Terrae, Une nouvelle ère commence...

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Purification. ••• Mitsu ♥
Mar 16 Mai 2017 - 17:01
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Détourne le regard. Arrête de me fixer. Tu pourrais pas me répondre ? Nan ? C'est trop compliqué pour toi, ça agresse trop ta vue ? J'sais que je te dégoûte, arrête de me le faire ressentir comme ça, putain.

Ses dents se serrent. Il tente d'obtenir une réaction de Mitsuki, mais rien, rien du tout. Elle le fixe juste, défaite et pleine de pitié envers lui, qui se tient toujours là et qui n'assume pas. L'infirmière s'avance jusqu'à lui et il fait un pas en arrière, prêt à montrer les crocs ; elle a un geste d'apaisement, lui dit qu'elle veut juste examiner ses blessures. Il la laisse faire, et elle ne le touche pas. Derrière, Mitsuki baisse les yeux. Parle. Et elle part.

Qu'il le veuille ou non ? C'est pas à elle de le décider, qu'il sache. Il lui lance un regard dédaigneux pendant qu'elle s'éloigne. L'infirmière le guide. Il la suit, essayant de trouver un endroit où disparaître discrètement... Mais bien vite, un autre infirmier arrive et met à mal son plan. Ils l'installent dans une chambre, lui demandent s'ils peuvent s'occuper de ses mains ; mais il refuse, refuse encore... Pendant que la petite guérisseuse tente de le convaincre, au moins, de la laisser lui passer de l'alcool sur ses blessures, l'autre infirmier le menace d'aller chercher la psychologue.

Misao se renfrogne, finit par les laisser faire ; ça fait mal, bien plus mal que simplement le contact de l'eau ou de l'air, et il ferme les yeux en grimaçant alors que la douleur irradie jusqu'à l'os.

Putain, qu'est-ce que je fous là...

La femme fait attention à ne pas poser les mains sur lui ; elle jette néanmoins un oeil à ses bandages, et finit par tenter de soigner ses mains avec son pouvoir. La cicatrisation est lente, les mains sont vraiment en sale état. Peu à peu, de la peau déformée et noueuse semble à nouveau recouvrir ses mains. Il les contemple comme s'il les revoyait pour la première fois depuis des mois ; pour autant, cette vision ne provoque rien de plus en lui.

Il ne répond pas, ne remercie pas. Il se contente de s'assoir de profil à la porte, face à la fenêtre, et à regarder à l'extérieur d'un oeil morne.

La porte, bien vite, se rouvre. Il continue à regarder dehors, mais la colère bouillonne. Il n'a pas besoin de la voir pour savoir qu'il s'agit de sa soeur.

Ses mots l'atteignent comme un coup. Il frémit et relève la tête, sent toute sa rage ressortir d'un seul coup, sans qu'il ne puisse la retenir :

—Je n'ai rien fait !

Voix grave et rauque comme un aboiement. Il serre les dents et détourne la tête à nouveau. Incapable de la regarder, incapable de lire ce qu'il se joue dans son regard. Est-elle déçue de lui ?

—Je n'ai rien fait, répète-t-il sur un ton plus calme, plus désespéré, alors que la culpabilité et l'angoisse reviennent défoncer tous les murs qu'il a érigés.

Il sent sa jambe qui s'agite dans un tic nerveux. Il joint les mains l'une à l'autre, et retient de toutes ses forces le mouvement de frottement qui lui fait tout oublier.

—C'est pas la peine de t'inquiéter. J'vais bien. Tu devrais rentrer. Dis-leur que ça va. Ca me fait juste perdre du temps, je suis fatigué, je veux rentrer. Je vais bien.

C'est sûr que la blouse encore poisseuse de sang est très rassurante sur ton état, Misao.
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Mer 17 Mai 2017 - 20:34
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Tu n'as rien fait...

Mon regard se voila tandis que je baissai les yeux sur ses mains. Tu n'as rien fait... Mon coeur se serra alors que Misao continuait à parler, pour demander à partir, pour m'assurer qu'il n'y avait rien, pour continuer à me mentir ouvertement. Son ton s'apaisa légèrement, mais les mots qu'il m'adressait résonnaient à mes tympans. Comment pouvait-il oser dire ça ?

