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Les cicatrices qui montrent à quel point le passé est réel [RP Solo]
##   Mar 10 Nov 2015 - 3:04

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Souvenirs - Première partie

Glycerine - Bush

C’est le week-end, et la lumière blafarde de la fin de l’hiver n’atteint pas la chambre de Nicolas… Sa chambre-placard. Il se lève en grognant, ramasse son pantalon troué et rapiécé de toute part et se glisse dedans. Il ouvre la porte de bois blanc. La lumière l’aveugle un instant… Il suit le petit couloir qui mène à la pièce principale de l’appartement : l’entrée-salon-cuisine-salle à manger-chambre de maman. Cette dernière dort sur le clic-clac qui fait face à la télévision… Elle dort encore. Un coup d’oeil à l’horloge orange fluo délavée par les années et la fumée de cigarette ; il est dix heures. Nicolas soupire, allume la cafetière qu’il avait préparé la veille. Le temps qu’il sorte une tasse et un verre propre du placard, elle fait entendre son doux chuintement. Il ouvre la porte du frigo. Rien. Si en fait, dans un coin traîne un fond de jus d’orange et une plaquette de beurre. Rien dans les placards non plus… Il soupire, prend la bouteille de carton et vide le jus dans son verre… Il plie la bouteille et la tasse au fond de la poubelle. Il entend les frottements dans le salon, sa tête dépasse de la cuisine. :

-Café maman ?

Elle hoche doucement la tête en allumant la télé. Nicolas grimace mais ne lui dit rien… Les images qui bougent, ça lui fait du bien… C’est comme ça. Il prend une autre tasse ainsi qu’une chaise qu’il déplace pour mieux admirer le goutte-à-goutte de l’or noir. Un tri se lance dans sa tête : ranger l’appartement, faire la vaisselle et lancer une lessive, faire les courses. Tout ce qu’il y a de plus basique. Il prend une grande inspiration et coupe la cafetière. Il remplit la tasse de sa mère avant la sienne et l’emmène jusqu’à elle, attendant qu’elle se soit redressée pour boire sans renverser. :

-J’vais devoir nettoyer l’appart’ après. Je rangerai le clic-clac comme ça tu seras tranquille.

-Merci mon grand.

Elle ne l’a pas regardé une seule fois, ne lâchant pas des yeux la télévision cathodique usitée, à l’image tremblante. Nicolas baisse les yeux, embrasse le front de sa mère. Ce n’est pas grave maman… ce n’est pas grave. Il comprenait pas qu’elle préfère s’abrutir plutôt que d’affronter la réalité, pleurer un bon coup et repartir du bon pied, mais il comprenait qu’elle le veuille. Si elle s’en sentait mieux, qu’il en soit ainsi. Il retourna à la cuisine, à la table et but tranquillement son café en regardant si tout était en ordre… Il avait appris à imiter la signature de sa mère, à remplir des chèques, à faire comme les grand à remplir les fiches d’impôt, envoyer des lettres d’excuses et sur l’honneur… cela faisait quatre ans maintenant, oui. Il prit le dernier loyer à payer en date… Le propriétaire leur avait fait une fleur, maintenant qu’il savait que… Nicolas… respectait sa parole. Par contre l’électricité, ils n’hésitaient plus à couper le courant dès deux mois sans virement… Une plaie quand on est chauffé à l’électricité et qu’on est en décembre. Il soupire… Deux loyers pour le mois prochain… Il allait devoir sécher pas mal de vendredis pour pouvoir récupérer tout cet argent dans la drogue. Vivement que la chaleur du printemps arrive et que les premiers légumes poussent dans les jardins, qu’il puisse les piquer.

Le café est terminé, il va chercher la tasse de sa mère pour mettre les deux dans l’évier… Il plie soigneusement la couette, ouvre une fenêtre pour aérer, tend une main à sa mère pour l’aider à se relever… Ses jambes sont devenues faibles à rester immobile dans le canapé récupéré, donc il l’assoit au sol, toujours face à la télé salvatrice, comme un enfant ne pourrait quitter son dessin-animé préféré. *Clic* eeet *clac*... Les ressorts grincent, les lattes craquent sous le poids des années. Nicolas retire les quelques miettes qu’il peut trouver, tire un peu le tissu qui cache la misère pour tout avouer puis porte quasiment sa mère pour la remettre à sa place, voyant que son attention était totalement focalisé sur le présentateur qui animait les jeux familiaux de bon matin. C’est l’heure du rangement…

Nicolas, toujours torse nu dans les courants d’air, s’empare d’un balai. Il n’a aucun besoin d’un aspirateur… Ils ont pas de tapis. Il finit avec le ramasse poussière. Sous l’évier de la cuisine, il s’empare d’un seau et du produit nettoyant. Un bouchon… Deux bouchons, c’est suffisant pour le peu de surface habité. Il va jusque dans la salle de bain, ramasse les serviettes sales au passage, les met dans la machine à laver. Les gestes sont machinaux, peu calculés… Il a l’habitude. Dernier passage ; il récure les toilettes et la douche, époussette les meubles, lance une machine, fait la vaisselle,... En une heure, tout était nickel. Mais c’est maintenant que l’épreuve s’annonçait… Il devait sortir.

Il a le même blouson aujourd’hui, au cuir déchiré et recousu par endroit… Sauf qu’à l’époque, il paraissait tout chétif en dedans. Il s’empare des clefs, prend une grande inspiration et ouvre la porte. :

-J’y vais m’man !

Feel Good Inc. - Gorillaz

Le vent est frais, mais il ramène l’odeur des poubelles placées non loin. Des rayons de soleil percent les nuages gris chargés de pluie qui ne demande qu’à être libérée… On sent, comme un arrière-goût dans la bouche, un détail caché dans un tableau sinistre, l’odeur que dégage l’usine non loin du village… Nicolas ne veut pas perdre de temps… Moins longtemps il sera dehors, moins il aura à subir le regard des autres. Et à cette heure matinale, il n’y a que les courageux membres du troisième âge qui s’y risquent donc ça devrait aller… Ah non, il y a aussi les poivrots c’est vrai. Il se le rappelle alors qu’il y en a un qui vomit dans le caniveau. Il l’évite soigneusement et continue le tour de l’immeuble qu’il avait entreprit… Face à la grand place du village (qui accueille le marché le vendredi matin de 8h à 12h, venez pas nombreux !), Nicolas se rend compte qu’un truc cloche… Il n’y a pas que les petits vieux qui le regardent comme s’il était un délinquant de première, chuchotant des injures à son passage, il y a aussi la clique de Kévin… Là, sur la place. Ils sont cinq à glander en fumant un joint. Pourquoi ? Va savoir. Mais si c’est là qu’ils se placent, c’est forcément pour mieux l’attendre… Mains dans les poches, à droite le porte-monnaie, à gauche le couteau, il se promet d’au moins leur faire peur s’ils tentent quoi que ce soit.

Il longe les murs, traverse et change de troittoir pour entrer presque précipitamment dans l’unique petit supermarché du village… Il soupire enfin. :

-Bonjour.

La voix traînante de la caissière le fait pourtant sursauter. Il se reprends vite et hoche la tête. Il se dirige droit dans les rayons pour fuir son regard scrutateur. Il regarde son porte-monnaie : 20€… Tenir jusqu’à la fin du mois avec 20€ pour deux. Ok alors d’abord café et biscottes. Parce que c’est vital.  Des conserves et des pâtes… et du riz, pour varier. Manquerait plus qu’il se lasse de bouffer et là, ce serait le drame. :

-17 euros et 33 centimes.

Pas de s’il-vous-plaît, pas d’au revoir. Et dehors, les loubards qui le fixent toujours le regard mauvais. Il rechigne à leur tourner le dos mais il n’a pas de choix… Mais s’il marche vite puis qu’il court au détour de l’immeuble, il a une chance de les semer. Il exécute son plan et effectivement… Une fois planqué derrière les escaliers, à l'abri entre quatre murs, il put les voir défiler, l’air menaçant, le cherchant des yeux… Si un jour ils en venaient à deviner où il vivait, il ne pourrait plus être chez lui… Et sa mère… Même sa mère subirait leur violence, il en était certain. Retenant un frisson, il grimpa les marches sans bruits, jusqu’au dernier étage. :

-J’suis rentré !

Mais pas un son ne venait de sa mère. Il posa les courses sur la table et se dirigea vers elle… Elle bavait. Elle bavait d’oubli. Son ex-mari, la mort, son fils, sa fierté, tout évanoui face à l’écran. Il prit un mouchoir sur la table basse et essuya son menton. Un jour, il lui payera une maison et une télé grande comme un mur… Il payera une femme qui lui fera un café parfait, pas son simili de caféine bon marché. Un jour, il l'emmènera voir les îles, celles qui la faisait rêver avant, avec leurs lagons bleus clairs et leur sable blanc. Il pourra lui faire des courses sans compter. Il pourra lui faire manger des huîtres, chose qu’elle adorait autrefois, qu’elle acheter par kilos pour Noël. Il pourra l’habiller de ces robes multicolores qu’elle adorait tant, qu’elle faisait tourner autour d’elle comme une marguerite fière de ses pétales, chaque fois qu’elle en avait une nouvelle…

Il la regarda encore quelques instants alors qu’elle était amorphe, puis elle secoua la tête, revint à elle et regarda son fils comme si c’était la première fois qu’elle le voyait. :

-Tu es rentré mon grand ?

-Oui ! Mais j’ai oublié le pain, donc je vais devoir y retourner !

Cette erreur de débutant. Mais la présence des autres l’avait stressé au point qu’il préférait plutôt retourner dehors plus tard que de se faire voler des courses vitales dont eux n’ont aucun besoin…

Breaking The Habbits - Linkin Park

La boulangerie est un peu plus loin dans la rue. Alors il s’arrête au deuxième, ouvre la fenêtre et se jette au dehors. Il se réceptionne sur un toit, le crissement des tuiles reste discret puisqu’elles sont plates… Dans la cour gravillonée servant de parking à tous les immeubles du coin, les gars sont toujours là… Ils attendent comme des vautours, des charognes, que Nicolas se montre de nouveau. Ses traits s’affaissent, la colère l’agite deux secondes seulement avant qu’il ne retrouve son calme… Ils abandonneront pas ? Ben lui non plus ! Il part dans leur direction opposé, côté place, et se réceptionne sur le bitume de la rue, devant les yeux outrées des ménagères. Qu’importe, c’est pas elles qui font le plus mal. Leurs yeux, il les connaît trop maintenant, c’est pas plus douloureux qu’une pichenette dans l’âme. Soit que dalle.

Il se dépoussière le cuir avant de reprendre tranquillement son chemin jusqu’à la boulangerie… Il lui reste 2€67 soit plus qu’il n’en faut pour une baguette. :

-Vous désirez ?

Il y a un éclair au chocolat qui lui fait de l’oeil… Il ne peut pas se le permettre actuellement mais il s’achète si rarement quelque chose. Alors il prend son courage à deux mains. :

-Une baguette et un éclair chocolat s’il-vous-plaît.

Il ressort de la boulangerie aux anges et pour la première fois de la journée, avec un petit sourire sur les lèvres… qui ne dura pas longtemps. :

-Hé ! Il est là les gars ! Il est là !

Le son vient de sa gauche, soit de la direction qu’il doit prendre pour rentrer. Merde. Pas le temps de réfléchir, s’éloigner de la menace avant tout. Il court dans le sens opposé du beuglement, son sac plastique dans ses bras. Il pivote d’un coup dans une ruelle, espérant leur échapper dans les raccourcis qu’il connaît, entres les maison mais là, un torse l’arrête en plein élan. Il rebondit et s’étale au sol. Kévin avait créé un sacré piège pour quelqu’un ayant ses capacités mentales.

Il l’ont traîné par le pied jusqu’à sa cour, jusque devant chez lui… Devant les gens aux fenêtres de l’immeuble, se demandant ce qu’il pouvait bien se passer. Nicolas faisait tout pour cacher son visage, autant pour éviter les coups que d’être reconnu… Malheureusement, il était le seul gosse maigrichon avec un cuir dans le coin. L’un des gars lui cracha au visage avant que Kévin n’entame son speech menaçant avec un semblant de bagou. :

-Alors… Ma p’tite Colette ? Elle est où ta maison ?... Parce que tu vois, on a envie de rencontrer ta maman… La dernière fois, elle m’a fait une pipe d’enfer.

-Ouais j’sais… C’est elle qui m’a dit pour la taille de ta queue… Ridicule à c’qu’il paraît.

Son crâne rencontra le poing de Kévin. Bon ils se connaissaient déjà, mais c’est toujours choquant comme retrouvailles. La lèvre de Nicolas éclata sous le choc… Plus ils vieillissaient, plus ils mettaient de sacrés pêches. Soudain, on lui arracha son sac plastique des mains. :

-Oh mais voyez vous ça ?! Une baguette coupée en deux et un p’tit gâteau… C’est t’y pas mignon.

Il insista sur le dernier mot, sous le rire de ses sbires, écrasant le sachet sous son pied après l’avoir jeté comme s’il s’agissait d’un déchet. Kévin choppa son col alors qu’il traînait encore au sol et ponctua chacune de ses questions d’un poing ravageur. :

-Où t’habites ?!

-Va te faire mettre.

-Où t’habites ?!

-Dans ton cul !

-OU T’HABITES ?!

-Gleurg…

Nicolas se noyait, sous les coups, sous le sang… Il sentait son visage se gonfler douloureusement… Il jeta un oeil au immeuble. beaucoup étaient à leur fenêtre, au téléphone, en train de commenter la petite gué-guerre qui se produisait devant eux. Il ferma les yeux… Bien sûr, personne n’allait appeler la police pour l’aider… Kévin était le fils de la boulangère… C’était un garçon aimable qui ne cherchait pas les noises… C’était forcément Nicolas le fautif, il avait du voler le pain. ...C’est ce qu’on entendra dans les jours à venir. Kévin le relâcha en soupirant, mais il comptait pas en rester là. :

-Défoncez-le.

Pieds et petites matraques pleuvent sur lui d’un seul coup… Il protège son corps du mieux qu’il peut, son visage étant déjà amoché, c’est rien. Au pire, il aurait encore les traces en allant à l’école lundi.

Tout s’arrête… Rien que la douleur. Il est parcourut de mouvements nerveux à cause d’elle et chaque mouvement l’amplifie. Il ne peut pas crier. Il n’arrive pas à pleurer. Amorphe… bavant tout autant que sa mère tout à l’heure. Kévin et sa clique se barrent, c’est l’heure du goûter, et s’ils le manquaient à cause de lui, ils reviendraient se venger. Parce qu’on peut être un faux-dur fils-à-maman qui aime battre ses petits camarades pour le fun et tenir à ses tartines de chocolat.

Ribbons - The Sisters of Mercy

Quand ils sont enfin tous partis, même ceux se délectant du spectacle aux fenêtres, il se retourne, frappe du poing sur le sol, le regard d’argent en fusion… Il se traîne jusqu’à son sac où l’éclair doit être devenu purée. Là, il arrive à s’asseoir au prix d’un effort monstre. Il lève la tête vers le ciel, il commence à pleuvoir… Il lance un cri muet, littéralement. Sa bouche est grande ouverte, on pourrait presque entendre son hurlement de douleur, mais rien ne sortait. Le silence, jusqu’au bout. Plus jamais. Plus jamais il n’allait se laisser faire comme ça, qu’il soit seul, qu’il soit vu… Plus rien à foutre. Plus jamais. Nicolas se traîne, Nicolas se penche, Nicolas se relève. Les genoux pliés, le dos voûté, le sac dans ses bras, il rentrait chez lui.

Les escaliers, une torture. La clef dans la porte, une épreuve. Il s’effondre une fois la porte poussée et essaye de la refermer du bout du pied. Il voit sa mère de là, toujours assise, elle s’est remise à baver. Nicolas soupire. Il glisse par terre, jusqu’à la cuisine. Il met au moins une bonne demi-heure. Il arrive à la première chaise, s’y agrippe et s’y pose difficilement. Il pose le sac sur la table et enlève tout : blouson, pull, maillot. Il tâte ses côtes dans des gestes précis, rien n’est cassé. Il a de gros bleus, sinon ça va, ils ont été plus gentils que prévus. Il prend un chiffon, ouvre la porte du congélateur et prend de la glace sans même se lever. Tout est prévu pour qu’il est un maximum de choses sous la main… même les bandages sont disposés sur une étagère non loin de la table. Deuxième soupir quand il pose le tissu froid sur sa joue endolorie. Ça pique, mais ça fait du bien… Difficile à expliquer comme sensation.

De sa main libre, il libère la baguette et son éclair au chocolat. Ce dernier est écrasé à moitié, la crème est quasiment toute sortie d’un côté… Il l’arrange du mieux qu’il peut avec une cuiller. La touche finale, dans le placard derrière lui, il prend l’unique petite bougie qu’il réutilise tous les ans et la pose, triomphale, sur la pâtisserie amochée. Il est content. Il prend son briquet dans la poche de son jean et l’allume. Une fois fait, il lève son bras, vainqueur d’une journée de plus. C’est pas un sale gosse qu’allait lui pourrir sa douzième année. :

-Joyeux anniversaire moi !

Et il souffla.

Sa lèvre lui tira une grimace. C'est vrai, elle est éclatée... Il se force à se relever, à nettoyer le sang qui ne coule plus dans l'évier, tapote légèrement son visage d'une autre serviette pour le sécher. Il fallait laisser ses plaies à l'air libre. Il se retourne, et se rappelle que sa mère est en train de baver. Il boîte jusqu'à elle, prend un mouchoir et nettoie son menton. Là. C'est mieux maman... T'as moins l'air d'un légume. Puis il fait demi-tour... et enfin il mange son gâteau... Il y a des cailloux mais c'est son gâteau. Il pousse un soupir de contentement... C'est quand même bien bon le chocolat.

Mais jamais un moment de répit ne lui est accordé, ni par la vitre fine de la fenêtre qu'il laisse passer tous les sons de l'extérieur, ni par les petits caïds qui ont fini leur goûter. :

-Hé Colette ! T'es parti où ? On t'attend nous !

-Ho hé, deux minutes. Gâteau quoi.

Il peut pas l'entendre et heureusement... Sinon il se serait sans doute mangé la table. Pourtant Nicolas sourit, un sourire mauvais, un sourire vengeur... Un sourire que, si sa mère avait été consciente, elle n'aurait pas reconnu son garçon.

Oh oui, il allait venir. Il allait guérir, il allait s'endurcir et il allait leur faire bouffer le bitume à ces sacs à foutre.

Nicolas, 12 ans.



##   Jeu 12 Nov 2015 - 1:00

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Souvenirs - Deuxième partie

Morning has Broken - Cat Stevens

Certains mettent “Eyes of the Tiger” de bon matin, pour s’entraîner. Ça les motive, leur permet de dépasser leurs limites en suivant le rythme de la musique. Nicolas, lui, mettait une cassette dans le lecteur, vieux d’au moins une trentaine d’années… Récupéré à la décharge du village, sans doute jeté à la faveur d’une chaîne hi-fi qui lit les CD. Nico ne possédait que quelques cassettes que sa mère n’avait pas eu le cœur de jeter à la mort… à la mort. Il appuie sur “lecture avancée” puis au bout de quelques secondes, forgé par l’habitude, il appuie sur “play”... Des notes de piano se font entendre. Dans sa chambre-placard, il s’allonge sur le tapis rembourré qui lui sert de matelas. Et il commence par des pompes… Il chante en même temps que Cat Stevens tout en poursuivant son effort. :

-Morning has broooken, like the first moooo-o-o-orning…

Une musique calme et apaisante s’il en est… En totale contradiction avec ce qu’il est en train de faire : il se forge pour se battre, pour ne plus être sans défense à nouveau. Il a peut-être deux raisons à ça… D’abord parce qu’il rêve d’un tel matin, puis que son but est surtout là. Certes, il va pour démonter du petit campagnard par pelletés au petit déj’, mais c’est pour un jour pouvoir vivre en paix. ...Bientôt il ne chante plus, mais compte. Il compte les pompes, les abdos, les tractions qu’il fait en s’accrochant à la poutre apparente au plafond. Bon, il en fait pas cent… Déjà parce qu’il n’a pas l’énergie nécessaire pour tenir aussi longtemps, aussi bien maintenant que c’était l’été et que l’école -et le self- était fermée. En ensuite ben… Il restait un gosse, et déjà enchaîner dix de chaque, deux fois de suite, tous les jours, c’était pas mal.

Ensuite, direction la douche. Nicolas se déshabilla rapidement avant de rentrer dans le minuscule carré et de refermer le rideau de plastique blanc-gris derrière lui… Tête sous le jet, sans prendre le temps de vérifier la température de l’eau, chaque seconde compte. Il se mouille partout puis coupe, économise le savon en l’étalant uniquement sur le gant et étale au max, se rince en se mouillant les cheveux au passage, re-coupe et shampouine, se rince aussi vite que possible… Au point de compter chaque seconde d’eau qu’il laisse s’échapper. Elle n’a même pas le temps de chauffer. Il sort en sautillant, se frictionne avec la serviette, un peu brutalement. Il ouvre le placard à côté, prend des pansements, qu’il pique dans l’arrière boutique de la pharmacie locale, les coupe soigneusement, couvre les plaies fraîches des dernières semaines. Il regarde l’état des autres… Certaines étaient blanches, les plus petites, petites lignes bossues, parfois inégales… Les plus longues et droites étaient des cratères sombres… Il passa sa main sur la blessure au fer blanc qu’il avait reçu à ses dix ans. Sa peau y était blanche, comme flétrie. Il passa un doigt dessus… Il ne sentait plus rien à cet endroit. Il abandonna l’inspection pour mettre ses bandages le long de ses avant-bras, s’habilla et sortit prendre son petit déjeuner sous les yeux de sa mère, toujours amorphe.

La constante dans sa vie de surprises. Il met sa tasse de café dans le micro-onde, sa biscotte beurrée dans sa bouche et va essuyer la bave du menton de sa mère. Nicolas a un petit sourire... Sa mère reprend toujours des couleurs en été et le mois de juillet lui permettait de laisser le plus souvent les fenêtres ; en moyen comme un autre de "lui faire prendre l'air". Il retourne dans la partie cuisine, prend sa tasse et trempe la biscotte dans le café. Il réfléchit à la journée qui l'attend. Maintenant que c'était l'été, on pourrait croire que la revente de drogues prendrait un coup dans l'aile, mais non. Les petits jeunes que papa-maman bourgeoisie embarquent à La Rochelle sont obligés d'acheter en gros, pour tenir le coup quand ils seront à la plage. Nicolas songe que la mer doit être vraiment belle là-bas pour qu'ils y retournent tous les ans... Il regarde sa mère, il sait qu'elle a déjà vu la mer puisqu'elle a grandi dans une ville du Sud de la France, près de la Méditerranée... Laquelle ? Il n'en était pas certain, il l'avait appris petit et ne l'avait pas retenu. Mais c'était dans le Sud, ça il en était sûr.

Il secoue la tête soudain, il a autre chose à penser aujourd'hui. Il finit vite son repas de midi, simple café, et repart à l'assaut. Prendre cette nouvelle journée à bras-le-corps...

Outer Science - Version réarrangé, Len Kagamine

L’odeur des bois. L’humidité, les feuilles, la verdure, les ronces… Le sang. Au détour d’un tronc, il a failli marcher sur une seringue, on entend des gloussements venant des buissons, les filles qui se font de l’argent de poche pour l’été ou des junkis sous champis en plein trip. Il y a des cordes sur certaines branches, de couleurs différentes, elles donnent les directions des différents gangs/planques pour les connaisseurs. Et parfois, il y a un doigt ou une oreille qui y est accroché, la version du feng-shui des caïds. Ça pue la peur et la désolation… et d’autres trucs pas franchement charmants. Bienvenus dans le monde réel. Nicolas suit la corde verte, jusqu’à son patron… Dans le milieu, on l’appelle Amadéus, parce qu’il a le cul bordé de nouilles depuis son enfance : papa est maire de la ville depuis trois décennies, va savoir si les votes sont truqués, maman a revendu l’usine aux chinois et profite de sa retraite. Amadéus a 25 ans… et gère le plus gros cartel du coin, revendant toutes sortes de produits, à une clientèle dont la tranche d’âge va de 7 à 77 ans. Il a le commerce dans le sang. Dans sa cabane au fond des bois, surveillée par quelques ados lui étant trop fidèle, faisant des rondes jours et nuits, il s’installe dans le hamac vieilli par les années, fumant son cigarillo comme un patron aisé. Il se lève quand il voit Nicolas… il l’aime bien pour une seule raison : c’est le seul revendeur qui s’occupe de ses clients collégiens et qui ne consomme pas les produits qu’il doit vendre. De plus, il l’aide à faire du chiffre, ayant trouvé des idées ingénieuses en coupant le drogue déjà coupée par son fournisseur, avec d’autres produits…

Bref, il est “sympa” avec lui, comparé à ses autres revendeurs du moins… Parce qu’aujourd’hui, il allait lui proposer quelque chose de nouveau, une nouvelle façon de gagner de l’argent rapidement… Et Amadéus, aimé de Dieu, savait combien Nicolas en avait besoin. :

-Alors gamin ? Tu viens récupérer ta paye du mois ?

-Ouais.

-Attends mon p’tit, attends. Avant ça j’ai un truc à te proposer.

Il lui donne un dépliant fait-maison, avec des feutres et une écriture parfaitement dégueulasse. Nicolas doit déchiffrer plus qu’autre chose. :

-Des combats de rue ?... J’suis pas dans ça Amadéus tu sais bien.

-Oui mais les choses ont changé mon Nico… Tu vois, maintenant toute la ville sait que si on vient te titiller, il y a moyen d’avoir une bonne baston. Si le village apprend que tu es sur le ring, beaucoup viendront parier, crois-moi.

Amadéus, c’était un connard, mais on pouvait pas cracher sur son talent premier : faire du profit sans se tromper. Nicolas soupira. :

-Combien à ton avis ?

-300 euros… peut-être même plus, même si je prends ma part.

Fight Club s’est fait souillé. Nicolas accepta finalement. Amadéus se frotta les mains d’avance, en demandant à l’un de ses sbires de partir devant, prévenir les organisateurs qu’un nouveau joueur entrait dans le combat de dix-sept heures. ...Puis il fit entrer Nico dans la cabane, pour le préparer. des mitaines avec des plaques pour protéger ses phalanges et rajouta des bandages à ses genoux en plus de ses coudes, après lui avoir déchiré les jambes de son jean jusqu’aux genoux. Tenue obligatoire disait-il.

Que faire ? Que faire ?... Nicolas ne voulait pas se battre pour faire du mal, il voulait survivre... Et survivre passait par l'argent dans ce monde. Se battre, gagner, survivre et se battre... Le serpent mordait sa queue dans la tête de Nico... Devait-il finalement faire parti de ce cercle vicieux ? Oui. Il n'avait pas le choix. Tant qu'il vivait ici, c'était écraser ou se faire écraser... Il avait trop longtemps essayé de rester intègre, de rester lui-même tout en se cachant. Maintenant, il devait leur montrer un masque de guerre. Gagner, manger ou être mangé. Respirer, calmement, prendre un regard sombre, décidé. Montrer aucune pitité. Avancer et gagner. Encore. Bienvenus oui... Bienvenus dans cette réalité déformée, purulente et terrifiante. Elle te prend la tête, te tambourine le crâne de ses horreurs... Tu peux tendre ta main et crier de désespoir... C'est l'écho de la pourriture de cette humanité putride qui te répondra d'un rire glauque et gras... :

-Woh Nico... Tu fais peur avec ces yeux-là.

-Hin hin... Je te connais, tu n'as peur de rien Amadéus. Si quelqu'un te donne ne serait-ce qu'une pichenette, tes gros bras viendront l'envoyer à l'hôpital... Et tu as eu assez d'intelligence pour te faire respecter d'emblée... Non, moi, je ne veux pas te faire peur... Je ne veux faire peur à personne d'ailleurs...

Il se lève. Amadéus se tait, sérieux. :

-Je veux hanter leurs cauchemars...

Quelques minutes plus tard, ils étaient partis en suivant les cordes rouges…


Il y avait déjà du monde, réunis en cercle autour d’un combat en cours… Et dont bientôt, tout le monde se désintéressa à l’arrivée de Nicolas. D’un geste désinvolte, il évita un caillou qu’on lui lança et resta sourd aux huées… Il était là pour ramener de l’argent, il était là pour payer un nouveau loyer… Peut-être même autre chose. Mais il y songera plus tard. Ses poings se serrèrent et se desserrèrent nerveusement tandis qu’Amadéus réglait son inscription. Sur un panneau grossièrement fait, il peut lire les règles : pas d’armes autorisées, pas de triches. Il en fut rassuré, d’un côté. Quand l’annonce fut faite, Nicolas ressentit une pointe de stress, qu’il ne montra pas. Une marée se déplaça jusqu’à la personne qui prenait les paris… Il n’entendit qu’une fois son nom, Amadéus pariait gros sur lui. Concentré sur ce qu’il avait à faire, Nicolas se focalisa sur son adversaire…

Son surnom, c’était Max : un max de brutalité, un max de stupidité… Et en plus, il s’appelait Maxime en vrai. Avant, c’était le p’tit gros qui prenait cher pendant les récrés en primaire… et puis son père l’a inscrit à la boxe. Depuis, il était devenu un bête de foire, certes, mais plus respectée. Le chouchou d’un concurrent d’Amadéus. Quelle coïncidence. Max avait trois ans de plus que Nicolas, ainsi que vingt centimètres et vingt kilos de supériorité. Autant dire qu’il comprenait pourquoi personne ne pariait sur lui… Un rapide coup d’oeil et on pensait qu’il n’avait aucune chance. Pourtant, il eut un petit sourire. Il n’était pas certain de gagner… Il allait gagner.

On le saisit soudain pour le jeter dans le cercle de combat… Max eut l’amabilité d’attendre qu’il se relève, sous le rire de l’assemblée ridicule, et qu’il crache les feuilles mortes qu’il avait avalé par inadvertance. Il tapa deux fois dans ses mains, comme s’il voulait tester leur impact avant de lancer une première droite à Nicolas, encouragé par la foule. Il se pencha pour l’éviter et donna un coup dans une côte flottante. Max recule sous le coup inattendu. Un silence de mort s’abat. Nico fait ce qu’il peut pour se retenir de rire… puis fait un mouvement de main, invite Max à s’énerver un peu.

Le buffle pousse un hurlement, en écho avec la rage du public, et s’élance en avant. Mais Nicolas fait de même, plus rapide que lui, le surprenant… Il se retourne, attrape sa tête et le retourne comme une crêpe, aidé par l’élan du monstre. Alors qu’il est par terre, il a le temps de lui foutre un coup de pied dans le plexus, le vidant d’air, l'assommant pour quelques secondes, le temps qu’il puisse se replacer. La foule injure, éructe, c’est la folie. Seul Amadéus fume dans un coin, un petit sourire aux lèvres. ...Mais quand Max se relève, il a un couteau dans la main. :

-Hé ! Il a une arme ! Il a pas le droit !

-Ton existence même est une erreur Colette, alors ferme ta gueule et bats-toi !

-Ouais ! Saigne Colette ! Saigne !

-On veut voir tes boyaux l’étranger !

-Va nourrir les asticots !

Ca allait trop loin, mais il ne pouvait pas faire marche arrière. Il évita le couteau une fois, se prit un poing dans le visage et reçut le revers… Revers tranchant sa mâchoire. Il poussa un cri en s’effondrant au sol. Le monde tangua un instant, il fut retourné pour faire face à Max… Au dessus de lui… Le couteau levé… La haine dans les yeux… Il allait mourir…

Les gens disent : quand on rencontre la mort, on voit sa vie défiler. C'est faux... en tout cas, pour Nicolas, ce ne fut pas le cas. Tout va trop vite, et l'instinct de survie fait le reste. Peut-être après le coup, quand on se vide de son sang, mais avant, on retient juste sa vessie de se vider, on met ses mains devant soi pour se protéger d'une manière pas du tout efficace, les jambes se vident de sang pour tout remonter au cerveau. Irriguer le maître pour vite trouver une solution... Pour Nicolas, ça forgea sa haine, ça construisit son mur de haine, sa façade de colère pour ensuite tout détruire... Peut importe ce qu'il aurait devant lui. Il allait avec lui ou il vivra... L'instinct le muta en monstre, en carnivore affamé, en un loup noir qui allait planter ses crocs dans la menace, pour lui, pour sa petite meute : sa mère. En une micro-seconde, ce changement se déploya en lui, dévora ce qui restait de son enfance, son innocence, sa pureté, ses joies simples, sa gentillesse, son humanité. Spectre vengeur des bois, son âme noire comme la suie, ombres vaporeuses qui le suit, son passé qui lui colle à la peau.

Il allait manger le monde. Il allait détruire l'existence. Il allait réduire les pensées à néant.

Je vous déteste. Oui, vous tous. J'ai fait ce que j'ai pu pour essayer de voir en vous, une étincelle d'humanité, un semblant de regret, compassion, pitié,... J'ai vu vos yeux et je n'ai rien trouvé en vous. Pas même une âme. Vous êtes des coquilles vides, les œufs pourris du monde, et vous allez, bras ballants, partager vos haines, votre intolérance, vos jugements, vos obscénités et vos horreurs... Des virus bipèdes se moquant de l'autre parce qu'il n'est pas vous. Moisissures que la Terre n'aurait jamais du porter. Je vous hais. Je vous hais si fort que je vais faire trembler le monde avec ça, je vais arriver tel l'orage sur vous, je vais faire trembler l'air avec ma voix et j'enverrai des bouts de moi, des bouts de ma colère vous frapper si fort... Et je vous regarderai mourir, je vous regarderai encaisser ce que vous avez créé avec vos immondices, votre corps se secouant de gestes parasites, vos larmes comme fond sonore auquel je répondrai par un autre éclair. Et vous mourrez. Et j'hurlerai encore !

Ready to Die - Andrew W.K.

-NON !

