Terrae, Une nouvelle ère commence...

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Undisclosed Desires in Your Heart [Matty ♥]
#   Dim 30 Juil 2017 - 3:34

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Humeur : En pleine réparation...



Nicolas regarde son bocal d'étoiles et il pense à avant. Avant. Quand le passé était dur mais si simple. Assis sur son lit, adossé au mur adjacent, il ferme les yeux. Et il pense à avant. Avant. Quand il comprenait ce qu'il ressentait sans avoir à comprendre les autres. Quand tout était noir ou blanc. Simple. Il se revoit en train de courir dans les bois la nuit, il se revoit en train de frapper plus faible que lui, il se revoit couvert de sang, le sien, et il sourit. Non, il n'a jamais été courageux., tout simplement car tout était simple : la survie, les guerres de gang, la faim. Tout.
Le Loup Noir regarde le bocal d'étoiles et il pense à avant. Avant. Quand le passé était dur mais justifié. Assis dans le palais mental de Nicolas, face au mur d'écrans de télévision affichant leurs souvenirs, il ferme les yeux. Et il pense à avant. Avant. Quand il n'avait pas le temps de s'arrêter à ses émotions pour encaisser celles des autres. Quand le bonheur était improbable. Simple. Il se revoit pavaner en plein jour, même sous la douleur des regards accusateurs, des mots blessants et des coups gratuits, maître de son propre royaume inaccessible aux autres, et il sourit. Oui, il a survécu de toutes les manières possibles, tout simplement car tout était simple : la solitude, le manque absolu, les blessures. Tout.
Et je les regarde en retour, je leur dis avec un ton doucereux de me prendre, de m'avaler. Je brûle mais ça ne me fait pas mal, loin de là ! Je suis comme leur passé. Je suis si simple... à en mourir d'extase. Je suis l'oubli. Je suis la drogue. Comme souvent, le Loup Noir se débat un peu... mais Nicolas, lui, oh... Je crois qu'il n'a jamais eu assez, osons le dire, de courage, pour affronter quoi que ce soit. Il est assez bête pour écouter la mauvaise moitié du Loup. Par... simplicité. C'était utile au village mais aujourd'hui... aujourd'hui est un autre jour qu'il n'a pas la force d'accepter. Alors fume-moi, brûle-moi, amène-moi à ta bouche et tire, expire, inspire encore, peut-être et enfin pour la dernière fois. Achève-moi. Oublie. ...Crève.

Nicolas marche dans les rues de son village. Il reconnaît le rond-point des Forges, comme les habitants aiment l'appeler, avec son parc non loin qui longe la rue jusqu'au collège -un ancien manoir réhabilité. Il y a aussi, dans l'autre direction, la rue qui mène au cimetière -à la tombe de François- et au-delà, une des nombreuses parties excentrées du village éclaté par l'emplacement des anciennes fermes. Perpendiculaire à cet étrange "axe", il y en a un autre. L'avenue, si on peut vraiment appeler ça une avenue au vu de sa taille ridicule, traverse le centre-ville avant de rejoindre d'autres parties isolées du village. En vingt minutes de marche, c'est fait, on a visité le trou du cul du monde. Nicolas, les mains dans les poches de son manteau de cuir, ne sait pourtant pas où aller. Il fait soleil, les rues sont calmes et vides, un fait assez rare pour le souligner, et un vent frais ramène les effluves pourrissantes mais habituelles de l'usine du coin. Son instinct lui hurle de bouger, car rester immobile c'est faire une proie facile, alors il se décide pour le parc.
C'est un terrain qui porte le nom de parc mais c'est pourtant aussi boisé qu'une forêt, avec des arbre rangés en rang d'oignons... domestiqués... certes... mais forêt tout de même. Nicolas n'a jamais vraiment aimé ce parc. Les collégiens s'y retrouvent pour fumer, des petits vieux soûlards y profitent du terrain de pétanque et de la bière de bon matin. Pourtant, il n'y a personne... Alors il s'assoit sur un banc protégé par l'ombre des arbres, face à la route. A cette époque de l'année, le parc est envahi d'hirondelles dont les cris surpuissants percent le silence. En automne, elles seront remplacées par le croassement vibrant des corbeaux. Pourtant, il n'y a personne... Pas d'hirondelles, pas de corbeaux... pas même l'aboiement d'un chien au loin...
Nicolas est maître de son royaume mais il est seul, sur un banc de bois rendu miteux par l'humidité et les années sans entretien. Seul. Sans émotion. Juste bercé par ses souvenirs.

