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L'Amour est le plus fort des pouvoirs [ Privé]
##   Mer 25 Déc - 13:47

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Montignac, 20.12.13

Bettina s'affairait dans la cuisine, tentant vainement d’accélérer la cuisson de son poulet au curry. Elle pestait dans toutes les langues qu'elle connaissait, élevant à peine la voix toutefois afin de ne pas déranger Madame. Celle-ci était fragile depuis quelques années et la violence de Bettina contre la cuisinière n'arrangerait surement rien. Elle jeta un rapide coup d'oeil dans le salon. Rien à signaler. Madame semblait calme ce matin. Un léger soupir s'échappa des lèvres de la jeune femme. La condition de Madame l'attristait : elle ne parlait pas, ne souriait pas, ne cessai de réclamer son fils, parti depuis longtemps à présent. Le soleil brillait fort au-dehors, Bettina en avait profité pour ouvrir un peu, laissant la lumière solaire éclairer la pièce. Avec cette lumière, et l'odeur du curry dans la maison, Bettina se serait presque crue chez elle. Ses pensées s'échappèrent, bientôt perturbées par un visage, celui d'un jeune garçon : "J'espère que ce garnement va bien, et qu'il est à l'abris" pensa t-elle.

Bettina arrangea le plateau, rempli à ras-bord de nourriture. Le poulet au curry occupait la place centrale, dans une grande assiette, entourée par des fruits. La jeune femme cala le plateau sous son bras et se dirigea dans le salon. Madame était encore perdue dans le canapé, une combinaison blanche, ressemblant à celle des astronautes, sur les genoux, qu'elle caressait doucement comme un chaton.

-Voilà Madame! Le repas est prêt!, dit Bettina d'une voix forte, aux sonorités africaines.

La dame en question releva la tête, contempla un instant le plateau puis secoua la tête.

-Merci Bettina... Je n'ai pas très faim...

-Madame, il faut manger. C'est pas bon pour vous de ne pas vous forcer, avertit Bettina, comme elle le ferait avec un enfant.

Elle poussa légèrement le plateau vers le canapé pour l'inviter à manger. Voyant que son entreprise allait de nouveau se solder par un échec, Bettina décida d'adopter une nouvelle stratégie.

-Si vous ne mangez pas, votre fils ne vous reconnaîtra plus quand il rentrera.

L'effet, prévisible, parvint tout de même à fendre le coeur de la jeune femme. La mère redressa légèrement son visage vers l'africaine, le menton tremblotant, les yeux noyés par le chagrin. Elle semblait faire tous les efforts du monde pour ne pas fondre en larmes.

-Il ne reviendra plus..., soupira t-elle avec un petit sourire triste, dissimulant bien mal la tristesse qu'il y avait derrière.

-Bien sûr qu'il reviendra! s'exclama Bettina, et quand il sera de retour, ce sera pour voir sa maman en pleine forme et toute souriante.

La tristesse de la mère sembla s'envoler un peu face à l'énergie persuasive de Bettina. S'avançant au bord du canapé, elle prit la fourchette d'une main indécise avant de prendre une bouchée de poulet, sous le regard satisfait de Bettina. Cette dernière repartit dans la cuisine en silence, laissant la maman à son repas. L'atmosphère s'était quelque peu allégée dans le salon. La maman mangeait à nouveau, murmurant de temps à autre à nom : "Matheo".

Le père de Matheo rentra tard encore ce soir-là. Il trouva sa femme debout devant une petite étagère, contemplant les photos avec tendresse. On pouvait voir sur l'une d'entre elles deux jeunes enfants : une fille aux cheveux bruns, aux carrés, un grand sourire sur les lèvres, qui portai sur ses genoux, enlacé, un garçon aux cheveux très clairs, presque blancs, aux yeux tout aussi clair et à la peau couleur de neige. Le petit garçon riait, sûrement à cause des chatouilles de sa soeur. Le papa s'était approché doucement, passant les bras autour des épaules de sa femme, qui se blotti contre lui. La perte de sa fille trois ans plus tôt l'avait meurtrie, la perte de leur second enfant quelques heures plus tard l'avait brisée. Il avait suffit d'une journée pour que leur vie bascule, en quelques instants, les parents qu'ils étaient avaient perdus leur deux enfants. En tant que mari, il avait enfermé toute sa tristesse au fond de lui, pour être capable de soutenir sa femme. Maintes fois il avait pensé s'effondrer, chaque fois il s'était accroché au fait que sa femme avait besoin de lui. Les paroles de l'homme restaient encore dans sa mémoire, le jour où Matheo était parti.

"Votre fils est à l'abri, dans un endroit fait pour lui et où il sera heureux. Lorsqu'il le voudra, il reviendra."

Lorsqu'il le voudra il reviendra... Le père de Matheo s'accrochait à cet espoir comme un noyé à une bouée. Mais loin de rassurer sa femme, la mère de Matheo s'était renfermé, attendant chaque jour un signe de son enfant, signe qui ne venait jamais...