Il attrapa le poing avant qu’il ne s’abatte sur son coeur, perçant son maillot, frôlant sa peau… Une goutte de sang perla sur lui. Son sang. Le sang qu’il verse. Le public extatique scande le nom de son adversaire, beuglant leur désir immonde, inhumain et terrible : la mort… La mort. La fin d’une existence. La fin d’un autre que soi. Nicolas perdit tout. Un sourire carnassier apparut sur ses traits avant qu’il donne un bon coup dans les noix de Max. Il a le souffle coupé et s’effondre. Nicolas lui arrache son couteau mais il ne l’utilise pas… Non… A la place, il le jette par terre, se place dessus lui, et commence à le matraquer. Droite, gauche, droite, gauche… Les coups pleuvent, Nicolas rit. Il rit aux éclats car il est vivant, et tant qu’il est vivant, il allait leur faire payer à cette bande de… :

-Chiens ! Mais lâchez les chiens BORDEL !

Trois rottweilers. Des chiens si fidèle, si affectueux, transformés en machine à tuer… Comme Nicolas. Il se lève avant que le premier ne bondisse sur lui. La lame fend l’air, fend la chair de l’animal, fends la gorge et les artères avec une facilité déconcertante… La vie le quitte alors qu’il tombe au pied de Nicolas, étouffant de son poids Max resté immobile par terre. Le deuxième et le troisième arrivent l’écume aux babines. Il y en a un qui le choppe à la jambe, il plante son couteau dans son flanc, le fait lâcher prise… L’autre attrape son maillot et tire dessus, Nicolas plante ses dents dans la gorge de l’animal… Il en devient un, aveuglé de sang et de rage, l’injustice lui faisant battre son coeur. La folie qui l’habite le quitte quand la sensation du couteau qui traverse le coeur d’un autre être vivant le rappelle… Il a tué. Il a tué un animal innocent… Il a du sang qui n’est pas le sien sur les mains.

Tout s’éteint. La foule a fuit ou a reculé jusqu’aux arbres les plus proches. Nicolas se lève. Le visage impassible. Il aligne le corps des chiens, sans un mot et donne un coup de pied au corps immobile de Max, traumatisé par ce qu’il vient de voir… pour la forme. Il va vers le gars gérant les paris et tend la mains pour recevoir sa part. Ses yeux d’argent l’effrayent tandis qu’il compte les billets en tremblant, et il lui donne une sacrée liasse avant de s’enfuir à toutes jambes.

Avec la dignité d’un prince, son tee-shirt déchiré sous les crocs, oeil au beurre noir marbrant sa peau blanchâtre, le sang coulant de sa seule blessure de couteau à la joue droite, il passa devant tout le monde, sans un mot… Qu’ils comprennent ce que c’est de pousser quelqu’un dans ses derniers retranchements, qu’ils sachent que la prochaine fois qu’il essayeront de le battre, il pourra être capable du pire…

My Demons - Starset

Mais bien sûr, si ses campagnards lâchaient l’affaire aussi facilement, Nicolas n’aurait jamais eu autant de problèmes… Bientôt, il les entendit, autour de lui, se déplaçant par groupe… Il reconnaissait le bruit des feuilles écrasées, les murmures qui se faufilaient entres les arbres, jusqu’à lui. Il courut jusqu’à une corde plus épaisse que les autres et s’y accrocha, grimpa à la branche, voyagea d’arbre en arbre avec agilité et discrétion, se cachant dans la verdure des chênes. Il trouva rapidement un de ces groupes qui voulait récupérer son argent… Il s’assit sur la branche et attendit qu’ils passent. :

-Ce cinglé… Pourquoi il a tué les clebs ?! On s’amusait juste putain.

-J’ai toujours dit que Colette avait pas d’humour.

-Grave… Hé ma p… !

Pelle. Pelle que Nicolas venait de lui arracher des mains avec un mouvement d’acrobate, et qu’il lui envoya en pleine tête. Un de moins, encore six. Ils eurent un mouvement de recul alors qu’il faisait un pas. :

-Cet argent, je l’ai gagné. Il est à moi maintenant.

-T’as triché, on n’a pas le droit d’utiliser d’armes blanches !

-J’ai seulement désarmé Max, j’ai pas utilisé son couteau pour le battre… Mais si tu veux le récupérer, viens… Je te le rends.

Il se redressa de sa position défensive et tendit le couteau qu’il avait accroché à sa ceinture. Alors que l’un d’entre eux tendit la main timidement pour s’en emparer, la pupille de Nicolas se contracta d’un coup, devenant un point noir minuscule dans ses yeux tant il était animé par la colère. :

-...Mais sache que j’ai pas besoin de ça pour t’arracher la jugulaire. Il me restera mes dents.

Il les claqua pour montrer à quel point il était sérieux, les faisant fuir. Il lâcha la pelle. Il soupira et une sensation froide l’envahit. Il tremblait de rage et d’horreur envers lui-même. Il avait failli tuer Max et à la place, s’était déchargé sur de pauvres chiens. Il eut un sanglot mais rien ne sortit, aucune larme, seulement son sang qui coulait encore… Il devait rentrer, il devait se soigner. Il fit demi-tour néanmoins. Il devait trouver Amadéus pour lui donner sa part, sinon il allait en entendre parler pendant des jours et des jours… Il se glissait dans les bois, sans un bruit, telle une ombre, et s’il croisa d’autres groupes dans leur croisade, personne ne le remarqua.

Il entra dans la cabane sans toquer, faisant sursauter Amadéus qui faillit lâcher son cigarillo. :

-Ah ! Mon petit profit ! Je croyais que tu ne reviendrais jamais.

“...avec mon argent.”, ajouta Nicolas dans sa tête. Il plissa les yeux et lui tendit toute la liasse. Cet argent, il en voulait plus. Il avait tué des animaux pour ça et il commençait sérieusement à se dégoûter, bien qu’il n’avait pas eu le choix. Son patron ouvrit grand ses yeux. :

-Non… Non Nico, je vais pas tout te prendre c’est hors de question. Écoute gamin… Assis-toi.

Il lui donna une chaise mais il ne s’assit pas tout de suite. Amadéus n’avait rien de paternel, il usait de lui depuis presque six mois maintenant, n’attendait de lui que des résultats en lui parlant à peine. Pourtant il insista, lui redemandant de s’asseoir de manière plus autoritaire. :

-Je suis le pire mac sur lequel t’ai pu tomber mon grand. Je t’augmenterai jamais et le jour où j’aurais pas mon profit, j’irai te prendre tes meubles… Mais t’as travaillé, donc je te paye.

-J’ai pas travaillé Ama, je viens de buter trois chiens et de foutre une armoire à glace par terre. D’ailleurs Max va bien ?

-Tu lui as juste fait peur… Mais il est costaud, il s’en remettra.

Nicolas grimace, Amadéus soupire. Il compte les billets et lui remet un bon trois-quart. Nico ne compte pas, il se rend compte qu’il vient de lui faire une sacré fleur… Quelque chose qu’il allait devoir payer plus tard en gros… Donc un cadeau empoisonné. :

-...et tu t’en remettras toi aussi.

Une phrase répétée sans cesse par les adultes du coin : on t’a coupé un doigt ? C’est pas grand chose, tu t’en remettras, t’aurais pu perdre une main. On t’a violé dans une ruelle ? C’est pas grave, tu t’en remettras, et pis avoue que t’as aimé ça un peu. T’es S.D.F. ? Oh ben c’est pas grave, t’as bien un pull pour te protéger du froid de l’hiver. Nicolas a le goût du sang et de la bile qui se mélange dans la bouche. :

-C’est ce que tu voulais Ama ? Que je pète une pile pour de bon ?

-Nicolas…

Il se lève, fait le tour de la cabane et passe son doigt sur la table ou les sachets de drogue sont préparés au gramme près, avec les fougères qui sèchent au plafond pour mieux la couper. Un soupir les fait bouger doucement. :

-...Tu étais déjà fou avant, de vouloir résister à ce monde brutal.

Behind Blue Eyes - Version Limp Bizkit

Nicolas traîne les pieds dans la rue. Il sait qu’on regarde l’état dans lequel il se trouve, mais que personne s’en inquiète… C’est triste, c’est morbide. C’est normal. Il rentre dans son immeuble, monte les escaliers et rentre chez lui. Il se pose sur la chaise dans la cuisine et prend un petit miroir. La plaie est moche, mais la coupure est droite. Il a aucun moyen de la refermer, coudre sur son visage n’arrangerait ni sa tête, ni sa blessure… Il soupire et se lève pour se nettoyer le visage. Il prend une grande inspiration. Passer à autre chose… Par exemple, l’épreuve de la semaine : laver sa mère. :

-M’man. Je vais éteindre la télé.

Elle ne réagit pas… pas tout de suite en tout cas. Mais quand il appuie sur le bouton, elle a le réflexe de s’emparer de la télécommande pour essayer de la rallumer… Heureusement le bouton est roi, et elle n’y arrive pas. :

-Nicolas, la télé est cassée.

-Elle est pas cassée, c’est l’heure de se laver.

Elle le regarde, elle ne comprend. Alors doucement, il va l’aider à se lever et l’amener à la salle de bain. Ses gestes bien plus doux, bien plus mesurés, ses mains assassines maintenaient sa mère avec tendresse. Il la laisse dans la salle de bains après avoir mis une bassine dans le carré de douche. :

-Ok, maintenant comme d’habitude. Tu te déshabilles et tu rentres dans la bassine d’accord ? Pas de bêtises hein ?

Il referme la porte mais colle son oreille contre la porte. Il avait toujours eu peur qu’elle se fasse du mal toute seule, sans télé pour retenir sa douleur et des pensées suicidaires. Une fois qu’il entend qu’elle se laisse glisser par terre, il entre. La nudité de sa mère ne lui a jamais posé de problème… La nudité tout court d’ailleurs. Un corps n’était qu’une enveloppe de chair, il avait du mal à comprendre qu’on puisse ressentir de l’attirance envers quelque chose d’aussi… commun à tous et dépourvu de beauté. Franchement, qu’est-ce qu’il y a d’excitant dans un bout de peau qui pendouille ? Enfin bref…

Il vérifie la température de l’eau avant de mouiller les cheveux de sa mère. S’il peut prendre des douches froides, il préfère éviter d’enrhumer sa mère qu’est incapable de se moucher. Il soulève bien les cheveux et laisse le pommeau dans la bassine, qu’elle se remplisse pendant qu’il la shampouine. :

-Tu ressembles tellement à ton papa Nicolas… Tu es si gentil… Je suis désolée mon grand, je suis désolé de ne pas être la mère que tu mérites.

Il n’est pas d’accord mais ne peut rien dire. Elle n’entend rien quand elle s’effondre… Elle laisse les mots s’écouler sans fin, mots comme mille poignards qu’elle retire d’elle et qui agrandit le flot de ses souffrances. :

-Tu sais ce blouson de cuir que tu portes l'hiver, il l’a gagné alors qu’il avait seize ans, il voulait être motard. Il voulait jouer aux durs avec moi, mais je le connaissais depuis si longtemps, C’était quelqu’un de doux, qui aimait la justice et qui travaillait dur. C’est dommage qu’on ait du se séparer des photos, je t’aurais montré à quoi il ressemblait… jeune si jeune.

Ses épaules se secouèrent. Elle pleurait maintenant. Nicolas reprit le pommeau. :

-Lève la tête maman.

-Il est mort mon grand. Il s’est pendu et il est parti. Oh qu’il était malheureux, il a toujours été malheureux ici. Pourquoi je ne l’ai pas écouté ? Pourquoi je n’ai pas été là pour lui ?

Les larmes se mélangeaient à l’eau, au savon, et remplissaient tout autant la baignoire improvisée que le reste… Heureusement qu’elle était menue quand même. Nicolas prit le gant et le savonna allégrement. :

-Ca sent bon la lavande.

-Oui maman ça te plaît ?

-On courrait dans les champs de lavande quand on était petit, mes amies, ton père et moi.

-Je sais maman, je sais. Baisse-toi je vais te frotter le dos.

Il s’exécute alors qu’elle continue de radoter… Il connaissait par coeur son discours, et à chaque fois il se rendait compte d’à quel point c’était une torture de l’éloigner de l’écran. Il finit rapidement, la couvre vite d’une serviette une fois sortie et sèche ses cheveux coupés au carré par Nico lui-même, bien qu’il ne sache pas s’y prendre, et ressort pour qu’elle se rhabille. Elle ne s’arrête pas de parler jusqu’à ce qu’il rallume la télé, que la voix du présentateur d’une télé-réalité couvre la sienne et qu’elle s’évanouisse complètement… Nicolas sortit les billets de sa poche arrière. Il avait maintenant un loyer d’avance et cent euros d’économie… Il allait enfin acheter un vrai lit pour sa mère.



##   Sam 14 Nov 2015 - 20:44

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Souvenirs - Troisième partie

I am Machine - Three Days Grace

Quand on échappe à la mort, on ne s’en rend pas compte tout de suite. Il s’écoule un temps où l’on est comme hors de soi, on perçoit tout avec une précision qui nous déroute, pourtant on agit sans changer ses habitudes… Puis, un jour ou deux plus tard, on comprend qu’on est pas passé loin du pire, que notre cœur devrait actuellement avoir cessé de battre si la chance n’avait été de notre côté. C’est le moment où le moindre souvenir de la douleur peut nous faire s’effondrer ; un couteau posé sur la table, une odeur de sang, le mouvement d’une ombre. Tout et un rien. Ensuite, on peut remarquer trois catégories différentes de personnes : celles qui vont vivre leur vie à fond, prendre un nouveau départ et peut-être lutter à ce qu’une chose pareille ne se reproduise plus à personne, celles qui ont peur, qui se terrent, qui par un réflexe malheureux d’instinct de survie ne croient plus en quiconque… et Nicolas.

Il ne dormait plus… ou du moins plus que quelques heures par nuit, ce qui n’était pas évident pour son jeune âge. Il ressentait d’autant plus la faim maintenant que le sommeil ne l’en épargnait plus. Mais il faisait des cauchemars trop intenses, trop étranges pour sombrer dans les bras de Morphée sans en ressentir un pointe de stress. Soit ils étaient brutaux, soit ils étaient perchés, mais dans les deux cas, sa nuit n’était jamais réparatrice. Les premiers temps, il s’ennuyait ferme… et puis il se décida à sortir. Oui, sortir, dans ce village, de nuit. C’était pas la meilleure idée du siècle mais il ressentait moins de peur que durant le jour… Non, il n’avait pas fait pousser de la confiance en lui dans sa chambre-placard entre temps, faut pas déconner. Il faisait juste parti de cette troisième catégorie : il ne ressentait plus rien.

Il n’appréciait plus autant son café le matin… Sa rentrée, ordinaire, entrecoupée de deals et de bastons avec ses camarades, ne l’avait ni ému, ni stressé. Il ne ressentait même pas de vide. Juste rien. Sinon la nuit, où il craignait de dormir, où il était le roi des bois. Cuir et rangers noires, il s’imprégnait de l’odeur des feuilles mortes, l’aigreur du sang et de la transpiration. Fin de l’automne et des Hommes. Une lycéenne à peine vêtue l’invita cordialement à la suivre. Il refusa d’un geste de la main et s’éloigna dans le sens opposé duquel elle se trouvait. Ça ne l’intéressait pas, et surtout, il devait dépenser son argent dans des choses plus tangibles… comme la bouffe ou les cahiers pour l’école. Il se dirigea entres les arbres, semblant sans but, mais arriva bientôt jusque l’un des rares conifères que comptait les bois. Il grimpa et s’installa à une branche haute et solide… Il pouvait voir les étoiles de là où il était. Bon elles étaient en grande partie cachées par les nuages de fumée que dégageait l’usine mais ils les voyaient. Il avait appris quelque part que, dans les grandes villes, on les voyait beaucoup moins alors il s’en contentait très bien.

Il dut s’assoupir quelques minutes puisqu’il fut réveillé par les bruits d’une discussion au pied du sapin… Allons bon, ce bois n’était pas assez grand pour qu’ils se trouvent un coin tranquille où il n’était pas ?! Il reconnut l’une des voix et se pencha sans bruit, curieux. C’était Double C, dont le maquillage noir coulait abondamment sur les joues, une fille populaire de sa classe qui lui avait craché plusieurs fois au visage. La raison de ce surnom était simple ; elle avait un bonnet C, et dans une cour de récré où les filles cachaient leurs poitrines, même petites, pour éviter de se faire violer, c’était plutôt remarquable… Surtout qu’elle ne s’en cachait pas. Et puis elle s'appelait Cynthia, donc c’était drôle… apparemment. Bref, Double C était en larmes, devant un gars qu’il connaissait bien puisqu’il faisait parti du même cartel que lui ; c’était Moustique. Parce qu’il était aussi chiant et opportuniste que ces putains d’insectes, en plus d’avoir une allure plutôt rachitique, tout en longueur. Autant dire que la réunion de deux êtres aussi contraires était plutôt… rare et surprenante.

Mais il comprit bien vite le pourquoi quand Double C voulut arracher des mains de Moustique, une seringue sans doute pas remplie d’un vaccin. :

-S’il-te-plaît, le suppliait-elle, mes parents m’ont coupé mon argent de poche et j’en ai besoin !

-Désolé ma grande, mais tant que t’as pas d’argent, je peux pas te filer la came… A moins…

D’une main, il saisit la mâchoire de Double C, serrant ses doigts sur ses joues trempées, faisant ressortir ses lèvres trop pulpeuses pour une gamine de son âge. Le regard du gosse s’assombrit, son sourire carnassier laissait parfaitement deviner ce qu’il voulait d’elle. :

-Laisse-toi faire…

-N… Non !

Elle voulut le repousser mais Moustique devenait posséder une poigne insoupçonnée puisqu’elle n’arriva même pas à se dégager d’un millimètre. Il colla ses lèvres contre celles de la demoiselle tout en lui pelotant allégrement les seins.

Pendant ce temps, Nicolas descendait silencieusement les branches de l’arbre, les yeux d’argent luisants dans la nuit, fixés sur Moustique comme un prédateur fixerait une proie. :

-Hé. Le pervers.

Il sauta de sa branche, Moustique eut juste le temps de repousser Double C et de reculer pour éviter de se prendre le poids de Nicolas sur la tronche… Par contre, il ne put éviter le coup de poing retentissant qu’il lui mit en pleine poire. Il s’effondra sous la force qu’il y avait mis, mais il en fallait plus pour les gars du coin, habitués à recevoir beaucoup plus de patates dans la figure qu’un boxeur au cours de sa carrière. Il posa sa main là où eut lieu l’impact et recula effrayé, tout en tentant de se relever. :

-Mais ça va pas abruti ?!

-Tu l’as entendue. Elle a dit non… Alors casse-toi avant que je t’arrache les dents une à une.

Il s'exécuta, lui lâchant dans sa course un “J’vais l’dire à Amadéus !” parfaitement pathétique. Nicolas leva un sourcil mais ne s’en formalisa pas… Il réglerai ça plus tard, c’est tout. Il se tourna vers Double C. Bon il s’attendait pas à ce qu’elle le remercie, mais il ne s’attendait pas à ce qu’elle s’arrache un peu de sa crinière blonde en lui gueulant dessus. :

-Mais qu’est-ce que t’as fait ?! Il avait la seringue merde ! Je fais quoi maintenant moi ?!!

Elle tomba à genoux. Double C, la reine du collège, toujours impeccable dans sa façon de s’habiller, de marcher, de se maquiller et même de parler était devant lui, jupe droite remontée au bord de l’indécence, le maquillage défait par trop de pleurs, jambes et talons aiguilles dans la boue, échevelée comme l’était la folle aux chats du quartier centre. Nicolas n’en ressentit ni pitié, ni compassion… Cette fille l’avait insulté, l’avait rabaissé devant tout le monde, avait même orchestré un petit pari ; celui qui lui ramènerait une mèche de cheveux de Nico aurait eu l’immense honneur de recevoir un baiser. Il dut éviter une grosse partie de la gente masculine pendant une semaine au moins avant qu’elle ne retire cette promesse. Mais voilà… Nicolas était Nicolas.

Il s’accroupit devant elle et retira de sa poche la seringue qu’il avait réussi à piquer à Moustique en tombant de l’arbre. Le regard de la jeune fille voyagea de Nicolas à la seringue. Elle n’en revenait pas. :

-Mais…

-C’pas une solution bien conseillée si t’es déjà accro… Mais j’suis pas qualifié pour te conseiller la désintox’. Alors garde-la précieusement un maximum de temps, et sert-en quand t’en pourras vraiment plus… Surtout si tu sais pas quand tes parents te fileront de l’argent.

-Nico… Je… Je suis désolée… Je te revaudrais ça.

-On sait très bien tous les deux que tu le feras pas. T’as une réputation à tenir hein ?

De son index, il lui tapota le bout de son nez aquilin. Elle serra alors la seringue contre son coeur, comme s’il s’agissait du plus beau cadeau du monde. Il lui aurait bien donné un mouchoir mais il n’en avait pas… Alors il lui prodigua ses derniers conseils. :

-Mouche-toi, il faut pas que quelqu’un te voit comme ça sur le chemin du retour… Attends.

Il l’aida à se relever, replaça son manteau de fausse fourrure, redescendit sa jupe correctement et tenta tant bien que mal de retirer la boue de ses genoux. Les talons étaient fichus. :

-Bon, marche d’un bon pas jusqu’à chez toi. Si tu as des clefs, mets-les dans ton poing. Si quelqu’un t’agresse, ça lui fera bien mal… Et s’il arrive à te chopper, un bon coup dans les couilles ok ?

-Merci Nicolas…

Elle embrassa sa joue avant de s’enfoncer dans les bois. Il tressaillit mais n’ajouta rien. Il ne ressentais vraiment plus rien.

Requiem Aeternam- Mozart
(ouiiii du classique aussi parce que c'est trop ksjqghdksfjgh)

Il devait malheureusement se rendre dans la cabane au fond des bois, avant d’être poursuivi par les gros bras du cartel… Autant aller répondre de ses actes lui-même. Il souffla avant d’ouvrir la porte. Dès qu’il fit un pas un l’intérieur, il entendit quelqu’un charger un fusil à pompe et viser sa tempe… Moustique était déjà à côté d’Amadéus, l’air mauvais. Nicolas inspira calmement, sans faire de geste brusque et jeta un coup d’oeil à l’homme de main qui le tenait en joue. :

-Bonsoir… Moi aussi je suis content de vous voir.

-Je ne plaisante plus Nico. Moustique vient de me rapporter que tu l’as empêché de revendre un shoot.

-Vendre ? Il voulait baiser la cliente. Il me semblait que tu préférais l’argent Ama.

-Conneries !

La panique se faisait entendre dans sa voix. La seule raison pour laquelle Moustique était moins lynché que Nico, c’était seulement parce qu’il faisait parti du cartel… Et profiter de son statut pour violer des filles plutôt que de ramener de l’argent au patron, c’était le meilleur moyen de se faire virer. S’il avait réussi à jouer la comédie, peut-être qu’Amadéus les aurait viré tous les deux… Ce dernier expira un gros nuage de fumée de son cigarillo… :

-Rends-moi la seringue Moustique et tu garderas ta place…

-M’sieur ! Z’allez pas croire l’étranger quand m… ?

-FILE-MOI CETTE PUTAIN DE SERINGUE !

Ne jamais énerver Amadéus. Ses colères étaient rares, mais destructrices… Il avait pas l’air menaçant, mais il avait toute une troupe de fidèles qui eux, l’étaient. Moustique fouilla alors ses poches vivement… mais il ne trouva rien évidement. Il pointa du doigt Nicolas qui n’avait toujours pas bougé, qui restait calme et droit. :

-Il me l’a volé ! Obligé !

-Tu rigoles ? Je ferais quoi d’un shoot moi ? J’suis pas un camé.

-Ama ! Ama, tu peux pas…

-Sors d’ici tout de suite Mathieu. Et que je ne te revois plus jamais dans les parages.

Amadéus venait de destituer le violeur de son titre. Il n’était plus Moustique, il n’était qu’un gars du village de plus… Et vu son apparence physique et son caractère de merde, il allait pas faire long feu… Il dut s’en rendre compte puisqu’il quitta la cabane, les bras ballants, la tête basse. Le gars qui visait Nicolas jusqu’alors baissa son arme et sortit à son tour, d’un seul ordre donné par le regard d’Amadéus.

Une fois seuls, Ama reprit son sourire commercial et vient jusqu’à Nicolas pour lui tapoter les épaules avec un peu trop de force… Il était encore énervé mais gardait son calme tant bien que mal. Alors Nico ne fit aucun geste quand il le débarrassa de son cuir, ni quand il lui mit une cigarette dans la bouche et qu’il l’alluma, ni quand il lui tendit un verre de coca… Du rhum ? Faut pas déconner, Ama n’était pas assez généreux pour offrir des verres de sa cuvée à n’importe qui. :

-Nicolas, Nicolas, Nicolas. lâcha-t-il dans un soupir. Je ne sais pas ce que je ferai sans toi.

-Tu aurais découvert ses manigances tôt ou tard Ama.

-Certes. Mais j’aurais perdu beaucoup d’argent aussi. ... Comment as-tu découvert ce qu’il tramait ?

-Par hasard. J’étais dans un arbre et je lui ai tombé dessus alors qu’il soudoyait la cliente.

-Un loup dans un arbre, c’est original.

-Euh… Un loup ?

Amadéus s’assit et croisa ses jambes en poussant un soupir d’aise. :

-Je pense qu’il est temps que je te donne un nom de code… Ça va faire un an bientôt que tu me sers, et tu viens de faire preuve d’une fidélité que je me dois de récompenser. Je pensais à “Loup noir”, car j’ai l’impression que tu agis de plus en plus de nuit… et loup en anglais se dit “wolf”... Loup et Amadéus.

Wolfgang Amadéus Mozart. En gros. Manquerait plus qu’il y en ai un avec le nom de code “Mozarella” et le trio parfait était né… Mais ce n’était pas cette blague douteuse qui faisait bloquer Nicolas. Il venait de rentrer dans le gang, il allait recevoir une petite somme tous les mois, une assurance dans son quotidien… Il en revenait toujours pas. Il était si surpris que c’est Amadéus qui du reprendre le fil de la conversation, un petit sourire presque paternel sur les lèvres. :

-Il te plaît au moins ?

Le Loup Noir prit une lente inspiration. Il ne devait pas montrer outre mesure que cette nouvelle le réjouissait. Maîtrise de soi. Calme. :

-Oui. Très. Je t’en remercie Amadéus.

-Bien ! Maintenant que tu es employé et plus stagiaire, je vais te donner des missions de plus grandes importances. Je ne sais pas si tu es au courant, mais une partie de mon cartel a réussi à s’introduire dans l’usine et à voler une partie des produits chimiques qu’ils produisent. ...Tu connais Lloyd ?

-Le gars un peu taré qui occupe le territoire du lycée technique de la ville et qui fait sauter le laboratoire tous les week-end là-bas ?...

-Exact ! Il a travaillé les produits volés pour en faire des explosifs que je vais revendre. Je veux que vous les testiez dans les jours à venir. Tu prendras Oldie, Rasta et Petite Vipère avec toi, mais je veux que tu commandes l’opération.

Pour une responsabilité, c’en était une grosse pour une première.

The Kids aren't Alright - The Offspring

-ATTENTION !!!

Oldie et Rasta lâchèrent le paquet et se mirent à l'abri en courant à toutes jambes dans des bosquets plus loin. Nicolas dut couvrir ses oreilles à la déflagration qui souleva la terre tandis que Lloyd jubilait derrière sa manette déclenchant les explosions à distance. Une fois le calme revenu, le Loup Noir arracha l’outil électronique des mains du jeune scientifique, la colère dans le regard. :

-T’as failli les tuer abruti !

-Mais t’avais qu’il était installé…

-J’ai dit PRESQUE ! Bordel ! ...Vous allez bien les gars ?!

Oldie sortit de son buisson, les dents blanches contrastant avec sa peau noire. Il était avec Nico, le deuxième “étranger” du village. Il a aujourd’hui 28 ans, et il a décidé de vivre dans les bois quand Amadéus a décidé de monter sa petite affaire, il y a dix ans de ça -oui, si vous savez compter, vous remarquerez donc qu’il est devenu chef de son propre cartel à 15 ans-… Oldie, surnommé ainsi parce qu’il était l’aîné du gang, en avait plus subi que Nicolas et la moitié de son visage brûlé suffisait à le convaincre de ça. Il lui fit un signe en sortant Rasta du buisson en le tenant par le col… Rasta, lui, n’avait rien d’un rasta justement. C’était un blond, membre de l’équipe benjamine de rugby qui adorait Bob Marley et devait, comme eux tous, cacher sa passion. Il était du genre pleutre mais c’était un brave type… Quand à Petite Vipère, assise non loin de Nicolas et Lloyd, c’était une gamine de onze ans, qui avait apparemment arrêté de grandir, aux cheveux lisses et noirs, experte en poison. Elle s’était faite remarquée en foutant du laxatif dans la réserve d’eau de l’école… en primaire. Timide et donc plutôt silencieuse, il l’aimait bien. Et Lloyd était un cliché ambulant ; lunette de protection sur le pif, veste de scientifique plus si blanche couverte de tâches étranges, cheveux bruns gras et voix nasillarde. Son nom de code était simplement le nom du Doc de Retour vers le Futur… et lui allait sacrément bien.

Nicolas se tourna vers lui, lâchant un grondement. :

-T’as d’la chance qu’ils soient entiers Lloyd… Je garde la manette.

-Mais euh…

Sa mine boudeuse ne changea rien et il s’éloigna pour s’adosser à un arbre. Petite Vipère se rapprocha alors de Nicolas. :

-Amadéus choisit bien les noms… Tu es aussi protecteur et grognon qu’un loup.

-Grrblm. Les gars ! Allez chercher la deuxième charge !

-Nous fais pas sauter le caisson mec !

-Promis !

Le temps qu’ils reviennent, ils allèrent inspecter le trou provoqué par l’explosion. Il ne restait aucune trace d’explosif dans le cratère. Nicolas allait pas cracher sur de l’argent en plus mais à quoi allait servir un truc pareil ?!... Il n’avait aucune idée et évitait d’y songer avant d’arrêter ce qu’ils étaient en train de faire. Survivre bordel… Survivre dans un ville en sachant qu’on peut nous faire exploser un immeuble en échange de quelques centaines d’euros. La folie. :

-Nous revoilààà !

Il n’y avait qu’Oldie pour être joyeux en toute circonstance… Ils placèrent la deuxième charge non loin du deuxième cratère et appuyèrent sur quelques boutons pour diminuer son intensité. Ils s’éloignèrent. :

-Vipère, le flingue.

Elle le tendit à Nicolas qui sut le charger et viser avec… Bien sûr qu’il savait se servir d’une arme à feu ! C’est Amadéus lui-même qui lui avait appris. Dans un monde comme le leur, il fallait s’y connaître un minimum… Et le minimum, c’était un Glock 17. Lloyd entra soudain dans son champs de vision en beuglant, Nicolas baissa l’arme d’un coup. :

-PUT’ !... Mais t’es con j’ai failli te tirer dessus !

-Ne fais pas ça ! s’écria Lloyd. Je ne sais comment ça peut réagir !

-C’est justement pour ça qu’on est là… Rasta, tiens-moi ce fou furieux qu’on soit tranquille !

Le rugbyman s’exécuta et n’eut que faire des faibles protestations du scientifique outré. Nicolas visa de nouveau et tira. Cette fois, le souffle de l’explosion vint jusqu’à eux, faisant se plier Petite Vipère. Ils attendirent l’accalmie pour se diriger vers le point d’impact. :

-Ok Petite Vipère, note. La réaction est différente, l’explosion se fait vers le ciel au lieu d’aller vers la terre. Il y a des restes du caisson un peu partout aussi…

-C’est normal puisqu’il faut appuyer sur le bouton !!!

-Amadéus t’a demandé de faire une bombe qui explose en toute circonstance vers le bas. J’en ai rien à foutre du pourquoi et surtout du comment tu peux faire ça. Tu dois régler sa commande c’est tout.

-Vous… vous allez tout de même pas lui faire ce rapport.

-Lloyd t’inquiètes pas… T’es le seul gars du gang à connaître les tables de multiplication. Il compte pas se débarrasser de toi.

Lloyd soupira et ils se séparèrent ainsi, le scientifique vers le village et les autres dans les bois.

Le gang était connu pour revendre de la drogue de qualité, mais elle s’était spécialisée dans beaucoup de choses ; il y avait des petits groupes qui partaient en expédition dans les fermes abandonnées alentours, fouiller les caves où on peut encore trouver des armes datant de la deuxième guerre mondiale, remises à neuf par d’autres petites mains payées pour ça, les plus forts servaient de gardes-du-corps et faisaient régner l’ordre au sein des groupes, les plus faibles étaient des “Pigeons”, qu’on envoyait à la place d’autres membres plus importants chez les policiers, pour leur faire porter le chapeau et protéger le gang, les revendeurs pour la came donc, mais aussi les dresseurs de chiens pour les combats qu’on donnait dans certains endroits de la ville, les collecteurs qui avaient des réserves entières d’alcools pas cher et venant des quatre coins du monde, les jardiniers qui faisaient pousser le “chanvre”,... une véritable petite entreprise qui ne connaîtrait jamais la crise.

Oldie tendit une roulée à Nicolas… Celui-ci le regarda suspicieux. :

-T’inquiètes champion ! Je sais que t’aimes pas Marie-Jeanne, il n’y a que du tabac dedans.

-Merci. On a du temps avant de rendre le rapport… Si vous voulez, je vais le rendre moi-même à Ama, je vous libère.

-Sérieux ?... Oh cool ! Merci Loup Noir !

Il s’arrêta de marcher pour les voir courir au coeur des bois. Il ne put s’empêcher de sourire… Au final, 28, 16 ou 11 ans, ils étaient tous de grands gamins. Il tira une grosse latte et toussa, il n’avait pas encore l’habitude du tabac à cette époque mais il en ressentait déjà un certain plaisir pourtant. Celui de se dire qu’on se fait du mal sans souffrir, la mort à petit feu. C’était limite grisant.