Mes yeux se posèrent sur les tâches de sang présentes sur sa blouse. Je ne comprenais toujours pas pourquoi il mentait en disant qu'il n'y avait rien. Ce n'était que des blessures, non ? Il aurait pu me dire qu'il s'était coupé au laboratoire, ou bien en faisant la vaisselle, peu importe. Il aurait pu trouver une justification simple, rapide, et efficace, s'il n'y avait vraiment rien. Mais cette volonté à tout nier, sans cesse, prouvait l'inverse. Il y avait quelque chose, au contraire. Quelque chose de bien plus grave que ces mains recouvertes de sang. Quelque chose qui s'était brisé en toi, Misao. C'était forcément ça. Sinon tu aurais répondu à ma question. Tu te serais moqué, parce que je m'étais inquiétée pour rien. Tu m'aurais dit ce qu'il s'était passé pour que tu te retrouves ici, bêtement, en cassant un vase, et tout serait rentré dans l'ordre.

Sauf que t'as pas fait ça. T'as menti. Et pour mentir à ce point...

-Je ne savais pas que, même avec moi, tu pouvais avoir autant de fierté, et mentir aussi ouvertement.


Tu avais honte. Beaucoup trop honte de toi-même pour assumer tes gestes. Et alors, la seule question qui me revenaient sans cesse en tête, c'était plutôt "Qu'est-ce qu'il s'est passé ces dernières semaines ?".

Je pris le tabouret qui se trouvait dans le coin de la chambre et l'approchai du lit sur lequel mon frère était assis. Je m'installai et levai le regard vers lui. Il n'allait rien me dire. Je le savais, et je le voyais. Et je n'avais pas envie d'insister. Parce que plus j'allais insister, plus il allait s'énerver, se bloquer, se fermer. Ca n'était pas ça qui allait l'aider. Alors j'ai baissé les yeux sur mon téléphone, et j'ai été chercher dans les images la dernière photo de Riku.

-Tiens, regarde. Riku a fait une nouvelle dent. Elle a souffert, la pauvre ! Elle a eu une sacré otite la semaine dernière !


J'eus un léger sourire, triste. Je ne comprenais pas pourquoi il se braquait comme ça. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer pour qu'il termine dans un tel état ?...

-Elle a demandé à te voir ce matin d'ailleurs. Ce serait bien que tu passes un peu plus souvent à la maison... Daisuke a acheté un nouveau gant baseball qu'il voulait te montrer.


Comment ça allait se passer maintenant ? Psychologue ? Séances intensives ? Il allait devoir rester ici ? Pourquoi s'était-il refermé sur lui-même à ce point ?
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Jeu 18 Mai 2017 - 17:30
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Pourquoi elle ne le croit pas ? Il le lit sur son visage, dans ses yeux, lorsqu'il daigne enfin lever les siens vers elle. Qu'est-ce qu'elle attend qu'il lui dise ? Il n'a rien fait. Il ne voulait pas se faire de mal, mais il n'avait juste pas réussi à s'arrêter. Et plus il avait mal, plus il se sentait vivant ; plus il avait mal, plus la culpabilité s'en allait. Si les gens ne le punissent pas, il se punirait lui-même. C'est sans doute ce qui doit traverser son esprit pendant qu'il essaie de trouver une justification à tout ça. Mais au fond, de justification, il n'y en a même pas. Il est incapable de l'expliquer. Et les dernières semaines écoulées lui donnent juste l'impression d'être dans un rêve.

Hideko lui met la tête en plein dans son mensonge. Ca l'ébranle, Misao, parce qu'il ne sait pas quoi répondre, il ne sait pas quoi faire. Il est là, il est complètement perdu, il SAIT que c'est étrange, il sait qu'il ne devait pas, il sait, mais il n'arrive pas à s'en persuader, à se le faire comprendre, à arrêter. Sinon, il ne serait pas ici. C'est quoi, parce qu'il a été trop faible ?

Sa gorge se serre et il sent ses yeux le brûler. Il ne sait pas ce qu'il a fait. Il ne sait pas ce qui lui a pris. Il sait juste qu'il est là, que ses mains sont dans un état pitoyable, et que tout le monde le regarde avec crainte, avec mépris, avec pitié.

L'invisible rentre sa tête dans ses épaules. Il voudrait l'être, et à tout jamais, invisible. Il tourne la tête vers la fenêtre à nouveau pour échapper à son regard, l'entend se rapprocher de lui avec un tabouret pour s'assoir. Il s'humecte les lèvres, s'apprête à encaisser tout l'interrogatoire qu'elle va lui faire passer. Il tremble un peu mais tente de se retenir, parce que c'est sa soeur, c'est Hideko, alors il n'y a pas de problème, pas vrai ?

