Terrae, Une nouvelle ère commence...

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Cette pièce dont on ne sort jamais [SOLO]
#   Sam 16 Déc 2017 - 22:14

Personnage ~
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► Doubles-comptes ? : Isis Nial, Dunkan D. Carter (inactif pour le moment), Michigan Carter (mort)
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HRP : Le rp est intemporel, disons qu'il commence avant l'event, mais je ne savais pas jusqu'à quand il va durer >.>


~Juste avant l'event~


Je prends une inspiration. C’est maintenant. Je le sens, maintenant ou plus jamais.
Je plante mes yeux dans ceux de mon interlocutrice.

_ Je suis prêt à parler… de mon enfance.

Je la vis sourire, ce sourire de maman. Enfin, je suppose, on ne peut pas dire que j’ai envie de me souvenir du sourire de ma mère.

_ Par où tu veux commencer ?
_ Par où je dois commencer ?
_ Comme tu le sens. Ça peut être par tes parents, ou par ton oncle.

Je réfléchis. Je ne m’attendais pas vraiment à cette question, disons que j’avais envie de parler de…

_ Mon oncle.

Elle hoche la tête.

_ C’est lui qui t’a élevé, c’est cela ?
_ Ouais. Enfin, même si c’est plutôt de la façon dont on élève une poule, ou une vache. C’était ce genre d’ « élevage ».
_ Ce n’est pas la première fois que tu utilises des comparaisons avec des animaux pour te définir, est ce que cela veut dire quelque chose pour toi ?

Je bloque un instant. Je ne m’en étais encore jamais rendu compte. C’est… étrange. Mais pas anormal.

_ Oui. Je crois que… Je ne me considérais pas vraiment comme un humain.

Elle ne dit rien. Elle attend que je continue, que je précise.

_ Vous avez déjà entendu parlé de la théorie selon laquelle un animal né dans un zoo n’est pas malheureux car il n’a aucune idée de ce qu’est son habitat naturel ? Y’a des gens qui ont essayé de faire ça avec d’autres êtres humains pendant la période d’esclavage, mais ça n’a jamais marché parce que les esclaves gardaient des liens avec leurs proches, leurs parents, d’autres esclaves, et ils voyaient leurs ravisseurs dont ils savaient à quoi ressemblait la vie à l’extérieur, et aussi parce que-
_ Houston, nous parlons de toi ici. Pas des esclaves.

Ha oui, les digressions. Elle m’a dit l’autre fois que ça semblait être ma façon de me protéger : parler des cas d’autres personnes pour ne pas me rendre compte de la réalité de ce que j’ai vécu. D’un autre côté, je suis loin d’avoir une vie plus pourrie que certains.

_ Je- En fait, je suis un esclave heureux réussi.

Un silence pèse. Bah, je ne m’attends pas à ce qu’elle comprenne tout de suite, on a beaucoup parlé mais je me rends compte que personne n’est vraiment jamais prêt à entendre ce genre d’histoire. C’est… Déstabilisant, probablement.

_ Mon oncle m’a sauvé de ma mère. Je parlerai un jour de ma mère, mais pour moi, mon oncle était une sorte de héros je suppose. Il m’a sorti de ma famille à sept ans, et il m’a amené dans cette pièce où il y avait des choses que j’aimais. Non, que j’ai appris à aimer.
_ Parle moi plus de cette pièce.
_ Ho, y’a pas grand chose à dire dessus. C’était plus un appartement d’ailleurs, mais pour moi ça a toujours été cette pièce. Y’avait une salle de bain, une salle de travail et ce qui devait faire office de cuisine. Mais je m’en servais jamais, puisqu’on m’apportait mes plats.
_ Qui le faisait ?
_ Personne, je les recevais par un monte-charge.

Elle fronça légèrement les sourcils mais ne dit rien.

_ Le salon était ma pièce de travail, y’avait des écrans partout. Des claviers, des écrans et tout un tas de matériel informatique. J’avais une bibliothèque perso aussi.
_ Et la chambre ?
_ Y’en avais une, mais je dormais en travaillant. Si je me laissais aller plus de 4h par jour de sommeil j’étais limite malade, beaucoup trop en retard. Alors j’avais un matelas au milieu de la pièce, et de temps en temps je dormais.
_ Au milieu des écrans ?
_ Ouais.

Elle prit un air franchement triste cette fois. Mais en s’en rendant compte, elle secoua la tête et reprit.