A la fin de l’automne, la nuit tombe vite. Ça le surprend toujours, vu qu’il se fie à la place du soleil dans le ciel pour connaître l’heure. Il regarde la position de l’astre et des arbres pour se diriger vers le Nord, profite de la brise fraîche qui lui donne une légère chair de poule. Le soleil est couché depuis un moment quand il arrive aux niveaux des sentiers tracés par l’habitude de ceux qui travaillaient là… Il arrive à un carrefour important quand il entend derrière lui. :

-Hé ! C’est Colette !

Sans même se retourner, il fuit, zigzaguant avec grâce entres les troncs… Il court à peine, et disparaît au détour d’un endroit plus touffu. Ses deux poursuivants s’arrêtent devant un parterre de ronces. :

-Beh merde il est où ?

Le Loup fait le tour du tronc derrière lequel il est caché pour se placer derrière eux. D’un bon coup de pied, il les envoie dans les ronces. Ils poussent des hurlements, plus ils essayent de se dépatouiller plus ils s’embourbent dedans. Nicolas à un petit sourire avant de se retourner… et de recevoir une beigne en pleine poire. Les deux loubards n’étaient pas seuls… Ils étaient suivi par Jérémy, jamais le dernier pour emmerder Nico… Il aurait du se douter qu’il était dans le coin pour se faire poursuivre dans les bois sans raisons. Plus personnes ici n’osait défier le Loup qui avait buté trois clebs. ...Sinon Jérémy, qui était incroyablement stupide.

Nicolas allait pour l’envoyer rejoindre ses copains quand il eut instinctivement un mouvement de recul. Jérémy n’avait pas que ses poings, mais aussi un couteau Commando. Cadeau de papa garagiste ancien militaire ? Ok, ça allait pas être de la tarte.

***

Amadéus sursauta en entendant la porte de la cabane s’ouvrir sans sommation. A cette heure ça ne pouvait être que le Loup Noir, il allait l’engueuler pour être en retard pour le rapport mais il le vit alors qu’il se retournait et sa colère s’évanouit. Nicolas était debout, certes, mais appuyé contre le mur. Son maillot était déchiré et laissait voir une méchante plaie non loin du coeur… Pour une raison étrange, il tenait son cuir sous le bras et le patron comprit pourquoi quand il tangua dangereusement : son dos présentait une estafilade encore plus longue et profonde que celle présente devant. Amadéus jeta son cigarillo et se précipita vers son Loup, le traînant jusqu’au siège le plus proche.

Avec des gestes d’habitués précis, il nettoya de sang qui coulait tout en appuyant sur les plaies pour ralentir l’hémorragie. Il arracha ce qu’il restait du haut de Nicolas, s’empara de fil et d’une aiguille de l’autre, fourra les restes du vêtement dans la bouche du gosse, brûla l’aiguille avec l’aide d’un briquet et prit une brève inspiration stressée. :

-Accroche-toi. Ça va piquer.

Il poussa un hurlement bref, étouffé par le tissu, mais pour le reste, il serra les dents. Des larmes montèrent au bord de ses yeux mais ne coulèrent pas… Par contre, le siège de son patron souffrit un peu de sa poigne non maîtrisée… Ce fut long, tout aussi long que la blessure, mais il dut se retourner pour celle qui se trouvait devant et qui saignait tout autant. Il sut que tout fut terminé quand Amadéus retira délicatement ce qui lui obstruait la bouche. :

-Là, c’est fini.

Nicolas toussa, ce qui lui tira une grimace tant le mouvement réveillait la douleur. Amadéus se leva et alla rallumer un cigarillo… Bon, c’est pas tout mais il fallait aussi parler business. :

-Ton rapport ?

-Dans la poche de mon blouson.

Amadéus mit la main dessus mais il fut surpris d’y voir des gouttes de sang encore fraîche et de voir que le papier était froissé. Jérémy avait voulu mettre la main dessus et revendre l’info au cartel concurrent… C’était sans compter sur la détermination de Nicolas. Le patron lut silencieusement, et s’éventa avec le bout de papier, si anodin et si précieux à la fois. :

-Ahlala mon Loup, tu es si efficace que j’hésite à faire de toi mon mignon.

-J’te demande pardon ?

Il s’approcha de lui avec un air équivoque… Seulement alors Nicolas comprit le sens de sa phrase. :

-Tu sais, tu t’es endurci et tu ne ressembles plus à un gamin de douze ans… Tu t’es forgé à la dure et franchement, tu m’excites beauc…

Alors qu’il s’était penché pour être nez-à-nez avec Nicolas, celui-ci tira de sa chaussure le Commando qu’il avait arraché des mains de Jérémy… qui devait être encore en train de pleurer sa mère à l’heure qu’il est, vu la misère que lui avait fait subir Nico. Ce dernier avait le regard mauvais, traits tirés… tous les crocs dehors. Sa voix était rauque, alors qu’il menaçait la gorge d’Amadéus. :

-Je te préviens tout de suite, tu me touches et je t’égorge. ...Peut importe combien je pourrais gagner en devenant ta précieuse, je garde mon corps. Ne pense pas que je sois assez stupide pour faire confiance à ton semblant de “gentillesse”. Je ne considère pas le gang comme ma meute et je resterai libre jusqu’au bout… et j’hésiterai pas à t’égorger comme un goret.

Il avait beau être incapable de bouger comme il le souhaitait à cause de ses blessures, il restait parfaitement terrifiant… Et terrifié. Mais ça, il n’y avait que le fin fond de son être pour le savoir. Amadéus se releva en poussant un rire forcé. Il se dirigea vers la sortie. :

-J’aurais donc recruté un Loup solitaire… Très bien dans ce cas. Je te laisse la cabane pour la nuit. Les gardes te réveilleront pour que t’ailles en cours demain.

Nicolas attendit que son patron referme la porte pour soupirer et frotter son visage de ses mains, après avoir soigneusement rangé le Commando dans sa botte. ...Quelle journée de merde. Quand on échappe à la mort… Nicolas étouffa un sanglot dans ses mains. Combien de temps allait-il pouvoir tenir ? C’est à ce moment qu’une pensée horrible traversa ses pensées : j’aurais aimé avoir des parents. Il ferma doucement les paupières et ravala difficilement sa salive. Cette constatation s’insinua en lui comme la lame lui avait tranché la chair un peu plus tôt… C’était froid et immense. C’était la solitude. Il tendit la main vers son cuir pour se couvrir… La nuit était fraîche. Lui qui pensait ne plus rien sentir pour le reste de son existence fut bien déçu de découvrir pour la première fois, cette solitude qui lui prenait les tripes.

Je dois rester debout. Je dois continuer. Du moment que je suis débout, tout se passera bien. Je pourrai toujours me sauver et me battre. Et dès que je le pourrai, je trouverai un moyen pour partir… avec m’man.



##   Ven 18 Déc 2015 - 1:53

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Amitiés fragiles - Première partie


Nicolas resserra ses rangers, faisant cliqueter le métal des ceintures de cuir. Il devait faire le moins de bruit possible et courir vite... Vu qu'il était au collège, il ne pouvait compter que sur le peu de cachettes qu'il connaissait, non pas les arbres, les buissons et le tapis de feuilles mortes qu'il trouvait dans les bois. Il se leva de sa chaise, s'échauffa quelques secondes et s'empara de son plateau pour le filer aux plongeurs du self, aussitôt suivi par Jérémy et sa clique... C'était l'heure de la "poursuite digestive" ; comme les pions mangeaient après les élèves, les bâtiments étaient laissés sans surveillance, pendant plus ou moins un quart d'heure. C'était le moment privilégié pour les p'tits caïds... On pouvait voir les bouteilles d'alcools sortir des casiers dans le hall et être consommées en toute impunité, les couloirs qui se remplissaient de fumées de toutes sortes et les plus costauds tabasser les plus faibles qui n'ont pas fait leurs devoirs à leur place. Nicolas en aurait bien aidé quelques uns s'il n'avait pas ses propres miches à sauver... Enfin... Si, il fuit toujours pour éviter une baston certaine mais juste parce qu'un oeil au beurre noir, ce n'est jamais agréable... Voilà, il ne fuyait plus par peur mais par pragmatisme... Il n'était pas certain de savoir si c'était une bonne chose ou non.

Bref, il accélère le pas, sort dans la cour en poussant la double-porte quand la voix de Jérémy retentit derrière lui... Il part comme une bombe, direction le hall. Dehors, ça sent le printemps qui arrive à grand pas... Tout le monde se case sur les bancs pour profiter de la chaleur du soleil. Certaines filles ont sorti les mini-jupes, ça se roule des pelles dans tous les coins... Les bruits de succions sont dégueulasses, mais bon... Faites l'amour pas la guerre eh. C'était préférable aux échos des voix malheureuses en train de se faire agresser dans les toilettes. Nicolas passe devant comme une fusée, tourne dans le couloir du bâtiment A -les sciences-, pousse une double-porte et arrive dans une cage d'escaliers... Au lieu de grimper, il longe les escaliers et se glisse par dessous... Là, il tente de glisser désespérément dans l'ombre et la poussière... Il grandit tellement vite que l'année prochaine, il était certain de ne plus pouvoir se cacher ici... Dommage. Bientôt, les gars l'ayant poursuivi entre dans la cage d'escaliers à sa suite mais ils les gravissent bêtement. Quand le silence revient, il se permet un gros soupir... Maintenant, deux choix s'offraient à lui ; soit il devait attendre la sonnerie ici et augmenter les chances d'être retrouvé à mesure du temps qui passait, ou trouver un autre endroit, de préférence qu'ils auraient déjà fouiller et qu'ils ne penseraient pas vérifier de nouveau.

Il bloque sa respiration et ressort de sa cachette en toussant, secouant ses cheveux couverts de toiles d'araignées. :

-Nicolas ?

Il sursaute et prépare ses poings... Mais celle qui lui fait face, c'est Double C... Enfin, Cynthia. La demoiselle qu'il avait sauvé d'un viol certain. Elle semble venir de l'étage supérieur, où se trouve le C.D.I., d'ailleurs, elle a un livre qu'elle serre dans ses bras. Un livre d'allemand. Ainsi, la Reine du collège révisait ses cours... Si les autres l'apprenaient, ils la taxeraient de "nerd". Nicolas épousseta une dernière fois son maillot avant de bégayer. :

-Euh... Salut.

Elle poussa un petit rire avant de faire quelques pas vers lui. Elle retira une toile qui avait échappé à son ébrouement en prenant garde de ne pas le toucher. Il baissa les yeux sur le livre. :

-Je suppose que tu te caches pour éviter qu'on te voit en train de réviser ?

-Je suppose que tu te caches pour éviter qu'on te foute un pain ?

Tout était dit. Ils échangèrent un rire bref et vide de toute joie. :

-Tu prends des risques inutiles à réviser ici alors que tu pourrais faire ça chez toi.

-Je ne peux pas justement... Mon précepteur me fait étudier des choses pour que je puisse reprendre l'entreprise pharma de papa. Autrement dit des trucs qu'ont rien à voir avec ce qu'on apprend ici... C'est pour ça que mes notes sont pas folichonnes.

-Ça et le fait que tu sois camée l'autre moitié du temps ?

-Ouais aussi.

Elle hausse les épaules en souriant, comme si ça n'avait pas tant d'importance... Nicolas grimace, Cynthia était une fille sympa en vrai, c'était dommage qu'elle pourrisse sa santé comme ça.

Puis des échos vinrent des étages supérieurs, Jérémy revenait. Le sang de Nicolas ne fit qu'un tour et, sans prévenir Cynthia, il s'empara de sa main avant de courir en direction des couloirs... Il réfléchit à toute allure ; il avait du envoyer la moitié de son gang dans l'autre escalier, celui du bâtiment C -les langues-, après avoir fouiller tous les étages... Ils étaient donc certain qu'il était en bas... Il tenta alors d'ouvrir chacune des portes qui se présentaient à lui, en espérant vainement qu'un prof avait oublié de fermer un labo. Mais c'est celle d'un cagibi qui s'ouvrit... Décidément, la poussière le poursuivait aujourd'hui. Il jeta presque Cynthia à l'intérieur avant de la suivre. C'était tellement étroit qu'ils étaient collés l'un à l'autre... Ce qui était très désagréable pour Nicolas qui murmura. :

-Si quelqu'un ouvre la porte, lâche ton livre et débats-toi comme si je t'avais forcée à rentrer dedans avec moi...

-En réalité... tu m'as forcée à rentrer là-dedans.

-Pour ta réputation abrutie !

Dans le noir, il ne pouvait pas vérifier sa réaction. De toute façon, il se concentrait sur autre chose que son visage... La proximité soudaine par exemple, respiration bloquée pour éviter, autant que faire se peut, de la toucher. La chaleur qu'elle dégageait, qui pourrait être agréable à n'importe qui, l'insupportait. Tous les mecs du collège auraient rêvé d'être dans cette situation... Nicolas aurait rêvé pouvoir transformer Cynthia en balai.

Il y eut des bruits de course, des éclats, et le silence fit son retour. Nicolas tâtonna la porte à la recherche de la poignée avant de l'actionner et d'ouvrir soudainement la porte, entraînant sa chute. Cynthia, elle, se rattrapa au linteau et se retint de rire devant le ridicule de la situation. :

-Aïe ! Putain mon cul !...


C'était étrange... Comment les choses s'étaient goupillées entres eux deux... Ils ont fini par se voir de temps en temps... Puis c'est venu comme une évidence. La nuit, après son travail dans les bois, Nicolas rentrait chez lui, mais avant de grimper les escaliers, il frappait à la porte de la concierge. Madame Bonpoil. Une veuve qui n'avait pas toute sa tête et qui donnait tout son amour à son chien... empaillé depuis deux décennies au moins. Et c'est ici que Cynthia l'attendait... en étant gavée de thé et de biscuit à la cannelle. :

-Madame Bonpoil ?

-AH ! Te voilà enfin ! 'spèce de petit délinquant ! On ne faisait pas attendre les dames de mon temps !

-Désolé... Ca va Cynthia ?

-Très bien ! Je vous remercie pour votre accueil Madame.

-POUAH ! Tais-toi donc jeune fille ! Mais souviens-toi de ce que je t'ai dis sur la taille de ta jupe ! De mon temps, c'était une hérésie de la porter si courte !

Ils lui firent un dernier signe de la main et entreprirent de gravir les escaliers. :

-Elle a toujours été... comme ça ?

-Gentille entres deux insultes ?... Bien sûr. C'est ça façon de montrer qu'elle ne nous déteste pas.

Nicolas poussa sa porte d'entrée et salua sa mère... qui ne répondit pas. Il posa son sac dans l'entrée et alla retirer la bave qui coulait de son menton à l'aide d'un mouchoir. Cynthia vint même la saluer, alors que ça faisait un moment qu'elle ne répondait plus à rien... même à son fils. La jeune fille s'installa à table et sortit ses devoirs alors que Nicolas se préparait un café. :

-C'est pas un peu tard pour du café ?

-J'ai que ça à manger... Mon travail avec le cartel ne me sert plus qu'à payer les factures depuis qu'Amadéus a réduit ma paye parce que j'ai pas voulu coucher avec lui.

Cynthia ouvrit grand ses yeux et se retourna pour voir la réaction de la mère... qui continuait à fixer l'écran. Nicolas haussa les épaules. :

-T'inquiètes pas. Elle m'a vue rentrer en sang plusieurs fois sans rien faire, c'est pas en apprenant ça que ça va lui faire quelque chose...

-Nicolas...

-Non mais t'inquiètes. Madame Bonpoil me donne parfois à manger quand je répare des trucs chez elle ou dans l'immeuble. Je me débrouille mieux l'été... Oh d'ailleurs tu m'y fais penser !

Il ouvrit le frigo et sortit un éclair au chocolat qu'il avait gardé, ayant trouvé un billet de 5 euros par terre... Il avait aussitôt songé à son anniversaire et à son petit rituel annuel. Il le centra bien au milieu de la table et sortit une bougie qu'il posa sur la pâtisserie. Son regard s'illumina et il offrit un grand sourire à Cynthia qui mit un temps avant de comprendre la situation. :

-Oh mon Dieu... c'est ton anniversaire aujourd'hui ?

-Ouais ! J'me disais que tu pourrais partager mon gâteau avec moi.

Elle mordit sa lèvre, elle avait les larmes aux yeux. Le sourire de Nicolas s'évanouit. Qu'est-ce qu'elle avait ? Qu'est-ce qu'il se passait ?! Il n'avait aucune idée de ce qu'il avait fait pour qu'elle se mette à pleurer soudain. Cynthia se rendit compte, non seulement des horreurs que son nouvel ami subissait, mais aussi ce qu'elle lui avait fait subir et ce qu'elle n'avait pas fait aussi. On comprend mieux l'horreur de ses actes quand on la voit de l'autre côté du miroir ; dans cet appartement ridiculement petit et terne, une mère absente et un garçon couturé autant physiquement que moralement... content pour un simple gâteau au chocolat. :

-Nicolas... Non. C'est ton gâteau. J'en mange quand je veux de ça.

-C'est pas vrai.

Le ton autoritaire la fit reculer mais Nicolas leva son index, comme s'il présentait un argument très sérieux et très important, avant de le pointer sur l'éclair. :

-Ça, c'est pas n'importe quel gâteau. C'est LE gâteau !

Il alluma la bougie, leva les bras et commença à chantonner "Joyeux aaaanniiiiversaiiiire Nicolaaaas !"... Cynthia sourit et accompagna son chant. Elle applaudit même quand il souffla. Il allait pour découper la pâtisserie quand elle demanda. :

-C'est quoi alors ton voeu ?

-Merde... Faut faire un voeu ?!!... Attends ! Faut le refaire !!!

Il remit la bougie alors qu'elle éclatait de rire.

-C'était quoi ton voeu ?

-En fait, c'est plus un service que j'ai demandé... Si un jour, je ne suis plus là pour ma mère, j'aimerais que quelqu'un prenne soin d'elle.

-...C'est promis.



Elle sortit une cuiller et une seringue... Alors qu'elle tapotait le creux de son bras, Nicolas réagit immédiatement en lui donnant une claque derrière la tête. :

-HÉ !

-Tu te drogues pas chez moi.

-Oh j't'en prie ! Tu vas pas me faire la leçon alors que t'es en train de fumer ! ...Et si je t'entends dire que je mérite mieux que ça, je t'enfonce mon talon aiguille dans le rectum.

Il plissa les paupières mais n'ajouta rien, il se leva et alla chercher son lecteur de vieilles cassettes dans sa chambre... Quand elle le vit, elle évita de faire une remarque du genre : "Ça existe encore des trucs comme ça ?!"... Pire, quand la musique retentit, les violons et la voix roulante de la chanteuse. Néanmoins, il remarqua son rire. :

-Te moque pas. Et viens là. J'vais t'apprendre à valser.

-TU SAIS DANSER ?!

-Bah ouais... Aller viens avant que je change d'avis.

Il voulait qu'elle évite de penser à sa dose... et il n'avait rien trouvé de mieux puisqu'ils avaient fini leurs devoirs ce soir-là. Alors quitte à la toucher, autant que ce soit pour quelque chose. Il prit sa main hésitante après avoir poussé les quelques meubles qui pouvaient les gêner. :

-Là, pose ta main sur mon épaule. Suis mes pas.

-Nicolas... Je sais pas danser !

-T'inquiètes, on va y aller doucement et je sais guider.

Comme il l'avait dit, il fit ses premiers pas doucement, sur lesquels elle put se caler. :

-Tu vois ! Tu apprends vite !... Aller on tourne !

-Quoi ?! Mais !!

Aussitôt il la fit virevolter, ses cheveux blonds emportés dans leur valse harmonieuse. Elle se tenait droite naturellement, il la guidait parfaitement, leur danse était douce et gracieuse. La musique s'arrêta bientôt, il s'éloigna en frottant ses mains, faisant partir la sensation désagréable du contact alors qu'elle reprenait son souffle. :

-T'en cache combien des talents de ce genre ?

Il haussa les épaules en rougissant légèrement tandis qu'elle éclatait de rire. Aucun des deux ne remarquèrent le léger sourire de madame Lefebvre qui, pour la première fois depuis bien longtemps, quitta des yeux son écran pour voir son fils tourbillonner avec son amie, avec un léger sourire planant sur ses lèvres. :

-ARRÊTE DE RIRE !

-C'eeeeest un mauvais garçooooon !

-CHUT !

Never - Moving pictures
le VRAI Footloose PUTAIN de sa maman !

Le souci dans tout ça, c'est que n'importe où ailleurs, ils auraient pu devenir les meilleurs amis du monde. Et il aura suffit d'un soir de mai pour qu'ils s'en rappellent tous les deux... Car s'ils s'évitaient toujours autant que possible, lors des quelques fois où ils se croisaient sans le vouloir, au collège ou dans la rue, alors qu'elle était entourée d'autres personnes, tout le monde remarqua que la Reine ne se moquait plus de Colette, mais faisait en sorte de l'ignorer parfaitement. Ce qui ne pouvait décemment pas se faire ; il était né pour être humilié, pourquoi elle faisait si peu de son cas d'un coup. Alors pour les gosses, les choses étaient soudainement sûre : il y avait anguille sous cachalot. Si la plupart imitait désormais la Reine et ignorait Nicolas, il n'y en a qu'un que cela choquait trop pour le persuader de ne plus s'en prendre à son punching-ball favori. Pire, Jérémy, même s'il était un idiot fini à l'urine, avait perçu, quelque part, que si elle n'osait plus s'en prendre à lui en public, c'est qu'il se passait des choses en privé... Et personne ne touchait à la Reine Double C, sinon lui, dans ses rêves.

Donc ce soir de mai, Nicolas allait voir Amadéus pour lui remettre l'enveloppe contenant le profit de la semaine quand il fut interpellé sur la route... C'était Petite Vipère, les larmes aux yeux. C'était la première fois depuis qu'il la côtoyait qu'elle ressemblait autant à une petite fille... ce qu'elle était vraiment au final. :

-Vip' ?... Qu'est-ce qu'il se passe ?

-C'est Jérémy il... il... Il s'en est pris à Oldie alors qu'il vendait ses shoots et... et...

Pas besoin d'en savoir plus. Il tapota le haut du crâne de la gamine et accourut jusqu'à une autre zone des bois, là où vivait Oldie. Il était par terre, maintenu par un seul gars... Impossible qu'il retienne une force de la nature comme lui, il devait être dans les vapes. Le reste se tourna vers Nicolas qui ne prit pas le temps de réfléchir et passa à l'action, directement en mode attaque. Son poing rencontra une première mâchoire qui craqua sous la force qu'il y mit. Il choppa le deuxième à sa portée pour lui donner un coup de genou dans le thorax... Le dernier essaya de l'empêcher de terrasser son pote en lui maintenant les bras, il fut servi d'un bon coup de boule en arrière qui lui fit voir les étoiles de près. :

-Ca suffit Colette !

La voix grave ayant déjà muée de Jérémy le stoppa net. Dans ses bras, Cynthia se débattait. Nicolas fit son possible pour garder un visage aussi neutre que sa rage le pouvait. :

-Tu t'en prends à un membre du cartel ET à ses clientes... Tu sais à quel point Amadéus ne va pas apprécier ça.

-Ta gueule sale pourriture d'étranger... Tu ne mérites même pas de jouer avec nos règles alors je viens bousculer un peu les habitudes.

Il étrangla un peu plus Double C, Nicolas retient un mouvement nerveux. :

-Alors Colette ? Comme ça t'aurais eu le privilège de sauter la Reine ?

-Je touche pas aux clientes... D'ailleurs ce n'est même pas la mienne.

-Peut-être, et pourtant tu l'as déjà sauvée non ?

Gros silence. Nico fit le lien d'un coup dans son crâne... Moustique, cette saloperie de balance. :

-Eh oui. Moustique m'a tout raconté. Alors que vas-tu faire cette fois pour la libérer ?

-Que se passe-t-il ICI ?

Amadéus, suivi de près par la Petite Vipère qui avait jugé bon de prévenir le patron et de deux gardes du corps. On pouvait dire que ça tombait bien. :

-Relâche tout de suite ma cliente Jérémy, ou ton père ne recevra plus son whisky qu'il préfère tant à toi.

-Ferme-là espèce de tafiole ! C'est à cause de toi que l'étranger se croit chez lui !

-Si j'ai bien compris, c'est une histoire entre mon employé et toi ?...

-Il a baisé avec ta cliente.

-PUTAIN !

Le talon aiguille de Cynthia se planta dans le pied de Jérémy, ce qui surprit tout le monde. Elle repoussa facilement celui qui jusque là la maintenait en otage. :

-J'ai mon mot à dire aussi sur cette histoire ! Jamais je ne laisserais un sale roturier me toucher, ni même me frôler !... Estime-toi heureux d'avoir pu poser les yeux sur moi Colette !

Elle jouait bien cette nana. Nicolas fit de même en lui rendant son regard sauvage. Elle se retourna et flanqua une gifle à Jérémy encore trop éberlué pour répondre. :

-Et toi ! Pose encore une fois tes mains sur moi et je ferai en sorte que les flics débarquent chez ton père et sa planque de munitions !... Amadéus. C'était la fois de trop. J'en ai marre de me faire agressée à chaque fois que je viens me fournir chez toi, alors j'irai ailleurs.

-...Lâchez-le Loup.

Ce n'est pas la réponse que tout le monde attendait... Sauf Nicolas qui se déchaîna d'un coup, se libéra d'un coup de pied bien placé dans le paquet de celui qui le tenait avant qu'il ne déverse sa colère sur Jérémy.


-Aïe !

-Désolé ! J'ai pas l'habitude.

-Appuie pas si fort... La pommade doit pénétrer la peau mais en douceur.

Torse nu dans sa cuisine, Nicolas présentait son dos à Cynthia. Pour une fois qu'il avait quelqu'un pour le soigner à cet endroit, il ne s'en privait pas... Elle était rouge pivoine mais qu'importe... Elle avait du en voir d'autres, des garçons lui présentant leurs abdos pour tenter de la séduire... Lui, il était tout sec de toute façon, même si ses muscles étaient dessinés, il avait encore le corps d'un gosse. Ses doigts étaient froids... Bizarrement, il préférait ça à un contact brûlant. :

-Ne te retourne pas Nicolas...

-Quoi ? Pourquoi ?

Alors qu'il commençait à pivoter, une main se plaqua contre sa joue et le força à revenir à sa position initiale, réveillant la douleur à sa cicatrice. Mais il fut tellement surpris par le geste qu'il se tut. :

-J'ai dit ne te retourne pas !... Je... J'aimerais qu'on parle de ce qu'il s'est passé dans les bois un peu plus tôt.

Il ne renfrogna un peu plus dans le silence, prenant garde à ce que le mouvement de ses épaules ne parle pas pour lui. :

-Ce que tu as fait à Jérémy... Ce n'était pas bien. Certes il a voulu s'en prendre à moi, mais tout allait mieux, tu n'avais pas à l'attaquer après ça, même si Amadéus t'en as donné l'ordre... Tu m'as dit, il n'y a pas si longtemps que tu avais décidé de te battre, l'année dernière, pour ne plus les laisser croire qu'ils t'atteignaient si facilement... Ce que tu as fait ce soir, c'était de la haine pure.

-Alors quoi ? Tu vas m'interdire de ressentir quoi que ce soit toi aussi ?

Les mots étaient durs... Il s'en rendit compte parce qu'elle s'arrêta un instant d'appliquer la pommade. :

-Non... ce n'est pas ce que je veux. On... On devrait peut-être arrêter de se voir.

Cette fois il se retourna. Il n'avait pas compris à quel point la présence de Cynthia dans son quotidien comblait son sentiment de solitude jusque là. Il sut aussi pourquoi il s'était laissé aller à la colère aussi facilement en obéissant à l'ordre d'Amadéus... Au final, Jérém' et lui s'en sortaient bien puisqu'ils avaient été séparés, mais qu'aurait coûté l'orgueil de l'un et la colère de l'autre dans cette situation ? Elle ne voulait plus le voir comme ça, et il partageait cette pensée.

Néanmoins, elle le força à se taire une fois de plus en posant un doigt léger sur ses lèvres. Il eut un mouvement de recul qui les surprit tous les deux, mais personne ne le fit remarquer. :

-J'ai vu à quel point tu tenais à moi... et on se met en danger tous les deux... On devrait freiner les visites ou...

-Cynthia...

-Tu vois ! fit-elle dans un sanglot. T'es le seul garçon du village à utiliser mon prénom et non pas ce surnom débile !... Je fais du B en plus !

Il n'avait aucune idée de quoi elle parlait mais tenta de faire un geste réconfortant en tapotant son épaule alors qu'elle s'effondrait tout bonnement, couvrant son visage de ses mains encore couvertes de pommade. Était-elle devenue folle en le voyant lui-même perdre un peu de raison ? :

-Viens je vais te montrer un truc.

Il prit sa main et l'emmena jusqu'à la fenêtre qu'il ouvrit. Il passa une jambe dehors, puis l'autre et invita son amie à faire de même, sans la lâcher. Il grimpa sur le toit, veillant à ce qu'elle ne se blesse pas ses pieds nus sur les vieilles tuiles et lui demanda de s'asseoir et de lever la tête.

Elle s’exécuta et c'est comme si les étoiles tombaient du ciel pour mieux illuminer ses yeux. Dans ce coin du village, peu de lampadaires fonctionnaient encore et l'on percevait mieux le ciel perché sur l'immeuble qu'au cœur de la rue menaçante. Il s'assit à ses côtés pour les admirer lui aussi... Ils sont restés ainsi au moins un bon quart d'heure avant qu'elle interrompe les sons qu'on pouvait entendre à cette heure ; les animaux de la nuit, les klaxons de quelques enragés du volant sortant de boîte, le claquement des pétards et des coups de feu. :

-Pourquoi tu m'as emmenée là ?

-Pour te dire que même si on se voit moins, je me souviendrai toujours de toi.

Elle sourit et posa ses yeux sur ses bras nus en rougissant. :

-Euuuh... T'as pas froid comme ça ?

-Si. Grave. Aller, on s'rentre.





Dernière édition par Nicolas Lefebvre le Mer 29 Juin 2016 - 15:14, édité 1 fois
##   Jeu 14 Jan 2016 - 10:04

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Amitiés fragiles - Deuxième partie

Voilà l'été - Les Négresses Vertes

Durant l'été, le soleil est sensé tout embellir ; la lumière éclaire les rues grisâtres, les chants d'oiseaux atteignent le cœur des villages, même les gens sourient, mettent leurs plus beaux habits, profitent du bon temps et des vacances tant attendues et méritées. Partout en France ?... Non, partout, sauf dans un petit village d'irréductible connards qui s'obstinent encore et toujours à faire la gueule 364 jours par an. ...Du moins ceux qui restent, car Nicolas suppose que ceux qui ont les moyens de partir flâner à la Rochelle essayent au moins de sourire aux autochtones. Hypocrite, le sourire, bien sûr ! Mais c'est mieux que rien... En parlant de rien, voilà un truc que Nicolas apprécierait de faire en ce beau mois d'août. Ce matin, il avait aidé les commerçants à livrer les courses aux personnes âgées. Il en a profité pour piquer un sandwich après avoir reçu un petit billet, récompense de ses efforts. Puis, tout en dévorant son repas de mayonnaise industrielle et de thon péché dans le Sahara, il est rentré faire de la soupe à la tomate, volées dans un jardin, pour sa mère. Lui donner la becquée était de plus en plus éprouvant, car si autrefois elle pouvait communiquer avec son garçon, ce n'était plus le cas depuis quelques mois. Son état s'aggravait... Mais pas le temps de se morfondre ; sitôt la vaisselle faite, Nicolas repart dans les bois, direction le Q.G., récupérer les doses et sachets de drogues qu'il doit redistribuer. Une fois ceci fait, il y retourne pour déposer les gains dans la caisse et noter sur sa fiche, le total de ce qu'il a gagné ; comme un ouvrier qui pointerait, pour mieux compter ses heures de travail. La moitié de l'après-midi est déjà passée quand Nicolas arrive dans la clairière où vit Oldie. :

-Désolé vieux. Je devais faire deux-trois trucs avant de venir t'aider.

-C'est rien Loup. J'ai commencé sans toi par contre !

Oldie, bien qu'il vivait en ermite dans une cabane au fond des bois, n'était pas aussi fou qu'on pourrait le penser... Du moins, beaucoup moins fou que Lloyd qui s'amusait à faire sauter les plaques d’égouts en ville en mettant en dessous des bombes artisanales... Non. Oldie c'était plutôt le force tranquille, le gars qui avait fui la folie de ce monde mais sans aucun moyen de partir plus loin. "C'est grâce à Amadéus et au travail qu'il me donne que je peux vivre... Sans ça, que ferais-je ailleurs sans diplôme, sans revenu, sans toit ?" Il avait arrêté ses études après le collège, n'avait même pas le Brevet... Mais Dieu qu'il était pas con. Il était peut-être l'homme qui lui apprit à rouler ses cigarettes, mais il était aussi celui qui l'encourageait à bien travailler à l'école, à se trouver une passion et un métier qu'il aimerait plus tard, qui lui fila des conseils pour recevoir des aides et lui donna le numéro d'une assistante sociale moins pire que les autres... C'était ça que Nicolas aimait chez lui ; sa débrouillardise malgré sa maladresse, sa chaleur humaine malgré son mode de vie, et le fait qu'ils portaient tous les deux les cicatrices que le village avait créé sur eux, les traces de leur intolérance et de leur profonde bêtise. Et Oldie avait réappris à sourire franchement, ce qui rendait toujours un peu d'espoir à Nico. Ce dernier poussa un soupir avant d'écraser sa cigarette sous sa rangers cirée... Manquerait qu'il crame la baraque. Il grimpe ensuite à la deuxième échelle mise à disposition, à côté de celle où Oldie est déjà, en train de retirer la mousse verte de son toit plat,... et il constata l'ampleur des dégâts. Le toit avait clairement pourri ; encore humide et mou alors qu'il n'avait pas plu depuis des jours. :

-Ah non mais là ça va pas le faire... Faut carrément le refaire à mon avis.

-Bah t'es mignon mais...