Le matin se levait sur le village, chassant une nuit qui avait été très agitée pour les parents de Matheo. Les cauchemars prenaient encore la place de leurs rêves et le désespoir s'accrochait, même dans leur sommeil. Ils n'avaient plus connu la paix depuis trois ans, de plus, l'approche des fêtes, l'approche de noël renforçait comme chaque année cette douloureuse sensation de solitude. Alors qu'à ce moment de l'année, toutes les familles rayonnaient de bonheur, cherchaient les cadeaux pour allumer la joie dans les yeux de leurs enfants, la famille de Matheo, elle, plongeait dans un malheur infini et en pouvait voir leurs deux enfants heureux, plus maintenant...

Pourtant, aujourd'hui serait un jour différent. Le jour où tout allait basculer. Lorsque le père de Matheo se réveilla, il constata que sa femme n'était plus à ses côtés. Cela ne le surprit guère, il était habitué à ses insomnies, persistantes depuis la disparition de leurs enfants. Pourtant, comme chaque fois, il se leva malgré tout, descendit lentement les escaliers qui menaient au salon, convaincu que sa femme y était, pleurant sur une photo ou recroquevillée dans un coin de la maison. Il se préparait mentalement à ce qu'il allait trouvé, à ce qu'il trouvait depuis trois ans, sans arrêt. Il ne supportait plus cette situation, mais il ne pouvait pas l'abandonner. Son devoir... était auprès d'elle, de son épouse.
Mais contrairement à ce qu'il avait imaginé, sa femme n'était ni devant l'étagère à photos, ni dans le canapé. Un peu surpris, il parcouru l'espace d'un rapide coup de tête avant de noter sa présence près de la porte d'entrée. Intrigué, car jamais elle n'avait manifesté une telle attitude, il s'approcha, constatant que sa femme tremblait comme un bouleau. Il allait poser une main sur son épaule, pour la calmer, mais elle le devança. Elle se retourna avec une telle rapidité qu'il fut percutée de plein fouet. Il vacilla sur le coup, se reprit, et enlaça sa femme avec amour tandis qu'elle épanchait ses larmes sur son torse. Mais ce qui suivait allait le laisser tout aussi désarmé. Un papier glissa de la main de sa femme sur le sol. Un papier avec une écriture qui le parcourait. Un papier ressemblant fort à une lettre. Une seule lettre pouvait mettre sa femme dans sa état. Une seule personne. Pris d'une soudaine énergie, il écarta sa femme en douceur pour se saisir de la lettre. Son sang ne fit qu'un tour.

« Cher M, Mme Runon,

J'ai le plaisir de vous informer que notre école propose exceptionnellement une journée de visite pour les parents désirant voir leurs enfants. Nous avons conscience que les parents privés de leurs enfants passent par des moments très difficiles, et suite à de nombreuses demandes, j'ai décidée d'autoriser cette journée. Si vous désirez voir votre fils, Matheo, actuellement dans notre école, je vous donne rendez-vous à l'institut Terrae, au Japon. Nous vous communiquerons plus de détails par la suite de façon privé, de façon à ce que ces informations ne tombent pas entre les mains de n'importe qui.

Avec mes salutations distinguées,

Hideko Honda. »

Le feuille glissa de nouveau au sol. Le mari tomba à son tour dans les bras de son épouse. Un signe, celui qu'ils avaient attendu si longtemps. Leur fils était de nouveau à leur portée. Enfin il allait le revoir.

Les événements qui suivirent semblaient tirés d'un film d'espionnage à haut-risque. L'école les contacta de nouveau, les enjoignant de se rendre dans un endroit précis pour avoir les instructions. Ce petit manège se répéta à trois reprises, au bout du compte ils obtinrent enfin ce qu'ils voulaient. Ils étaient prêt. Depuis le jour où ils avaient reçus la lettre, les billets avaient été achetés, ils n'attendaient plus que de savoir le lieu précis où ils devaient se rendre.
Dans l'avion, les deux parents se tenaient la main avec la force du désespoir, attendant le moment des retrouvailles avec impatience mais appréhendant aussi ce moment. Depuis tout ce temps, qu'est-ce qui avait décidé l'école ainsi ? Depuis tout ce temps.... Leur fils allait-il bien ? Et sa maladie ? Comment l'avait-il géré sans eux ? Sans ses parents pour le protéger, le prévenir ? Trois ans... Matheo devait être bien affaibli maintenant... dans quel état allait-il le trouver ? Toutes ces questions se bousculaient dans leur tête. Questions auxquelles ils trouveraient bientôt des réponses... Du moins, ils le croyaient.
Ils n'avaient eus aucun problème pour rejoindre cet endroit. Les indications étaient précises, et la mère de Matheo parlait très bien le japonais, réminiscence d'une adolescence passait dans les rues de Kyoto en tant que petite française, passionnée par la culture orientale. Son mari était restait étonnamment silencieux, pendant qu'elle s'occupait de tout. Mais elle l comprenait. Même si elle parlait, elle le faisait parce qu'elle le devait. Autrement, une énorme boule se formait au fond de son estomac, refusant de la laisser en paix. Son fils, son petit enfant... Bientôt il serait dans ses bras.