Mais elle se contente de lui tendre son portable en lui exhibant une photo de sa fille. Misao regarde sa nièce et un demi sourire s'étire sur ses lèvres. Ne tend pas les mains vers l'appareil, se contente de regarder en se penchant un peu, presque en cachant ses mains entre ses cuisses.

—J'essaierai de passer, oui, souffle-t-il, malgré sa gorge affreusement serrée. Comment elle va ? Mieux ? Et Daisuke ?

Il relève les yeux vers Hideko, s'apprête à lui dire qu'il a hâte de pouvoir s'amuser de nouveau au baseball avec Daisuke. Mais rien ne sort. Il reste figé, bloqué, la bouche à demi ouverte comme si un son pouvait s'en échapper de cette manière.

Un rire le secoue, nerveux. Il se passe une main sur le visage, baisse la tête. Il a mal. Mal.

—Pardon...

Il serre les dents, ferme brutalement les yeux, sans bouger. Respirer. Respirer. Pourquoi il est incapable de faire comme si tout allait bien ? Avant, il y arrivait, pourquoi pas maintenant ? Putain, mais qu'est-ce qui va pas chez lui ?

—Je sais pas du tout quand je pourrai retourner les voir... Ils veulent me garder, lâche-t-il, piteux.

Sa main retombe sur sa cuisse. Il l'observe un instant, lève les yeux au ciel pour ne pas pleurer.

—Je sais pas ce que j'ai foutu, articule-t-il, le visage tordu dans une grimace. Je sais pas, pardon...

En fait, au fond, il sait pourquoi. Mais ça lui fait beaucoup trop peur de se confronter à nouveau à tout ça.
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Dim 4 Juin 2017 - 14:34
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Je hochai presque machinalement la tête quand il répondit qu'il allait "essayer" de passer. Je n'étais même pas sûre que l'hôpital le laisse sortir, alors ça risquait d'être compliqué... Mais si ça l'aidait à aller mieux, à ne pas s'énerver, alors oui, j'allais faire semblant. Faire comme si tout allait bien, faire comme s'il ne s'était rien passé.

-Ca va mieux maintenant que la dent est sortie, oui. Et puis Daisuke, et bien... Toujours aussi énergique,
souris-je.

Heureusement que Riku était un bébé relativement plus calme.

Machinalement, je fis défiler quelques photos sur mon téléphone avant de le ramener vers moi et de le ranger dans ma poche. Mon coeur se serra alors que j'aperçus le dos de la main de Misao. Le geste fut assez rapide, et il ne tarda pas à ranger sa main entre ses cuisses.

Le mensonge se brisait lentement. On ne se voilait plus la face. "Je sais pas du tout quand je pourrai retourner les voir". Tu acceptes enfin ? Mon estomac se tordit quand il s'excusa pour la deuxième fois.

-Je ne savais pas qu'il était de coutume de s'excuser et de prendre tout sur soi quand on n'allait pas bien...


Je cherchais ses yeux du regard, m'arrêtant vite pour ne pas être trop insistante - intrusive.

-C'est pas à toi de formuler des excuses. C'est à moi, à nous qui sommes sensés être là, de nous excuser ; parce qu'on a rien vu, ou on a laissé couler, en se disant que ce n'était pas grave, que c'était une passade.


Je ravalai un peu difficilement ma salive. J'aurais dû m'inquiéter davantage. Lui re-proposer de passer malgré ses refus répétés. Essayer de passer le voir au laboratoire pour voir comment avançaient ses recherches. J'aurais dû être là. Parce que je suis sa soeur, et que je l'ai senti. Et que j'ai voulu me dire que c'était juste un mauvais moment, que c'était Misao et qu'il ronchonnait de toute façon tout le temps, que ça allait aller mieux. J'aurais dû. Mais je ne l'ai pas fait. Excuse-moi Misao.

-Je n'ai pas demandé plus de détails aux infirmières.


Ce sera à toi de décider si tu veux m'en parler ou pas.