_ Et la porte d’entrée ?
_ Seul mon oncle la franchissait, Une fois tous les deux mois à peu près. Du coup j’avais installé mes deux écrans de loisir devant.
_ Et tu ne voyais personne d’autre ?
_ Je voyais pleins de gens, tout le temps, sur les écrans.
_ Mais tu n’interagissais physiquement avec personne.

Je prends une grande inspiration.

_ Je discutais avec Michigan mais je ne l’ai vu que deux fois.

Je sentis le frisson passer dans son dos. Ce n’était que le début.

_ Et la porte, insista t-elle, elle était fermée ?
_ Probablement.
_ Tu n’as jamais essayé de l’ouvrir ?
_ … Non. Je n’en avais pas besoin.
_ C’est à dire ?
_ Je connaissais le monde de dehors, je le voyais tous les jours derrière des écrans, à quoi bon sortir ? Je pouvais aller partout. J’étais déjà partout, puisque je passais mon temps à regarder le monde à travers une caméra. Il y avait des gens qui comptaient sur moi, j’avais de l’intérêt, de l’importance pour le dehors, mais plus je restais caché plus j’étais en sécurité. Je jouais à l’apprenti Dieu, en fait. Et puis je pouvais parler à qui je voulais sur la Terre sans qu’il sache qui j’étais. Ça me suffisait.
_ Tout depuis cette pièce ?
_ Oui. Vous inquiétez pas, c’était propre hein, je faisais le ménage, je plaisante.
_ Tu n’as jamais eu besoin de sortir ?

Je sens qu’elle le voit. Je sens qu’elle commence à comprendre, que je ne suis pas vraiment comme tout le monde. Mon silence lui donne sa réponse. Non, je n’ai jamais eu besoin de sortir.

_ Houston, combien de temps tu as passé dans cette pièce ?

Je me mords la langue. J’aurais préféré lui dire avant qu’elle pose la question.

_ J’y suis entré à mes 7 ans et demi. Et j’en suis sorti pour la première fois à 19 ans. 19 ans, deux mois, vingt-cinq jours et... Bref.

Elle se tut. Il se passait quelque chose d’important, à ce moment là, entre ces murs.
Ce moment où elle tentait d’imaginer la chose, de l’appréhender, de compter les heures, les jours, les mois, les années. Avant de se rendre compte qu’elle n’y arrivait pas, elle ne pouvait pas comprendre. La seule chose qu’elle arrivait probablement à penser, c’est qu’elle n’avait encore jamais vu ça. Et qu’elle ne voulait pas s’y habituer.

_ Tu as passé plus de 11 ans dans cette pièce.

Je ne répondis pas. C’était un constat, après tout.
Elle souffla. Je sais qu’on a déjà passé beaucoup de séances, sept exactement, à parler de Michigan. Je sais qu’elle doit penser que c’était une perte de temps à côté de ce que je viens de lui dire. Mais qu’elle le comprenne ou non, je pense qu’il m’est impossible de considérer ces 11 années et demi comme un traumatisme plus important que la mort de cet abruti fini. Pourtant…

_ Houston. Je veux bien que tu comprennes une chose. Tu dis que pour toi, c’est la normalité, tu n’as jamais eu envie de sortir. Pourtant, les mots que tu utilises pour te définir sont durs : esclave, animal… comme si tu subissais cet état. Ce que tu as vécu ne fait pas de toi quelqu’un d’inhumain.
_ Ça vous ne savez pas. Ce que j’ai fait dans cette pièce aux gens était-
_ Probablement très immoral. Mais pas inhumain. Tu te comportes comme un enfant, qui râle et qui grince des dents mais qui trouve de « bonnes raisons » pour obéir à ses parents parce qu’ils lui font peur. Quelle que soit l’image que tu avais de ton oncle, pour toi il t’avait enfermé dans cette pièce, il t’exploitait, même s’il ne l’a jamais dit explicitement.

Elle pesait chacun de ses mots. Ou c’était chacun de ses mots qui me pesaient.
Probablement les deux.

_ Houston, ce que tu as vécu, c’est de la séquestration. Peu importe les excuses que tu donnes à ton oncle, peu importe les excuses que tu te donnes à toi même. Et je pense que si tu as décidé de m’en parler aujourd’hui, c’est parce que tu viens de t’en rendre compte.