L'institut était une grande demeure, un établissement gigantesque, construite par on ne sait quel géant. La mère de Matheo était impressionnée par cet endroit, le père... Ne disait mot. Il fixait simplement le portail, d'un air déterminé. L'école l’impressionnait lui aussi, beaucoup trop d'ailleurs. Il avait du mal à voir comment un tel édifice pouvait subvenir aux besoins de leur fils. Ils avaient du mal à percevoir ce qu'il avait de si spécial... La réponse s'imposait pourtant d'elle-même. Tout dans cette bâtisse, des murs aux toits, jusqu'au portail de l'entrée, respirait une atmosphère d'un autre monde, comme si la bâtisse n'était pas vraiment là, comme si... il y avait autre chose derrière. Une aura de mystère l'entourait et, même s'il ne l'avouerait jamais à sa femme, l'effrayait. Cette dernière remua légèrement à ses côtés, accrochée à son bras.

«  Que faisons-nous maintenant ? Crois-tu qu'ils viendront nous chercher ?, demanda t-elle, l'âme en souffrance

La nuit était avancée, tout semblait parfaitement prévu pour qu'il puisse le voir. Pourtant, malgré sa terrible envie de le voir sain et sauf, elle ne pouvait écarter un sentiment d'inconfort, comme si une chose n'allait pas. Peut-être le fait de se tenir seule, en plein nuit, devant un tel bâtiment l'impressionnait-elle ? C'était sûrement ça... Elle se faisait trop de soucis. Le plus important, c'est que Matheo soit présent, qu'elle puisse le serrer dans ces bras en lui chuchotant tout son amour à l'oreille. Rien ne comptait d'autres.
Ils allaient s'avancer quand une silhouette se découpa progressivement de l'horizon. Un homme à ce qu'il paraissait. Il était mince, très mince, un visage émacié et triangulaire, un nez en bec d'aigle et des yeux bleus métallique que, pour une raison inconnue, la mère de Matheo jugea effrayants et... froids. Difficile de faire plus mauvaise impression. Il portait une sorte de costume trois pièces, recouvert par une blouse blanche. Cela lui donnait l'allure d'un scientifique, un scientifique un peu fou. Cette fois, le père de Matheo sembla se recroqueviller également. Comme sa femme, l'allure de l'homme en face de lui ne le rassurait guère. Matheo était-il enfermé dans un institut scientifique ? Une image de son fils en train de se faire charcuter au scalpel s'imposa à lui. Il serra la main si fort que les jointures craquèrent. Cet homme ne lui faisait pas bonne impressions. Ou plutôt... ces hommes. D'autres étaient sortis, accompagnant le premier. Il y avait une femme aussi avec eux, même tenue, même blouse identique. La mère de Matheo se serra un peu plus contre son mari. Son impression de danger la submergeait à présent, elle était convaincue que quelque chose n'allait pas.
L'homme qui était apparu en premier s'avança, un grand sourire avenant sur les lèvres, mais qui apparut pour les parents de Matheo comme un rictus de satisfaction :

«  Bienvenue Monsieur et Madame Runon », dit-il sans se départir de son sourire.

Surmontant son appréhension, la mère de Matheo s'avança alors que son mari essayait de la retenir. Il ne faisait aucune confiance à cette homme. Il commençait même à se demander si venir ici avait été une si bonne idée. Sa femme l'ignora. Ses yeux étaient fixés sur le scientifique, la détermination brûlait son regard.

- « Où est notre fils ? Vous nous avez promis que l'on pourrait le voir ! », exigea t-elle avec force.

Les scientifiques se regardèrent entre eux, certains en rigolant, d'autres se contentant de sourire avec indulgence, comme face à une souris piégée par le chat. Le Porte-parole, le premier, s'avança de nouveau. Son sourire, cette fois, ne laissait aucun doute sur ses intentions. La flamme malveillante de son regard acheva d'ailleurs de confirmer les soupçons de la mère de Matheo.

-Oh mais vous allez le voir ! Et croyez-moi... Cela nous fera autant plaisir qu'à vous », affirma t-il sur un dernier rictus de victoire.

##   Mer 25 Déc - 13:53

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Terrae,

Je tournais en rond dans la pièce depuis un long moment maintenant. Le soleil n'était pas encore couché et du coup, comme tous les après-midi, je patientai nerveusement jusqu'à l'approche de la nuit. Le côté positif c'était l'hiver. La nuit arrivait tôt, durait plus longtemps aussi, j'étais libre pour une large période. Période mise à profit de bien des manières. Il m'arrivait de me balader, encore et toujours à Terrae, bien que je connaisse la plupart des coins à présent car personne ne vient vous interrompre ou vous bloquer la voie la nuit. Et puis, Terrae était tellement plus vaste que mon village, que j'avais l'impression de découvrir sans cesse de nouvelles choses dans ce décor. Chaque nouveau passage était riche de découvertes, si bien que je n'en finissais jamais de visiter cet endroit. Mais c'était absolument exaltant. Je ne pouvais m'empêcher de trouver ça merveilleux. La majesté de Terrae avait de quoi impressionner même le plus vétéran de ces lieux, j'en étais convaincu. Autre façon d'occuper mes nuits, les entraînements que Ryu m'imposait, chose qui me rendait plus heureux que n'importe quoi d'autre. Je n'arrivai toujours pas à croire que j'étais vraiment son élève, que j'apprenais avec le meilleur professeur de Terrae ! Oui, car pour moi, il était sans conteste le meilleur. Depuis le commencement des exercices, j'avais acquis une maîtrise de mon pouvoir que je n'aurai jamais imaginé effleurer un jour. Ma sensibilité à l'air ainsi que mon habileté à guérir progressait chaque jour, cette dernière étant développait grâce aux guérisseurs de l'infirmerie, qui acceptait de me laisser travailler avec eux de temps en temps, m'expliquant les facettes et possibilités de mon don. J'avais ainsi fait de réel progrès en la matière, mais j'avais acquis quelque de plus, d'encore plus précieux : la confiance en moi. Je n'étais pas encore au point c'est vrai, comme Ryu ne manquait pas de le signaler assez souvent, mais je ne m'étais pas senti aussi apaisé et bien dans ma peau que depuis le début de ces entraînements. Ryu avait été magique avec moi et je savais que je ne pourrai jamais assez le remercier pour cela, sinon en continuant de progresser. Lui-même, je pense, ne réalisait pas à quelque point il m'avait sauvé. C'est pourquoi je m'en voulais de lui faire cela...