Quand il revient de son trip, Nicolas rouvre si violemment les yeux que même l'ombre de sa chambre l'aveugle. Tout tangue dangereusement, l'impression d'être passé au ralenti, des flashs de lumière dans les yeux pour traduire la douleur qui parcoure son corps. Dans ce moment, l'idéal serait de ne pas bouger, mais Nicolas penche la tête de gauche à droite, comme s'il cherchait la position la plus désagréable possible. Il fait claquer sa langue sur son palais plusieurs fois, déshydraté. Aoi serait là, elle le forcerait à boire. A cette pensée, il se donne une bonne claque qui renverse son corps sur le lit. Il ne fallait pas penser aux autres. Les autres ne riaient plus et lui rappelaient sa propre détresse... C'était... triste...
Il baisse son bras tomber et rejoindre le sol. Sous le lit, il cherche sa bouteille de whisky préférée. Enfin... Il a la bouche tellement sèche que de toute façon, il ne saurait pas dire la différence entre de l'eau et du whisky. Il se relève en grondant de douleur, difficilement et très lentement, pour retrouver sa position initiale. Il ouvre la bouteille en tremblant et, emmenant le goulot à ses lèvres, son regard tombe sur le bocal d'étoiles. Ferme-la. aimerait-il lui dire. Mais sa gorge est sèche, et il n'a aucune envie de débattre du paradoxe qu'il ressent avec ses propres émotions. Veux-tu débattre ? Le Loup Noir se tait. La drogue l'abrutit, la drogue le tue... et il est le seul à s'en rendre compte. Roooh ça va, fais pas la gueule. ...et il est trop tard pour dire quoi que ce soit.
L'absence de réponse, même dans sa tête, oppresse Nicolas. Avant, la solitude n'avait pas d'emprise sur lui... Parce qu'il n'a pas vraiment été seul avant. Avant. La colère agit avant le reste, son corps agit de lui-même. La bouteille éclate sur le mur face à lui, le liquide ambre qui restait coule. Ambré... Nicolas se tort un peu mu par une souffrance intérieure avant de se précipiter sur son tabac. Mais tandis qu'il inspire, la fumée ne le calme pas. Cette fumée ne le calme plus. Des larmes de fatigue naissent dans ses yeux. Il ne sait plus. Il est juste fatigué. Même si on lui demande pas forcément de se justifier ; c'est usant parce qu'il les ressent, les autres. Il ressent leur détresse face à la sienne et ça lui donne envie de mourir.