-Je serai là maintenant. Et si tu ronchonnes, si tu gueules, si t'es pas content, c'est pareil.
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Lun 5 Juin 2017 - 19:59
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Hideko est toujours compréhensive avec son petit frère. Elle ne le brusque pas, quand bien même on l'imaginerait tout à fait sortir de ses gonds de par son caractère explosif. Mais elle ne veut pas lui faire plus de mal qu'il ne s'en est déjà fait ; et les mots ont toujours eu un pouvoir puissant. Apaiser ou au contraire raviver les blessures ; c'est là tout le pouvoir qu'ils possèdent. Alors elle lui parle de ses enfants, et, en l'entendant ainsi évoquer son neveu et sa nièce, Misao ne peut s'empêcher d'imaginer leur visage. Il a un demi sourire, triste et défait. Il acquiesce sans savoir quoi répondre - au fond, il n'y a rien à dire, mais ça lui fait du bien qu'elle ne continue pas encore et encore à appuyer sur le sujet. A demander pourquoi. A lui dire qu'il aurait dû l'appeler. Parce que l'appeler, il en aurait été bien incapable...

Il s'excuse. Une fois, puis deux, finalement. Hideko le taquine, parce que c'est sa manière de réagir, sa manière de s'en sortir. Il s'humecte les lèvres, retient un tremblement. Il aimerait pouvoir être fort, mais il en est tellement loin...

Lorsqu'elle reprend, lorsqu'elle s'excuse, alors qu'elle n'a rien fait, que c'est de sa faute à lui, que tout est de sa faute, il se redresse. Il pose sur sa soeur un regard à la fois triste et outré, surpris, agacé. Qui est "on" ? Il n'avait rien dit, à personne. Alors qui aurait dû voir, qui aurait dû être là ? Il repense à Roxanne - il refoule l'idée aussitôt, le mal au bord des lèvres. Il pense à Matheo, son ami le plus proche, son ami qu'il fuit presque, son ami qu'il ne veut pas mettre au courant de ces choses... Il a tellement de problèmes lui-même. Et Hideko ? Hideko qui élève ses deux enfants, qui s'occupe de l'institut ? Pas moyen. Il aurait dû être capable de gérer. Et il gérait, jusque-là. Mais il y a eu Roxanne...

Il secoue la tête. Il a envie de pleurer, encore. Le sanglot qu'il retient depuis quelques minutes secoue sa poitrine. Il regarde sa jumelle dans les yeux, défait. Sa gorge se comprime à tel point qu'elle lui fait mal.

—C'est pas ta faute. C'est pas ta faute si je suis-

Il ne termine pas. Il a envie de vomir. Monstre, monstre, monstre.
Il prend une inspiration. Il ne veut pas lui dire que ça fait presque dix ans que ça ne va pas.

—Ca ira. Merci. Je. J'ai pas besoin d'autre chose.

Il aurait besoin de tellement plus, pourtant. De compréhension, un peu. De sortir, de voir du monde, de s'accepter. Que les autres l'acceptent, ou au moins qu'ils oublient. Lui aussi aurait aimé être capable d'oublier. Mais on n'oublie jamais le mal qu'on a pu faire.

Misao tourne le visage de l'autre côté, et l'essuie pudiquement avec le haut de son bras. Il ne supporte pas le contact rugueux de ses mains qui lui rappellent pourquoi il est ici.

—J'devrais peut-être partir de Terrae, souffle-t-il après un temps de silence. Ce serait sûrement mieux comme ça. Mieux pour eux, pour toi, pour moi. Parce qu'on a beau dire que tout le monde a le droit à une deuxième chance, c'est pas vrai. Tu sais que c'est pas vrai. Ils le savent aussi.

Il a un rire entre deux hoquets. Il veut pas lui faire de la peine. Mais il sait pas quoi dire. Il ne sait juste plus quoi faire.

—Si j''étais pas ton frère, tu aurais jamais laissé quelqu'un comme moi rester à Terrae. Alors autant régler le problème.
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Jeu 6 Juil 2017 - 20:28
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Misao n'est pas d'accord. De toute façon, il est rarement d'accord avec moi. Pourquoi n'accepte-t-il jamais rien ? Pourquoi refuse-t-il l'aide des autres, pourquoi est-ce qu'il joue avec sa propre vie - non, avec sa propre survie comme ça ?

Ce qui me frustre le plus dans cette situation, c'est cette ressemblance entre nous. Combien de temps ai-je mis avant d'accepter l'aide de Ryu ? S'il ne m'avait pas forcé la main, je serais bien loin d'en être là où j'en suis aujourd'hui... Alors c'est bien de se dire que ce n'est qu'une "passade", mais une passade, ça peut durer longtemps ; ça peut durer quelques années. Combien de temps Misao va-t-il passer encore dans cette souffrance ? Et à part lui sourire, être là, l'encourager, qu'est-ce que je peux faire de plus ? Être sur son dos H24, le suivre partout, m'assurer qu'il ne tente rien contre sa personne...? Ce serait encore pire.