D'un pas lent, hésitant, je me dirigeais vers le bureau qui m'était assigné, ouvrit un tiroir et en sortit une feuille froissée à force d'avoir lu, consultée, manipulée. Pour la centième fois, je l'a relu avec incompréhension, ne sachant pas quoi penser.

«  Bonjour mon chéri, j'espère que tu vas bien. Ton père et moi sommes en route pour Terrae en ce moment-même car nous espérons te voir cette fois-ci pour Noël. La directrice nous a donné une autorisation. Nous avons hâte de te revoir. Rendez-vous au portail cette nuit vers 5h du matin.

Je t'aime mon ange.

Maman et Papa.

Ps : Ne parle à personne de cette lettre, c'est notre petit secret ! »

Je pliais la feuille de nouveau, la rangeant dans le tiroir. J'avais trouvé cette lettre par terre, dans la chambre, à mon retour d'une de mes balades nocturnes. Jamais je n'avais été aussi surpris et inquiet de toute ma vie. Surpris car jamais mes parents ne m'avaient écrit, parce que je ne leur avais jamais écrit non plus et du coup, je me demandais ce qui avait bien pu se passer. D'où les raisons de mon inquiétude également. Étaient-ils venus me faire des reproches ? Me reprocher de ne pas leur avoir écrit depuis tout ce temps ? Ce serait compréhensible... Mais ça m'effrayait également. Comment pourrais-je les voir depuis tout ce temps ? Cela faisait trois ans. Trois que je n'avais envoyé aucune lettre, trois ans que leur vie m'échappait... Trois ans que ma sœur était décédée. Pourquoi devaient-ils surgir maintenant ? Pourquoi éprouvaient-ils le besoin de me voir à présent ? Est-ce que mon absence avait été si dure pour eux ? Moi qui ne m'étais jamais vu que comme un fardeau dans leur existence, j'étais heureux de partir, de pouvoir les libérer... Pourquoi venir me chercher à présent ?
Toutes ces questions se bousculaient dans ma tête, mais aucune ne semblait vouloir trouver une réponse. Leur venue me prenait complètement par surprise, et en même temps que je tournais en rond dans l'espoir que la nuit arrive, je souhaitais au fond de moi qu'elle n'arrive jamais. Comment je pourrais leur faire face après tout ce temps ? J'avais toutefois respecté leur demande, je n'avais prévenu personne. Même si la directrice les avait autorisé à venir, je n'étais pas sûr qu'ils puissent rentrer. Sauf si Hideko allait les accueillir. Arf, c'était décidément bien compliquée comme histoire. Je ne savais plus quoi penser. J'aurai tout donner pour pouvoir en parler avec Ryu, lui demander des conseils, savoir comment m'y prendre... Je ne lui avais rien dit. J'avais gardé le secret. Et je le regrettais dans un sens car j'aurai vraiment eu besoin de lui maintenant. Mais il était trop tard pour faire marche arrière. Je le savais. Et cette rencontre était bien trop importante pour moi pour tout gâcher à présent. SI mes parents avaient vraiment fait le voyage, je me devais d'aller à leur rencontre. C'était important... pour moi. Je réalisais avec leur venue, que leur absence avait laissé un vide en moi, un vide que j'avais désespérément tenté d'ignorer. Mais à présent, il revenait au galop, et je ne pouvais rien faire pour le freiner.
Un petit sourire commença à éclore petit à petit sur mon visage. J'allais les revoir. Mes parents, j'allais enfin les revoir.