-Non, quand je dis refaire... faut tout enlever Oldie. Réhausser la façade nord pour le faire en pente et qu'il évacue l'humidité de lui-même... Tant qu'à faire, aller piquer des ardoises à la carrière d'à côté parce que là, désolé, mais c'est moisi.

-D'où tu dis mon toit est moisi ?!

Nicolas plisse les paupières et donne un coup de coude dans un coin de la cabane... Elle tremble mais seul le toit s'effondre... :

-Ok. Mon toit est moisi.

-Bien, alors on va d'abord retirer ce qu'il reste puis t'iras chercher des planches en ville pendant que j'irai couper des arbres pour la structure.

-C'est noté monsieur l'architecte !... N'empêche... C'est dingue que mes murs soient intactes.

-Parce qu'au sud il prend bien le soleil grâce à la clairière, le nord est coupé du vent grâce à la haute colline et sur les côtés par les arbres. T'as eu du cul quand tu l'as construite.

-Pas autant que quand je t'ai demandé de m'aider apparemment ! Ahah ! Aller, au boulot ! Moi, je vais retourner à l'intérieur virer ce qui est tombé, fais ce qui reste. On installera une bâche que j'ai récupéré pour la nuit et demain, on commencera les travaux !


My Name is Stain - Shaka Ponk

Nicolas déteste couper du bois. Quand on sait qu'un arbre c'est vivant, on a une façon différente de voir les coups de hache qu'on lui donne. Ça se répercute dans le corps tout entier, comme lorsqu'on tire avec un flingue, d'abord les bras et ensuite le torse. A faire trembler la cage thoracique et tout ce qui se trouve à l'intérieur. Alors son regard est vide. C'est le boucher des bois qui tue un ami fidèle et qui le sauve parfois quand il est poursuivi. Pas de merci, pas de pitié, juste frapper. :

-Loup Noir ?

Il se redresse en soupirant, glissant son regard d'argent en fusion à Oldie qui revient de la ville, la brouette pleine de planches, les yeux plein d'inquiétude. Nicolas plante la hache dans la souche d'un geste puissant et précis et essuie la transpiration de son corps avec la serviette que lui a fourni Oldie. :

-Tu devrais faire une pause... Viens, j'ai de la limonade.

Il ne le suit pas à l'intérieur... Il reste à la porte et attend le retour du serveur improvisé qui arrive avec un grand verre d'eau pétillante avec du sirop... Nico y trempe ses lèvres et est agréablement surpris par le goût de pêche. :

-Aaaah ! Je préfère ses yeux-là !

-Quoi mes yeux ?

-...Champion, répondit Oldie après avoir eu une moue attristée, j'aimerais te dire que tu peux te laisser aller avec moi, que tu n'as pas à avoir peur avec moi car t'es un bon gamin. Mais tu le feras pas hein ?

Au fond de lui, Nicolas voyait très bien ce qu'il voulait dire ; Oldie l'aimait bien, Oldie le comprenait mieux que quiconque, Oldie ne lui ferait jamais de tort. Mais voilà... Il avait pensé la même chose avec Cynthia et il avait failli la perdre... Dans ce village, il ne pouvait rien se permettre, aucun lien, aucune amitié... Pas de faiblesse. Donc... :

-Je vois pas de quoi tu parles.

Nicolas finit son verre, le lui rendit et retourna travailler. Ses mains tremblaient mais il essaya de passer outre, oubliant la faim, tapant de plus en plus fort sur le bois pour essayer de couvrir la voix d'Oldie. :

-Écoute-moi au moins. Je veux juste que tu retiennes une chose de moi. ...Je sais combien les gens ici sont mauvais, jusqu'à la moelle, mais tu ne dois pas oublier qu'ils sont humains aussi. Tout comme toi et moi. On a tous nos faiblesses, même eux bien qu'ils s'en cachent. On a tous des malheurs, on a tous des côté sombres... La vie n'est équitable qu'à ce sujet. Notre seule chance de faire la différence dans ce monde c'est de le remarquer et de rester intègre sans l'oublier... Loup... Non, Nicolas...

Il voulut poser sa main sur son épaule mais Nico réagit avec une vivacité qui les surprit tous les deux :  il le repoussa, lui tordant le poignet au passage. Ça commençait ; Nicolas ne supportait plus qu'on le touche, maintenant, il en était certain. Oldie, après l'instant de surprise, ignora cette réaction. :

-...Ne l'oublie pas. C'est tout.

Et il repartit après avoir retiré les planches de sa brouette... sans doute en direction de la carrière pour chercher des ardoises.

Tous humains hein ?... Comment il peut sortir ça alors qu'il a subi bien pire que lui dans sa jeunesse ? Alors qu'il a fui le monde justement pour ne plus subir tout ça ?... Non, on ne peut pas traiter d'humains, ces choses qui vivent ici. Même les animaux étaient bien meilleurs humains que ces abrutis qui aiment faire le mal pour faire du mal. Ne pas oublier ?... Oh ça non, il ne risquait pas de l'oublier. Un jour, il partira, il sera riche, il sera heureux... Mais il reviendra, pour les faire succomber à leur pire péché avant de les jeter à coup de pied dans le cul dans les abysses de l'enfer... ...La hache se fit moins entendre, petit à petit, comme si on étouffait sa rage destructrice, une petite phrase venait de tout changer... Ils étaient tous humains, c'était ça le problème... Et même Nicolas l'était. Même Nicolas venait de souhaiter leur souffrance juste pour les voir se tordre de douleur à sa place...

C'était ça, le fond de l'humanité. Souffrir ou faire souffrir. Sans pitié, juste frapper.

I'll surely Die - The Rubens

En deux jours, ils avaient bien avancé. Il ne restait plus que les ardoises à monter... L'ennui, c'est que tout s'était fait en silence depuis qu'Oldie avait voulu faire croire à Nicolas que l'humain était bon... et que sa seule conclusion était de comprendre que l'humain était bas. Campés sur leurs positions, pas un mot n'avait été échangé après ça. Ils remirent la bache en place pour la nuit et Nicolas repartit en direction de son appartement sans dire un mot... La nuit était tombée, il devait être bien tard mais il ne s'inquiétait pas pour sa mère... Elle n'a sans doute pas bougé de toute façon. Les mains dans les poches, les yeux droits devant, il revenait d'une autre de ces journées épuisantes autant physiquement que moralement... Et ce n'était pas fini. :

-Hé... Colette !

Nicolas ferma les yeux en reconnaissant la voix de Jérémy... Celui-là décidément, il ne le lâchera jamais. Il s'arrêta et se retourna. C'était bien lui, bouteille de whisky correctement entamée dans la main, l'autre se maintenant à l'arbre le plus proche. L'échange n'allait sûrement pas être calme. :

-Qu'est-ce que tu m'veux Jérém' ?

-Toi... Pourquoi tu es toujours debout HEIN ?! P-Pourquoi plus on te brises, plus tu te relèves ?... Tu devrais être mort... Tu devrais CREVER comme une MERDE !

Le caïd ne pleurait pas, mais l'émotion dans sa voix était palpable... Nicolas essayait de comprendre pourquoi il lui en voulait tant, pourquoi il lui courrait toujours après pour lui faire subir toujours pire... Ce n'était qu'un gosse qui avait perdu sa mère dans un accident de voiture à cause d'un père imbibé d'alcool, laissant ses employés et son fils gérer l'unique garage du coin. A ses yeux, il ne pouvait pas le considérer chanceux de vivre ce que Nicolas traversait, il ne pouvait pas l'envier... Et pourtant, ce que l'humain est fragile et monstrueux quand il veut. :

-Parce que la seule chose qui puisse faire chier ce village d'abrutis finis, toi compris, c'est de me voir toujours debout malgré ce que vous me faites subir, ce que vous pouvez me dire... Et je continuerai à vous faire chier tant que je le peux encore.

-Tu m'as... traité d'abruti ?

Jérémy se redresse autant qu'il le peut. Il tangue dangereusement. :

-Nan. Même un abruti saurait qu'il est incapable de se battre dans ton état... Toi. T'es un déchet.

Alors Nicolas se retourne et commence à s'éloigner comme si de rien n'était... Mais il avait oublié la précieuse leçon qu'il avait appris il n'y a pas si longtemps que ça.

Ne jamais tourner le dos au danger.

L'impact dans son dos le plia quand la bouteille éclata... Les éclats de verre déchirèrent sa peau à l'endroit où elle était nue... Quelle idée de vouloir se découvrir l'été. Plus de peau à nue, plus de moyen de souffrir. Nicolas se rattrapa de justesse et jeta un regard haineux à son opposant qui avait l'air d'avoir assez dessoûlé pour lui foutre une raclée. Ok. Il l'aura bien cherché celle-là.

Sans un mot, les pires ennemis se mettent en position offensive. Leurs poings rencontrent la joue de l'autre en même temps. Ils crachent, se redressent encore, leurs pupilles contractées, miroir saisissant de rage et se jettent à nouveau dans la bataille. L'échange est pathétique, terrible, stupide, maladroit... On entend le bruit de la chair qui éclate et des articulations qui craquent, l'odeur du sang qui s'échappe et de la sueur malsaine ; c'est d'une pitié à fendre le cœur, c'est d'une tristesse à faire pleurer n'importe qui. Nicolas essuie le sang qui coule de sa lèvre éclatée avant de donner un coup de boule magistrale à Jérémy... Les deux tombent à genoux, tremblant, tanguant, se dépatouillant dans leur propre corps comme s'il étaient pressés de mourir.

C'est à ce moment que Nicolas se rendit compte... que lui aussi était un abruti. :

-Jérém' att...

Mais la colère n'attend pas. Un énième coup de poing le sonna, fit rencontrer le sol et sa tête... Jérémy se plaça au-dessus de lui, le chopa au col et profita du fait qu'il était encore trop abasourdi pour attaquer de nouveau... puis de nouveau... encore une fois... un nouveau coup... encore... encore ! Comme pour l'enfoncer sous terre de ses propres poings. Nicolas se sentait partir.

Un coup de feu retentit.

Sinnerman - Nina Simone

Quand Nicolas se réveille, il est dans un canapé qu'il ne reconnaît pas de suite... Ce qui l ui fait prendre conscience qu'il est chez Madame Bonpoil, c'est l'odeur omniprésente du thé qui flotte autour de lui et le regard du chien empaillé qui le fixe depuis l'étagère face à lui. Il se redresse à l'aide de ses coudes, grimaçant sous la douleur... Il n'avait rien de cassé, mais une atèle maison à son poignet gauche lui fait comprendre qu'il s'est au moins fêlé quelque chose. Il essaye de se souvenir de ce qu'il a pu se passer après s'être fait étalé au sol par Jérémy, mais c'est le noir total. Puis soudain, le souvenir du coup de feu. Il retire d'un geste sec la couverture aux motifs fleuris délavés, le faisant grincer des dents, mais il ne semble pas troué... Juste couvert de bandages et de bleus.

Il remet la couverture quand la concierge sort de sa cuisine, traînant des pieds comme à son habitude, portant un plateau avec une théière, deux tasses d'un rose de mauvais goût et de la pommade qu'elle pose sur la table basse... Nicolas n'ose rien dire. Sur le visage de la vieille dame encore en pyjama, il lit la désapprobation. Pourtant elle ne dit pas un mot ; elle se dirige silencieusement, presque religieusement vers son vieux lecteur de vinyles sur lequel elle pose délicatement un 45 tours de Nina Simone... Les premières notes de Sinnerman résonne dans l'appartement. Puis elle se traîne jusqu'au petit pouf, installé juste à côté de Nicolas, comme si elle avait veillé sur lui tout ce temps. Madame Bonpoil tousse comme pour libérer sa gorge. Madame Bonpoil lui fout la mandale du siècle d'un mouvement sec et précis. :

-SOT QUE TU ES ! Tu aurais pu mourir jeune freluquet ! J'espère que tu te rends compte d'à quel point ta maman aurait été dévastée par ta disparition ! Et me voilà à une heure indue ! Avec un noir à ma porte... UN NOIR te rends-tu comptes ?! S'il n'était pas en train de te porter, je l'aurais corrigé à coup de poêle à frire ! Mais je t'ai vu Seigneur... Tu saignais tant qu'il ne savait plus quoi faire pour t'aider ! De mon temps on ne paniquait pas dans ce genre de situation, tout le monde savait se soigner !...

Nicolas tenait sa joue durant tout le long de ce discours enflammé. Derrière son racisme et sa dureté, le fait qu'elle ne sache pas tout de son histoire, entre sa mère qui n'aurait pas été plus dévastée qu'elle ne l'était déjà et le fait que l'éventualité de mourir faisait parti de son quotidien, par la violence ou par la faim, il saisit que Madame Bonpoil l'aimait un peu plus qu'il n'y songeait. Il saisit qu'il était possible, dans ce bas monde, que quelqu'un l'aime bien. Il ne savait pas du tout où se mettre, alors il baissa les yeux en rougissant comme un petit garçon fautif... ce qu'il était. :

-Pardon... Merci Madame Bonpoil.

Elle lia ses deux mains, comme pour tempérer sa hargne et ses inquiétudes, soupirant de soulagement. :

-Tu as tout intérêt à t'excuser jeune homme. Tiens, bois ce thé, mange ces biscuits et repose-toi.

-Mais je dois...

Avec une poigne surprenante, elle le força à s'étendre. Elle tendit son index boudiné et ridé de manière menaçante... Même pour Nicolas qui en avait vu d'autre, il ne pouvait s'empêcher d'être inquiet devant le regard sévère de la concierge. :

-J'ai dit : tu te reposes. J'ai déjà été nourrir ta maman... J'ai fait un bon bœuf bourguignon et pourtant elle a dédaigné la viande. Quelle malpolie !... Je t'emmène chez le médecin demain, ET je veux pas de pleurnicheries ! Tu viens et puis c'est tout. Manquerait plus qu'un sale môme comme toi meurt dans mon salon... Qu'est-ce que je dirais aux gendarmes hein ? Les jeunes aujourd'hui, ces inconscients... Si seulement ils écoutaient leurs aînés mais non !...

Excédée, elle sortit en piétinant dans ses pantoufles à moumoute blanche, retournant à sa cuisine Dieu sait pourquoi, sous le regard attendri de Nicolas qui se laissa emporter par Morphée.

***

Nicolas ne se souvient pas déjà avoir été chez le médecin. Trop petit avant. Et maintenant, quand il était malade, il piquait des médicaments en se faufilant dans les réserves des pharmacies ou en fouillant les poubelles. C'était sa première fois et il le regretta aussitôt ; entre la salle d'attente, l'humeur morose des gens et la secrétaire aussi accueillante qu'une porte de prison, il préférait de loin mettre les mains dans un sac poubelle pour se soigner lui même. Mais apparemment, Madame Bonpoil avait bien fait de faire ce petit détour. Bien qu'il n'ait pas de mutuelle, le docteur accepta de prendre la carte vitale de la concierge pour qu'on lui prodigue les soins nécessaires... Après une rapide prise de radio dans une salle vétuste au matériel dépassé, la confirmation tomba : Nicolas avait des côtes et quelques os du poignet de fêlés. Le médecin lui fournit aussitôt des poches de glace gratuitement et prescrit des anti-douleurs... Il conseille de dormir sur le dos, d'appeler carrément les urgences si le souffle est court et que la douleur s'étend car ce ne serait plus des fêlures mais des fractures, et surtout, SURTOUT, beaucoup de repos. ...Oldie allait devoir se débrouiller tout seul pour finir son toit.

Mais cette immobilité signifiait surtout qu'il n'aurait pas le temps de se préparer pour la rentrée ; faire des plats d'avance pour les mettre au congélateur, faire un peu plus d'argent et même, son travail pour le cartel... Tout ce qu'il avait entrepris pour avoir de l'avance sur la vie venait d'être anéanti... Il aurait voulu ne pas y penser mais c'est dur quand on est dans le lieu de vie d'une personne âgée, où le temps s'arrête et prend tout son sens à la fois. Surtout que Madame Bonpoil n'était pas toujours à ses côtés ; elle aussi avait des courses à faire, vu qu'elle s'occupait non seulement de Nicolas mais aussi de sa mère, restée dans l'appartement... Au fil des jours qui passaient, il s'inquiétait de plus en plus, il se morfondait de plus en plus et il n'espérait que deux choses ; que la concierge ne lui demande quelque chose de trop gros pour lui en échange de ces soins et de vite, TRÈS vite, sortir d'ici. Surtout qu'il n'avait aucune notion du temps qui passait, allongé dans ce canapé depuis ce qui lui semblait être des lustres, à contempler le vieux chien empaillé qui lui rendant son regard sans vie. ...Jusqu'au jour où Cynthia entra comme une tornade dans l'appartement, suivie de Madame Bonpoil, sac de courses à la main, échevelée et bien bronzée. Si elle était rentrée de vacances, c'est que la rentrée approchait... C'est tout ce à quoi il put penser alors que Cynthia crachait son venin. :

-Je viens de rentrer au village et j'apprends quoi ?!! Que personne ne t'a vu depuis des jours et que t'es sans doute en train de crever la bouche ouverte dans ton appart' !... Et quand je vais demander confirmation à Oldie, j'apprends qu'effectivement tu es alité ! Qu'il t'a sauvé des griffes de Jérém' juste parce qu'il a eu la bonne idée d'avoir un flingue depuis qu'on s'en est pris à lui !!! Nicolas tu sais ce que je pense de ça ??!!!

-...Bonjour Cynthia.

Elle baissa les bras, choquée par tant de flegme alors que le sujet est grave, puis serra les dents avant de fuir jusque dans la cuisine pour déposer les sacs plastiques... et sans doute verser une larme ou deux. Madame Bonpoil ne dit rien, mais elle semblait n'en penser pas moins au vu du regard qu'elle lança à Nico tout en allant rejoindre la jeune fille dans sa cuisine. Nicolas ferma les yeux.

Laissez-moi seul. S'il-vous-plaît. C'est déjà assez dur comme ça de subir mon propre jugement, si le votre s'y ajoute je serai incapable de survivre et de me battre. Ne me demandez pas de m'excuser pour avoir essayé de rester vivant. Ne me demandez pas de me taire devant l'injustice ou la connerie humaine. Si vous tenez tant que ça à ce que je vive, laissez-moi au moins ça. Sinon je deviendrais faible, j'irai courir pour fuir, j'irai me cacher loin, j'irai me terrer à l'autre bout du monde...

Je courrai droit vers mes démons à la recherche d'un pouvoir facile, pour mieux revenir et avoir une vengeance facile.

Rien n'est facile dans ce monde mais je veux me relever.

La vie est dure. Laissez-moi l'être. Pitié.

S'il-vous-plaît, ne me jugez pas.

Je vous prie.



##   Mer 3 Fév 2016 - 21:30

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Amitiés fragiles - Troisième partie

Bienvenue dans un monde - Les Wriggles
*joie*

La faim. Vous savez ?... Genre la faim. Quand tu peux même plus pleurer parce que t'as peur de perdre de l'énergie. Quand tu ne peux plus te lever parce que tu sens que la terre tourne, même allongé de toute façon. Quand tu sens même plus que t'as faim en fait, c'est quand ton corps demande du carburant, que tu n'as pas évidement, et que tu te traînes... La bouche est sèche et t'as beau boire de l'eau, pour l'illusion, ça ne fait tellement rien. Tellement rien. Chaque respiration est une souffrance, tu dors pour oublier et les réveils sont si pénibles. Tu délires un peu, parfois. Tu baves et tu fixes ton plafond, tu vois des choses qui dansent sur le crépis jauni. Cette faim là, où t'as l'impression que tes intestins ont fondu, qu'il n'y a plus rien au creux de toi, où ton ventre ne gronde même plus... Un ventre qui gronde ! Tu rigoles ! Tu gaspillerais l'énergie qu'il te reste pour respirer... Ce que le corps est bien foutu quand même...  La faim... Non. La Faim. Celle qui est gravé dans ton corps une fois que tu l'as ressenti, celle qui te traumatise au point de te faire pleurer quand tu te souviens de ce moment honni, celle qui te donne envie d'égorger les gens qui osent dire "J'ai faim", quand ils ont une assiette pleine devant eux, qu'ils dédaignent parce qu'ils aiment pas ce qu'il y a dedans. Non, tu n'as pas Faim sale con. Nicolas a Faim.  Nicolas sent la Fin.

On est en octobre... Sa rentrée... basique. Mais à cause de l'incident dans les bois, avec Jérém' qui le tabasse au point qu'il soit obligé de garder le lit, Nicolas n'a pas pu faire des réserves conséquentes... Il y a de quoi tenir, certes. Mais uniquement pour sa mère. Jusque là, il se contentait de ce que lui donnait le self... Sauf que c'était les vacances de la Toussaint. Vacances, pas de self. Déjà qu'avec un seul repas par jour, quatre jours sur sept seulement, il avait fondu, son endurance avait pris un sacré coup. Les premiers jours, il avait pu se lever et aller vendre de la drogue et là... Et là il ne pouvait plus. Il était allongé sur le dos, poussant quelques fois des bruits de souffrance, au milieu de son salon, les bras écartés comme s'il attendait que la mort vienne le chercher. Au début, il a pleuré. C'était trop douloureux... Mais à force, on ne la sent plus. On sent plus rien. Les membres ont Faim, engourdis. Déchirants à chaque mouvement. La tête qui tangue. Même plus capable de penser.

Il regarde l'heure. Ok. Il faut nourrir sa mère. Il coupe sa respiration, il a l'impression de grincer de partout. Sa tête est trop lourde et percute le sol. Ça lui permet de rebondir au moins... Les lois de la physique. Il rampe jusque dans la cuisine, s'accroche à la chaise et se lève péniblement... Tout tremble ; lui, la chaise, le monde. Il ouvre le frigo, prend le bol de soupe qui reste du midi, et, avec toute la concentration qu'il puisse réunir, se dirige vers le micro-onde sans renverser la précieuse nourriture. Une fois la porte refermé et le minuteur lancé, il s'effondre sur le buffet... Le mouvement du bol à l'intérieur de la machine l'hypnotise... Il a l'impression que le manège de la vie se fout de sa gueule : "Tu vois ? Tout tourne ! Sauf toi, à l'arrêt là, c'est fou nan ? Et je ne suis qu'un bol de soupe au chou.". Il a un rictus nerveux, une goutte s'écrase sur le  plan de travail... de la bave. Il ravale sa salive aussi douce que des lames de rasoir et essuie de son avant-bras ce qui lui a malheureusement échappé. Ding. C'est fini. Nicolas écarte les jambes pour être stable au maximum et prend un e grande inspiration qui fait naître des étoiles devant ses yeux. Il s'empare du bol et file jusqu'au lit de sa mère... Maintenant qu'il la voit, il songe qu'il aurait peut-être du économiser l'argent, au lieu de remplacer le clic-clac. Il se pose dessus avec autant de précaution qu'il peut...

Il s'empare de la cuiller, il fixe un instant la soupe. L'odeur est une torture. La cuiller plonge dans la mixture, ressort, se dirige vers une bouche... celle de sa mère. :

-'Man... Ouvre.

Il tend le bras qui tremble, avale sa salive encore quand elle ingurgite sa soupe... Illusion encore. Une cuiller, encore une, encore... Ça lui rappelle les coups de poing qu'il reçoit. Il se dit qu'il préfère être frappé et avoir le ventre plein plutôt que l'inverse. L'inverse ?... Mais ça veut rien dire... Nicolas pousse un son, il ne sait pas ce que c'est. Fatigue ? Résignation ? Un soupir ? Un cri ? Tout ça ?... :

-Maman... ça fait six jours que j'ai rien mangé.

Elle dit rien... Bien sûr. Elle avale sa soupe. Elle avale sa... Elle avale... Elle n'a jamais eu Faim comme il a eu Faim. Parce qu'il était là.

Il était.

Nicolas tombe.

La soupe s'étale par terre.

Noir.


Il ouvre les yeux. Cynthia est en train de passer un chiffon humide sur son visage... L'adrénaline fait trembler son corps mais il n'a pas la force de la repousser. Il jette des regards paniqués autour de lui... Il y a sa mère, à sa gauche, qui n'a pas bougé de la télé, Oldie qui est dans la cuisine avec Madame Bonpoil qui râle. Il n'y a jamais eu autant de monde dans son appartement. :

-Il se réveille !

-Nico ! Tu vas bien ?

-Laissez-le respirer les jeunes !

Cynthia se lève et échange sa place avec Oldie qui s'assoit près de lui... Lui, il ne le touche pas. Il a du comprendre aussi. :

-Qu'est-ce qu'il se passe ?

-Double C s'inquiétait, elle t'a trouvé ce matin à demi-mort. Ta concierge est montée pour faire à manger et elle est venue me chercher, elle s'inquiétait.

-T'as dit deux fois qu'elle s'inquiétait.

-Je sais.

Cynthia raccompagna Madame Bonpoil encore en bougonnant que ces jeunes lui causaient du souci puis vint jusqu'à Nicolas pour lui servir à manger. Nicolas eut un mouvement de recul à l'approche de la cuiller pleine de soupe vermicelle. :

-Non... Je dois économiser pour ma mère.

-C'est nous qui avons acheté ce repas Nicolas.

Il la regarde interdit... Elle pince alors ses lèvres et dans un élan de colère, deux larmes tombent de ses yeux en même temps qu'elle crache son désespoir. :

-Tu penses jamais qu'on pourrait t'aider hein ?! Ça t'est pas venu à l'esprit une seule fois que j'avais les moyens de te faire quelques courses de temps en temps ? Qu'Oldie pouvait rembourser tous les coups de main que tu lui donnes comme ça ? Non ! Il faut que tu te mettes encore en danger par fierté ou je sais pas...

-Calme-toi Double C...

Elle pousse un soupir triste, contenant son sanglot. Décidément, il avait le don pour se foutre dans l'embarras, lui ainsi que les autres. Il s'empare de la cuiller qui trône dans le bol mais Cynthia la lui arrache des mains. :

-J'vais veiller à ce que tu avales !

-Très bien... Mais doucement dans ce cas... Pour réhabituer mon estomac d'accord ?

-M-moui... fait-elle baissant subitement d'un ton.

Elle apporte la nourriture jusqu'à sa bouche. Nicolas garde un temps la soupe dedans. Il sent le moindre goût qui la forme... Les petites nouilles, le bouillon de poulet, les herbes, même l'eau putain. Rien que ça. Avoir autre chose que la salive dans sa bouche. Il ingurgite par plus petite gorgée encore. Il ferme les yeux... Au début, quand on remange après un long moment de famine, l'estomac remarque à peine qu'il y a quelque chose à l'intérieur... Pourtant on le sent, ça glisse dans l’œsophage et s'écrase en nous. On pousse un soupir, on a le corps qui se réchauffe mais la digestion a un train de retard... C'est pour ça qu'il faut y aller doucement... Mais ça n'empêche pas d'avoir l'impression d'être au septième ciel. :

-C'est... C'est bon ?

-Oui. souffle-t-il dans un sourire.

-Encore ?

Il hoche la tête. Il est tellement heureux qu'ils soient là tout d'un coup... Comme si la soupe avait rendu leur présence encore plus délectable, plus vraie. Après toute cette solitude. Oldie tape dans ses mains et se dirige vers la porte... :

-Bon, moi je vais faire ta distribution Nico, comme ça Amadéus te payera quand même début novembre.

-Merci Oldie.

Il lui répond d'un de ces immenses sourires communicatifs... Nicolas ne peut que relever la commissure de ses lèvres, mais c'est déjà ça... C'est le peu qu'il fallait pour que Cynthia soit rassurée.

Au fur et à mesure des cuillerées, Nicolas se sent mieux. Cynthia a beau accélérer le rythme, elle ne va pas aussi vite que son regain d'appétit. Au final, il lui prend le bol et avale le fond, tout rond. Cynthia rit alors qu'il lèche ses lèvres où se trouvent des résidus de sel. Elle va remplir de nouveau le bol et ramène du pain. Du pain frais, du vrai, en boule et tout... C'est Noël avant l'heure ! Comme il est maintenant capable de tenir son bol, elle s'assoit près de lui, s'adossant au mur derrière eux. Sa mère regarde une émission de télé-réalité mais ils sont concentrés sur autre chose... Nicolas sur son bol, Cynthia sur Nicolas. Un drôle de ménage à trois... :

-Nicolas... Pourquoi tu nous as pas demandé de l'aide ?

-Franchement ? fit-il après avoir pris le temps d'avaler le pain imbibé de soupe. Je pensais tenir plus longtemps... Avant je pouvais tenir plus longtemps sans manger.

Elle referma doucement ses paupières... Ce n'était pas la première fois qu'il s'affamait comme ça alors. Elle retient une remarque à ce propos avant de lui expliquer calmement son point de vue. :

-Tu sais, tu en pleine croissance maintenant... et tu dois faire plus de choses qu'à l'époque où tu étais plus petit, pour gagner de l'argent... La prochaine fois, préviens-moi si tu es juste au niveau de tes moyens... Je sais que ça te vient pas à l'esprit qu'on puisse te soutenir, mais c'est le cas.

Il ne dit rien, il préfère se promettre en silence qu'il y penserait plutôt que de le dire et de ne pas le faire... Il sait à quoi s'attendre avec elle.

Le ventre plein, la chaleur que dégageait Cynthia non loin, il s'endormit d'un coup.

Home - Three Days Grace

Quand il se réveilla, il faisait nuit. Cynthia était aux fourneaux. Il se leva difficilement, il tremblait encore un peu mais ça allait beaucoup mieux... beaucoup mieux que lorsqu'il bavait par terre, ça c'est sûr. Il réussit à atteindre la table de la cuisine sans trop tanguer. Le bruit de la chaise fit se retourner son amie. :

-Oh. J'te fais des pomme de terre au four, avec plein de fromage et du bacon !

-J'ai pas de four.

-Oldie en a trouvé un pas cher !

Elle tapote l'instrument de cuisine, l'autre main contenant un plat qu'elle enfourna aussitôt. Nicolas... ferma sa gueule, pour une fois. Il était bien content d'avoir un four, il allait pouvoir faire des gâteaux et des tartes. Cynthia tapota dans ses mains, l'air victorieuse et se tourna vers lui, lui demandant ce qu'ils pourraient faire le temps que ça cuise. Il alla jusqu'à la fenêtre en lui demandant de le suivre...

C'était pas une bonne idée d'aller sur les toits alors qu'il est encore fragile ?... Mais non. Il a l'habitude, tout va bien. Juste, il y va à quatre pattes au lieu d'être debout c'est tout. Ils regardent le ciel sombre un instant en silence et puis il finit par lâcher. :

-C'est comment, chez toi ? Tes parents tout ça...

-...Eh bien, répond-elle après une longue hésitation, ma mère est souvent sur Paris les week-ends. Elle va dans les soirées mondaines pour promouvoir l'entreprise... Et mon père rentre tard le soir, il va souvent d'usines en usines, dans la région, pour donner ses directives. Il prend de mes nouvelles via les bonnes et les précepteurs.

-Des bonnes hein...

-Oui. Mais leur travail c'est de nettoyer la maison, vu que mes parents ont autre chose à faire... C'est mon père qui s'occupe personnellement de me crier dessus.

-Je préfère être sourd d'entendre hurler quelqu'un plutôt que d'entendre les battements du silence.

Elle est choquée, mais il l’interrompt. :

-Ma mère, ce matin, elle était devant la télé ?

-Euh... Oui.

-Elle s'est donc couchée hier soir et s'est levée ce matin, sans se préoccuper de mon corps qui gisait par terre...

Gros silence.

Aucune situation n'était meilleure que l'autre. Mais il y avait un gouffre. Un gouffre profond, qui donne sur un brouillard noir, épais, lourd... Un père donnait le meilleur pour sa fille mais n'était jamais vraiment là pour elle, un garçon donnait sa vie pour sa mère sans rien recevoir en retour que le néant. La nuit sans lune. L'ombre de la pénombre. Nicolas était sourd à force d'entendre le silence. Il justifiait sa conduite comme ça. Il ne voulait pas qu'on juge sa mère... Il ne voulait pas entendre qu'elle était une mauvaise mère et pourtant... Il n'y avait rien. Et il était sourd. L'assourdissante symphonie des soupirs. De la fatigue. De la faim. De l'oubli. Mourir était à la fois un abandon et une solution... Il commençait à se dire que son père avait peut-être eu raison de partir, de se pendre, de s'éteindre. Un brasier oublié, de la cendre dans la bouche, on n'a plus jamais faim, on n'est plus jamais déçu, on ne souffre plus. S'il survit assez longtemps, il aimerait que sa mère parte et s'éteigne rapidement. Était-il un monstre de vouloir sa mère morte et enterrée ? Peut-être... mais seul, vraiment seul, il vivrait plus longtemps. Seul, n'ayant que lui pour s'écouter. Pas seul avec un fantôme dans la maison... :

-Je me demande parfois qui est le fantôme de la maison. dit-il soudain, revenant de ses pensées avec cette étrange conclusion. Le cadavre pâle et maigre mais vivant qu'est ma mère ou la boule de sang et de nerf à vif mais vide que je suis.

Nouveau silence. Il lève la tête en espérant avoir une réponse, une lumière, un signe...

-...Regarde le ciel... Il n'y a pas d'étoiles.

-Nicolas... Tu fais peur quand tu es comme ça.

Des yeux de lune éteints. Cynthia se lève, elle n'ose pas le toucher tellement elle lui fait peur mais elle veut absolument rentrer à l'intérieur. :

-Viens.

Regarde l'abîme, regarde le ciel. Il n'y a pas d'étoiles. Il se lève, il rentre. Il n'y a pas de mère.

Personal Jesus - Version Marilyn Manson

Quand Oldie est revenu pour dire ce qu'il avait fait pour lui, quand Cynthia est repartie, quand Oldie l'a suivie parce qu'il faisait nuit, quand le silence est revenu, quand Nicolas a posé ses yeux d'argents sur sa mère...
Quelque chose a hurlé en lui. un plomb a sauté.
Est-ce qu'il pouvait réellement se permettre de rester sain de toute façon, alors qu'il avait failli mourir pour ça ? Ça, ce truc amorphe devant lui. Était-il capable de maintenir l'illusion bien longtemps après tout ?...