Ma bouche était sèche. Affreusement sèche. J’aurais dû répondre quelque chose, mais je ne pouvais pas, je me sentais comme figé. La violence des mots me venait d’un seul coup en tête. Je me demandais comment j’avais pu juste « ignorer » ça tout ce temps. Ça aurait été quelqu’un d’autre, je n’aurais pas hésité une seconde à le dire. J’ai déjà eu un élan de sympathie pour des gens dans la même situation que moi. Pourtant, je n’avais pas l’impression de vivre la même chose. Je me sentais tellement loin de ces gens…
Mettre des mots, j’avais toujours trouvé que c’était des conneries. Mais en fait, je me trompais.
Mettre des mots aide à prendre conscience des choses.

Je m’appelle Houston Lawrence Carter et pendant 11 ans, j’ai été séquestré par mon oncle.



Spoiler:
 
#   Sam 6 Jan 2018 - 22:30

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HRP : Je sais pas ce que j'ai avec ces réunions de psy mais ça sort tout seul xD



_ Bonjour Houston, de quoi tu as envie de parler aujourd'hui ?

Je penche ma tête sur le côté. Je ne sais pas vraiment, je sais qu'elle voudrait qu'on parle de la semaine dernière, de mon enfance ratée, de ma mémoire peut-être, mais je sais pas, je me sens pas. En fait, ce que je sens, c'est qu'il y a beaucoup de choses que je voudrais découvrir, pleins de choses dont il faudrait parler. Tellement de choses.
Je hausse les épaules avec un sourire.

_ Vous avez pas une petite boîte avec des sujets random, un truc comme ça ?
_ Hm...

Elle haussa un sourcil amusé avant de pauser mon dossier.

_ Il y a en effet des sujets que j'aimerai aborder avec toi, mais encore faut-il que tu sois prêt.
_ Tant qu'on parle pas famille, je suis opé.

Elle acquiesse et semble prendre une respiration plus profonde. Oh my god, je sais pas pourquoi j'ai peur.

_ Est ce qu'on peut parler de ta sexualité ?

Je relache toute la pression. Ho bah si c'est ça c'est tranquille !

_ Ouais, ça ça me va ! Vous voulez savoir quoi ?

Je la vois froncer très légèrement les sourcils. HA- On a passé suffisemment de séances ensembles pour que je sache qu'elle est sceptique ! Ou surprise, ou les deux en même temps.

_ C'est assez rare que tu sois aussi partant pour un sujet.
_ J'ai du mal à comprendre pourquoi c'est tabou en fait, et puis vous allez voir qu'il y a pas grand chose à dire de toutes façons.

Elle fit une pause avant de répondre.

_ D'accord. Alors, nous pourrions commencer par les sentiments, tu as déjà été amoureux ?

Je fronce les sourcils en réfléchissant, cherchant dans la masse de gens dont j'ai aperçut le visage.

_ Heuuuu je sais pas trop. J'avais un crush sur une petite actrice de rien du tout, mais elle a terminé dans la drogue dure et elle était méconnaissable. Mais je l'avais jamais vu en fait, je la trouvais juste jolie quoi. Après y'a eu...

Je me pince la lèvre. Ha oui. Je l'avais oublié, elle.

_ Je sais pas si on peut vraiment dire que j'étais amoureux, mais on se connaissait assez pour que notre relation soit ambigüe.
_ Comment elle s'appelait ? Demanda-t-elle gentiment.
_ Mona. C'était une meuf trop spé, en vrai. Elle était intermédiaire pour une des mafias pour laquelle je bossais, et elle faisait transiter certaines infos craignos quoi. Parfois elle me donnait des exclusivités ou elle m'aidait à placer mes caméras. Et en dehors de ça, elle se pointait parfois chez moi, elle vidait mon frigo en se matant des films sur un de mes écrans. Et quand je lui disais de dégager ça marchait jamais, et j'avais pas la force de la virer.
_ Elle avait le droit de venir dans « cette » pièce ?
_ Non, on se voyait ailleurs, j'avais fait des bases un peu partout en ville comme ça si je sortais j'avais quand même des safezone. Et je crois qu'elle les connaissait presque toutes.
_ Pourtant elle ne t'a jamais vendu.
_ Non, jamais. Je vous l'ai dit, elle était bizarre.
_ Et qu'est ce qu'elle est devenue ?
_ Elle est morte. Faut dire qu'elle trempait dans tellement de trucs... Elle avait jamais peur de rien mais tout a une fin, donc elle a fini par trouver plus fort qu'elle.
_ … Comment tu t'es senti, quand elle est morte ?
_ Mal. J'avais rien vu venir, alors je m'en voulais à mort. Et puis j'ai trouvé son assassin et je me suis arrangé pour qu'il soit tué à son tour. Première fois que je faisais quelque chose de mon propre chef je crois, c'était juste avant que je quitte le service de mon oncle.