La nuit était bien avancée à présent. J'avais passé les derniers temps du jour à essayer différentes tenues, voulant faire bonne impression pour nos retrouvailles. J'avais finalement opter pour un T-shirt blanc, avec un pull crème et un jean bleu marine avec des chaussures de villes classiques. Maman aimait que je sois habillé clair et avec simplicité... Elle n'aimait les combinaisons trop compliqués ou les costumes, ça la mettait mal à l'aise. Voyant l'heure avancer, je pris mon manteau rouge bordeaux, descendant un peu en-dessous du bassin et me dirigeai vers la porte. Mes colocataires dormaient à point fermés à cette heure-ci. Avec un léger sourire, je fermai doucement la porte pour ne pas les réveiller, sachant que j'aurai pleins de choses à leur raconter à mon retour. Dans ma poche, je serrai une petite lettre, propre celle-ci, comme pour la protéger. Je l'avais écrite de ma main un peu avant de partir. Un mot de remerciement pour Hideko, pour avoir autorisé mes parents à venir ici. Je sortis dans le froid de la nuit d'hiver, me laissant guider par la lueur pâle de la lune. Ce soir, la nuit prenait une signification tout autre pour moi. Une nuit de retrouvailles, une nuit de joie. Pour la première fois, je contemplai ce ciel nocturne avec ravissement. Pour une fois, il m'apportait quelque chose de bien. Peut-être était-ce enfin la fin de la malédiction de l'enfant lunaire...
Tout en marchant, je me prenais à contempler tout ce qui m'entourait, comme si je ne l'avais jamais vu auparavant, ou plutôt, comme si je n'allais plus rien revoir. Je percevais ce moment de ma vie comme un tournant, un tournant qui allait décider de ce que j'allais faire après Terrae. Allais-je repartir avec mes parents ? Et s'ils me le proposaient, allais-je accepter ? Je ne pouvais pas nier que j'en avais envie, très envie même. Mais le fait d'abandonner cet endroit si cher à mon cœur à présent, d'abandonner les amis que j'avais réussi à me faire contrairement au monde extérieur, d'abandonner Ryu aussi... Tout cela pesait lourd dans ma décision. Je n'étais pas encore sûr de mon choix. Je n'étais pas encore sûr de ce que je voulais. Devais-je quitter Terrae pour retourner avec mes parents ? Peut-être que leur venue était un signe du destin, me montrant le chemin que je devais prendre. Peut-être devais-je prendre ça comme le fait que je n'avais plus rien à faire à Terrae maintenant, que j'y avais appris tout ce que je pouvais. Qu'à présent... je pouvais mourir en paix, chez moi, avec ma famille, tranquillement.
Mes pas me conduisirent bien vite à la maison de la directrice. Trop vite pour moi en tous cas. Je n'avais pas réalisé que j'avais marché aussi vite. Mais maintenant que je me trouvais face à elle, je ne savais plus très bien quoi faire. « Peut-être que Ryu ne m'a encore appris tout ce que je devais savoir finalement », pensais-je avec amusement. J'inspirai profondément, de façon à être plus sûr de moi, comme je ne l'avais jamais été auparavant. Sans hésitation, je glissai la lettre sous la porte d'Hideko, où vivait également Ryu et Daisuke. Daisuke... Jamais je n'aurai imaginé que Ryu soit papa. Mais j'étais sûr qu'il remplirai ce rôle à merveille. Il suffisait de le voir avec moi pour comprendre qu'il avait tout ce qu'il fallait du grand frère pour faire un bon père. Et tout pour faire un bon amoureux aussi. Maintenant que je les imaginais côte à côte, je me disais qu'il faisais tout de même un couple bien assorti. C'était amusant. Daisuke... Finalement Ryu, je ne l'aurais jamais rencontré. Mais c'est sûrement mieux ainsi, je continuais de penser que je lui ferai peur avec mon apparence ! Je me relevai en douceur et m'éloignai à reculons sans faire de bruit. Aucune lumière n'émanait de la maisonnette endormie. Il était bien trop tard. Je fixai dans un dernier regard la maison où se trouvait les deux personnes à avoir changé ma vie avant de tourner les talons pour m'éloigner, ne laissant qu'un doux murmure flottai dans la nuit .

-Au revoir... et merci.

Puis la nuit se referma, et je disparus dans les bois environnant, marchant vers mon destin.


Le portail était le centre des grilles qui entouraient la propriété. Cela pouvait ressembler à une prison au premier abord mais la directrice nous avait bien mis en garde, plus que pour nous empêcher de sortir, c'était pour empêcher les intrus d'y entrer. Intrus parmi lesquels figuraient ces scientifiques dont elle m'avait parlé au moment de mon initiation. Les scientifiques... je n'en avais qu'entendu parler. Leurs méfaits étaient connus, ainsi que leur détermination à percer le mystère de l'initiation et des pouvoirs, mais jamais je n'en avais encore vu. Non pas que je le souhaitais bien sûr, mais je me demandais seulement l'intérêt que ces pouvoirs pouvaient signifier pour eux. Je me demandais de quelle manière ils voyaient les choses. Sûrement pas de la bonne...
Le chemin qui me séparait des grilles se raccourcit très vite. Avec angoisse, mais aussi avec une envie dévorante, je me fixai derrière la grille, attendant un signe de mes parents. J'attendais qu'ils me montrent qu'ils étaient bien là, que je n'étais pas venu pour rien, que je n'avais pas espéré en vain... Qu'ils étaient bien venus pour moi. Un mouvement à ma gauche attira mon attention, une silhouette se découpa progressivement, la silhouette d'une femme, une femme que je reconnaîtrais entre mille. Mon visage angoissé s'apaisa, mes traits s'affaissèrent et les larmes commencèrent à embuer mes yeux .