Les larmes commencèrent à couler sur son visage, et je l'observais en silence, n'osant pas faire de geste dans sa direction. Il est en position de faiblesse et il le sait ; il pensera que j'ai pitié, que je ne fais ça que pour qu'il se calme. Il ne comprend pas que je suis réellement inquiète. Il ne comprend pas que ça me fait mal de le voir comme ça. Il ne comprend pas que je m'en veux. Il ne comprend pas, pas encore. Alors ça ne sert à rien de s'imposer. Ca ne sert à rien de forcer les choses. Il finira par comprendre. Au moment opportun.

Je détournai le regard alors qu'il évoquait l'idée de partir. Ses arguments me serrèrent le coeur. On a le droit à une seconde chance. Tout le monde ici est là pour ça, non ? Mes yeux se fixèrent sur ses lèvres alors qu'il faisait allusion à son ancien statut de scientifique. La vérité fait mal à entendre. Je ne veux pas qu'il ait raison. Pas si facilement. Pas après ce qu'il vient de faire. Il n'a pas le droit de trouver des justifications à son mal-être si aisément...

-On a un cannibale à Terrae. Et c'est pas mon frère. Pourtant il est là. Y'a aussi quelques schizophrènes. Une ancienne espionne, qui avait certainement été envoyée ici pour nous espionner de l'intérieur.


C'est qui que j'essaie de convaincre ? Moi ou lui ? Est-ce que j'aurais vraiment laissé un ancien scientifique entrer ici si ça n'avait pas été mon frère ?

-On a plein de cas particuliers. Qui ont tous droit à une seconde chance. Certes, y'a des cas simples ; les abandons, les maladies, les pertes, les trahisons... Y'a aussi les cas lourds. T'es un cas lourd. Tu as mérité ta place ici. C'est pas parce que t'es mon frère que t'es là. C'est parce que t'as gagné ta seconde chance. Et te regarder la gaspiller comme ça, t'entendre m'assurer que tu n'as rien à faire ici uniquement parce que t'as fait des choses "pas bien" dans ta vie, ça me tue.


Un soupir m'échappa et je laissai tomber ma tête en arrière, fermant les yeux, inspirant lentement. Quelques secondes s'écoulèrent avant que je ne reprenne la parole.

-Tu veux faire quoi si tu pars d'ici ? Retourner voir Papa et Maman ? Trouver un boulot dans un laboratoire en tant que chercheur ? Te reprendre un petit appartement, reprendre une vie normale ?


Je replaçai ma tête correctement, plantai mon regard sur Misao.

-Je ne vois absolument pas en quoi ça t'aiderait à aller mieux. Alors qu'ici, en travaillant pour Terrae, en continuant ce travail que tu fais, tu peux te donner les moyens de te pardonner toi-même. En changeant le regard que les autres portent sur Terrae, tu changeras le regard que les autres portent sur toi. T'as juste besoin de te pardonner. De t'accepter. C'est pas d'un nouvel appartement et d'un nouveau job que t'as besoin...
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Lun 24 Juil 2017 - 18:11
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Hideko ne dit rien, tout d'abord. Elle encaisse tout, comme elle sait si bien le faire. Être silencieux ne veut pas dire être passif, au contraire. C'est aussi une force que de savoir ne pas parler, de savoir attendre le bon moment pour dire les choses qui sont à dire. Heureusement, elle le connaît ; elle sait à quel point il peut se braquer, retourner même ses arguments contre elle, voire simplement se mettre en colère sans chercher à l'écouter. Elle le connaît. Elle sait aussi qu'il s'en veut, qu'il a juste envie de tout laisser tomber. Peut-être qu'il le devrait, au final ; il se le répète et s'y accroche, y croit tellement fort, l'espace d'un instant. Même lorsqu'elle reprend la parole pour le contrer, lui prouver qu'il a tort, sa conviction ne faiblit pas.

Il avait entendu parler de quelques cas, mais il ne se souvient pas si Hideko lui avait déjà parlé de l'espionne. Malgré tout, il ne peut s'empêcher de laisser échapper un rire sans joie à la mention de "cas particuliers". Particuliers seulement. Ce ne sont pas des monstres, eux. Ils n'y peuvent rien s'ils ont été endoctrinés. S'ils sont malades. Lui, il y peut quelque chose. C'est de sa faute.