Eeeeeet voilà j'en était sûr, parler des morts ça créé toujours un malaise.

_ Donc, tu supposes que tu as agis par culpabilité, mais tu la considères quand même comme une personne que tu aimais... Tu n'aurais pas agit par amour ?

Je me gratte l'arrière de la tête. Je sens que ça va être gênant.

_ Désolé mais je crois pas que l'amour y soit pour quelque chose. A vrai dire, je crois que le concept même de l'amour est un truc qui m'échappe encore complètement. Il y a des personnes dont je suis proches, que je peux dire que j'aime, mais c'est pas vraiment dans le sens où vous et la société l'entendez.
_ C'est ce que tu m'avais décris avec ton cousin ?
_ Ouais, un peu ça.
_ Et comment tu décrirais cette forme d'amour ?

Je réfléchis à nouveau, concentré.

_ Excessif, exclusif, non intéressé, humble, un truc comme ça.
_ C'est ça aussi que tu ressentais pour Mona ?
_ Ouais.
_ Et à Terrae, tu as fait ce genre de rencontre ?
_ Ha ouais carrément ! Y'a Alice, je pense que c'est à peu près ça aussi. Mais c'est encore un peu différent, parce que je suis plus vraiment le même. C'est pas très clair, mais je l'aime bien.

Elle hocha la tête. Je sais que c'est le moment où elle va passer à autre chose, en me laissant potasser ses phrases pendant le reste de la semaine. Je déteste quand elle fait ça, mais faut avouer que c'est efficace.

_ Et est ce que tu l'as déjà désiré ?

Je manque de m'étouffer avec ma propre respiration.

_ Que- Erk- Enfin pas qu'elle soit pas belle mais c'est Alice putain vous êtes sérieuse ?!

Elle laissa échapper un petit rire, sincèrement surprise.

_ Je parlais plus de Mona en l'occurence mais c'est vrai que cela pouvait porter à confusion. Dois-je en déduire qu'Alice est plus désirable que Mona ?
_ Ce serait sympa que ce quiproquo reste innocent si vous voulez bien.
_ C'est pourtant toi qui disait que tu ne comprennais pas les tabous autour de ça.
_ Touché.

Elle n'a d'ailleurs pas tort, ça n'a jamais été étrange pour moi d'évoquer ce genre de sujets, pourquoi maintenant ? Si vous souhaitez que je vous ammène un raisonnement tiré par les cheveux où je me rends compte que je suis totalement in love d'Alice vous allez être déçu. Mais je crois que madame la psychologue a touché un point sensible.

_ Attendez, vous entendez quoi par « désirer » ?

Elle a l'air un peu surprise, mais elle m'explique tout de même. Je vous jure je sais pas pourquoi cette nana est d'une telle patiente avec moi, ça aurait été moi j'aurais pété un cable y'a longtemps.

_ Est ce que tu as déjà eu envie de la toucher, de la prendre dans tes bras ? De passer une main dans ses cheveux, ou alors d'aller plus loin...

Je fronce encore plus les sourcils.

_ De la baiser quoi ?

Je sens qu'elle est mal à l'aise. J'ai dit un truc qu'il faut pas ?

_ J'aurais plutôt dit « faire l'amour » mais soit.
_ Y'a une différence ?
_ Oui... (elle lève un sourcil en comprenant que ça m'échappe et soupire) Lorsque l'on « baise » avec quelqu'un, on introduit l'idée que c'est un acte dénué de sentiments, un acte qui généralement ne provoque un plaisir physique. Tandis que « faire l'amour » mets les âmes des partenaires en osmose, non seulement le plaisir physique est présent, mais aussi un plaisir mental de se sentir aimer par la personne avec qui on le fait. Généralement, on ne fait pas l'amour avec des inconnus par exemple.

Des tas d'images repassent dans ma tête, défilement certains des images pas très catholiques que j'ai eu le malheur d'observer.

_ Au risque de choquer votre âme de romantique, je crois que j'ai jamais vu quelqu'un faire l'amour.
_ Cen'est pas quelque chose que l'on observe généralement.
_ Déjà souvent les deux partis étaient pas forcément consentants.
_ Houston... C'est illégal et ça s'appelle du viol.
_ Et avec les enfants c'est de la pédophilie je sais, n'empêche que vous seriez étonné du nombre de personnes qui pratiquent les deux.