« Maman... », parvins-je à murmurer .

Cette dernière hocha la tête, les larmes coulant des ses yeux bleus comme des fontaines. Elle porta les mains à sa bouche, comme pour contenir son émotion, et secoua la tête sur les côtés. Elle semblait vouloir se jeter contre la grille, mais consciente du danger, elle s'en abstint. Elle s'approcha progressivement, comme pour contempler chaque évolution de mon visage au fur et à mesure de son avancée. Elle semblait imprimer chaque traits, chaque différence par rapport à ces souvenirs, chaque détails de mon visage, comme si elle craignait de ne plus s'en rappeler. Finalement, nous nous retrouvâmes presque collé l'un contre l'autre, juste séparés par une grille. Elle avait changé. Son visage était plus émacié, comme si elle ne mangeait plus assez, des cernes occupaient ces yeux et son regard semblait éteint, comme une personne ayant éloignée à jamais le sommeil de sa vie. Une boule obstrua ma gorge. Je constatai que ces ravages étaient sans doute causé par mon absence. C'était de ma faute si maman était dans un si mauvais état. Je pensais que mon départ leur permettrait enfin de vivre leur vie comme il le devrait, convenablement. Mais au lieu de ça, cela n'avait fait qu'aggraver les choses et à présent, mon sentiment de culpabilité s'en trouvait renforcer, menaçant de m'étouffer. Je voulus parler, lui demander, la supplier, la prier... Rien que lui dire pardon. Elle ne m'en laissa pas le temps. Prise d'une frénésie folle, elle se mit à crier, d'une voix pleine de larmes.

« Va-t-en ! Va-t-en vite ! Ils sont l.. »

Sa phrase mourut avant la fin. Son corps se raidit et elle s’affaissa à terre, percutant violemment le trottoir du dehors. Je criais après elle, la poussa à se réveiller, ne comprenant pas ce qui venait d'arriver. La réponse vint à moi, seule. Un homme se découpa dans les ténèbres. Il avait le visage anguleux, émacié, avec des yeux bleus métalliques dégageant un aspect froid et inquiétant. Mais un détail me sauta surtout au yeux. Je retins ma respiration. Il portait une blouse blanche . Une blouse blanche.... comme Hideko nous les avait décrite. Mon sang ne fit qu'un tour. Un scientifique. Un scientifique était aux portes de Terrae. Un scientifique avait agressé maman. Non, pas qu'un. D'autres silhouettes se découpaient dans le noir, encerclant le premier comme une meute épaule son chef. Différents visages sortirent de la pénombre mais tous, sans exception, étaient associés à cette blouse blanche, symbole de tous les malheurs de Terrae. Je ne le montrai pas ostensiblement, mais j'avais peur. Oui j'avais peur. Car je comprenais que je m'étais fait piéger, je comprenais que ma famille était en danger... tout ça à cause d'eux ! Ces blouses blanches.

« Qu'est-ce que vous lui avez fait ? », demandais-je d'une petite voix, peinant à contenir mon émotion.

Le premier, le chef, s'avança avec un rictus dégoûté. Il passa à côté de ma mère qui, bien qu'éveillée, parvenait difficilement à respirer de ce que je pouvais constater. La panique s'emparait de moi. J'étais de l'autre côté de la grille, je ne pouvais pas l'aider. Mais pourtant je le devais ! Le scientifique qui s'était approché confirma mes certitudes.

-Oh juste une petite décharge incapacitante, expliqua t-il mielleusement, mais nous n'en avons pas encore fini avec elle... ou même avec ton père.

A ce moment précis, je fus pris d'une nouvelle frénésie. Je secouai la tête dans tous les sens, tentant d'apercevoir papa parmi tous ses hommes. L'homme ricana.

-Ne cherche pas, je l'ai gardé un peu arrière. Mais tu sais ce que tu dois faire pour les sauver n'est-ce pas ?