Non.

Nicolas s'empare du visage de sa mère d'une main. Il a le même regard lorsqu'il s'apprête à se battre, la pupille contractée, réduite à un simple point noir dans les deux lunes de ses yeux. Il commence à la haïr. Il déteste cet être qui a décidé de le mettre au monde pour l'abandonner d'une manière aussi vile, pire que de partir, rester pour faire d'autant plus souffrir. Ses doigts serrent la mâchoire fragile. La bouche s'ouvre sur des dents jaunis. Il la relâche si violemment qu'elle tombe en arrière... mais elle se relève et penche un peu la tête comme il est placé devant la télé. Il la gêne.

Il se retourne, s'en va... Il roule une cigarette sans la quitter des yeux, sans perdre ce regard. Il allume et s'accroupit devant elle... Il souffle la fumée au visage. Elle tousse mais ne dévie pas son regard de la télé. Nicolas prend son poignet et commence à serrer... Fort. Les doigts de sa mère passent du blanc au rouge, au bleu, au violet... Il la relâche. Elle n'a pas bougé. Elle ne réagit même pas à sa propre douleur physique, comment pourrait-elle s'inquiéter de son propre enfant ?... Pourtant il cherche encore, il espère même s'il la hait de plus en plus. Il tire tellement sur sa cigarette qu'elle est rapidement finie. Mais au lieu de se lever et de l'écraser dans le bol qui lui sert de cendrier, posé sur la table de la cuisine, il lève sa main jusqu'au visage de sa génitrice et écrase le mégot dans sa paume déjà bien abîmée. La douleur le fait tiquer, mais il ne crie pas. Il a déjà vu tellement pire... Mais elle ne réagit toujours pas.

Il se lève, jette le mégot, va chercher un couteau de cuisine, celui qu'il utilise pour couper la viande... Tellement affûté qu'il glisse entres les chairs cuites. Il retourne à sa mère, encore, toujours, se pose devant elle si bien qu'elle ne peut que lever les yeux vers lui. Il amène le couteau jusqu'à son avant-bras gauche et le perce, le coupe, le déchire... Il le montre bien à sa mère. Le sang sombre goutte jusqu'au sol. Ploc. Ploc. Ploc.
Elle regarde Nicolas. Elle regarde la blessure. Elle regarde le sang par terre.
Puis elle glisse sur le côté, s'étale sur le lit et étend son corps. Son regard se perd derrière lui, ayant retrouvé la sainte télé.

Il soupire.

Puis dans sa rage il lance le couteau qui se plante dans le lit, un geste précis qui frôle sa mère.

Elle ne bouge pas.

Elle ne bougera jamais.

Nicolas serre sa blessure pour que le sang arrête de couler et va se coucher.

Il la hait.



##   Mar 9 Fév 2016 - 19:32

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Libre et mûrir - Première partie

Bienvenue sur mon boulevard - Jean-Jacques Goldman

L'hiver qui menait jusqu'à ses quatorze ans fut long. Il se fit arrêter par les gendarmes car il se trouvait sur un site de revente de drogue plutôt peuplé, sans doute balancé par un un mouchard. Heureusement à ce moment, il n'avait rien sur lui, en fait, il se rendait justement jusqu'au QG pour récupérer la came. Il est sortit sans même passer la nuit au frais, ayant réussi à convaincre les poulets qu'il passait juste par là sans savoir quoi que ce soit, aidé par son casier encore vierge. Cynthia avait tenu sa promesse, elle venait parfois avec un sac de courses à l'appartement et ils faisaient la cuisine ensemble. Elle lui apprit à faire des tartes et des gâteaux, il expérimentèrent de nouvelles recettes. Elle ne se droguait plus, ça se voyait au nouvel éclat dans ses yeux, au creux de ses coudes qui cicatrisaient correctement. Il traînait moins avec Amadéus maintenant, beaucoup avec Oldie ce qui apparemment semblait ravir le jeune patron. Jérémy s'était montré calme en attendant qu'il récupère totalement... et puis il s'évanouit. Oh il allait toujours en cours, mais il l'agressait beaucoup moins, ce qui lui fit comprendre qu'il préparait quelque chose de plutôt énorme.

En attendant qu'il ressorte de son tiroir tel un polichinelle pensant le surprendre, Nicolas profita de cette paix. Il rappela à tous qu'il était le Loup Noir, non pas Colette. Il avait retrouvé sa musculature peu de temps après son épisode de famine, sortait essentiellement la nuit,  surprenait les gens qui tentaient de démanteler l'affaire d'Amadéus avec une efficacité qui terrifiait tout le monde, avec une nouvelle froideur dans les yeux. La nuit, il était le maître de ce village, il en connaissait les moindres recoins, entendait les moindres souffles. Quand il passait devant les bars ouverts jusqu'à tard, même les anciens arrêtaient de boire pour voir le Loup passer, leur jeter ce regard méprisant et partir dans le brouillard que l'hiver créait au petit matin. Il traînait sa tristesse même auprès de ses amis. Bien que c'était bel et bien l'épisode le plus paisible de sa vie, Nicolas n'avait pas sourit une seule fois durant ses longs mois froids et vides.

Alors pour son anniversaire, malgré la présence de Cynthia et d'Oldie dans l'appartement, quand il alluma son unique bougie sur sa pâtisserie ridicule, il ne fit que fixer l'être mort sur le lit face à la télé. Il ne songeait qu'aux fantômes qui hantait les rues dehors. Il poussa un soupir. :

-Tu avais raison Oldie. Je ne vaux pas mieux que les autres. Je fais partie de cette masse de la bassesse de l'humanité et il n'y a pas de plus grand parmi les plus petits.

Il leva son verre de jus de pomme, comme s'il portait un toast à ses compagnons... quels qu'ils soient. :

-Joyeux anniversaire à moi.

-Nico... souffla Cynthia. Faut vraiment que je te fasse un cours sur l'optimisme.

Oldie rit. Ils partagent le petit gâteau en trois. Ils discutent un instant puis ils rentrent.

Nicolas va vers sa mère. :

-Hé toi. J'ai quatorze ans, incroyable non ? J'ai survécu sept ans sans toi.

Aucune réponse. :

-Sans toi. Tu m'entends ?

Il attrape ses cheveux, elle ne réagit pas. :

-OH CONNASSE !

La main se lève, elle s'écrase sur la joue de Madame Lefebvre dans un claquement sonore. La colère de Nicolas avait été si vive et si intense l'espace d'un instant qu'il ne s'était même pas rendu compte de son geste. Il est resté là, immobile, debout, fixant le corps de sa mère en ouvrant ses yeux en grand à mesure qu'il venait de se rendre compte de ce qu'il venait de faire... Sa mère... Sa mère resta un moment immobile avant de se redresser comme si rien n'était arrivé, à ceci près qu'elle avait une marque rouge sur sa joue.

Ce n'était pas lui. Il aimait sa mère quoi qu'elle fasse, il avait des souvenirs de ses câlins, de ses bras, il l'aimait de tout son cœur, respectait sa douleur puisqu'il portait la même. Il ne pouvait pas lui demander maintenant de se relever, quel droit il avait ? Il n'était qu'un gosse.
C'était lui. Il était son gosse ! Elle avait eu le temps de s'y faire à la perte de son mari nan ? Elle pourrait au moins se faire à manger non ? S'occuper des factures ?! Qui laisse son gosse s'occuper des factures ?!! Lui aussi il avait mal ok ! Mais il était debout merde ! Il se battait putain... Il se battait pour une connasse qui ne quittait l'écran des yeux que pour dormir !
Non...
SI !


La tête explose. Se battre avec soi est bien pire que battre quelqu'un d'autre. la frustration de ne pouvoir donner un coup à l'objet de sa rage sans se faire mal soi-même. Immobile et l'instant d'après, les mains sur les tempes, dans un cri muet. Il vient de frapper sa mère. Il vient de frapper sa mère et il n'arrive plus à penser. Il a envie d'hurler, il avait envie de courir mais non, il reste là, les jambes plantées au sol, le regard fixe sur sa mère qui sourit en voyant son présentateur favori se perdre dans ses fiches. C'était rare que Julien Lepers le fasse... Il faut qu'il s'accroche à quelque chose. Il faut qu'il trouve un endroit où se retrouver, lui avant ça, avant le Loup, avant cet hiver, avant la famine, avant cet été passé chez madame Bonpoil, exulte, crache, ça fait du mal quand le coeur repart, faire taire sa tête et s'activer, pense à tes jambes, un pied devant l'autre, la roue qui tourne, la terre qui tangue, la réalité qui se distend,...
une âme qui t'écoute,
un lieu inconnu,
un creux,
toi.

Nicolas fait un pas en arrière. Nicolas fuit en courant.

Il part courir dans ce village dévasté qui lui ressemble de plus en plus, pour sa plus grande horreur.

Suicide social - Orelsan

Il pleut dehors. Il court au milieu de la route. Qu'une voiture vienne et le percute, il l'attendait comme un torero appâtait la mort avec ses cornes et son souffle bestial. Sa respiration à lui est saccadée, son souffle est buée dans cette nuit de mars. Il passe entre les HLM du centre-ville voit les fenêtres encore allumée à cette heure, les couples qui se battent, les enfants qui pleurent, le gouffre de l'humanité. Il passe devant les bars où trônent encore les piliers de comptoir, ça sent la dépression, la bière coupée à l'eau et le tabac froid. Il passe devant la banlieue et ses maisons qui se ressemblent toutes, des voitures, des télés écran plasma super-ultra-méga-large, internet et ordinateur, téléphone dernier cri, retraites confortables et familles respectables, crédit jusqu'à la troisième génération pour avoir l'air. Il sort du village, devant le cimetière, le silence de la mort et des fleurs synthétiques, en face le collège et le silence de l'absence et des fantômes d'élèves  sensés dormir... Élèves qu'il croise dans les bois, qui le regardent l'air moqueur, mais que fuit le Loup ? Maquillages et peintures pour ces semblants de femme, survêtements larges et dégaine de caïd pour ces semblants d'hommes, des enfants perdus sans Peter Pan, gueuler le plus fort pour se faire écouter, s'ouvrir les veines, se droguer, se perdre pour que les adultes les regardent et les aiment, les pardonnent et les écoutent enfin. Des flingues dans les pantalons, des billets réunis par paquets, la richesse à celui qui se fait respecter, la loi de la jungle entre les chênes et les marronniers, des tatouages dégueulasses fait à l'aiguille chauffée et à l'encre d'un bic. La zone des gens du voyage, sale, puant, putride, des déchets partout, du papier toilette accroché aux arbres, des exclamations quand Nicolas passe entre les bidons desquels des flammes nauséabondes s'échappent, des bambins en train de jouer par terre avec les chiens pouilleux qui s'esclaffent, des coups de batte de baseball sur ce qu'il reste du cadavre d'un voiture qui a fait l'erreur de se trouver là. Il sort du bois, c'est au tour des fermes, les animaux qui baignent dans leurs excréments, les fermiers qui pensent savoir ce qu'ils font et traitent leurs animaux comme jamais ils traiteraient leurs gosses, qui se plaignent de leur travail et n'arrêtent pas de répéter que c'est leur passion, fier pour un tracteur, pour une vache, pour leur droiture, les premiers à aller à l'église le dimanche et qui ne savent même qui est ce putain de gars accroché sur sa croix, quel débile celui-là ! L'église et son clocher de travers, qui s'écroulera quand quelqu'un aura la bonne idée d'éternuer lors d'un messe, le prêtre qui fait de son mieux face à son public illettré, les p'tits vieux qui tremblent et qu'on écoute pas, les gosses qui gueulent parce qu'ils ont froid et qui voulaient dormir, les gens moyens qui sont là que pour paraître, les fermiers donc qui ne sont là que parce que leurs parents faisaient pareils. Et puis les manoirs, les riches, ceux qui sont là pour on ne sait quelle raison et qui sont assez friqués pour ne pas avoir à supporter le village, les grandes maisons avec leurs grands jardins, à l'opposé de l'usine, qui engagent des gens pour nettoyer leur maison et leur jardin et leur cul aussi si ça s'trouve, le silence de la master card au milieu des champs.

Nicolas lève ses jambes, ses muscles se contractent, ça le tire fort. Ses poumons le brûlent, sa gorge l'irrite, sa bouche est sèche. Il voit les gens et les habitations qui défilent, il voit sa vie qui s'accumule, il voit la détresse de ce monde et à quel point il est incapable de faire quoi que ce soit sinon d'être emporté par la vague des événements, de la haine et de ce qui ici est parfaitement normal. Son cœur bat à toute allure... Il pouvait encore admettre de vivre ici quand ça ne l'atteignait pas, il pouvait encore supporter la violence quand ce n'était pas lui qui l'offrait. Mais c'était tellement contagieux, le malheur, la facilité, la haine gratuite, les coups et de fermer les yeux sur son bon sens. Qu'est-ce qu'il faut faire ?... Il n'y a pas de réponses, Nicolas n'en trouvera jamais tant qu'il vivra ici. Il serait peut-être temps d'arrêter d'essayer de trouver un sens à tout ça... C'est comme ça, c'est tout. Ne pas se laisser aller à la fatalité mais l'accepter tout de même, parce qu'il ne peut tellement rien contre le courant qui l'emporte, contre cette course contre lui qu'il ne pourra pas gagner. Il ne pouvait rien faire dans ses masses qui étaient toutes contre lui, contre eux-mêmes, à se dévorer comme des sauvages. Nicolas trébuche, il s'étale par terre, le visage dans la boue du chemin qu'il parcoure... Il se relève et court, encore, plus loin, plus vite ! Il allait perdre.

Il perd.

Il y a un mur devant lui mais il ne ralentit pas. Il saute, se jette sur le mur, accroche le sommet et se soulève, la force du désespoir et de la foi. Il atterrit dans le jardin, court jusqu'à un arbre... Il entend un grognement, s'arrête net. Il y a un chien. Ils se regardent, ils se parlent avec les yeux. Nicolas se met à genoux et tend sa main. Le terre-neuve s'arrête de gronder, lèche ses babines avant de s'approcher doucement de la main de Nicolas pour qu'il le caresse en secouant la queue... :

-Griotte ?

Cynthia avait sa fenêtre ouverte. Nicolas fait une dernière papouille au chien avant de s'accrocher à la branche, non loin de lui. Il grimpe avec aisance bien qu'il soit encore à bout de souffle... Il s'installe en face de Cynthia mais ne bouge pas de l'arbre... Elle est dans une robe de nuit blanche, elle a l'air d'un ange comme ça. Et lui, trempé, essoufflé, les iris d'argent éclatant dans la pénombre, il se demande ce à quoi il pouvait ressembler alors qu'elle le regardait avec la peur et l'inquiétude dans les yeux. :

-J'ai frappé ma mère.

Au loin, un éclair craque, déchire le ciel, illumine le visage terrifiée de Cynthia. C'est dit. Bienvenue nouveau petit monstre dans le carnaval des horreurs.

Qu'est-ce que racontent les gens ? Que Nicolas, c'est quelqu'un qui marche, quelqu'un de debout, l'étranger qui reste fier et qu'il est bon de détruire puisqu'il sera toujours droit même quand on le frappe, un mur de marbre qui le restera. Quel faux-semblant, comme eux au final. Car ce que je leur offre c'est mon masque, comme eux et leur fausse-richesse, leur fausse-force et leur faux-bonheur. Pourquoi plus je grandis plus je suis déçu alors que je passe mon temps à me complaire dans cette douleur quotidienne ? Qu'est-ce qu'il me resterait, en même temps, si demain on arrêtait de s'en prendre à moi ?... Plus rien. Si je n'étais pas un souffre-douleur, je ne serais personne. Je crois que je sers à rien. Et ceux qui m'aiment, ils sont avec moi pour l'instant... Mais j'attends toujours qu'ils me donnent un coup de couteau dans le dos.
Constat. Je n'ai rien, je ne suis rien.


Énième coup de tonnerre. :

-Tu... veux rester ici cette nuit ?

-Non... Je rentre.

Ce que la haine fait dire, ce que la haine fait faire.

Baby's on fire - Die Antwoord
Je mélange tellement les styles ça n'a plus de sens ldfskjhgfg

C'est ça qu'on appelle la crise de l'adolescence ?... Nicolas continue à nourrir sa mère, il se fait pardonner comme il peut bien qu'elle ne semble toujours pas se rendre compte de ce qu'il a fait, il redevient un petit garçon chez lui et quand il sort... Nouveau masque.

Quand Nicolas sortait de chez lui, il remontait le col de manteau de cuir, plaçait ses bandages aux mains à la manière d'un combattant pro et marchait dans les rues pitoyables avec l'air d'un conquérant. Différence frappante par rapport au Nico la tête vers le sol, jetait des regards inquiets partout en se faisant le plus petit possible. Il arrive au collège à l'heure qu'il veut, non plus à l'ouverture des grilles, une heure avant les cours, pour éviter de se faire tabasser... Il répond aux menaces par un sourire faux et terrible qui fait reculer même les plus costauds qui se souviennent qu'il a tué des chiens avec ces dents... Il pousse la porte du hall et en face se trouve un banc où est posé Jérémy. Une baston de regard s'engage, trois secondes. Et tous les deux tournent la tête en même temps.

Un peu plus loin, Cynthia est entourée de son groupe de gonzesses et d'admirateurs. Là il y en a un qui le remarque et qui, peut-être, par un malheureux hasard, se souvient du jour où la Reine avait la promesse d'embrasser quiconque ramènerait les cheveux de Nicolas. Il courut vers lui, le Loup lui fit une béquille après l'avoir évité facilement, sans retirer les mains de ses poches. La manœuvre est suivie d'un silence de mort alors que Nicolas s'approche de Double C pour replacer une mèche de cheveux blonde derrière son oreille. :

-Retenez vos chiens ma Reine. Je m'en voudrais de vous les casser.

Cynthia n'arrive pas à retenir ses joues de s'enflammer, et ses "suivantes" de glousser comme un troupeau de poules. Nicolas va vers la cour sans se retourner... Qu'il a bien changé l'étranger.

Jérémy s'est levé et l'a suivi jusqu'aux portes menant à la cour. :

-Hé. Le Loup Noir !

Nicolas s'arrête. Jérém' a utilisé son surnom. Il ne l'a pas traité de sous-merde ou d'étranger comme à son habitude. Quelque chose a changé là aussi... Il se retourne avec lenteur. :

-Tu travailles pour Ama ?... Alors il faut que tu saches que j'ai rejoins le gang des Vikings.

Les adversaires d'Amadéus... :

-Et que veux-tu que ça me fasse ?

Il descendit les escaliers avec une lenteur calculée, dramatique. Comment des gosses pouvaient se prendre pour des durs à cet âge ?... Nicolas le regardait faire, il se rappelait de ce qu'il venait de faire... et il trouvait ça parfaitement ridicule. Mais tout était programmé dans ce monde de paraître. :

-Je suis le Chasseur maintenant... Et s'il y a bien un truc que j'aime pas, ce sont les Loups.

Ok. Au moins c'était dit. A croire qu'ils étaient destinés à se foutre sur la gueule quoi qu'il arrive. Quelle comédie.


Les Vikings... Franchement. Il y a quand même de quoi rire la premiè_re fois qu'on entend ce nom hein ?... Doit-on s'attendre à trouver de gros barbares poilus tenant des haches en main dans nos campagnes françaises (je ris rien que de le dire) ? Avec la polémique des casque à cornes on peut au moins leur laisser ça hein ; les poils et les haches j'entends. Rien que cette image prête à rire dans son décalage complet avec... ben la vraie vie quoi. Alors de savoir qu'en plus il ne s'agit que d'une poignée de caïds qui se prennent au sérieux, c'est pire. On s'esclaffe et il y a de quoi. Les Vikings (oh bordel je m'y ferai pas), c'est un petit groupe comparé au gang d'Amadéus qui réunit seulement les plus forts, les plus brutaux membres de ce petit village. Ils ont le monopole de la violence, organisent les combats de rue, détiennent les meilleures armes à feu, forment une escouade punitive d'une efficacité terrifiante contre quiconque viendrait perturber l'équilibre du village, cette loi du plus fort qui leur convient, qu'il s'agisse du fermier qui ne veut pas les payer après un service rendu ou d'un policier qui faisait son travail pour une fois en appréhendant l'un des leurs. On y trouve des gosses comme Jérémy,  des tyrans de naissance, des anciens taulards, du basique voleur à la tire au violeur en conditionnel, s'étant forgés "à la dure" dans leur cellule avec la câble et la fibre internet, et les trentenaires célibataires et sans emploi qui ont trouvé dans la haine et la violence une raison d'exister... Ouais, c'est déjà beaucoup moins drôle.

Nicolas évitait d'avoir à faire directement avec ce groupe, les rares fois où il a du lui faire face, c'était par le biais d'Ama, lors des combats de rue. Alors savoir que Jérémy en faisait maintenant parti, et qu'il le croisait tous les jours, c'était... pas cool. Pas cool du tout. Un pet de travers et il allait se retrouver avec toute la smala collé au cul. En fait non, même pas, il allait pas avoir besoin de faire quoi que ce soit pour en prendre plein la tronche... Ça lui vint dès qu'il finit les cours cette journée-là. Il reçut un coup de poing dans le dos, ce qui le fit se retourner vivement... Le Chasseur, suivi par ses chiens de chasse, supposait-il à leurs regards avides. Il n'eut pas le temps de répliquer. Il voulut faire un pas mais quelque chose passa dans son champs de vision... Dans son dos on venait de lui lier les pieds, il s'écrasa alors sur le sol goudronné. Jérémy le dépassa, sans se priver de lui donner un coup de pied dans le bide, puis s'approcha du véhicule qu'un sbire venait de sortir du garage miteux de l'établissement. Bien sûr, Jérémy avait un scooter, mais c'est seulement quand il s'installa dessus après avoir accroché la corde liant les jambes de Nicolas qu'il comprit toute l'horreur de ce qu'il comptait faire. Pas un mot ne fut échangé durant ces quelques secondes, donc préméditation. Pourtant ce n'est pas pour ça que le Loup aurait voulu qu'ils s'échangent des paroles, qu'une musique retentisse ou que le Chasseur démarre sa mobylette pétaradante un peu plus tôt... Il aurait voulu qu'un son, n'importe lequel, couvre son cri de panique.

Le premier réflexe de Nicolas n'est pas d'essayer de se libérer du nœud le maintenant prisonnier, le devinant bien serré de toute façon, ni de se raccrocher désespérément au goudron qui n'offrait aucune prise et ce qui ne servirait sans doute à rien face à l'engin débridé du fils de mécano. Non... ce qu'il fit en premier... Il retira son cuir, le cuir de son père, encore trop grand pour lui... C'était stupide. Le blouson aurait pu clairement mieux le protéger que son simple t-shirt... Mais il se refusait de l'abîmer, ça, jamais. Alors, résigné à souffrir, il prit une inspiration profonde quand le Chasseur démarra et glissa d'un coup, jusqu'en bas de la pente, de l'entrée du collège à la rue, sous les regards effarés et impuissants des autres élèves. Le goudron arracha sa peau, le brûla. Les larmes venait à ses yeux, mais il serra les dents, se positionna de telle manière à ce que ce ne soit pas son dos entier qui souffre de cette expérience... Une trentaine de mètres d'agonie sur une seule épaule.

A l'arrivée, ce qui l'empêcha de perdre connaissance, ce sont les rires de hyènes de la petite bande de caïds. Nicolas se releva doucement et commença à défaire le nœud qui l'emprisonnait, tranquillement, comme si tout ça n'était qu'une simple formalité. Le Chasseur, sans doute poussé par un souffle de confiance arrogante, s'approcha du Loup pour tapoter son dos souffrant. :

-Mes amis, nous avons fait bonne chasse !

Alors Nicolas fit un mouvement vif ; il pivota sur lui-même et fit une clef de bras à Jérémy, le forçant à mettre un genou à terre. Les autres eurent un mouvement de recule... Il attendit que Jérémy lui demande trois fois de le lâcher, lui susurrant de le prier plus fort, que tout le monde l'entende. Alors il lui donna un coup de pied pour le mettre à terre, pour le dominer de toute sa hauteur, pour que tous n'oublient pas que le Loup Noir restait une menace même blessé... surtout blessé.

Il remonta la pente jusqu'à l'entrée du collège, suivant sa  longue trace de chair arrachée, sous les yeux ébahis des autres collégiens alors que son épaule était à vif et en sang, pour récupérer nonchalamment son manteau de cuir.

Mama - Genesis

-Aïe... Aïeaïeaïeaïeaïeaïeaïeaïeaïeaïe !

Nicolas se tordait dans tous les sens pour tenter de soigner son épaule... C'est compliqué quand on a pas de miroir. Il pourrait s'aider du reflet de la télé éteinte mais, bon voilà, sa mère quoi. Il tendait son bras gauche par-dessous son bras droit, immobile, un mouchoir imbibé de désinfectant dans sa main... Il tentait vainement de retirer les cailloux emprisonnés dans sa chair, mais comme il n'en voyait pas la moitié, il se faisait plus mal qu'autre chose. :

-Attends mon grand.

La voix n'avait été qu'un souffle, et bien que cela faisait des mois qu'il ne l'avait pas entendue, il retient un frisson. Sa mère, qui n'avait pourtant pas quitté des yeux l'écran, s'empara avec une douceur infinie de la gaze nettoyante... et elle regarda Nicolas dans les yeux. :

-Tourne-toi.

Le cœur de Nicolas fit un bond dans sa poitrine et il s'exécuta lentement. Il débordait de joie, de chagrin et de colère tout à la fois, mais il était incapable de parler... Il ne voulait pas l'effrayer de mots, comme on surprend un animal sauvage en frôlant un buisson. Il ne voulait plus perdre sa maman dans les affres de la dépression. Alors il serra les dents, la laissa délicatement soigner sa blessure... Pour la première fois de sa vie, il était heureux d'être blessé. Ce n'était pas bien, c'est vrai, mais il ne pouvait pas nier que voir une réaction au fond des yeux vides de sa génitrice valait toutes les douleurs du monde.

Il se souvint d'une fois... enfin, une des nombreuses fois où il était tombé petit... C'était un gosse maladroit avant, qui tenait très mal sur ses jambes, fragile au niveau du cœur au point de ne pouvoir courir aussi longtemps que ses camarades et constamment ébloui par le soleil... Il avait trébuché, encore une fois sans savoir comment, il se trouvait juste là, sur le bord d'une route de campagne, se maintenant le genou de ses deux mains, luttant pour pleurer en silence. Sa mère arriva, dans sa belle robe à fleurs cousue main, avec ce qu'il appelait, du "rouge" à la main, petite bouteille jaune de betadine. Une fois la plaie vivement nettoyée, elle soufflait dessus pour la sécher doucement.

Nicolas eut un sursaut en se rendant compte qu'Hélène Lefebvre souffla sur son épaule en feu à ce moment exact. Ses lèvres s'étirent, se crispent... Il lutte pour pleurer en silence.

Un long moment passa tandis qu'elle prenait soin de lui pour la première fois depuis longtemps... Puis elle s'arrêta d'un coup et revint à la télé, comme si elle s'était soudain souvenue qu'elle devait absolument la suivre. Nicolas ne dit rien. Il se retourne après avoir rapidement essuyé ses yeux, lui prend doucement des mains la bande nettoyante qu'elle avait gardé. Il aimerait vérifiait qu'il n'a effectivement plus rien dans sa chair mais il se décide de lui faire confiance et de bander son torse afin que la blessure ne colle pas à son maillot. Il se rhabille et va dans la cuisine... Là, pendant une heure, il fait distraitement à manger, s'occuper de nettoyer ce qu'il reste de vaisselle, se sustente ainsi que sa mère et enfin, met son blouson de cuir pour sortir dans la nuit qui venait de tomber. :

-J'y vais m'man.

-Va mon grand.

Il sortit en se demandant s'il allait réussir à s'y réhabituer. Mais c'était évident. Bien sûr qu'il l'avait retrouvée. Bien sûr qu'il en était content. Ce n'était qu'un petit rayon de soleil dans cette période de son existence mais il s'en contenterait.



##   Ven 15 Avr 2016 - 2:59

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Libre et mûrir - Deuxième partie

Gangsta's Paradise - Coolio
Le revoilà. Oui. J'aime cette chanson.

Vous voulez savoir ce qu'il y a de plus terrible quand on vend de la drogue à 14 ans ?... C'est vendre de la drogue à un gamin plus jeune que soi, qui a sans doute piqué deux-trois billets dans le porte-monnaie de ses parents pour faire "comme les grands" dans la cour de récré. ... Non, le pire c'est sans doute de voir la décrépitude du gosse face à la barre de beuh et devoir lui apprendre à rouler un joint. Bien sûr, la drogue c'est jamais bien, qu'importe l'âge, mais on pourra dire ce qu'on veut, Nicolas considérait que c'était en grande partie à cause des adultes du coin que les jeunes s'en retrouvent à faire ça pour survivre, pour faire genre ou toute autre mauvaise raison. Cette semaine, il été assigné à la cocaïne. Petite poudre blanche. Il devait rencontrer son client sur le petit parking à côté du skatepark abandonné qui ne servait plus que de planque occasionnelle... Déjà, Nicolas avait trouvé ça étrange... On évitait le skatepark, car il était quand même souvent surveillé par la police... Et quand il est arrivé, il y avait du monde... N'importe quelle personne du village pourrait vous le dire ; des gens dans le skatepark, une hérésie... Surtout quand la plupart des sportifs présents étaient des adultes... Un mouchard. Evidemment, fallait que ça tombe sur lui.

Il fit aussitôt demi-tour et entendit presque immédiatement après le fameux "NE BOUGEZ PLUS !"... avant de courir comme un dératé. Il était hors de question qu'on l'arrête alors qu'il avait de la came sur lui. Et heureusement pour lui, il connaissait le coin assez pour que les flics le perdent de vue... Remontant la côte qu'il venait de descendre, il se faufila sur un chemin de cailloux à sa droite, longeant une habitation et la bibliothèque. Au bout, la rue avec d'un côté, une porte dérobée. Il passa par là, fit demi-tour, jeta le sachet de coke sur un toit au hasard, passa une palissade et une deuxième, avant de se retrouver de l'autre côté du skatepark... Il fit pas dix pas qu'une voiture déboula du parking, déclencha sa sirène et fit un dérapage de toute beauté devant lui pour l'arrêter. A genoux, les mains en l'air, il fit en sorte de paraître coopératif.

Ce qu'il y a de marrant, avec la police, c'est qu'il font tout pour te traumatiser. Même si tu es présumé innocent (vive la France), pour ses maousses tu n'es qu'un bout de viande. Ce qui donne des situations cocasses en garde-à-vue, où le chargé de l'accueil te snobe limite alors que tu dois décliner ton identité, et où celui qui prend ta disposition aime marquer ses questions répétitives, toujours dans le but de te faire cracher le morceau, d'un bon coup de poing sur la table, à en faire trembler les pots de crayons éparpillés. C'est presque chantant, la douce mélopée de l'interrogation ; les voix tantôt fatigués et menaçantes entrecoupé du choc des stylos. Et parfois, la porte qui s'ouvre, où le faux "good-cop" comme disent les ricains, vient offrir un chocolat chaud réconfortant au pauvre garçon vivant un terrible moment, pour mieux lui soutirer des infos si la manière forte ne fonctionne pas... Oui, le mythe du bon et du méchant flic existe. Et la nuit en garde-à-vue ce n'est pas si terrible... Enfin, du point de vue de Nicolas, parce qu'il avait du coup quelque chose qui ressemblait plus à un lit que le tapis sur lequel il dormait habituellement. Et quand tu sors le lendemain matin, t'as le droit à un croissant... Haaan... C'est-y pas meugnon ?

Tout ça pour dire que ce n'était pas la mer à boire pour lui. Il ressortit de là tout aussi frais qu'il y était entré, sans une once d'inquiétude puisque les policiers n'avaient pas trouvé la came et du coup, n'avaient rien à mettre dans son casier judiciaire... C'était presque trop facile... Avec les flics du moins, parce que lorsqu'il croisa le regard incandescent de Cynthia à la sortie du poste, il grimaça. Dix flics ne valaient pas le degré de menace sous-entendus qu'elle dégageait, telle une aura meurtrière. Méfiez-vous des dames. ...Vraiment. Car même dans le silence qui les accompagna jusqu'à l'appartement de Nicolas, il sut d'emblée qu'il allait passer bien plus qu'un mauvais quart-d'heure. Dès qu'il referma la porte derrière lui en fait. :

-Mais qu'est-ce que t'as encore FOUTU ?

-Hé, ho... Les risques du métier tout ça.

-Mais tu t'es fait arrêté Nico !!!

-Arrêté ?...

-T'inquiètes pas maman, ils m'ont relâché tu le vois, je n'ai rien. C'est pour ça que j'étais pas là hier soir pour te donner à manger, je te fais ton café pour me faire pardonner.

-Nicolas, je suis sérieuse là ! Pourquoi tu continues à travailler pour Ama ? Je peux te nourrir tu sais.

Il leva les yeux de la cafetière pour lui rendre son regard meurtrier. Il appréciait l'aide qu'elle lui apportait, c'était un soutien indéniable... Mais il ne pouvait pas longtemps compter sur sa générosité... Que se passerait-il si elle quittait la ville ?... Il ne pourrait pas la suivre, pas avec sa mère. Il devait bien apprendre à se débrouiller seul et après tout, il avait toujours fait les choses de cette manière. Et apparemment, elle comprit très bien ce qu'il se passa dans sa tête puisqu'elle enchaîna aussitôt. :

-On est tous les deux dans le même bateau. On déteste cet endroit, on est ami, la moindre des choses c'est de se serrer les coudes.

-Non Cynthia. Nous ne sommes pas dans le même bateau.

Un gouffre immense se créa entre eux. Nicolas se battait pour se nourrir, pour avoir un toit, pour sa mère. Cynthia était soignée par ses parents, certes absents, mais elle ne manquait de rien, même au collège où elle arrivait à porter son masque à la perfection, à se faire respecter parce qu'elle était belle. Elle était belle... Sa lèvre inférieure trembla un instant avant que la colère n'embrase son visage. :

-AH OUAIS ?! Puisque tu te complais dans cette merde et bien DÉBROUILLE-TOI !!!