Elle se tait.
Oups ? Quand elle fait cette tête là c'est qu'elle se reprogramme, à tous les coups j'ai fait prendre un tournant glauque à une discussion totalement innocente à la base.

_ Houston...

Je déteste quand elle commence comme ça, personne commence comme ça, non mais hé !

_ Tu as déjà... Vu des enfants se faire violer ?
_ Ouais. Pleins.

Elle souffle et passe une main devant son visage.
Pourquoi elle doit toujours tirer une tête pareille sérieux, ça me donne plus du tout envie de plaisanter là ! Du coup, je tire aussi une tête de mec qui boude je suis sûr.

_ Et toi tu-
_ Hola non, y'a encore des choses qui m'ont été épagnées merci, mon cul en fait parti. Et sinon pour les enfants, personne pouvait rien y faire, c'était comme ça, point. Je vous ai dit qu'on parlerai un jour de ce qu'il y avait sur les écrans, promis on reviendra dessus, mais là ça me saoule d'en parler, vraiment.

Pourquoi elle a l'air étonnée, c'est bon là j'ai pas envie de lui pourrir encore sa journée elle devrait me remercier !

_ D'accord, passons à une autre question.

Je hoche la tête. Ben voilà, c'était pas compliqué.

_ Houston, est ce que tu te masturbes ?


Je pense qu'il est important de maintenir un petit silence avant de répondre à cette phrase. Je crois, sincèrement hein, que jamais personne ne m'a posé cette question de ma vie. Ma psy vient de me demander si je me masturbe. Au calme.
Je crois que j'ai sous-estimé les psychologues, je m'en excuse.

_ Heuuu. C'est à dire ?
_ Je crois que je ne peux pas faire plus clair comme question.
_ Oui, non mais, vous voulez dire, seul ?
_ C'est l'idée. A moins que tu ne le fasses avec quelqu'un d'autre.
_ Moi non ça va merci. Je sais que je vous sors des énormités mais quand même.
_ Ok.

Et je précise que c'est important de dire que le « ok » sonnait vraiment comme un « ok cool merci mon dieu ! ». Vraiment important.

_ Et donc ?
_ Et donc quoi ?
_ Et donc, est ce que tu te masturbes ?

Et donc nique ta maman non mais !

_ Je suppose que je le ferais si ça me procurait du plaisir.

Les gens, je crois que je suis en train de réaliser un truc.

_ Donc tu ne le fais pas.
_ Non.
_ Est ce que tu as des réactions naturelles, le matin quand tu te lèves par exemple ?

Les gens sérieusement, j'ai l'impression d'avoir huit ans...

_ Mon rythme de sommeil chaotique ne me permet pas de me lever le matin, mais de toutes façons la réponse reste la même, non.
_ Jamais ?
_ Jamais.

Je crois qu'on peut encore dire que c'est un épisode de ma vie où je découvre quelque chose de ma vie. Vraiment.

_ As tu déjà regardé un prono ?
_ Ouais, je suppose.
_ C'est à dire ?
_ Les écrans, je vous ai dit, en parler plus tard, tout ça...
_ D'accord. Mais donc tu n'as jamais eu de réaction ?
_ Est ce que vous essayez de me faire dire que je suis impuissant ?
_ Est ce que c'est le cas ?

Bonne putain de question.

_ Oui, non, aucune idée, j'en sais rien !

Genre, vraiment.

_ Un blocage psychologique vous croyez ?
_ Probablement. Il faudra qu'on parle de ces écrans.
_ Ok. Est ce qu'on peut dire que je mets « me masturber » dans les choses à faire dans ma nouvelle vie et on arrête la séance là ? Ça commence à devenir un poil gênant.
_ Si tu veux.
_ Ok ok...

Je crois que j'ai jamais autant froncé des sourcils de ma vie.
Au fond, qu'est ce que ça change ? Je veux dire, ça va pas mettre un coup à ma virilité puisqu'elle est inexistante, ça va pas changer ma vie parce que je vais pas me mettre à bande du jour au lendemain et je risque encore moins de me découvrir une attirance cheloue pour les enfants donc y'a pas de problème non ?
Je me lève et me dirige vers la porte avant qu'elle me retienne avec une dernière question.

_ Tu ne t'en étais jamais rendu compte ?
_ A vrai dire, c'était pas vraiment ma priorité.

Vous savez même pas à quel point je me sens con.



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