Son ton se faisait de plus en plus menaçant tout en prenant l'allure d'un professeur qui éduque son enfant. Oui, je savais ce que je devais faire. Je sa vais pertinemment ce qu'ils voulaient tous. Complètement perdu, je remarquai à peine que j'amorçais un mouvement de levée, et me dirigeai à pleine allure vers le portail menant à l'extérieur. Du coin de l'oeil, je remarquai la mimique approbatrice de l'homme. Ils m'attendaient bel et bien à l'extérieur, pour me faire des choses que je n'osais même pas imaginer. Mais le moment n'était plus aux questions. Mes parents étaient en danger, je le savais. Ma mère peinait à reprendre conscience, mon père était hors d'atteinte. Les scientifiques, ces barbares avaient tout prévu. Je m'étais fait avoir comme un débutant. Ils avaient joués avec mes sentiments et avec ceux de mes parents. Mais plus que ça, je savais que j'étais le seul responsable de cette situation. Je savais que tout était de ma faute. Si je n'avais pas coupé les ponts, si j'avais pris le temps de leur écrire... Jamais tout cela ne se serait produit. Ils auraient su que tout allait bien, ils auraient su que j'étais heureux... ils auraient acceptés la situation. Par ma faute, par mon manque d'intelligence, par mon égoïsme... A cause de moi, ma famille était en danger, la seule famille qui me restait à l'extérieur de Terrae était en danger, menacé par ces fous en blouse blanche, que j'avais, dans un sens, moi-même attiré. J'avais causé mon propre malheur, mes propres souffrances. Et je me devais de tout réparer. Je devais les sauver. Je n'avais pas le temps de prévenir quelqu'un. Il fallait agir maintenant.
Le portail apparut enfin face à moi. Du coin de l'oeil, je pouvais toujours apercevoir au loin les scientifiques, bien cachés dans la pénombre. Pas de temps à perdre. D'un pas rapide, je courus vers le portail mais, avant même d'avoir pu l'effleurer, une force me retint par les épaules. Je ne parvenais plus à esquisser le moindre mouvement. Puis, d'une brutalité tout aussi soudaine, je fus éjecté en arrière comme après avoir tendu un fil à son extrême limite. Je fis un vol plané pour atterrir sur le chemin menant à Terrae avec perte et fracas. Mon corps me semblait être un gigantesque bleu, me faisant mal au même mouvement. Je parvins tout de même à me lever, et contempla ce qui m'avait repoussé. J'en perdis presque ma détermination. Un espèce de géant, à la peau noire, deux fois plus grand que moi et semblant aussi épais qu'une armoire en acajou massif me barrait la route, se tenant devant le portail. Malgré sa corpulence, je n'avais pas senti sa présence. Il portait une tenue s'apparentant à ceux des gardiens de prisons, en plus décontracté puisque sa veste s'ouvrait sur son torse, laissant apparaître des muscles saillants, dont le plus infime restait trois plus gros que ma tête. Je me relever avec douleur, grimaçant sur les élancements de mon corps. Je fixai le géant avec incrédulité.

-Pourquoi vous m'arrêtez monsieur ?, demandais-je tout innocemment.

-Personne ne sort !, s'exprima t-il d'une voix aussi profonde qu'un roulement de rochers.

-Mais mes parents, ils...

-Personne ne sort !

Il avait l'air d'avoir appris son texte par cœur, et de suivre son rôle à la lettre. Je compris instantanément que je ne pourrais pas négocier avec lui. Il n'était pas là pour ça. Il était là pour empêcher les intrus d'entrer, raison pour laquelle les scientifiques restaient dehors, mais aussi pour nous empêcher de sortir, sûrement par sécurité.

-Laissez-moi passer s'il vous plait ! Mes parents, ils sont en danger !