Sa mâchoire se serre un peu. Les mots de sa soeur lui paraissent presque violents. Des choses "pas bien" ? Pas bien ? Tout son corps est figé, détestablement. Il sait qu'il ne pourrait pas reprendre une vie normale non plus. Mais il sait qu'au moins, s'il est loin d'ici, il pourra peut-être sans remettre. Et sinon, il n'aura qu'à mourir.

En attendant, il ne la regarde toujours pas. Il la laisse finir de déballer et se retient plusieurs fois de l'interrompre. Mais même ça, il n'en a pas la force. Ce qu'il s'est passé, ce soir, est encore beaucoup trop frais.

—C'est ce que tu crois, ou ce que t'aimerais croire ? souffle-t-il simplement, croisant ses doigts entre eux pour les serrer, encore et encore. J'essaie d'faire ça. Mais je sais plus faire avec les gens. J'suis seul. Ils ont peur de moi, ou ils me détestent. Ou alors je… je suis plus prêt à leur parler.

Trop compliqué. Ne pas y penser. Il prend une inspiration tremblante.

—Tu sais ce qui nous différencie, les "cas lourds" et moi ? Eux n'ont pas torturé des gens de Terrae. Ils ne représentent pas ce qui cherche à détruire cet endroit.

Le feu se passe une main tremblante sur le visage. Contact avec la peau rugueuse. Frisson.

—Tu n'as pas voulu de psys. Des gens de l'extérieur qui ne feront de mal à personne. Et tu m'as accepté moi ici. Tu sais pourquoi.

Parce que je suis ton frère.

—L'appartement, le nouveau job... Ce serait bien, pourtant, tu penses pas ...? Loin des gens qui me détestent. Ils doivent souhaiter que je disparaisse.

Reniflement. Les larmes ne se tarissent pas.

—J'ai envie de poursuivre mes recherches. Mais je m'en sens juste plus capable pour le moment. Peut-être que ça passera. Mais pour le moment… pour le moment, ça ne passe pas.

De toute manière, il n'y a plus rien qui passe, maintenant.
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Mar 8 Aoû 2017 - 19:37
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Et tu crois que ça t'aidera vraiment à aller mieux ? Répondre à leurs désirs, leur faire ce plaisir de partir, tu crois que ça t'aidera ? Ca restera toujours là, dans un coin, ça te trottera toujours en tête, ça sera toujours là pour te paralyser, pour te ralentir, pour t'empêcher d'être pleinement heureux.

Je me retiens de parler. Parce que ça sert à rien d'essayer de réexpliquer ce que j'ai voulu exprimer en utilisant seulement d'autres mots. Misao ne veut pas entendre ça. A l'inverse, son corps réagit comme s'il demandait à ce qu'on le déteste encore davantage. Comme s'il voulait qu'on le rejette une bonne fois pour toute pour qu'il parte d'ici.

Misao, tu sais, ces gens qui te détestent, ils ne te haïssent pas non plus. Ils te respectent malgré tout, et peuvent faire preuve d'empathie à ton égard. Sinon Mitsuki ne t'aurait jamais emmené à l'hôpital. Faudra que tu le réalises, un jour. Faudra que tu réalises que la personne qui te déteste le plus, c'est toi-même. Et que si tu veux essayer de remédier à ça, il faudra que tu nous écoutes, et qu'un jour tu acceptes ces mains qu'on te tend au lieu de les rejeter en affirmant ne pas les mériter.

Malheureusement pour toi, tu en doutes encore. Mais c'est aussi justement parce que tu en doutes que tu es encore ici... Sinon tu serais déjà parti. Une partie de toi y croit encore, pas vrai ? Une toute petite partie.

- Je pense que tu as passé une journée suffisamment longue. Tu devrais te reposer ce soir. Je reviendrai demain dès la première heure.


Ca ne sert à rien que je reste ici. Tu as besoin d'être seul. Si je reste ici à te fixer bêtement, comment pourras-tu t'endormir ?

Mais tu sais, Misao. Il y a une énorme différence entre toi et ces psychologues. Je te connais, alors qu'ils me sont inconnus. Je te fais confiance alors que je ne pourrais jamais croire pleinement en eux. Parce que tu es mon frère, certes. mais aussi surtout parce que j'ai passé toute ma vie avec toi. Parce que je sais ce que tu vaux. Parce que je sais ce que tu peux représenter pour les gens, contrairement à ce que tu crois. Tout le monde ne te déteste pas. L'erreur est humaine. Tu es humain. Il n'y a plus qu'à réparer ces erreurs. "Plus qu'a", je sais, c'est facile à dire. Mais si je pars défaitiste, qui sera optimiste pour toi ?
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