Elle partit en claquant la porte.

Die in a Fire (FNAF3) - The Living Tombstone
Je n'ai jamais joué à ce jeu... So what ?

Après cet épisode, Nicolas aurait du se sentir mal peut-être, pour Cynthia, car il l'avait blessée, il le savait. Pourtant, il avait pris le parti de ne pas s'en soucier... Après tout, il ne pouvait rien y faire, il avait dit la vérité... Autant qu'elle se détache de lui maintenant. Voilà ; constater la fatalité mais ne jamais oublier qu'il n'en n'était que le spectateur. Alors il reprit son train-train quotidien. Le lundi suivant il retourna au collège, et fit un petit détour là où il avait laissé le sachet de drogue en voyant que les flics ne faisaient pas leur métier en le suivant quelques jours. Sa journée de cours passée, il alla au QG d'Amadéus qui l'attendait, ayant eu vent de son court passage au poste de police, évidement. Tout se sait ici, rappelez-vous. Après une petite leçon sur la prudence, il le félicita tout de même pour avoir réussi à garder la came, toujours vendable, et ajouta qu'il allait s'occuper du cas du mouchard, et blablabla. :

-J'ai entendu dire qu'un ami à toi avait rejoins les Vikings...

-...C'est pas un ami. Le Chasseur et moi, c'est une longue histoire. On ne s'est jamais aimé. C'est lui qui a fait les blessures que tu as soigné dans mon dos et sur mon torse il y a quelques années.

Oui, ce jour-là où il avait voulu coucher avec Nicolas alors qu'il n'avait que 12 ans... Oui, oui, ce fut une soirée mémorable. Ahah. :

-Chasseur et Loup, pas étonnant qu'il en soit ainsi...

-Ironique hein ?... Mais dis-moi plutôt en quoi ça t'intéresse soudainement. Tu n'as pas de bonnes relations avec les Vikings de toute façon, tu comptais m'utiliser pour les manipuler ?

-Non... Il prit son temps pour rouler une cigarette, ajouter une touche dramatique à sa déclaration. Il participe à des combats ce soir. Je voulais savoir si ça t'intéressait... Quand je l'ai reconnu pour m'avoir privé de la Reine Double C comme cliente, je me suis dit que je devrais te le dire...

C'était étrange comme Jérémy pouvait changer Nicolas. Ses émotions étaient si vives à son encontre, de la haine pure, sans raison, sans logique, juste de la rage et des envies de tuer purement animales... Il reprit son manteau de cuir et sortit dans le bois, suivi par un Amadéus très curieux de voir la suite des événements et toujours prêt à soutenir son louveteau. Sans un mot, déjà concentré, Nico se dirigea dans les bois qu'il connaissait par cœur, sans plus avoir besoin des cordes accrochées aux branches pour le guider. Quand il arriva jusqu'à la clairière dédiée aux combats, du monde était déjà rassemblé autour de la personne prenant les paris. Nicolas les poussa tous pour poser sa participation sur la table. Il retira son cuir qu'il jeta à son patron avant de se placer sur le ring, ou se trouvait déjà son adversaire le fixant de ses yeux ronds, en faisant craquer ses articulations. Il y eut un grand silence dans le crépuscule qui s'installait, puis un brouhaha immense. Les paris fusaient, c'était le combat qu'il fallait voir cette année... Cette décennie même.

Les deux ennemis se jaugèrent longtemps. :

-Combien de fois vais-je devoir te tuer Loup Noir ?

-Tu n'as jamais vraiment essayé, le Chasseur.

Son de cloche, le combat était engagé.

On pourrait croire que Jérémy avait tout pour gagner... Il avait quasiment un an de plus, et à cet âge-là, ça peut faire toute la différence, surtout Jérémy qui avait mûri bien avant tout le monde de manière flagrante. Mais il était du coup bien plus pataud que Nicolas, bien moins agile dans ce corps qu'il ne maîtrisait plus aussi bien qu'avant, surtout qu'il tenait des mauvaises habitudes de son père alcoolique. Il menait largement la danse jusqu'à ce que son ennemi de toujours sorte un couteau. Nicolas leva un instant les yeux au ciel... Ben voyons, encore une fois. C'était contre les règles mais après tout il s'y attendait. Jérémy tendit une première fois son bras, Nicolas recula vivement. Et quand il voulut contre-attaquer, une douleur vive lui traversa le torse et une vague de cris terrifiés vint de la foule. Au point où il en était, ça n'allait qu'être une cicatrice de plus sur Nicolas de la part de Jérémy... Mais une fois de plus son instinct animal reprit le dessus... Alors que le Chasseur armait son bras une fois de plus, le Loup se jeta en avant pour le surprendre, les crocs et les griffes devant.

Ce n'était pas un bain de sang... Juste une pluie de coups de poings et d'ongles, arrachant la peau des joues de Jérémy, lui coupant le souffle au niveau de sa poitrine. Nicolas ne résistait qu'à une seule tentation, celle terrible de s'emparer du couteau et de tracer sur le corps qui se tenait face à lui, les mêmes traces, cicatrices, douleurs, qu'il portait depuis si longtemps... Mais de tous les masques qu'il portait, il refusait de mettre celui qu'il possédait depuis toujours, au fond de lui, bien caché... Celui qui faisait de lui un véritable monstre, la petite voix lui disant de massacrer toute âme qui vive ici, de décimer ce creux de l'inhumanité à défaut de ne pouvoir aller trouver mieux ailleurs... Ce masque qui lui soupirait des horreurs, disant que jamais cet endroit ne pourra pourrir un peu plus, littéralement, dans la belle mort, bouffé par les asticots, car la bêtise se reproduit. Ne devrait-on pas tout arrêter ? Qui a dit que l'euthanasie n'était pas une solution ? Qui a dit que lui aussi ne devrait pas tenir un couteau, pour une fois ?... Non, il ne voulait pas le porter... Mais il s'empara quand même de l'arme. Il le leva haut au-dessus d'eux, comme s'il pouvait atteindre le ciel avec, comme si une force divine là-bas, témoin de la scène, pouvait approuver son geste... Il planta la lame dans la terre, profondément, en poussant un hurlement de rage, à quelques centimètres du visage de Jérémy soudain paralysé.

On dut séparer les deux garçons avant de les perdre... Physiquement pour l'un, mentalement pour l'autre, mais il était évident que c'était Nicolas qui avait gagné... Mais cette victoire avait un goût amer dans la bouche du Loup... surtout quand il se tourna une dernière fois vers le Chasseur... surtout quand il fit glisser son pouce sur son cou... surtout quand il le vit se lécher les lèvres avidement. La peur ici, rendait les monstres plus forts.

Et Nicolas le savait parfaitement.

Stupeflip vite ! - Stupeflip

Une poche de glace sur la joue, la blessure au torse soignée, Nicolas fixait un point précis dans la cabane d'Oldie alors que celui-ci nettoyait la bande pleine de sang qu'il venait d'utiliser pour le nettoyer... Ce point, c'était l'arme à feu que possédait son ami. Un Glock. Tout simple. Arme qui lui avait déjà sauvé la vie... Ce pourquoi il était venu ici au lieu de rentrer chez lui était un mystère... Peut-être pour avoir une réaction face à son état. Sa mère n'aurait que jeté un regard pour son fils, Oldie s'était quasiment jeté sur lui pour le chopper et le poser sur l'unique chaise qu'il possédait afin de le soigner, sans rien demander... Ça fait du bien de temps en temps de voir qu'on s'inquiète pour soi. ...De se faire remonter les bretelles aussi. :

-Je rêve. Je rêve Nico ! Les combats de rue, tu ne voulais plus ça ! T'aurais pu te retrouver dans un état plus déplorable que celui-là !!... Et pourquoi ?... Avoir une excuse pour tabasser Jérém' ? Mais t'es pas bien mon grand... Il va se venger ! Il a les Vikings avec lui maintenant ! Amadéus ne pourra pas te protéger de ça tu le sais !

-Je me suis fâché avec Cynthia.

Nicolas s'étonna de mettre ça sur la table... alors qu'ils ne parlaient pas du tout de ça. Oldie vit son regard éberlué, pinça ses lèvres pour faire ce son caractéristique : t'es dans une merde noire cousin. En gros. Nicolas secoua la tête. :

-Je... Je sais plus Oldie. J'ai l'impression que quoi que je fasse, c'est pas bien. Je ressens, j'ai mal et on profite de moi. Je bloque mes émotions, et c'est le dawa.

-Bordel de coude.

Il leva ses sourcils, interloqué par l'expression que venait d'utiliser Oldie... Quoi ? Il pouvait dire "putain", "merde" mais pas "couille" ?... C'était assez bizarre pour qu'il soit sur le point d'en rire mais Oldie leva son index pour l'interrompre, ils devaient discuter sérieusement là. :

-Qu'as-tu fait de l'enfant qu'est en toi Nico ?... Parce que t'es un gosse, faut le reconnaître, et t'as carrément pas le caractère d'un gros dur à cuir... J'te connais gamin. Je sais qu'on grandit trop vite de nos jours, surtout ici. Mais il faut que tu te recentres, il faut que tu trouves un endroit à toi, que tu t'y sentes bien, que tu vives pour toi quelques temps. Que tu vois que ce que tu fais n'est pas la solution, que tu apprennes aussi à souffler. A te fatiguer à trouver un équilibre dans le chaos de ce village, tu vas te tuer.

Nicolas observa son ami un instant de silence. Puis il eut un sourire triste. :

-T'aurais du être prof mec.

-Neeeh... Grand sage limite, pour donner le ton avec ma couleur de peau. et il prit un accent appuyé et très cliché. Et j'aurais pu les marrrrrrrrrabouter !

Ils éclatèrent de rire, tous les deux, en même temps. Ça libéra un peu du poids qui pesait sur le cœur de Nicolas.

Alors qu'il rentrait chez lui, il se demanda où est-ce qu'il pourrait trouver cet endroit à lui dont parlait son ami. Il n'avait pas de famille dans la région... enfin, techniquement, il ne savait pas vraiment s'il avait de la famille... Il croit se rappeler que les deux côtés, de son père et de sa mère, n'approuvaient pas le mariage... Et le divorce avait finit par les déchirer définitivement. Le souci quand des personnes pieuses, croyant jusqu'au bout que le divorce et les préservatifs sont le mal, rencontre cette nouvelle génération libérée. Donc, lui, le résultat de cette union, ne serait accueilli nul part... Même s'il découvrait demain qu'il avait un oncle, il n'irait sans doute pas le voir, ni même lui parler. Trop de rancœur, de silence et d'absence pour remplir cette partie là de la vie de Nicolas. Chez Cynthia, c'était hors de question... Déjà parce que son père trop protecteur, ensuite parce qu'elle lui faisait la gueule. Il ne restait que Madame Bonpoil, mais autant il respectait cette dame un poil raciste sur les bords, d'une gentillesse cachée derrière une masse d'injures et de critiques sur le monde moderne, autant il ne pouvait plus supporter passer plus d'une heure dans son appartement depuis qu'elle l'avait soigné...

Voilà. Le tour des possibilités avait été fait. A moins que...

Il toqua à la porte de la vieille concierge. Il était tard, mais il se doutait qu'elle zonait devant ces émissions du soir qui parlaient des meurtriers connus des États-Unis. Elle lui ouvrit et ne fut même pas surprise de voir Nicolas, son bras hors de la manche de son blouson de cuir, puisqu'il n'arrivait pas à lever le bras sans que sa blessure ne le fasse souffrir. :

-Madame Bonpoil... J'ai un immense service à vous demander... Je comprendrez que vous disiez non, vous avez déjà tant fait pour nous. Mais écoutez-moi d'abord.

***

-Bah champion ?... T'as oublié ta tête ou quoi ?

-Oldie. Je vais vivre avec toi.

Il marqua un temps d'arrêt complet, statufié sur place alors que Nicolas posa lourdement son sac à dos près de la porte de l'unique pièce. :

-Mais j'ai pas de lit...

-J'ai un sac de couchage, et je dors sur un tapis chez moi, je verrai pas la différence.

-Et ta mère ?

-Madame Bonpoil a accepté de prendre soin d'elle pour cet été seulement. Donc ça ne durera pas plus longtemps que ça... Écoute, j'ai pris en compte ce que tu m'as dit sur le fait de se recentrer... Mais il n'y a qu'ici que je peux le faire. ...Je n'ai que toi Oldie.

Ce dernier passa sa main sur la moitié de son visage où se trouvait son énorme cicatrice de brûlure. Ah les gosses... Non pardon. Ce gosse !... Nicolas ne se rendait pas compte d'à quel point on pouvait l'aimer, tout comme il ne se rendait pas compte d'à quel point il aimait. Un élan de tendresse paternelle s'empara du cœur d'Oldie avant qu'il ne pousse un gros soupir. :

-Très bien. Tu peux rester... Mais tu touches pas à ma came !

-J'me drogue pas Oldie.

-T'as bien raison sale gosse !


La vie avec Oldie était bien différente qu'avec sa mère. Quand il rentrait du collège, il avait droit à des questions sur comment s'était passé sa journée, s'il avait besoin d'un coup de main pour ses devoirs, ce qu'il voulait éventuellement manger pour le soir,... Tous les deux jours, ils allaient très tôt le matin dans les douches publiques, car elles étaient plus propres à ce moment de la journée. Nicolas se retrouva à compter la petite monnaie pour aller à la laverie tous les week-ends au lieu de nettoyer le linge à la main ; une petite révolution dans son monde. Pour la première fois de sa vie, il avait du temps libre... Il en profita pour zoner avec des troisièmes du collège qui avaient besoin d'un coup de main avec leurs mobylettes, se promener seul dans les bois sans crainte et observer la nature, faire des courses d'escargots les lendemains de pluie, chanter quand il faisait beau... ...C'était l'instant "peace and love". Car il avait eu beau changer de milieu, ça restait le même village bondé des mêmes cons, du même bois accueillant son seul ennemi. Jérémy le Chasseur. Qui avait préparé un plan pour vengeance qui pourtant ne le concernait pas... Ce qui était le summum du diabolique, même pour les gens du coin.

C'est une fille de joie qui se pointa un jour à la cabane d'Oldie... Celui-ci fronça aussitôt les sourcils dès qu'il la reconnut... La Madonne, tout le monde la connaissait. Elle devait être plus vieille que la mère de Nico et pourtant elle avait son succès. La raison de ce succès échappait totalement à Nicolas d'ailleurs... Mais Oldie eut beau faire des pieds et des mains pour qu'elle s'en aille, elle avait un message à donner au Loup Noir... qu'elle balança dans l'embrasement de la porte avant qu'elle ne lui claque au nez. :

-Le Chasseur m'a demandé une fille qui n'est pas la mienne... alors il t'envoie ses baisers... quoi que ça veuille dire !

Elle balança un "tafiole" tonitruant alors que la porte était belle et bien close... et il fallut quelques secondes pour que Nicolas face le lien. Jérémy se payait des putes. Bon, qu'est-ce qu'il en avait à foutre qu'il en commande une qui n'en était pas vraiment ?... Et qu'est-ce qu'il foutrait des baisers de cette fille ?... Jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il y a bien une fille qu'il connaissait... :

-Cynthia !

Oldie n'eut rien le temps de dire ou de faire... Nicolas sauta d'un coup sur ses deux jambes et rattrapa la Madonne déjà repartie pour faire son travail. :

-Le Chasseur, il t'a rien dit d'autre ?... Où est-ce qu'il est ?

-J'en sais rien moi ! Mais je connais des secrets garçon... Nicolas poussa un soupir agacé avant de donner un billet à la prostituée. Il a son propre QG dans la piscine désaffecté.

-Merci Samantha !

Et il partit son regard étonné de la Madonne... Non mais... C'était quoi cette lubie qu'avait le Loup d'appeler les filles par leurs prénoms et non leurs noms de code ?... ... ...Et D'OU il connaissait son prénom d'abord ?!!!!

C'est peut-être la fois où Nicolas a couru le plus vite de toute sa vie. Il passa par des rues étriqués et des chemins quasiment impossible à passer pour des adultes, entres deux maisons, pour gagner autant de temps que possible... Ses poumons implosaient, il avait les larmes aux yeux et la rage aux lèvres. Il sauta par-dessus la barrière du bâtiment abandonné depuis des années, sensée être électrifiée, sans même s'arrêter pour reprendre son souffle... Il descendit la pente jusqu'à la piscine extérieure et là, il l'entendit... Il tendit l'oreille aux échos de souffrances qui se répercutaient dans la piscine vidée. Il s'en approcha pour y voir Cynthia, les vêtements déchirés, la lèvre éclatée, un peu de sang par terre non loin de ses jambes... Un éclair de haine aveugla un instant Nicolas avant qu'il ne revienne aux priorités. Elle d'abord... Toujours.

Il se jeta dans la cuve et s'approcha doucement d'elle... Elle hurla quand il ne se trouva plus qu'à trois pas. :

-NE ME TOUCHE PAS !

-Chuuut ! Cynthia ! C'est moi. Je dois te sortir de là... S'il-te-plaît... Lève-toi.

-Oh non... Nico... Ne me regarde pas... je t'en supplie...

Mmmggnnnh c'est pas l'momeeeent !... Il retenait une envie furieuse de la prendre dans ses bras, la poser sur son dos et repartir en courant tout aussi vite qu'il était arrivé... Mais à la place, il lui donna son t-shirt. Maintenant, lui aussi était torse nu. :

-Voilà, égalité t'as vu ?... Tu peux le mettre même si tu veux... Aller, s'il-te-plaît Cynthia il faut bouger... Avant qu'ils ne...

Revienne ?... Trop tard. Attiré par le hurlement de Cynthia sans doute, une petite troupe encercla la piscine d'un seul coup d'un seul, apparaissant au bon moment comme dans un de ces films d'action... Même le Chasseur fit une entrée remarquable, riant doucement tout en essuyant ses mains d'une serviette qu'il balança à un de ses sbires. :

-Ahah... Alors... Notre Reine est délicieuse n'est-elle pas ?

Rires... Bien sûr. Evidemment. Le viol. Quelle vengeance stupide. Quelle tragédie grecque. Nicolas se retourna soudainement pour faire face à Jérémy... De toute façon, les autres ne l'intéressaient pas... :

-Nico ? souffla Cynthia encore tremblante.

-Si tu ne peux pas bouger, je te protégerai... Je refuse qu'il te touche. Je vais me battre pour toi... Tu entends ?... Parce qu'on est dans le même bateau. Parce qu'ils ont osé... Et parce que je suis déjà un homme mort...

Nicolas se baissa alors pour s'emparer de l'arme à feu d'Oldie qu'il avait subtilement empruntée puis attachée à sa cheville avant de courir comme un dératé. Tout le monde eut un geste de recul... sauf le Chasseur. :

-Un Loup avec une arme à feu ?... Vraiment ?

-Et avant que tu ne me poses la question, je sais m'en servir.

D'une main il déverrouilla la sécurité, de l'autre il chargea. Il tendit son bras et visa le lampadaire qui éclairait salement la scène avant de l'exploser... Le coup de feu se répandit dans l'espace, faisant trembler certain. Amadéus avait bien fait de lui apprendre à tirer finalement. Il visa Jérémy. :

-Je n'ai aucune idée de pourquoi tu t'en es pris à elle pour te venger... Mais je refuse tout simplement de te laisser la toucher une fois de plus.

-Vraiment ? Tu ne sais pas ?... Je l'ai baisé avant toi, ça ne te fait pas chier ?

-Ce qui me fait CHIER c'est que tu la "baises" sans son consentement... Dis-moi Chasseur, qui de nous deux est l'animal ?

-Tu vas me faire croire qu'il y a vraiment rien entre vous ?!

-Mec... Je te rappelle que c'est moi qui tient une arme. Si t'insistes vraiment à croire à cette histoire, sache que j'ai l'index qui m'démange.

Jérémy sembla avoir un instant de réflexion, ce qui aurait pu être une vision magique dans n'importe quel autre contexte... Ses yeux voyagèrent entre Nicolas et son arme, avant d'inspirer brutalement, comme s'il avait retenu son souffle. :

-Ouais... Dans ce cas, je vais vous laisser... pour cette fois... Ma Reine.

Alors que son ennemi fit une révérence, Nicolas sentit, même dos à elle, le frisson qui parcourut le corps de Cynthia... Il hésitait franchement à lui tirer dessus... Il méritait un bon mois d'hôpital mais Nicolas ne voulait pas finir sa vie en taule... ou le reste de sa jeunesse dans une "maison de redressement"... Le petit gang disparut mais il garda son arme à la main. :

-Cynthia, dis-moi que tu peux te lever.

-Je... Je...

-Je t'en prie alors, laisse-moi t'aider.

Il tendit sa main, paume ouverte... Mais il fallait bien une minute avant qu'elle ne s'en empare...

C'est au moment où l'on se dit que rien de pire ne peut arriver, qu'on découvre une nouvelle étape dans la violence, la stupidité et la brutalité de l'être humain.



##   Ven 15 Avr 2016 - 17:44

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Libre et mûrir - Troisième partie

Sad Day - Kyo
Album sorti en 2004... Ça ne rajeunit personne.

Nicolas n'a jamais été violé. C'est pas une chance, c'est pas une fierté particulière. Disons que c'était une douleur de plus qu'il s'était refusé. Mais être témoin de la destruction que cela engendrait était une expérience qui restait terrible... Il avait ramené Cynthia dans la cabane d'Oldie, voulant éviter de la blesser un peu plus s'il l'avait amené chez lui, la préservant des remarques acides de sa concierge. Mais deux hommes dans un endroit aussi exiguë, elle était loin de se détendre comme ça... Alors après avoir discuté entre eux, tandis que Cynthia restait immobile, les yeux hagards, sur le lit, se serrant dans ses bras, plusieurs décisions furent prises... Celle d'aller à la police fut tentante, mais il était certain qu'elle se ferait rabrouer plus qu'autre chose... Ici, la politique, c'était : si tu te fais violer, c'est que tu l'as bien cherché. S'il y a parfois des poursuites judiciaires qui se font, elles ne mènent à pas grand chose tant que la victime n'est pas friqué. Une injustice de plus... Alors Oldie s'occupa d'envoyer un sms via le téléphone de Cynthia à son père, expliquant qu'elle passerait quelques semaines chez une amie, le temps qu'elle se reconstruise, ne sachant pas bien quoi faire de plus... Puis il s'agenouilla devant, sans trop s'avancer. :

-Double C... Je vais laisser ma cabane à Nico et à toi, je veux que tu te sentes en sécurité et je sais qu'il te protégera. Je vais aller vivre avec Amadéus quelques temps, je viendrais vous voir pour vérifier que vous ne manquez de rien... Est-ce que ça te va ?

Incapable de parler, n'ayant plus de larmes à verser, elle hocha la tête lentement. Alors qu'Oldie se relevait pour préparer son sac, Nicolas eut une bouffée de reconnaissance pour son ami. Cet homme qui n'avait rien, pas de carte d'identité, pas de numéros, pas d'existence aux yeux de la société, donnait tout à des gosses dans le besoin. Nicolas apprit ainsi la notion de respect. Et alors qu'il sortait, il n'arriva à exprimer ce sentiment qu'en posant sa main sur l'épaule d'Oldie... et là encore, sachant qu'il détestait être touché, il hocha simplement la tête pour l'encourager. Oldie, un cœur d'ivoire sous la peau ébène.

Les premiers jours, Nicolas eut la vague impression de retrouver ce qu'il vivait avec sa mère... Cynthia, immobile, ne quittait pas le lit. Elle ne parlait pas, même pour exprimer ses besoins... Il devait lui rappeler parfois, qu'elle devait manger, se débarbouiller en lui ramenant une bassine de la rivière... Et puis un jour elle se leva... Elle apporta un verre d'eau à Nicolas qui était en train de couper du bois sous la chaleur crevante de l'été. Les cauchemars apparurent à cette période aussi... Après s'être déconnectée, elle revivait, et donc se souvenait parfois de l'horreur qu'elle avait vécu... Parfois, elle s'effondrait d'un coup, au milieu d'un silence, hurlait dans la nuit, pleurait à chaudes larmes en tenant ses jambes tout contre elle. Nicolas au début ne savait pas quoi faire... Un peu perdu, n'osant la toucher sans qu'ils ne soient tous les deux mal à l'aise. Alors il lui parlait... De tout et de rien, il enchaînait les mots pour combler son esprit d'autre chose que de la souffrance. Des champs de lavande dans lesquels ses parents avaient grandi, des fleurs sauvages qu'il ramenait par bouquets pour égayer la cabane, embaumant la pièce, pour faire plaisir à Cynthia, qu'il trouvait néanmoins plus jolis dans les clairières sauvages, de la lune si elle était pleine, qu'elle inspirait les poètes et parfois lui donnait envie de chanter... Il chantait aussi parfois, cette berceuse de son enfance, qu'il n'avait plus entendu de la bouche de sa mère depuis trop longtemps, qui parlait des couleurs du monde, du temps, et d'à quel point Guy Béart voulait les changer.

Cynthia se révéla d'une force incroyable... Elle s'en remettait, avec peine, mais elle le faisait. Du moins, de l'extérieur, car quand Nicolas la regardait quand elle se concentrait pour faire des nouilles, il pouvait voir son regard vide, ses jambes qui tremblaient encore... Alors il sortait et ramenait une couronne de pâquerettes qu'il déposait sur le sommet de la tête de la Reine. Elle arrivait à sourire, elle arrivait à parler. Et le summum de l'amélioration fut lors d'une énième nuit de cauchemars, où elle lui demanda de la rejoindre sur le lit de camp d'Oldie... Bon Nicolas fut bien incapable de trouver le sommeil puisqu'elle s'accrochait à lui tel un koala, mais il fut rassuré bien plus que si elle lui avait dit par des mots qu'elle allait mieux... Des mots que de toute façon elle ne prononça jamais... Des mots qui était impossible à prononcer après ça. Tout occupé qu'il était à prendre soin de son amie, son esprit vengeur se tut. Sa raison lui revint, lui disant que renchérir à cela n'était que vain et ne le rendrait pas meilleur... Il le constata en regardant le ciel noir alors qu'il fumait à l'extérieur de la cabane pour ne pas enfumer leur lieux de vie. Cynthia le rejoignit sur le pas de la porte. Elle soupira. :

-Regarde le ciel, il n'y a pas d'étoiles.

-C'est ma réplique ça Cynthia.

Rires. Elle s'assoit. :

-Demain, Oldie revient ici car je vais travailler au black à l'écurie du coin. Si tu veux, tu peux encore rester si tu as peur d'affronter tes parents.

-Je vais le faire. Je ne peux pas vivre comme ça éternellement... Silence. Nicolas... Merci. Sans toi, je serais peut-être...

-Ne dis rien. Surtout pas. Je ne veux pas que tu me racontes ce qu'il t'a fait parce que tu t'en sens obligée... Je n'ai pas besoin de savoir, je veux juste que tu ailles bien.

-Je voulais juste te dire... je pense que Jérémy te déteste parce qu'il est incapable d'être comme toi. Lui aussi a perdu un membre de sa famille proche, il ne s'en est jamais vraiment remis... Vous avez la même histoire au final, et lui, de te voir toujours debout, alors qu'au fond de lui il est effondré, il t'en veut.

Il se tait, car c'était peut-être vrai, mais ça n'excusait en rien le comportement de cet abruti. Elle reprend sans s'occuper de sa mine renfrognée. :

-Nicolas. Tu es bon. C'est quelque chose qu'ici les gens ne peuvent atteindre, parce que l'argent, parce que le paraître... Quand tu parles à une fille, tu le fais avec respect, tu ne te drogues pas, tu te bats pour ta mère alors qu'ici n'importe qui aurait laissé tomber. Ils te respectent pour ça, et ils te détestent pour ça. ...Et moi je t'aime.

Elle posa sa tête sur son épaule et il dut retenir l'envie terrible de la repousser. Il expira la dernière bouffée de sa cigarette avant de l'écraser. :

-Moi aussi je t'aime bien Cynthia. T'es une battante... On s'en sortira tu verras.

Un nuage sombre s'ouvrit au-dessus d'eux. :

-AHAH ! Regarde ! UNE étoile ! T'as vu ?... Ça veut dire que je raconte pas que des conneries !

-...T'as vraiment rien dans l'bol mon pauvre garçon !

Ahah... Ouais, exactement. J'en suis désolé pour toi Cynthia.

Cheap and Cheerful - The Kills

Rentrée en troisième. Dernière année au collège. L'année du Brevet camarades. Décidons dès maintenant, dans notre immaturité et notre jeunesse, ce pourquoi nous allons étudier/travailler pour les dix années à venir... Ça n'avait aucun sens pour Nicolas... Déjà parce qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il allait faire plus tard (à part se barrer de ce coin pourri), ensuite parce qu'il se considérait encore trop jeune et ignorant de la vie pour décider de ça maintenant... Alors qu'il travaille à côté pour subvenir à ses besoins... Qu'il sait remplir des papiers administratifs... Et paye les factures. Pourtant, ce début d'année est bien différente des autres... Des gamins plus jeunes que lui commencent à le suivre, lui demandent des conseils, cherchent à se protéger des autres caïds par sa présence. Lui, commence à sécher des cours, à mettre les pétards dans les chiottes des mecs, met des chewing-gums dans les trous de serrure des salles de cours, Nicolas s'ennuie. Il ne fait plus d'efforts, ses notes chutent... Parce qu'il a retrouvé l'appartement, sa mère, et sa vie d'avant la vie avec Oldie. Et ça le fait chier. Il en a marre. Il doit décider pour son avenir alors qu'il doit s'occuper du poids mort qu'est sa génitrice... Les rendez-vous avec le conseiller d'orientation se succèdent, deviennent de plus en plus durs à supporter... Vous n'avez pas d'avenirs. Vous n'avez pas votre place dans cette voie. Vous ne faites pas d'efforts. Oh, il en a fait des efforts... Pendant sept ans monsieur. Et ça suffit maintenant. Il s'est "recentré". Il a décidé d'avoir son âge... D'être immature et autre bullshit.

Il arrête de courir, passe son temps libre à débrider des engins, trafique l'alarme incendie du collège, fume de plus en plus, participe aux bastons dans la cour de récré bien qu'il répugne toujours à se droguer et à boire de l'alcool, arrête ses séances cuisine improvisée avec Cynthia, ne parle quasiment plus à Oldie car il sait d'instinct qu'il lui ferait la leçon... Disons qu'enfin, il mérite la réputation de sale garnement qu'on lui avait toujours donné. Et puis de toute façon, c'était ennuyant d'être sain d'esprit dans ce monde non ?... Il y songe alors qu'il est en train de mettre une bombe artisanale de Lloyd, le scientifique de la bande d'Amadéus dans les égouts de la ville. Petite Vipère qui l'accompagne dans cette mission le voit interrompre son geste... :

-A quoi tu penses Loup ?

-Hmm... Pas grand chose... Je crois que j'ai changé.

-Oui.

Constatation sans appel. Il sourit. :

-Cette mission n'est-elle pas un peu suicidaire ? J'veux dire, placer une bombe juste sous le QG des Vikings... C'est une déclaration de guerre.

-Disons qu'Amadéus a encore en travers de la gorge cette histoire de territoire alors qu'il a toujours été le seul revendeur de drogue jusque là.

-Je sens qu'on va encore passer de sales moments.

-Encore ?

Le regard de Nicolas change, on retrouve le jeune garçon qu'il était avant, le protecteur de la meute, le souvenir de Cynthia, puis revient à ce masque d'anarchie. Sourire Joker à Poison Ivy. Il ne répondra pas à cette question.

En troisième, on a l'impression d'être les grands de ce monde. On se prend encore plus au sérieux, on use moins de ses poings... On jette des regards meurtriers d'un bout à l'autre de la cour et envoie des petites mains faire le sale boulot à sa place... Et c'est ce qui arriva un jour à Nicolas, mais ce n'était pas un gros costaud de l'équipe de rugby du village qui vint à sa rencontre, mais une fille. Un cinquième qui avait une sacré réputation déjà, la Princesse du collège, celle qui prendrait la place de Reine quand Cynthia ira au lycée. Elle s'appelait Marlène, mais on l'appelait Miss P, comme "parfaite", comme "princesse"... comme "prostipute". Des parents au conseil lui permettant d'avoir des félicitations sur son carnet de notes en fin d'année, quoi qu'elle fasse, une tenue de danseuse classique qui faisait aussi du taekwondo, des airs d’innocente cachant une parfaite manipulatrice... Membre du Chasseur qui souriait de l'autre côté de la cour alors qu'il l'avait envoyée vers Nicolas. Il ne se dégonfla pas et fit une légère révérence. :

-Que puis-je pour vous Princesse ?

-Répondre à ma question Loup Noir... Serais-tu gay ?

Haussement de sourcil... Ouais non, il ne s'y attendait pas du tout. Et vu qu'elle l'avait prononcé bien haut, un silence parcourut la petite troupe qui accompagnait Nicolas depuis la rentrée. C'est vrai ça. Il n'avait jamais été vu avec une fille, sinon la Reine, et les rumeurs confirmaient qu'ils n'étaient pas ensemble. Il en fallait peu pour venir à une conclusion pareille... Et bien qu'il soit déjà un étranger, si l'idée qu'il soit homosexuel se forgeait dans les esprits, sa vie serait bien plus triste encore... Plus de boulots sinon Ama qui en a rien à carrer de la sexualité de ses revendeurs, moins d'argent, retour à la famine. Alors, bien que Nicolas ne sache pas vraiment la véritable réponse à cette question qu'il ne s'était jamais posé, il mit son plus beau masque de séduction et s'approcha de Miss P. :

-Est-ce que j'en ai l'air pour vous... Princesse ?

Elle resta immobile et digne alors que Nicolas se pencha à son oreille pour lui susurrer quelques mots. :

-Je suis peut-être un Loup mais je ne dévore que les plus belles viandes.