Il se souvient... Il se souvient de la peine de la Miss qu'elle ressentait envers elle-même, envers son passé. Nicolas lui avait montré qu'il ressentait la même chose... Il se souvient du désespoir qui avait envahi Aria qui, ne sachant pas à qui se confier, avait fait peser le poids de son avortement sur les épaules de Nicolas. Il se souvient d'Hélène, incapable de prendre soin d'elle et de son fils et incapable de se pardonner de ne pas avoir été une mère. Il se souvient de ce qu'il a voulu faire pour Mathéo et de sa rage vengeresse. Les coups de Huo, la compréhension d'Alice, la douceur de Charlotte, la déception d'Aaron,... Nicolas éclate d'un coup en sanglot ; tout était de sa faute. Même quand il voulait bien faire, ça n'allait pas. Même en essayant de s'éloigner des autres, ils revenaient. Même en essayant de s'éteindre à petit feu, ses émotions douloureuses, vives et déchirantes l'emportaient dans un tourbillon de tourments qu'il n'a jamais connu avant ; la culpabilité. C'était un monstre, il le savait depuis longtemps, aujourd'hui il le comprenait.
...On ne se rend pas compte de toutes les questions que cela apporte : est-ce qu'il aurait dû laisser sa mère dans un hôpital psychiatrique ? est-ce qu'il aurait dû craquer et la tuer ? est-ce qu'il aurait dû sauver Cynthia de la première tentative de viol qu'elle a subi ? aurait-il dû rester si proche d'elle ? aurait-il dû obéir à Amadéus ? aurait-il dû ne pas devenir ami avec Oldie ? aurait-il dû éviter de vivre avec lui cet été-là ? aurait-il dû empêcher le Chasseur de s'en prendre à Cynthia ? aurait-il dû le tuer ? aurait-il dû tuer tout le monde sur place ? est-ce qu'il a bien fait d'aller à Terrae ? aurait-il dû agir en Loup une fois ici ? aurait-il dû éviter Aaron, Huo, Aoi, Ipiu, Adélaïde, Aria,... ? aurait-il dû abandonner Charlotte ?...
Était-ce une bonne chose de vivre en écoutant son cœur brisé ? de tenter de donner cette chose que l'on connaît à peine... l'amour ? Mathéo me manque. Mais est-ce que ça vaut la peine de le faire souffrir ? Mais je l'aime tellement... Qu'en sais-tu Nicolas ? Qu'est-ce que vous connaissez de l'amour ?! Le Loup Noir se tait, geint légèrement. Allez... Chut... Achève-toi. Oublie. ...Crève.

Nicolas est seul. Nicolas tient quelqu'un dans ses bras... quelque chose... Quelque chose qui lui prend le visage et le sert, fort, très fort, un sourire complètement faux sur les lèvres, comme d'habitude. Asbjorn le regarde, les yeux désespérés. Il lui demande de rire, il lui demande d'arrêter. Nicolas a envie soudain de tout laisser tomber, de se noyer dans les yeux de son ami pour continuer... mais le sourire est si crispé, si mauvais. Il le repousse et court loin, très loin... Il percute la Miss et Alice qui tentent de le rattraper avec leurs doigts tentaculaires, il capte leurs émotions tout autant qu'elles aspirent le peu d'émotions positives qu'il essaie de recréer de lui-même. Huo l'embrase, Aaron l'électrifie, et tout n'est que douleurs alors qu'il sait bien qu'il veulent le sauver... Mais ça fait si mal de n'être rien et de voir les autres chercher quelqu'un qu'ils ne connaissent pas. Il y a Aoi, le visage couvert de cette mélasse noire de haine et qui arrive pourtant à le prendre dans ses bras. Et Nicolas a peur, Nicolas la repousse. Nicolas est terrifié et c'est la dernière émotion qu'il voulait ressentir... Plus personne n'étant capable de sourire autour de lui, il court, il court, sans s'arrêter, sans respirer, sans pleurer, juste fuir et sauter dans le vide. Il percute le sol de son palais mental avec une violence sans nom, indescriptible.
Matheo, l'essence de Matheo, l'ombre de Matheo le redresse avec le visage amoureux qu'il s'imagine un jour pouvoir voir sur ses traits. Il lui caresse la joue alors que ses yeux ne lui paraissent plus si aveugles. Matheo embrasse son front, embrasse ses joues, embrasse ses lèvres, et il respire comme pour la première fois, et il vit, et ses os implosent. Nicolas et le Loup Noir le repoussent en chœur pourtant ; ce n'est pas Matheo. Le vrai les détestent NON... Matheo HAIT Nicolas. Et il pleure, et il geint, et il s'empare à son tour du visage fantôme qui lui fait face pour l'embrasser de tout son soûl, comme s'il n'existerait plus demain.

Comme si demain n'existait pas.

