je vais vous amener dehors. »

Elle m’avait dit qu’elle avait du mal à se redresser seul, que je devrais lui aider, alors je passe mon bras sous ses épaules et la soulève lentement dans une position assise. Ensuite, mon deuxième bras glisse sous ses genoux pour que je puisse la relever du lit sans problème. Une fois debout, je lui offre mon épaule pour qu’elle puisse y reposer sa tête pour les quelques pas jusqu’au fauteuil si elle en a besoin, puis je m’agenouille à côté de la chaise roulante pour l’assoir aussi doucement que je l’ai relevé du lit.

« Ça va ? Vous êtes confortable ? »

Rassuré que tout va bien, je me relève pour me placer derrière le fauteuil roulant pour le pousser hors de la chambre et ensuite vers le jardin de l’hôpital. C’est alors que je remarque l’infirmière qui nous regarde, un sourire doux aux lèvres sans aucune gêne cette fois. Elle doit penser que je suis un membre de la famille de mademoiselle Sayanel. Ou bien son petit ami. Ni l’un ni l’autre n’est vrai, mais je ne vois pas de raison pour la corriger.

« Si vous remarquez quoi que ce soit ou si la patiente vous dit qu’elle se sent mal, remmenez-là et appelez-moi. »

« Compris. »

Sur ce, je pousse le fauteuil et quitte la chambre, et ensuite le bâtiment de l’hôpital pour sortir dehors dans le petit jardin à l’arrière. Je m’arrête dans un endroit ensoleillé. J’avais déjà remarqué quand j’avais ouvert les rideaux dans la chambre que la lumière semblait être la chose qui manquait à mademoiselle Sayanel le plus.

« Avez-vous une préférence par où on devrait se diriger ? »
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Lun 8 Aoû 2016 - 16:12
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Kurei hoche la tête et s'en va. Je reste interdite un instant avant de comprendre qu'il va demander un fauteuil roulant et sans doute la permission de me sortir de ma chambre. Je profite de son absence pour fermer les yeux un instant. Je ne les ouvre à nouveau que lorsque je les entends entrer. Ils ont fait vite, non ? Est-ce... est-ce que je me suis endormie ? Apparemment, oui...

Le jeune homme s'approche de moi et m'annonce de sa belle voix que tout est réglé. Je lui retourne un doux sourire. Je me sens soudain plus apaisée. Il m'aide à me redresser et me porte jusque dans la chaise. En temps normal, je me serais sentie vraiment mal de l'utiliser ainsi et de dépendre de lui de la sorte, mais je n'ai même plus la force d'écouter mon orgueil et me laisse faire sans broncher. Je me sens un peu mal à cause du mouvement et profite de son épaule, mais ne dis rien pour qu'il ne change pas soudainement d'avis. Maintenant que j'ai accepté son aide, je ne supporterais pas de rester enfermée. J'ai l'impression qu'il me porte comme si je ne pesais rien. Étrangement, je me sens en sécurité dans ses bras. Il me pose délicatement dans le fauteuil. Je lui suis vraiment reconnaissante de me ménager de cette manière. Kurei me demande si je vais bien, je hoche légèrement la tête. J'ai peur de bouger, comme si mon corps allait se liquéfier au moindre effort.

Nous quittons enfin cette chambre que j'ai déjà commencée à détester. L'infirmière donne quelques instructions au jeune homme, puis nous continuons notre route. Bien que je sois calée comme il faut dans le siège, je dois avouer qu'être assise ne m'est pas sans difficulté, mais je ne dis rien. Je suis trop impatiente d'être dehors. Il me pousse jusque vers le jardin à l'arrière de l'hôpital. Nous passons enfin les portes automatiques

Je cligne des yeux et inspire profondément. Ma poitrine est comme libérée d'un poids, mon visage inondé par l'émotion, la joie, la gratitude. La première chose que je perçois, ce sont les odeurs, les fleurs surtout, mais aussi celle de la nourriture. Sont-ils déjà en train de préparer les repas du soir ? Je ne sais même pas quelle heure il est. Le soleil est encore assez haut dans le ciel, il ne doit donc pas être bien tard. Après la douceur des senteurs, c'est la chaleur qui s'impose à moi. Que c'est bon. Je lève ma main pour jouer avec la lumière, comme si je la découvrais pour la toute première fois. Je me sens revivre. Un petit rire s'échappe de mes lèvres. Je me sens bien, ça faisait longtemps.

Mon sauveur s'arrête. Oui, bon, c'est peut-être exagéré de l'appeler comme ça, mais il a été tellement gentil et patient avec moi qu'aujourd'hui je peux bien décider de l'appeler comme ça.

- Allons par là, j'aimerais rester au soleil le plus longtemps possible, si cela ne te dérange pas bien sûr.

Je lui ai indiqué la direction de la main tout en parlant. Si on part sur la droite, les arbres ne nous cachent pas tout de suite la lumière. Tandis que sur la gauche, on serait tout de suite à l'ombre. Je n'aimerais cependant pas qu'il prenne un coup de soleil. Moi, je m'en fiche, soyons honnêtes. J'ai trop envie et besoin de recharger mes batteries, comme on dit. On se met gentiment en route. Je profite de passer à côté des parterres de fleurs pour les effleurer du bout des doigts. Un petit vent vient taquiner mes cheveux. Je souris. Le vent. Je ne tente pourtant pas d'accéder à mon pouvoir. Je suis trop mal, trop fatiguée, ce serait stupide.

Nous avançons un moment en silence. Je me délecte de cette promenade. C'est merveilleux. Je commence cependant à lutter contre la fatigue. Je cale ma tête contre le dossier pour soulager ma nuque, mais bientôt, je ferme les yeux.
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merci Haley
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Petite chose cassée [terminé]

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