Punch line. Puis il accompagna sa déclaration d'un geste qui surprit tout le monde... Il embrassa la commissure des lèvres de Miss P. Elle le repoussa aussitôt et porta ses mains à ses lèvres, le Chasseur se releva à l'autre bout de la cour mais resta immobile alors que des cris de surprises s'échappèrent de tous ceux ayant vu le geste. Popopo, comme ils disent. Nicolas ignora la sueur froide qui coula le long de son dos pour écarter ses bras, l'air victorieux. :

-Décidez de ce que je suis, je resterai moi.

***

-Loup... C'est vrai ce que j'ai appris ? T'as embrassé Miss P ?

-NON ! Ne me parle pas ! Ne me dis rien ! J'ai juste envie de MOURIR là ! EURK !

-Sacrée performance en tout cas... Voleur de baiser.

-NAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN !

-Oh lala, tu parles d'un Loup !

-...Je n'approuve pas ce jeu de mot... Langue de Vipère !

Seven Deadly Sins - Man with a Mission

Nicolas s'était rendu compte de quelque chose... Avec sa petite crise d'adolescent, il ne cherchait plus à parler à Cynthia ou à Oldie bien qu'ils cherchaient toujours à le joindre... Mais depuis quelques semaines, ce n'était plus le cas. Dans le brouillard du mois de novembre, Nicolas s'entraînait à tirer sur des bouteilles de verre, de plus en plus loin, séchant les cours de ce mercredi. Il fronça les sourcils quand une énième bouteille explosa... Même Madame Bonpoil ne l'engueulait plus quand il rentrait tard le soir, délaissant sa mère un peu plus, oubliant parfois de la nourrir ou de la laver. Ils cherchaient à le faire culpabiliser en ne disant rien comme ça ?... Ben qu'ils essayent. Lui aussi avait le droit d'être con... bordel de coude. Il manqua son tir... Bordel de nouilles ! Il passa sa main dans ses cheveux pour dégager la mèche qui le gênait. Ils étaient déjà trop longs, mais il pouvait pas demander à quelqu'un de les couper pour lui... et tout seul, il ressemblerait à rien. Peut-être qu'il pourrait demander sa tondeuse à Oldie, après tout il n'avait jamais eu les cheveux très courts... Ça pourrait lui aller et ses cheveux pourraient pousser longtemps avant de l'emmerder à nouveau. Il rendit l'arme à feu à Rasta. :

-Voilà, j'en ai raté une sur trente. Ça te fait une base pour t'entraîner. Dépasse ce barème et reviens me voir... Si un jour tu y arrives.

Rasta, timide qu'il était, ne trouva rien n'à redire qu'à bégayer bêtement... Il savait qu'Amadéus s'était personnellement chargé d'apprendre à tirer au Loup Noir, on le disait doué car il a manié une arme dès ses dix ans... Les rumeurs disent qu'il peut remonter n'importe quelle arme sans même connaître le modèle qu'il doit reconstruire... Mais c'est une rumeur n'est-ce pas. N'est-ce pas ?... Il doutait alors qu'il observait la silhouette du Loup disparaître dans les bois...

Nicolas ne savait plus vraiment qui il était... A porter tant de masques on ne sait plus vraiment qui on est. Pourtant il était persuadé de ne pas avoir changé tout en sachant pertinemment qu'il n'était pas vraiment lui. Il se mettait en colère pour un rien et s'amuser parfois à jouer au petit jeu auquel les gens du village s'adonnaient, manipuler le monde pour faire croire qu'on est puissant... Mais il avait qu'il n'y avait pas de plus grand parmi les plus petits. Tout en continuant sa marche sans destination, il regarda sa main... Elle était devenue rugueuse, à force de travail manuel et de baston. Il y avait une trace de couteau sur le dessus, quelques marques de crics d'un chien, les phalanges creusées d'avoir trop frappé. C'était sa main. Était-ce vraiment sa main ?... Elle n'était plus jamais ouverte, constamment le poing fermé. Vivait-il ainsi ?... Était-ce encore une erreur de sa part ?... La réponse il l'a découvrit en relevant les yeux... Ses pas l'avaient mené directement à la cabane d'Oldie qui fumait dehors... en compagnie de Cynthia avec qui il partageait le joint. Elle se releva d'un coup cachant la cigarette dans son dos en le voyant. Nicolas poussa un soupir... Bien sûr. Cynthia se droguait de nouveau. Il lui en voulait un peu mais il était vraiment mal placé pour le faire... C'était ça, il était vraiment mal placé.

Il alla jusqu'à eux, prit un rondin de bois pour toute chaise et s'installa avec eux, mais roula sa propre cigarette sans drogue à l'intérieur. :

-On est vraiment des sales gosses.

Oldie explosa de rire. Cynthia rougit d'un coup faisant sourire Nicolas. Voilà, c'est tout. Nicolas ne se reconnaissait plus mais restait le même parce qu'il était dans cette période de transition ; entre l'enfance et l'adolescence... Cette fois pour de vrai. Comme un vrai môme. Tout ce qu'il y a de plus normal... Il fut rassuré. Pas de démons intérieurs en vu... Aucune raison, aucun masque, juste lui dans sa période rebelle. ...et Cynthia aussi apparemment. Ils étaient juste là, assis ensemble, à profiter d'une clope dans cette journée froide du début de l'hiver. :

-Alors... Lequel d'entre vous deux n'est pas trop perché pour pouvoir couper ma tignasse ?

-Arf... Attends demain mec.

-Et puis, apparemment, tu as ton petit succès auprès des Princesses avec cette coupe.

-Est-ce qu'on pourra un jour arrêter de parler de ça ?!

-Jamais dude.

-Tu t'es mis tout seul dans la merde.

-Tu voulais que je fasse quoi ? Que je me fasse lynché pour être gay ?

-Ça s'trouve tu l'es.

-Tu crois vraiment que j'ai l'temps de penser à ça ?

-Roule moi une pelle Loulouuuuuuuuuuuuuu !

-ARG ! DÉGAGE OLDIE !... Et arrête de tirer sur ce joint bordel ! Regarde l'état dans lequel t'es !

-Mais laisse-le t'aimer Nicooo... C'est beau l'amouuuur...

-Aller tout le monde à pouale !

-PÉDO !

-T'es juste jalouse parce que moi, j'ai d'la barbe.

-Il a pas besoin de barbe pour embrasser les filles, lui...

-AAAAAAAAAH CA SUFFIT !

Le dernier hiver avant le déclin, les derniers éclats avant la grisaille, le dernier sourire à partager ensemble... Personne ne sait ce que réserve l'avenir. Si ce n'est que les feuilles tombent en automne et que la nature se meurt en hiver... On ne sait jamais quand les hommes tombent, eux. Et on ne sait jamais jusqu'où ils peuvent aller.

Prochain carrefour, impossible de faire demi-tour.

God will cut you down - Johnny Cash

Nicolas fuyait, haletant, à travers les bois. Il était poursuivi par les chiens, pas les vrais, des humains, les petites frappes des Vikings. C'était l'expédition punitive à l'encontre de toute la clique d'Amadéus. En plein week-end, la nuit, quand tous travaillent et sont éparpillés dans la ville, dans les bois, partout... Et ils avaient entrepris de s'en prendre à tous les membres, sans exception. Ce qui avait sauvé Nicolas, c'est quand il vit la Madonne en train de faire une overdose... Allant pour l'aider, elle s'empara brutalement de son bras et dans un ultime effort, avait difficilement articulé le nom du gang adverse avant de mourir dans son vomi. Rien de ce qu'il put faire ne la sauva... et il abandonna son cadavre dans un buisson quand il entendit des personnes courir derrière lui, appelant le Loup Noir qui se cachait toujours dans les bois... Et ils avaient raison. Il se jeta dans un arbre et s'assit sur la branche la plus basse... Dès qu'il aperçut quelqu'un dessous lui, il lui sauta dessus, l'étourdissant, donna un coup tonitruant au second, et choppa le col du troisième trop surpris pour répondre. Il le plaqua au tronc le plus proche en grondant comme un animal sauvage. :

-Quel est l'plan des Vikings ?!

-Foutre une raclée à tout l'monde...

-J'suis pas STUPIDE ! Le plan final ! Pourquoi poursuivre tout le monde quand ils peuvent se réunir pour s'en prendre directement à Amadéus, ça n'a pas de sens !

-Je sais pas mec ! Je sais pas ! On obéit juste... On sait juste qu'ils ont décidé de se débarrasser d'un bras droit ou j'sais pas quoi...

Techniquement, Amadéus n'a pas de bras droit... Techniquement. Parce qu'il avait son plus vieil employé et ami. Il avait Oldie. Nicolas donna un coup de coude dans le thorax du chien des Vikings pour tout remerciement, lui coupant la respiration et l'empêchant de le poursuivre. Il courut à nouveau, priant à chaque pas. Ne meurs pas. Ne t'en vas pas. Ne nous abandonne pas. De plus en plus vite, pas assez. Désespéré. Quand il entend le coup de feu, il y est presque, il trébuche, débouche sur la clairière du petit cabanon. Il y a un corps par terre, il ne prête même pas attention au Chasseur qui a toujours l'arme fumante à la main. :

-NAAAN !

Non. Il se jette sur le corps d'Oldie. Il n'est pas encore mort mais il est sous le choc... Les yeux grands ouverts, le souffle court. Il attrape comme par réflexe la main que lui donne Nicolas alors qu'il le soulève pour le mettre sur ses genoux. Il semble murmurer quelque chose mais Nicolas ne l'entend pas... Une vie s'échappe encore de ses mains et il ne peut rien faire. Et puis plus rien. D'un coup. Comme on coupe un cordon ombilical. On avait coupé le souffle d'Oldie. Nicolas trembla de tout son corps... Immobile... Il entendit Chasseur se vanter au loin, pointer l'arme vers lui... Il daigna poser un regard vide sur lui avant de revenir au cadavre qui était dans ses bras. Puis la personne qui accompagnait le meurtrier l'empêcha de tirer à nouveau... Ce n'était pas les ordres du Jarl. Grognements, bruits de feuilles, hululement de chouette au loin. Silence.

Voilà.

Oldie était mort.

Dans les bras de Nicolas.

Subir la mort et la voir ce n'est pas pareil. Quand on y assiste pas, le sentiment de culpabilité de n'avoir réussi à faire quoi que ce soit est bien moins fort... Et aussi bizarre que cela puisse paraître, on n'a beaucoup plus de mal à croire en la mort en la voyant qu'en étant rapporté par une tiers personne. Nicolas glissa ses yeux sur le corps d'Oldie. Il avait un grand trou dans la poitrine d'où le sang s'était écoulé. Maintenant plus rien ne bougeait. Enfin si... Il glissait des genoux de Nico... Il le ramena vers lui difficilement. Un corps mort c'est très lourd. Trop lourd. Il ne sait pas combien de temps passa mais il n'avait pas bougé quand Amadéus arriva accompagné de sa troupe de protection...

Et c'est seulement quand Ama tomba à genoux que le Loup se mit à pleurer.

O' Death - Jen Titus

Une dizaine de morts, la plupart des hauts-placés chez Amadéus, quelques blessés. Aucune poursuite judiciaire. Les Vikings avaient la main sur la police. On avait remis le corps de la Madonne comme si elle avait fait une overdose dans son lit... Et Oldie, qui n'avait aucune identité, fut enterré dans les bois, dans la clairière où se tenait autrefois sa cabane, où désormais il ne restait plus qu'une tombe... Nicolas et Amadéus s'étaient partagés ses affaires. Le premier a creusé, le second l'a refermé. Une pierre tombale payé par Ama, avec Oldie écrit en gros et en dessous, son véritable nom. Cynthia n'est pas venue. Et désormais, Nicolas ne voulait plus la voir. Trop dangereux. Il ne voulait pas qu'elle meurt. Elle aussi... Encore... Le sang.

Quand Nicolas rouvrit les yeux, il était sur un banc dans la cour du collège. Seul. Plus personne ne le suivait... Le Loup Noir apportait la mort, alors on l'évitait. En face de lui, le Chasseur le regardait le sourire aux lèvres. Un meurtrier. Il était devenu un meurtrier et il souriait. Nicolas avait envie de lui voler ce sourire moqueur... Tuer à son tour. Était-ce la fin ? Même Amadéus ne lui parlait plus. Après tout, c'était un peu de sa faute si Oldie était mort, si sa compagnie ne marchait plus aussi bien... Il avait encore réduit sa paye... Nicolas travaillait deux fois plus, pour rattraper son retard, aussi bien à l'école que pour les factures.

Nicolas rentra chez lui. Depuis la disparition de son meilleur ami, tout sentait la mort, et il avait du mal à se débarrasser de cette odeur qui semblait le poursuivre.

Les asticots bouffaient le cœur d'ivoire et la peau d'ébène d'Oldie.

Le monde était ralenti et allait trop vite pour lui.

Il ne lui restait plus rien du peu qu'il possédait.

Nicolas était vraiment seul cette fois.

Seul contre le reste du village.

Il allait avoir 15 ans.

Bientôt le Vide.



##   Mer 29 Juin 2016 - 1:04

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Dernière Chance

Mars

Bordeline - Sufjan Stevens

Il pleuvait dehors... Ça sent les sous-bois et le début du printemps. Il y a des fleurs qui percent le tapis de feuilles mortes. On entend les clapotis de l'eau au sol, sur les feuilles des arbres d'un vert vif venant de naître. Maman avait bien couvert la gorge de Nicolas car il était encore jeune et fragile, un pull sous sa parka kaki, bottes de caoutchouc jaunes claquant dans les flaques. Il y a François, un peu plus loin devant. Il s'est éloigné du chemin pour se pencher au pied d'un arbre... Que regardait-il ? Nicolas remonta légèrement son chapeau imperméable un poil trop grand de devant ses yeux et mordit ses lèvres en rejoignant son papa. :

-Ha ! Nicolas regarde... Tu sais ce que c'est ?

Sur le petit muret de pierre, une plante était en train de pousser... Le petit garçon reconnut la forme des feuilles et pointa du doigt la petite pousse tentant de braver les éléments. :

-C'est un fraisier !

-C'est bien mon grand... Et plus précisément, un fraisier sauvage... On reviendra dans quelques mois et on en mangera si tu veux.

-Oui !

François et Nicolas étaient de grands amoureux des fraises... François car il se rappelait de toutes les recettes que pouvait faire sa grand-mère avec ces simples fruits, Nicolas parce qu'il voulait ressembler à son papa quand il serait grand et qui pensait que le secret de sa force résidait dans la couleur rouge de ces fruits acides et sucrés à la fois. François ramassa quelques feuilles du fraisier pour en faire une tisane et la faire goûter à son petit garçon. Il prit la main de Nicolas avant de revenir sur le chemin. :

-On pourra faire un gâteau à la fraise pour ton anniversaire la semaine prochaine.

-Non ! Je veux encore mon éclair au chocolat !

-Alors les deux ?...

-...On peut ?

-Bien sûr mon grand. ...On pourra faire ça tous les ans même.

Tous les ans...

Nicolas se réveille en sursaut, d'un seul coup, il se redresse. Puis la nausée le prend, vive, implacable. Il porte les mains à sa bouche et court jusque dans la salle de bains pour se jeter sur les toilettes et y déverser le contenu de son estomac... c'est-à-dire pas grand chose. Il s'assoit, attend quelques minutes que la sensation désagréable passe et tire la chasse... Il est tard, ou tôt selon le point de vue, et quand il revient dans le placard qui lui sert de chambre, le tapis et sa couverture ne lui donnent pas du tout envie de retourner se coucher... Il se dit qu'il risque de réveiller sa mère s'il va se faire un café, mais tant pis. Pour une fois, elle partagera son insomnie. Mais même pas... Elle semble habituée au bruit du micro-onde puisqu'elle ne se retourne même pas dans son sommeil. Il jette un œil quand même pour vérifier qu'elle est bien vivante, et se rassure quand il voit sa poitrine se lever doucement au rythme lent de ses respirations. Il retourne à la cuisine, pousse la tonne de papiers et de factures pour s'installer à table.

Ce cauchemar, car c'en était un pour lui, il n'allait pas se voiler la face, était récurrent depuis la mort de Oldie... Mais il était d'autant plus vif que le mois de Mars était arrivé, que ça allait bientôt être son anniversaire. Il allait avoir quinze ans... Un nombre étrange. Quinze ans de vie, sept ans depuis la mort de son père. Il sirote son café tandis qu'il voit le jour se lever. A travers la petite fenêtre, il voit les couleurs du ciel qui change. Que devait-il faire aujourd'hui ?... Envoyer le chèque pour le loyer de ce mois, appeler la CAF pour leur versement en retard, demander un petit délai à EDF, récupérer sa paye chez Ama, aller fouiller les poubelles derrières le marché pour récupérer des trucs pas trop périmés,... ah, réviser pour le brevet blanc aussi. Nicolas soupira en pinçant l'arrête de son nez. Ouais, il avait oublié ce petit détail... Il se pencha pour récupérer son classeur de Français dans son sac à terre et l'ouvrit. Il profita donc de ce réveil forcé pour rattraper un peu son retard. Il ne vit pas les heures passer alors qu'il révisait les formules qu'on utilisait pour remplir une feuille de calcul sur un ordinateur... Vu qu'il ne pouvait pas s'entraîner, il ne pouvait compter que sur les polycopiés du prof qui avait eu la gentillesse de lui en faire spécialement pour lui. Nicolas était ravi de savoir que l'épreuve restait écrite malgré tout, donc il faisait bien d'apprendre par cœur les manipulations, dans le doute.

Il se rendit compte qu'il pleuvait dehors.

Pardon - Johnny Hallyday

Nicolas remplit son rapport de stage à l'accueil de la bibliothèque... A la base, il avait voulu le faire à la ferme mais aucune personne ne voulut de lui... Il soupçonna Jérémy d'y être pour quelque chose, mais ne fit rien. Il ne pouvait plus rien faire... Plus rien sinon subir, se terrer loin des autres pour qu'ils ne soient pas blessés... Ah, combien il faisait de choses pour sauver des gens qui ne le regardent même pas. Il songea qu'il était peut-être stupide de s'enterrer dans la solitude, battre des bras pour rien comme un moulin abandonné, mais se ravisa. C'était mieux ainsi. Et puis il était bien à la bibliothèque, il n'y avait quasiment personne, sinon des mamies le lorgnant d'un air soupçonneux comme si elles doutaient que l'étranger sache lire et il pouvait lire tant qu'il voulait, vu qu'il y avait rarement des gens empruntant les livres. Il était donc là, stylo au dessus du rapport de stage à la main droite, Le Lion de Joseph Kessel dans l'autre, paquet de petits beurres non loin du clavier qui enregistrait les entrées et les sorties des bouquins.

Un livre se posa sur le bureau et il observa le titre d'abord avant de lever les yeux. L'Ultime Pardon de Andrée Harvey, un livre où le héros meurt au début de l'histoire... Un livre que Cynthia empruntait. Nicolas était stupéfait... Si on apprenait que la Reine lisait... Mais il se tut, pinçant ses lèvres, et posa son stylo et son livre pour enregistrer l'emprunt. Muet, il cherchait à savoir tout en entrant le code du livre dans l'ordinateur s'il y avait un message caché derrière ce titre... Est-ce qu'elle le pardonnait une dernière fois ou devait-il lui-même trouver le pardon ?... Trop de questions bousculaient son âme mais aucune ne trouva le chemin de ses lèvres... Il voulait pourtant lui parler, s'excuser, faire quelque chose du moins. Cynthia avait été sa meilleure amie... en fait, elle l'était toujours même... Mais ils ne pouvaient plus rien partager, parce qu'il avait été trop con, parce qu'il était désespéré, parce qu'il ne voulait plus la voir souffrir par sa faute.

Il lui rendit le livre, pas un mot ne fut échangé... Et alors qu'elle allait passer la porte menant à la sortie de la bibliothèque, il murmura. :

-Pardon.

Il l'ignore comment elle avait fait pour l'entendre d'aussi loin... Peut-être était-ce du au silence qui régnait dans ce lieu ?... En tout cas elle s'arrêta, plaça le livre dans son dos, le titre bien en avant. Elle ne se retourna pas, elle resta immobile quelques secondes avant de partir... Nicolas se retrouva de nouveau seul à son petit bureau, devant cet ordinateur, devant son rapport. Le chagrin aux entrailles cette fois, il reprit sa lecture comme si rien ne s'était passé.

...Ce fut leur dernière conversation.

Il vit son stylo trembler... Il s'empara du téléphone fixe non loin et tapa quelques chiffres... Mireille, une bibliothécaire qui le connaissait depuis tout petit, décrocha et du percevoir à sa voix qu'il n'allait pas bien car elle accepta aussitôt de prendre le relais à l'accueil. Nicolas raccrocha et récupéra aussitôt ses affaires pour descendre à l'étage du dessous réservé au personnel. Extatique, il referma la salle de pause qui accueillait une petite cuisine et la cafetière salvatrice... Il s'adossa à la porte et glissa au sol, son regard se perdant sur la petite étagère pleine à craquer de livres oubliés qui restaient là pour le plaisir des yeux et l'odeur de vieux papiers rassurants qu'ils dégageaient, en plus des volutes de cafés qui imprégnait la pièce.

Il se sentait faible. Faible de sacrifier ce qu'il y avait de plus beau chez lui, à savoir l'amitié, parce que les autres le terrifiaient, faible d'abandonner Cynthia alors qu'elle avait aussi besoin de lui, faible parce qu'il se refusait de perdre à nouveau... Son père, Oldie,... Faible de ne pas avoir peur de la mort, mais peur de ceux qui la donnaient en souriant. Il se refusait de vivre ici pour attendre une nouvelle disparition, un nouveau masque, un autre lui. Il ne voulait pas tuer aussi. Nicolas se replia sur lui-même tout aussi terrifié des autres que de lui-même, incapable de pleurer de nouveau, les yeux aussi secs qu'un désert de solitude.

La crise de nerf passée, il se releva difficilement et se servit un café... Il s'assit à la table et rouvrit Le Lion, pour lire un peu absent, les quelques lignes qui suivirent... :

"Et enfin, et surtout, s'éleva chez Bullit l'appel primordial, refoulé, étouffé, et d'autant plus exigeant et avide : le désir du sang. Il y avait eu pendant des années interdiction majeure. Mais, aujourd'hui, il avait le pouvoir, il avait le devoir de lever le tabou. Bull Bullit pouvait et devait, ne fût-ce qu'un instant, renaître à l'existence et connaître de nouveau, ne fût-ce qu'une fois, la jouissance de tuer."

Lonely Day - System of a Down

Vendredi 27 mars 2015. Brevet Blanc. Et comme le collège dans lequel il étudie, est l'un des collèges les plus logiques qui existe, ils passent les trois épreuves le même jour, un vendredi, histoire de bieeeeeeen faire chier les élèves. Dictée, théorèmes et dates fameuses le même jour. Ah ça, il s'en souviendra, qu'importe ce que les adultes disent : "C'est le bac qui est compliqué", "Vous l'aurez les doigts dans le nez, ne stressez pas pour si peu.", et autres phrases totalement en désaccord avec ce que disent les profs depuis le début de l'année, comme quoi le Brevet, aussi petit diplôme qu'il soit, reste un diplôme, une épreuve importante de la vie, et que si on ne l'a pas, on ne sert à rien, et bla bla bla... Bref, stylo en main, les tables étant placées de manière à ce que la triche soit impossible, téléphones bannis posés sur le bureau de l'enseignant-surveillant,... Tout ça donnait un air très officiel à quelque chose qui n'allait pas du tout leur servir à l'avenir... Nicolas le savait, parce qu'il travaillait déjà, et jamais on lui a demandé le Brevet... ou même le Bac quand il y pense... En fait on lui a jamais rien demandé à partir du moment où il annonçait qu'il pouvait tout faire au black. Ahah, la loi, songeait-il alors qu'il passait son épreuve d'Histoire-Géo-Éducation Civique.

La journée est finie bien plus vite qu'il ne le pensait, et il rentre à pied, sous les jets de cailloux habituels... Ses camarades se détendent après une journée aussi dure, lui devait encore laver sa mère et aller revendre la came de la semaine. La fin du mois en amenait un nouveau, et lui ne songeait qu'à l'arrivée des aides financières qui lui permettraient de mieux manger début avril, pendant que les autres attendraient les notes de leur Brevet Blanc sans incidence sur les notes. Un pas devant l'autre sans se retourner... Le Loup Noir n'était plus qu'un Fantôme aujourd'hui. Nicolas essayait de se dire que c'était l'ordre naturel des choses... Qu'en fin de compte, il avait été programmé pour être seul, que ce n'était pas grave tant que c'était lui, qu'il pouvait très bien se débrouiller seul. L'homme était un loup pour l'homme. Alors autant être seul... non ?...

Non ?

Maman je suis rentré. Attention j'éteins la télé. Viens tu vas à la douche. Non, la télé n'est pas cassé. Oui, je t'ai prévenue. Aller je dois te laver. Oui, je me souviens du manteau de papa. Est-ce que tu te souviens de ton Brevet maman ? Non ?... J'ai passé les épreuves blanches aujourd'hui. Tu peux raconter une autre histoire que celle où tu courrais dans les champs de lavande avec papa quand vous étiez petit ? Non ?... Je me sens seul maman. Est-ce que papa avait raison de se suicider ? Si je meurs, est-ce que tu me suivras ? Est-ce que le paradis existe pour des gens comme moi ? Pourras-tu un jour répondre à mes questions ? Bon je dois te sécher maintenant. Accroche-toi au lavabo, non, ne me touche pas. Maintenant, je te mets une robe neuve. Elle est belle hein ? Je l'ai lavée avec l'assouplissant coquelicot que tu aimes. Non, pas de café pour toi, il est déjà tard. Par contre, je peux te faire un chocolat chaud avec une part de pizza. Tu la mangeras devant "The Voice" tu dis ?... Très bien. Tant que tu manges je suis content... Je suis seul mais content. Je sors maman, j'ai oublié d'acheter un truc... Oui, à tout de suite.

A la boulangerie, c'est blindé de monde... C'est le soir en même temps, tout le monde va chercher sa baguette toute chaude tout juste sortie du four... Nicolas retrouve un camé devant elle, lui file la marchandise en toute discrétion, avant d'aller acheter ce qu'il était venu chercher avec sa propre petite monnaie. C'est Kévin, le fils de la boulangère. Si, vous vous souvenez, c'est le gamin qui l'a tabassé, alors qu'il n'avait que douze ans, pour savoir où il habitait, pour mieux s'en prendre à lui sans doute. Là, il le regarde sans émotions en servant les clients, le servant lui, son éclair au chocolat, comme si jamais rien ne s'était passé entre eux... Et entre deux pièces de cinquante, deux grammes de coke. Bien trop de monnaie rendue et pourtant personne ne s'interpose. Bien trop de monnaie et un éclair au chocolat. Clin d’œil. Nicolas sort, direction les bois. A l'orée, il y a un vieux qui pelote une fille pas plus vieille que le Loup qui toussote pour signaler sa présence... Et hop. Quinze grammes d'un coup, et une flopée de billets. Il va jusqu'au QG d'Amadéus et ce dernier le gratifie d'un regard hautain quand il ramène l'argent. Il compte, alors qu'avant, il lui faisait confiance... Les aléas de la mort. Il lui donne un billet de cent euros... C'est tellement peu. Nicolas le remercie quand même et s'en va.

Il retourne chez lui. La nuit commence à tomber... Il est vingt heures.

Soirée pizza et chocolat devant The Voice. Nicolas regarde cette émission avec sa mère seulement pour partager quelque chose d'autre avec elle que les rituels l'amenant à la salle de bain, mais aussi parce qu'il s'amuse à reconnaître les chansons que reprennent les amateurs. Ça lui permet de s'exercer et de trouver son style. Une nuit calme en somme... Quand l'émission et la post-émission se terminent, il est minuit passé. Ô bienvenu souvenir. Ô retour d'une année passée. Ô anniversaire maudit. Il se lève, il prend l'éclair dans le frigo mais déjà sa mère s'est allongé. Bon. Il sera vraiment seul. L'année dernière il y avait Oldie et Cynthia, l'année d'avant il y avait Cynthia seulement, donc cela faisait trois ans qu'il n'avait pas fait un anniversaire tout seul. Il avait survécu une année de plus pour ne pas l'être, et voilà. Alors il ne prend même pas la peine d'allumer sa bougie.

Joyeux anniversaire Nicolas.

Avril

Milliers, millions, milliards - Jean-Louis Aubert

-Excusez-moi pardon poussez-vous !

Nicolas à la bourre pour changer ?... Nicolas qui s'est enfin convaincu de vivre sa vie comme elle vient. Ça aide quand c'est pas la semaine de son anniversaire, on relativise mieux. Le hall est blindé d'élèves car c'est la fin de la journée, ils sortent tous mais Nicolas a d'autres plans. Il a rendez-vous avec le Conseiller d'Orientation, pochettes remplies de dossiers d'inscriptions dans divers établissements, des demandes d'aides à l'éducation et divers prospectus qui vante telle ou telle voie. Et pour un gamin qui n'a aucune idée de ce qu'il veut faire à l'avenir, c'était beaucoup d'informations à ingérer... Pris dans son élan, il se mange la porte. Ça fait rire la surveillante qui l'observa de son bureau mais il ne dit rien, lui fait juste un petit signe... C'est vrai qu'ils ne faisaient pas grand chose pour les élèves qui se faisaient tabassés en toute impunité, mais ils restaient gentils... quand ils avaient bu leur café le matin. Il toussote avant d'entrer dans le bureau.

Le Conseiller était un vieil homme tout rond. Tellement rond qu'on voyait à peine ses petits yeux au travers ses petites lunettes ovales. Cet homme avait du être fait au compas. Alors qu'il ronchonne dans sa moustache broussailleuse, Nico débloque enfin et rentre. Il pose son cul sur une chaise devant lui et commence à ouvrir sa pochette quand le conseiller lui demande. :

-Vous êtes ?

-Ben... Nicolas Lefebvre... On avait rendez-vous.

-Oui... Ah oui, oui, oui...

Nicolas hausse un sourcil. Ok, ça allait être long. Il pose une brochure devant les yeux du conseiller qui abaisse ses lunettes pour la voir de près. :

-J'aime beaucoup les animaux et travailler dans ce domaine me plairait beaucoup... Alors je comptais faire une seconde pro au lycée Agrotech... mais j'ai du mal à trouver des aides qui permettraient qu'on déménage ma mère et moi jusqu'à Valence.

-Hm... Mais je vois sur votre dossier que vos résultats scolaires sont plus que correctes... Pourquoi ne pas vous lancez dans la voie Générale ?...

Nicolas tiqua... Il retient une remarque désagréable pour répondre avec une version plus édulcorée. :

-Parrrc'que ça ne m'intéresse paaas ?...

Parce que j'ai besoin d'un cursus court pour vite gagner des sous, tout en faisant quelque chose que je suis certain que ça me plaira ?... En gros hein. En parlant de gros, le conseiller soupire en repoussant la brochure du lycée que souhaite Nicolas d'un air dédaigneux. Il croise ses doigts devant lui. :

-Je vous conseille vivement d'aller au Lycée Général... Vous pouvez largement réussir dans cette voie. Et puis si ça ne vous plaît vraiment pas, vous économiserez durant cette année pour aller dans ce lycée, ramasser la merde des animaux !... Hein ?... Bon ils ont des conditions apparemment mais si c'est ce que vous souhaitez réellement il n'y aura pas de soucis.

-Donc vous comptez pas m'aider ?

Autant y aller cash n'est-ce pas ?... Le conseiller recule comme s'il avait pris un coup dans son bidon rebondi. Il est outré. :

-Je suis Conseiller, je ne fais pas de miracles !

-Ok alors salut m'sieur l'conseiller.

Et sur ce il se casse. Il a pas le temps Nicolas. Toutefois, l'idée du conseiller non-miraculeux n'était pas trop con... Il pouvait aller en seconde générale, foirer son année n'était pas grave, et travailler à côté pour avoir assez afin de déménager et l'année d'après, faire ce qu'il souhaitait... S'il le souhaitait vraiment au final... Car c'était une bonne idée, mais il admettait qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il voulait faire de son avenir. Dans tous les cas, il devait réunir de l'argent... Alors va pour la voie générale. ...Et une année de plus dans ce coin pourrave, une ! :

-Hé Loup Noir ! 'Paraît que ta queue est tellement petite qu'on ne la voit pas !

-Awais ?! C'est pas c'que m'a dit ta mère hier !

...Et un petit sprint pour la forme.

Un homme libre - La Planète au Trésor
DISNEY TIIIIIIME ! Yeah ♥ !

Le lecteur audio du centre équestre laissait entendre les notes d'un swing électronique jusqu'aux box que nettoyait Nicolas, alors que les chevaux étaient au manège avec les enfants du centre de loisirs. Ça sentait peut-être pas la rose, mais c'était l'odeur de la campagne et des animaux. Quelque chose de bien plus naturel que ce que dégageait le pot d'échappement du vieux bus scolaire... La fille du patron riait en le voyant se dandiner alors qu'il allait vider la brouette pleine d’excréments en sifflotant. Ici, beaucoup d'affaires sont familiales, et le centre en faisait parti. Il y avait peu de visiteurs, vue la région, sinon des touristes qui se perdent et des groupes d'enfants qui viennent pendant les vacances scolaires, ou les gosses de riches pendant les week-ends. Employer des gens était compliqué... Beaucoup avaient de l'expérience, ce n'était pas ça le problème, mais quand ça revient plus cher d'entretenir des employés plutôt que les chevaux, le choix est vite fait... Et Nicolas était un choix vite fait. C'est rare des personnes qui proposent directement de travailler dans l'illégalité la plus totale -faire travailler des gosses et ne pas déclarer l'employé, c'est un sacré combo.

Nico aimait bosser ici. Bon certes, le patron abusait souvent, le faisant porter des sacs de ciment d'un bout à l'autre du centre pour construire un manège plus grand, mais ça faisait parti de ces choses qui devaient être faites pour les clients, et par extension les animaux. De toute façon, il se donnait toujours à fond ici. Il vida la brouette dans le dépôt de compost qu'ils échangeaient avec les fermiers environnants contre du foin frais. Le commerce de proximité et l'échange entres voisins n'a pas disparu de nos campagnes les amis. :

-Oy Nico, le vieux vient de me signaler que les p'tiots veulent faire une rando à cheval. T'peux les accompagner ? J'dois attendre le maréchal ferrant.