Nicolas inspire d'un coup. C'était le bad trip. La zone. Il en revient. Okay, okay.... Respire, inspire, même si c'est insupportable. Il ferme fort les yeux, passe une main sur son visage pour y retirer la fine couche de sueurs froides... Les yeux d'argent rencontrent de nouveau le vase d'étoiles... La transparence du pot lui permet de revoir les couleurs des différents papiers qu'il a utilisé pour les faire : le noir pour le désespoir, le jaune pour la joie, l'orange pour la colère, le vert pour la nostalgie, le bleu pour la peur, le violet pour la tristesse,... il doit y avoir deux ou trois étoiles rouges pour les fois où il a décidé qu'il ferait mieux de mourir... les trois-quart du vase est rempli d'étoiles blanches pour toutes les fois où il a pensé à Matheo. Matheo... Matheo. Si effectivement il partait, qu'allait-il lui laisser à part des mauvais souvenirs ? Est-ce qu'il méritait au moins de partir- la nausée le prend soudainement. Incapable de finir sa pensée. Il reformule intérieurement : comment pouvait-il partir sans laisser ce que Matheo mérite ?... Au moins ça. Même si tout ceux qu'il aime en demandent autant. Nicolas retient un sanglot, appuie fort sur ses paupières pour s'empêcher de pleurer. Le Loup Noir se redresse prêt à dire quelque chose... mais il se tait.
Le Tonnerre se lève soudain, avec difficulté. Le moindre effort physique devient impossible dans son état et pourtant... pourtant... il s'empare de son pot d'étoiles, tangue dangereusement, ouvre et referme la porte derrière lui. Il est parti. Il ne sait pas l'heure, il ne sait pas les gens, il a l'impression d'être seul aujourd'hui même lorsqu'on l'entoure. Il part avec son pot d'étoiles en origamis contre lui, malheureux mais décidé comme jamais. Dans le Couloir des Airs, tout lui paraît calme... mais était-ce une illusion ? l'était-il lui-même ? se donnait-il l'illusion qu'il était calme ? Il s'agenouille devant la porte de Matheo, d'un seul coup vidé d'énergie. Il regarde la poignée qu'il se refuse de toucher depuis des mois. Il pose le pot devant et sort une longue bande de papier de sa poche. Il fait un nœud. Il fait un pli. Puis un autre. Il enchaîne. Jusqu'au moment où il peut donner forme au papier qui devient étoile... Une étoile blanche... il l'embrasse et, après un moment d'hésitation, il l'ajoute au pot. Le son du papier rencontrant les autres étoiles sonne comme un glas. Nicolas serre les dents, Nicolas renifle... Il se relève avec l'aide du mur et repart, zigzaguant, tremblant. Dernière ligne droite. A peu près. Et ce sera terminé. Fini. Oublié. ...Crève.

Nicolas s'affale dans son lit comme si c'était la dernière fois qu'il s'y allongeait. Le monde tourne tant et tant qu'il s'enferme bientôt dans son palais mental, face au Loup Noir, en quête de réponse qu'il aurait peut-être manqué... Mais il ne répond pas. Il lui fait face avec des yeux aussi vides que les siens. Mais pourquoi ? Pourquoi soudain tu ne dis rien ? ...Et il ne répond pas. Alors Nicolas fume une dernière fois, une grande dose, une énorme dose. Il abuse, il en rajoute, même lorsqu'il n'en veut plus, juste parce qu'il n'en veut plus. Une dernière fois, je vous en supplie. Tue-moi cette fois... Crève.

Il est en train de danser avec le Loup Noir. Ses amis lui pardonnent. Ils dansent à n'en plus sentir leurs pieds, leurs voix, leurs corps tout entier. Vous souriez maintenant ? S'il-vous-plaît ? J'aimerais tellement que vous puissiez sourire éternellement, même si je suis inutile, même si je suis un monstre. J'aimerais vous voir sourire pour de vrai. Je vous en supplie. Mais le Loup Noir se tait alors. Alors rien. ...Crève.

Mon dernier souhait, dans ce monde, voir mes amis sourire, voir celui que j'aime ne pas me haïr. S'il-te-plaît... Je n'en peux plus d'être moi-même, d'être une chair sans étincelle. Rien d'autre que de la chair à vif morte... Un sac de viande prêt à mourir. ... Crève.

S'il-te-plaît. Laisse-moi crever. ...Crève.

...Crève.

CRÈVE !



 

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