-Oui patronne. Je selle Iznogood ?

Elle lui conseille de ne pas le faire, Iznogood est grognon quand il est entouré de poney. Alors il va jusqu'au pré d'à côté pour chercher Éclair... Un cheval à la robe noire pangarée, sans aucune tache blanche et qui porte bien son nom. Nicolas le brosse, le panse et le selle en un tour de main. Il a l'habitude d'aider les gosses qui n'osent pas serrer les sangles de l'animal de peur de lui faire mal. Il grimpe et rejoint le manège où le petit groupe l'attend, dix gosses et deux adultes. Le souci quand on a quinze ans, c'est de faire comprendre que c'est vous le patron. "Je guide le chemin, il en faut un au milieu pour gérer les mômes et un autre derrière pour les retardataires qui laissent leurs poneys paître.", "J'ai pas mes galops, mais je connais assez bien l'animal pour savoir que vous tenez mal vos rênes." et le fameux "Vous vous allez prendre ce chemin ?... Bien. Mais retenez que si vous passez là, l'animal peut se blesser et je noterai que vous en étiez responsable à votre employeur."... Une fois ces trois étapes passées, Nicolas avait beaucoup de plaisir à discuter avec les enfants... Beaucoup de passionnés des chevaux, à cet âge, c'est commun. D'autres plus timides avec des questions sur l'entretien. C'était rafraîchissant de parler de ça plutôt que de leur vendre de la drogue... La randonnée se termine par une ligne droite, où il leur demande d'aller au galop. Éclair les suivant de près, au cas où ; les gosses adorent, Nicolas sourit pour la première fois depuis longtemps.

Sa patronne étant toujours occupée avec le maréchal, Nicolas aide tout le monde à ranger le matériel et à remettre les animaux dans le pré. Les deux surveillants les laissent alors ensemble, prenant un café à l'accueil. Nico jette un coup d’œil autour de lui et prend son sac à dos. :

-Hé les mômes... Ça vous dit de faire un truc interdit ?

Éclats dans les yeux, la petite troupe suit l'adolescent en silence jusque derrière les box. Là, seule dans un champs, une jument avec le ventre arrondi. Alors que les gosses poussent une onomatopée, Nicolas ouvre son sac puis la barrière en leur conseillant de ne pas faire de geste brusque le temps qu'il aille la chercher, une carotte à la main. ...Ces mioches n'ont sans doute jamais été aussi sage de leur vie. Avec tendresse, Nicolas flatta le cou de la jument tout en lui demandant d'avancer vers le bord du champs en l’appâtant. :

-Elle va mettre bas dans quelques semaines, c'est l'année des "L"... Vous avez une idée de prénom pour le bébé ?

-Lumière !

-Lilou !

-Un truc rigolo ! Euh... Lapatatasfritas !

Les gosses s'esclaffent, Nicolas rit doucement en relâchant la jument qui s'éloigne dignement de ces humains ne respectant même pas son petit à venir. Il songea à quel point ce pouvait être beau de donner la vie...

La vie.

Mai

Seven Nation Army - The White Stripes
...Comment ça je fais une fixation sur Jack White ?!... Pff... Juste un peu.

-Haaaaa... qu'il soupire... 30 mètres carrés pour 500 euros. Dire qu'on a autant ici et qu'on paye deux fois moins...

Son stylo s'agitant dans sa main. Nicolas songeait. Même s'ils déménageaient, une fois dans la ville où se trouve le lycée qu'il aimerait rejoindre, il n'avait aucune idée de comment gagner de l'argent là-bas. Ici, c'était facile. Il pouvait compter sur les choses illégales mais dans une grande ville, qui le prendrait au black ? Sachant que, même en ayant perdu la moitié de sa paye, la drogue lui payait encore une grosse partie de ses dépenses... Là-bas, il n'avait pas de nom. Le Loup Noir n'y avait aucune emprise. Du coup, même s'il parvenait à économiser assez pour y aller, il n'aurait plus rien pour vivre... ou survivre, ça dépend comment vous voyez les choses. Les aides financières ne pourraient couvrir que le loyer et il doit encore se nourrir, et nourrir sa mère. Sa tête heurte soudain la table de sa cuisine recouverte de factures, de dossiers et de notes prises lors d'un rendez-vous avec l'assistante sociale... Ce rendez-vous avait brisé un peu de ses espoirs d'ailleurs... Elle lui avait dit que certes, elle n'avait pas signalé l'état de sa mère aux autorités car il le voulait, car il lui avait demandé de ne pas lui retirer sa mère alors qu'il ne lui restait plus qu'elle, mais dans une grande ville, elle n'était pas certaine qu'on ne lui retire ses droits de "mère" et qu'on l'interne dans un hôpital... Nicolas geint. C'était tentant d'abandonner sa mère, jusque là il n'avait été assez grand pour demander une émancipation... Là il pouvait le faire et laisser sa génitrice aux mains de spécialistes... Mais non. Il voulait assumer sa mère jusqu'au bout. Il se demandait s'il n'était pas un peu stupide.

Dans tous les cas, ses calculs ne menaient qu'à une seule conclusion : il allait devoir attendre d'être majeur, d'avoir le permis et de pouvoir travailler légalement pour déménager. Ce n'était pas un an de plus à supporter, mais plus trois ou quatre. Toujours le front sur la table, il soupire de nouveau. ...et se redresse d'un coup en lâchant son stylo. :

-C'est bon, ça m'a soûlé ! lâche-t-il en se levant et prenant son cuir. Je reviens plus tard m'man.

Ce village n'avait pas arrangé sa vie, mais faisait tout pour qu'il parvienne tout juste à survivre... Comme si une bulle l'empêchait de quitter ses frontières, Il comprit soudain pourquoi personne ne partait de cet enfer... Pourquoi Oldie avait vécu dans les bois... Il secoue la tête, tape ses deux joues, et s'enfonce dans la forêt alors que la nuit tombe... Il y a des torches alimentées par de petits panneaux solaires qui éclairent le chemin, et au bout de celui-ci, des feux de joies, une foule autour d'un cercle fait à la va-vite avec de petits rochers. Quand le Loup Noir arrive à cette séance Fight Club, on l'ignore, mais des murmures traversent la foule. Il inscrit son surnom sur le tableau des combattants et donne son manteau de cuir et son maillot pour s'échauffer en attendant son tour... Il était venu ici instinctivement, pour se détendre... Après tout il n'était bon qu'à ça.

Un fois son tour arrivé, il se place dans le cercle et demande l'attention. :

-Je vous préviens, si je vois encore une arme alors que c'est interdit par les règles du tournoi, vous comprendrez pourquoi la rumeur dit que j'apporte la mort.

Gros silence. Son de cloche. La bagarre commence.

Gauche, droite, feinte, un coup dans les côtes... Oui, il était devenu bon à ça... En même temps, à force de côtoyer les mêmes personnes -enfin... "côtoyer"-, on finit par connaître tout... Leurs points faibles et forts, les zones qu'il faut toucher d'abord pour assommer, mettre à terre, plier. D'ailleurs, il se bat à fond, mais il a la sensation que les autres sont lents. Un coup au plexus, son adversaire s'essouffle. Nicolas se permet un geste fou comme on en voit dans les films : un coup de pied dans la mâchoire... C'est efficace. Le gars va bien mais n'arrive pas à se relever. Il gagne ce tour facilement. Trop ?... Il regarde ses mains. Après tout, ce village lui donnait les moyens de survivre même si ce n'était pas bien. Pas bien. Alors autant en profiter tant qu'il le peut... Deuxième adversaire.

Trois.

Quatre.

On enchaîne. Il a la lèvre ensanglantée, des bleus sur le torse mais ce n'est rien... Après tout, il n'ira pas au Paradis, autant s'habituer à souffrir éternellement. C'est comme ça que ça marche... Il se demande si Dieu, quel qu'il soit, n'a jamais saigné de son existence pour connaître le prix de la vie. On ne tombe pas pour une pomme mais pour un pain. On ne tombe pas pour le savoir mais pour la survie. Si c'est le cas, Nicolas le fait très bien. C'est un expert, l'expert de la chute. Même Lucifer doit respecter ça, qui sait ?

Il signe pour quatre ans de plus en enfer.

Il signe pour tomber encore.

Pour du pain.


Nicolas regarde le soleil toucher de ses rayons les feuillages des arbres au dehors... Oui. Il passe l'épreuve de Français du Brevet et il s'emmerde. En fait, il a déjà fini de répondre aux questions de compréhension et il attend la dictée... Parfois, lors des contrôles, il se demande si les adultes ne prennent pas les gosses de sa génération pour des abrutis finis... Puis il voit ses camarades confondre l'orthographe du mot "désert" avec "dessert" et il oublie. L'après-midi, ce sera au tour des maths... Et il était moins confiant pour cette épreuve-là. Oh, il allait l'avoir, mais son résultat sera sans doute moins classe que le Français ou l'Histoire qu'il avait révisé à fond, se sachant incapable de retenir une suite de dates trop longtemps. Bref, les joies d'étudier et d'être enfermé alors qu'il fait si beau dehors...

D'ailleurs dehors, en attendant que le self ouvre ses portes, la cour est tellement calme qu'il trouve ça étrange. Les filles ne gloussent plus dans leur coin, elles ont leurs calculatrices dans leurs mains, livres sur les genoux et discutent de quelques astuces mathématiques ensemble. Certains montrent leurs antisèches, d'autres ré-expliquent les cours à ceux qui ont rien suivi de l'année. Ça ressemblait limite à un vrai collège... Et comme il n'y avait que des troisièmes, les autres classes étant déjà en vacances, il y avait cette espèce d'euphorie dans l'air ; ils allaient être des grands, ils allaient être lycéen. Et bien qu'il n'y ait personne qui se fasse tabassé, qu'il n'y ait aucune bouteille d'alcool qui traîne dans un coin ou un joint qui tourne dans un groupe,... Nico était mal à l'aise.

Putain et aujourd'hui c'est frite à la cantine... FRITES ! Alors qu'il n'y en a pas eu de l'année ! Non mais faut admettre que c'est louche là quand même ! Manquerait plus qu'il y ait les surveillants qui distribuent bonbons et confettis à la sortie du self... Putain, c'est exactement ce qu'il se passe... C'est QUOI ce DÉLIRE ?

Il soupçonne qu'il est filmé à son insu pendant un long moment puis abandonne son air grognon quand il aperçoit Cynthia lancer des confettis dans les airs autour de sa petite troupe d'amies... Alors ce n'était pas si bizarre... Fêter la fin d'une ère pour entrer dans une nouvelle... Bon, d'accord. Il sourit... Mais il ne lancera pas de confettis. No way.

Juillet

Dance - JUSTICE
Qui se sent vieuuuuux ? *lève la main*

-Faut passer ton bac, faut passer ton baaaac...
[*]

Oui, bon, c'était le Brevet, mais c'est pareil nan ?... Un p'tit papier qui sert à rien mais qui ouvre des portes... La tête à l'envers, les jambes accrochées à la poutre dans sa chambre, il contracte ses abdominaux et se prépare pour l'été... Et tandis que le sang irrigue un peu trop son cerveau, il songe encore au fait qu'il allait devoir supporter cet endroit un peu plus longtemps que prévu... et qu'il allait devoir passer son bac dans le lycée du village. Il s'arrête un instant pour soupirer... Merde, il s'était dit pourtant qu'il devait s'y faire. Pas d'échappatoire, pas de dernière chance. Il fallait qu'il se contente de ce qu'il avait, point final... Il saute de la poutre et prend une serviette à terre. Sur le chemin de la cuisine, il essuie sa sueur et se prépare un jus d'orange d'une main... En jetant un coup d’œil à l'horloge, il constate que le facteur a du passer il y a peu. Il boit le verre d'un coup, met un t-shirt au hasard et va dehors...

Il fait beau. Tellement que certains sont déjà partis en vacances... Nicolas lui avait postulé pour aller travailler dans les champs ; saisonnier à quinze ans, et son premier travail tout à fait légal. Il avait un peu hâte il l'admettait. Il descend les escaliers et ouvre la boîte aux lettres... Une seule enveloppe, il s'attendait à une facture mais non... Ça vient de l'éducation nationale... Lui, il n'avait pas internet pour savoir s'il avait eu le Brevet, et devait attendre les résultats via la poste... Alors il était fébrile au point de déchirer l'enveloppe de manière un peu brusque pour voir ses notes... Maths, 35/40, Histoire-Géo, 36,5/40 et Français... 39/40. Mention Très Bien. Félicitation monsieur Lefebvre. :

-AAAAAAAAAAAH !!!

Un cri de joie. Merde, il ne s'y était tellement pas attendu qu'il l'avait laissé s'échapper sans s'en rendre compte. Il referme aussitôt sa bouche mais trop tard, le mal est fait... Et Madame Bonpoil déboule dans le couloir. :

-Qu'est-ce que c'est que c'tintamarre ??!!!

-M'dame Bonpoil... J'ai mon Brevet !

-Bien sûr que tu l'as ! T'es le seul gamin du coin à savoir lire, empoté ! C'est pas une raison pour me faire faire une crise cardiaque ! Raaah ce gosse j'vous jure !...

Traduction, elle lui avait fait confiance pour réussir... Les mains de Nico tremblent et il part tout d'un coup comme une flèche jusqu'au dernier étage de l'immeuble, défoncer sa porte d'entrée et foutre la feuille devant les yeux de sa mère qui agite ses paupières de surprise. :

-J'ai mon Brevet ! J'ai mon Brevet mention Très Bien !

-Oui... Bravo mon grand.

Bon le ton n'y était pas MAIS au point où il en était il s'en foutait complètement. Il accrocha la feuille sur le frigo, poings sur les hanches et admira la belle feuille. Quelle belle feuille ! Ça c'est de la feuille de qualité. Putain il en pouvait plus. D'habitude, il aurait songé que la mention lui aurait donné droit à des bourses, qu'il n'allait pas avoir à payer le self au lycée puisque ça lui couvrirai largement ses repas. Mais là... Mais là c'était tellement pas important. Il avait réussi quelque chose... Tout seul. Et c'était bien.

Limite il aurait ouvert la fenêtre de l'appartement pour gueuler sa joie... Mais bon, il fallait éviter, madame Bonpoil avait ses limites aussi. Alors à la place, petite danse improvisée tout en passant la serpillière !

[*]Et pour ceux qui se souviennent du 6-9 : Faut passer ton bac

Hasta Siempre – Nathalie Cardone

Il faisait chaud dans les champs, le soleil cognait si fort que quelques ouvriers retirèrent leur t-shirt pour le poser sur leur tête, le protégeant des assauts de chaleur et de lumière. Nicolas le supportait difficilement, avec sa nouvelle manie de se couvrir de bandages, il soufflait fort mais s'en sortait bravement. Il était, lui et une trentaine de jeunes ouvriers, dans un de ces champs de roses qui entourait le village, non loin d'une jardinerie. Il faut pas se leurrer, dans la région, c'était sans doute le genre de commerce qui faisait le plus de chiffres -ça et la drogue. Aussi, tous les ans, les entreprises aux grands noms de famille employaient des adolescents du coin ; ça fait de l'argent de poche et ils apprennent ce que c'est que « la vie à la dure » selon les parents. Ici, on appelle ça « faire sa rose ».

Nicolas faisait donc sa rose en compagnie de certains camarades de classe et de plus vieux, déjà au lycée, en plein cagnard, à replacer les fleurs plus ou moins ouvertes sur les tuteurs pour maximiser le rendement. Ça ne lui plaisait qu'à moitié très franchement, de plus, il ne reconnaissait pas l'espèce de la rose ; énième croisement entre deux espèces. Et puis il y avait les autres... :

-Hé Colette !

Il ne se retourna pas... Et bientôt il reçut quelque chose à son épaule. Il pivota légèrement pour voir un cadavre de tomate à moitié écrasé sur son t-shirt blanc. Putaiiin la tâââche... :

-Z'avez rien d'autre à foutre sérieux ?

-Bah, on a piqué le déjeuner à Jimmy et effectivement, il y a pas mieux que de te le balancer à ton visage de rachitique !

Il plissa les paupières... Alors déjà, il n'était plus si rachitique que ça. Il prend de l'âge, il en est certain, il a même grandi depuis quelques mois. Mais, certes, il ne mangeait toujours pas à sa faim. Ensuite, le dénommé Jimmy se mit à rire piteusement. Ouais... Il n'avait donc pas eut son mot à dire concernant le rapt de son déjeuner. :

-Votre considération me touche.

-Wohé l'autre hé ! « Considération » !

-Quoi ? C'est trop compliqué pour vos cerveaux atrophiés ? Ok, alors laissez-moi dire un truc que vous comprendrez peut-être.

Il se lève en prenant la tomate méchamment amochée à son épaule, les rejoint et l'écrase dans son poing à leur nez. Le jus fait un bruit minable, comme un cri désespéré quand la chair et des bulles d'air s'échappent d'entre ses doigts. Mais son regard est tristement vide. :

-La prochaine fois que je vous vois gâcher de la nourriture, je vous écraserai de la même manière. Et Jimmy, te laisse pas faire la prochaine fois.

-Hé les jeunes ! hurla le responsable au bout du champ. La journée est finie, allez pointer et cassez-vous.

Il y eut un instant de silence, le vent se leva, puis chacun se décida à obéir.

Nicolas avait l'impression de flotter. Depuis la mort d'Oldie, le seul moment véritable de joie que la vie lui apporta fut les résultats de son Brevet, et quand il s'en rendit compte, il se trouva étrangement vidé d'énergie ; il avait encore assez de détermination pour se lever le matin, il avait encore des buts pour l'aider à avancer dans ce village de merde... Mais il n'avait plus vraiment d'envies particulières, tendu à l'idée de savoir qu'elle était la prochaine merde qui allait lui arriver... Le viol de Cynthia, le meurtre d'Oldie, et puis ? Il était un peu curieux de savoir ce qu'on pouvait surenchérir à ça...

Si le jour il travaillait légalement, il cherchait à se faire un maximum d'économie avant la rentrée, donc Nicolas mettait aussi les bouchées doubles au gang. Et il y avait de quoi... Amadéus eut beaucoup de mal à se redresser de la dernière attaque, il fallut attendre les beaux jours pour qu'il rétablisse son réseau, embauche de nouveaux gens de confiance et donne quelques promotions par ci par là aux méritants, remplaçant les personnes tuées lors de l'attaque. Il manquait cruellement d'adultes mais personne ne s'étonna de voir Petite Vipère reprendre le flambeaux de la Madonne, grande patronne des prostitués d'Amadéus du haut de ses 14 ans. Et Nicolas reprit celui d'Oldie, s'occupant à la fois de la drogue et des armes, ce qui n'était pas de tout repos.

Dès qu'il entrait, après le coucher du soleil, dans le quartier général, agrandit après quelques travaux, une nuée de mioches venait à lui, lui demandant le programme de la semaine : qui était en charge de trouver de nouveaux clients, si la dernière cocaïne en vogue avait été livrée,... Ce soir-là, il les fit fuir d'un geste agacé de la main ; il devait surtout se préoccuper du stock de munitions avant la semaine prochaine. :

-Vous aurez le programme demain matin comme d'habitude, maintenant dégagez !

-Mais...

-Vous avez entendu le Loup Noir ? Dégagez !

Amadéus se tenait à la porte du petit établi qui servait de bureau à Nicolas... Bientôt, le monde qui fut à l'intérieur disparut d'un seul coup, sans même frôler le grand patron. Ce dernier soupira avant de prendre place sur le tabouret faisant face à la petite table servant de bureau. Nicolas pinça ses lèvres mais ne dit rien : il n'était pas un psy, et bien qu'Amadéus l'ait aidé dans sa vie, qu'il lui ait appris à se servir d'une arme, il l'avait aussi plusieurs fois jeté dans la fosse aux lions, le forçant à des combats de rues, voulant coucher avec lui alors qu'il n'avait que douze ans... C'était une étrange relation basé sur l'amour et la haine. Alors, il s'assoit, ne sachant à quoi s'attendre avec lui. :

-Tu t'affirmes. soupire son « patron ».

-Je n'ai pas trop le choix. Ce sont des gosses encore, ils ont besoin de fermeté. On manque de gros bras un peu plus mature...

-Certes, mais les gros bras matures ont pas besoin de fermeté, ils ont besoin de sécurité... et actuellement, ils ont plus peur des Vikings que de n'importe qui.

-Oui Ama, je sais.

Profitant d'un silence, Nicolas s'empara d'un fusil à pompe, derrière sa chaise ainsi que d'un bore-snake dans un tiroir pour le nettoyer soigneusement. Le gang d'Ama manquait de petits mains entretenant tout le reste en fait, beaucoup ayant fui de peur de subir d'autres attaques. En fait, ils manquaient de tout. Cette constatation le fit soupirer, avant qu'Amadéus ne déclare, le visage toujours fixant le sol. :

-J'te lâcherai pas Loup Noir. J'ai tout perdu, mon ami, ma réputation,... Tu penses sans doute que je ne risque rien, que j'ai mes parents riches pour me sauver dans n'importe quelle situation mais non. Ici, c'est tu manges ou tu te fais manger. Alors je ne te lâcherai pas, car je sais que tu ne te feras jamais manger.

Il leva les yeux au fond desquels Nicolas put lire une émotion qu'il ne connaissait pas. Pourtant il hocha la tête et articula d'une voix grave. :

-Je sais Amadéus.

Août

Hell to your doorstep – Le Comte de Monte Cristo, la comédie musicale
A écouter en boucle, très fort ahahahahah...

Loup Noir s'arrêta brutalement, au milieu de la ruelle ; le Chasseur et ses Chiens firent de même face à lui. L'instant resta en suspens, comme un western spaghetti trop macabre. Nicolas était en chemin vers la serre de cocaïne d'Ama... Jérémy, lui, il en sait rien, il zonait sans doute. C'est triste que ce village soit si petit ; jusque là ils avaient eu la chance de ne pas se croiser, et à dire vrai, Nico avait eu l'espoir fou de ne pas le voir au lycée aussi, son meilleur ennemi devant reprendre le garage de son père. Mais voilà, ils vivaient au même endroit, travaillaient pour des gang et la vie est toujours pleines de surprises pour lui.

Il tressaillit quand il vit les Chiens se jeter sur lui. Il ne pourrait pas courir bien longtemps, ils étaient nombreux et connaissaient bien ce quartier aussi ; il n'avait aucune chance de fuir. Il ne lui restait plus qu' à se battre, à quatre contre un. Il savait qu'il allait perdre et pourtant, il brandit ses poings, fit reculer son premier assaillant avant que le second ne le lui rende son coup, puis il fut saisi aux bras. Il battit des jambes, assomma un adversaire... Et un coup de feu retentit. Le Chasseur avait un Glock. Tous s'immobilisèrent, même les Chiens, fixant l'arme puis leur patron tour à tour, se demandant s'il était capable d'à nouveau tuer... Le Loup Noir se contenta de fixer son ennemi s'approchant doucement de lui. :

-Tu te débats bien Loup Noir, mais tu as perdu, tu as perdu depuis le jour où tu es né.

Il lui planta le canon encore brûlant entres les côtes avant de s'emparer d'une touffe de ses cheveux, le forçant à l'accompagner jusqu'au mur de l'habitation la plus proche. Là, il cogna avec force la tête de Nicolas contre la brique et le béton. Le coup résonna en lui, lui arrachant un gémissement mais il serra les dents, tentant de faire disparaître les éclats de lumière de son champ de vision en battant furieusement des paupières. Jérémy perdit son sourire, comme outré qu'il résiste. :

-Tu vas... te mettre... A GENOUX !

A chaque morceau de phrase, il tapa un peu plus fort. Une tâche de sang macula le mur blanc. Nico faiblit manquant de s'évanouir mais il s'accrocha au mur... Un Chien couina derrière eux. :

-Chasseur je ne pense pas que le Jarl...

-LE JARL J'M'EN COGNE !

Le Loup profita de l'ouverture. Son poing se serra vivement et avant que qui que ce soit ne puisse faire un geste, il donna un puissant coup dans le menton du Chasseur, lui faisant lâcher son arme qu'il récupéra. Il le pointa vers les Chiens encore sous le choc face au retournement de situation. :

-Cassez-vous.

Sa voix n'était qu'un grondement sourd qu'ils comprirent pourtant. Ils fuirent laissant leur patron assis face au Loup. Ses yeux d'argent en fusion se posèrent sur lui alors que son arcade était en sang. Le Chasseur leva les mains pour toute défense. :

-N-... Nico, voyons... Tu vas pas me tuer hein ?

-Et pourquoi pas ? En quel honneur je ne devrais pas ? J'ai des cicatrices trop longues sur mon corps qui témoignent de tout ce que tu as pu me faire subir. Et je ne devrais pas te tuer ?... Oooh... Tu es attendrissant. Mais dis-moi... Qui porte un nom d'animal de nous deux ?

Il arma le Glock, le cliquetis lui donnant la chair de poule, faisant pleurer le tyran qui lui faisait face... La tentation était si grande ; faire souffrir celui qui n'avait pas de compassion, arracher le cœur de celui qui n'en avait pas, la vengeance si proche et si douce. Il vida ce qu'il restait du barillet... entre les jambes du Chasseur. Celui-ci hurla, pleura et souilla son pantalon. Il trembla des pieds à la tête quand le Loup s'accroupit face à lui, empoignant sa gorge peut-être un peu trop violemment au son étouffé qu'il poussa d'un coup. Les yeux brûlaient de haine. :

-Retiens bien une chose Chasseur, tu pourras me pousser à toutes les extrémités possibles, me torturer, violer et tuer mes amis, m'arracher ce que j'ai de plus précieux, mais jamais je ne te donnerai la satisfaction d'avoir gagné... Quoi que tu fasses, je resterai debout et te tuer serait me plier à ta volonté. Vengeance bien faite passe par le fait de te voir plié de peur dans ta propre pisse. Alors souviens-toi petite merde se sentant supérieure... Je te rabaisserai toujours car je compte toujours gagner.

Le Loup donna alors un coup de crosse dans le nez du Chasseur qui hurla en se tenant le visage, puis il balança l'arme avant de reprendre son chemin vers la fabrique de cocaïne, comme si rien ne s'était passé.

Hasta la vista – MC Solaar

Il avait failli le faire, il avait été si proche de le faire... et la seule chose qui l'avait sauvé d'une vie de prison était son orgueil. La vue trouble et rouge, il déglutit difficilement, il sentait son cœur battre dans son arcade gauche comme s'il se trouvait là, à pulser tout son sang hors de lui. Il se cogna à la porte de l'immense entrepôt abandonné en dehors du village ; autrefois garage, le gang d'Ama y faisait désormais sécher de la coke avant de la transformer en pâte. Quelqu'un lui ouvrit, il ne vit pas tout de suite qui. Il fallut qu'on l'assoit et que la personne lui prenne son visage entre ses deux mains pour qu'il reconnaisse Petite Vipère... Malheureusement... :

-NE ME TOUCHE PAS !

Il la repoussa si violemment qu'elle bascula en arrière. Quelqu'un la rattrapa et il y eut un silence gêné avant que Vipère ne reprenne les choses en mains. :

-Toi, va me chercher mon sac et toi, une serviette propre... Et quand je dis propre, évite d'en trouver une qui traîne et qu'a choppé les vapeurs de gazoline !

Les gamins hochèrent vivement la tête avant de disparaître. Vipère ordonna à tout le monde de retourner au travail avant de s'approcher prudemment du Loup, s'accroupir devant lui sans le toucher. Les deux gamins revinrent et elle s’affaira un instant à mettre une étrange pommade sur la serviette qu'elle avait humidifié avec une bouteille d'eau. Elle tendit le tout au Loup, pour qu'il se débrouille pour se soigner. :

-C'est de la pommade de... souci du jardin.

-T'aurais dit calendula j'aurais compris tu sais.

-...Loup Noir, il faut que je vérifie si ton crâne n'est pas cassé.

-Il ne l'est pas, lui assura-t-il en secouant la tête doucement, peut-être fêlé par contre.

-Tu dois aller à l'hôpital...

-Et comment ? En vélo dans mon état ?! Sûrement pas. J'attendrais demain et j'irai.

-... Est-ce que... c'était le Chasseur ?

Le regard de Nicolas se perdit dans un coin de l'usine improvisée, celui où on mélangeait du ciment et différents engrais aux feuilles de coke soigneusement découpées... Il vit des gamins avec des masques à gaz que le gang avait récupéré et bidouillé pour être efficace... ils l'espéraient. Bien qu'ils étaient à l'entrée, et que les fours à charbon étaient au fond de l'immense salle, le Loup avait le nez pris par les senteurs de gazoline, qu'on ajoutait à la mixture, s'évaporant pour ne laisser plus qu'une pâte qu'ils faisaient sécher avant de revendre. Le mélange odorant avec la pommade maison de Vipère faillit lui faire tourner de l’œil.Il répondit enfin. :

-Oui... Il aura du mal à se remettre de notre rencontre mais ça ne l'arrêtera pas.

Loup Noir se leva. :

-Vipère, fais quelque chose pour moi tu veux bien ? Fais un rapport à Amadéus, disant que j'ai été attaqué par le Chasseur... Les détails de l'attaque ne sont pas importants, mais ce qui l'est, c'est ce qu'il a pu laisser entendre à travers quelques mots. ...Jérémy n'a aucun respect pour son Jarl, il se soumet mal à son autorité, et très franchement...

-Ce n'est pas étonnant. dit-elle en l'interrompant.

Il eut un rictus... Un sourire peut-être. Loup Noir avait toujours eu une affection particulière pour Vipère ; elle comprenait vite et même assaillit par la peur, elle avait toujours eut les bons réflexes, un esprit vif qui faisait qu'elle sauvait beaucoup de gens en un minimum de manœuvre. Elle avait un an de moins que lui, et pourtant, elle lui paraissait bien plus mature que n'importe qui au village. Elle ne parlait pas des sentiments qui le traversait, ils communiquaient par les actions. Elle hocha la tête... :

-J'y vais... Ravie de voir que tu tiens toujours sur tes deux jambes Loup Noir.

Elle faillit tapoter son épaule mais se raidit avant de sourire piteusement, puis de partir, ses longs cheveux lisses et noirs derrière elle... Nicolas se rendit alors compte qu'elle avait grandi.

Puis il soupire, il se laisse guider par les responsables de l'entrepôt, des gosses pas plus vieux que lui. Il inspecte ce qu'on lui pointe du doigt mais son esprit est ailleurs... Il en a marre. A faire semblant que rien ne l'atteigne, il en souhaiterait presque que ce soit vraiment le cas... En finir... ne plus ressentir...

Il déambule dans les rues du village alors que le crépuscule tombe doucement, les gens le regardent un instant ; le sang coagulé à son visage et son maillot, les mains dans les poches et le regard ailleurs comme s'il s'était drogué... Quelques expressions dégoûtés, aucune inquiète... Tout était normal.

Quand il ouvrit la porte de son immeuble, il se décida à ouvrir la boîte aux lettres. Entres les factures habituelles, le loyer de septembre à payer d'avance, il y avait une venant droit de son futur lycée : une liste de livres à acheter, de cahiers que certains profs demandaient et des dépenses imprévues... La dernière lettre étant le refus d'une bourse qu'il avait demandé, sous prétexte qu'il avait sa mère... Sa mère qui ne valait rien. Il tomba à genou, fatigué.

Voilà.

Il avait travaillé durement durant toutes ces semaines pour tout dépenser dans les semaines à venir... Il n'allait pas y arriver. Il allait mourir de faim peut-être, ou bien être viré de l'appartement, à la rue avec sa mère légume ingérable si elle n'était pas devant la télé.

Il allait enfin s'effondrer.

Sans larmes, désespéré.

Vide.

FIN

Petit mot de l'auteur:
 



##   Mer 29 Juin 2016 - 19:09

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Promis c'est le dernier post... Vraiment ! Avec un dessin même ! Pour vous aider avec les personnages, au cas où, parce que c'est vrai que j'ai abusé XD ! Bon il est vite fait mal fait mais c'est juste un mémo, j'vais pas faire des ombres et des effets pour un peu de présentation... #flemme.

J'ai dessiné les persos selon leur apparences en 2012 (soit le début du rp solo), Nico n'a donc pas autant de cicatrices qu'aujourd'hui, il est tout jeune avec Cynthia (d'ailleurs, ils sont sensé ne pas encore se "connaître" à cette époque).
Je n'ai pas dessiné le père de Nico tout simplement parce que ben, il est mort :/ ! Ni celui de Jérémy, le Chasseur, parce qu'on en a parlé mais on le voit jamais... Imaginez une épave aux cheveux blonds avec une bouteille de whisky à la main. Voilà XD !
Des personnages comme la Princesse du collège et d'autres tyrans de Nico qu'on ne voit qu'une fois (comme Max... mais siiii vous vous souvenez de Max), je ne pense pas que ce soit indispensable mais j'ai fait Kévin quand même parce que... raaah Kévin quoi !
Et vous ne saurez jamais le vrai nom d'Oldie bwahbwah.


Si vous aimez les arbres généalogiques, j'vous donne une petite histoire en plus, pour le fun.

Alex (Rasta) est le fils adoptif d'un cousin au père de Jérémy (Chasseur) et son véritable père est celui de Kévin (le fils de la boulangère), ayant eu une relation extra-conjugale avec la fameuse tenante de la boutique de pain tout chaud, miam miam. Justine (Petite Vipère) est une cousine éloignée (3ème degré) de la Madonne (qui teint fréquemment ses cheveux noirs) et Mathieu (Moustique) est en fait un oncle de Wolfgang (si, si, c'est possible ; il est l'enfant illégitime du grand-père de Wolfgang mais peu sont au courant, même pas Moustique lui-même). ...En fait, considérez que ce village c'est un peu l'Islande de France. Peu d'habitants et de très grand risque d'être incestueux pour la classe moyenne.



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Les cicatrices qui montrent à quel point le passé est réel [RP Solo]

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