Il ne réagit pas. Il ne faisait même pas mine d'avoir entendu quoique ce soit. J'étais perdu. Je ne parvenais plus à penser correctement, je ne savais plus quoi faire. Ce géant ne me laisserait pas passer, il ne m'écouterait pas. Mais je n'avais pas le temps de le convaincre. Ma famille était en danger. Chaque seconde comptait. Je ne pouvais pas me permettre de tout perdre maintenant. Ce que je m’apprêtais à faire ne me plaisait pas, même pas du tout. Mais il fallait que je passe. C'était une question de vie ou de mort.
D'un geste rapide, je lui envoyais une masse d'air en plein poitrine. Surpris que je me batte plutôt que de fuir, il la reçut de plein fouet et tituba légèrement, recula de trois pas vers le portail. Il grimaça puis me jeta un regard revanchard. Il n'avait pas aimé on dirait. Je savais que je venais de lancer le signal du combat. Dire que Ryu était censé être le premier que j'affronterai, qu'il devait me préparer... J'allais faire mon baptême seul.
Avec un grognement incompréhensible, il frappa le sol de son poing, créa une gigantesque fissure dans la terre. Je me jetai sur le côté pour éviter de tomber, mais mes mouvements furent bientôt bloqués par des lianes, surgis de nulle part, qui m'enserraient les poignets et les chevilles. Le gardien était un Terre Titan. Je n'en avais jamais rencontré, mais j'avais suffisamment vu les dégâts qu'il causés à l'infirmerie pour m'en méfier. Il était dangereux, cela ne faisait aucun doute. Et en ce moment-même, il semblait très satisfait de m'avoir immobilisé. La peur fit aussitôt place à la contrariété. J'étais l'élève du meilleur master air de tous les temps, il était hors de question que je me laisse faire comme ça. Concentré, je ressentis toutes les particules d'air environnantes et les manipula de telle sorte à créer une sorte de tourbillon autour de moi, du même genre que Ryu m'avait fait créer lors de notre premier exercice, mais en plus gros. Je créai des lames d'air qui tourbillonnèrent autour de mon corps, tranchant les lianes qui me retenaient au sol. Puis, avant de les laisser se perdre, je leur fis faire une rotation et les dirigea droit sur le gardien. Ce dernier, surpris que je me sois libéré, n'en restait pas moins un combattant aguerri. Il brisa mes lames d'air avec sa force, avec une facilité déconcertante il semblait. Il fit craquer ses jointures. Il avait compris que je m'entêterais, qu'il allait devoir me blesser plus que ça. Sur mes gardes, je reculais à chacun de ces pas, évitant soigneusement la fissure qu'il avait créé. Il s'agenouilla, toucha le sol de ces mains avec un rictus mauvais. Aussitôt, de gigantesques pics en sortirent, fonçant sur moi à une vitesse folle. Je n'eus que le temps de me jeter sur le côté. Pile ce qu'il attendait. Je me retrouvais dos à la crevasse, pris au piège. Les pics changèrent de direction en revinrent sur moi, mais cette venant de tous les côtés. Aucune échappatoire. Je me préparais au choc quand une idée me vint, un dernier recours. Même si cela allait pomper mon énergie, je n'avais pas le choix pour survivre. Je créai une énorme bourrasque, qui prit la forme d'une bulle pour me protéger. J'augmentai la vitesse de la bourrasque de façon à créer un courant rapide et implacable, aussi affûté qu'une lame d'air. Les pics qui allaient me percuter se désagrégèrent à son contact, ainsi que les suivantes. De son attaque, il ne resta bientôt que de la poussière terreuse, voletant par ci par là. J'en profitai pour faire tourner ma chance. Me servant des vents de la bourrasque, je déplaçais cette dernière dans la direction du gardien, emportant au passage la poussière qu'avais créé le choc de nos attaques. Le géant fut aveuglé en un rien de temps. Saisissant cette opportunité, je courrai à toute allure vers le portail, sachant que ce combat ne mènerait qu'à ma perte. J'y étais presque, il était à portée de main. Je tendais celle-ci vers le portail, mais une nouvelle liane crocheta mon poignet et me rabattit en arrière. Je tombais au sol, le poignet ensanglanté par la morsure de la vigne. Je n'eus pas le temps d'entamer une guérison ou quoique ce soit d'autre car aussitôt, une sorte de mâchoire terrestre, surgissant sur les côtés jaillit du sol pour me happer. Dans un dernier effort, décuplé par ma volonté de survivre, je créais deux masses d'air, une dans chaque mains, pour retenir les mâchoires qui se refermaient sur moi. Le choc faillit me briser les deux bras. Les fourmis se répandirent instantanément dans ces derniers, créant une paralysie progressive qui m'ankylosait. Je ne tenais pas... je n'y arrivais pas. Je commençais à me dire que j'allais finir broyer par des mâchoire en terre, mais j'étais loin du compte. Le gardien s'était approché jusqu'à me toucher. Prisonnier de mes masses d'air alors que je tentais de repousser son attaque, je ne pus rien faire. Il m'assena un violent coup de poing dans l'estomac, qui me fit voler jusqu'au portail, que je percutai de plein fouet. Le choc me coupa la respiration, comme si tous mes os venaient d'éclater en même temps. Je sentis le goût du sang dans ma bouche, alors que je m'effondrai à terre, à demi-conscient. Je cracher ce liquide rouge qui emplissait l'intérieur de mon corps, me sentant de plus en plus faible. Je sentais à peine mon corps, sentant mes os brisés, mon corps meurtri, comme si une locomotive venait de me rentrer dedans. Je parvenais à peine à respirer, si ce n'est pour laisser mon sang abreuver la terre autour du portail. Je sentais que c'était la fin. J'avais essayé de me mesurer à quelqu'un, j'avais enfin essayé de me prendre ne main, de réparer les torts que j'avais causés... Tout cela en vain. J'avais échoué. Ma famille ne serait jamais sauvée. Et c'était encore de ma faute. Je ne savais faire que du mal, je ne faisais rien de bien. Je ne servais à rien. Je le savais, depuis tout petit, que je ne serais jamais utile à quelque chose. J'ouvris lentement les yeux, embués par mes larmes. Au loin, j'aperçus les scientifiques, derrière la grille. Ils discutaient entre eux. Sauf le premier, le chef. Il me regardait, une déception perceptible dans le regard, comme devant un merveilleux sujet qui se révélait décevant. Il se tourna vers ma mère et soupira. Il secoua la main comme pour chasser une mouche avant de s'éloigner. Un des scientifiques s'approcha de ma mère avec une seringue. Je ne distinguai rien d'autre. Une seringue, ma mère, le regard déçu... je n'avais pas été à la hauteur des attentes des scientifiques, je ne leur servais à rien. La seringue. Maman... Maman !!

Une colère sourde s'empara de moi. La peur de perdre les derniers membres de ma famille sous mes yeux, mêlés à la colère, la détresse et la frustration de ne pouvoir intervenir dégagea une toute nouvelle énergie qui courait à présent dans mes veines. Je sentis comme une limite se briser en moi. Comme un verrou qui sautait. Une rage comme jamais je n'en avais connue avant se déversa dans mes veines. Je poussai un grand cri de désespoir, lâchant tout ce que je contenais à l'intérieur depuis le début, tout ce qui m'avait blessé, intimidé, effrayé... Tout ce que j'avais retenu jusqu'à présent explosa à l'intérieur de moi et sortit par mon cri. J'étais debout à présent. Le géant, persuadé d'en avoir fini avec moi, s'avança de nouveau d'un pas lent, comme s'il n'y avait plus grand chose à faire pour me mettre à terre. Il s'arrêta. Brusquement. Un air d'incrédulité passa sur son visage, comme s'il ne comprenait pas ce qui se passait. Et pour cause : Mes yeux avaient virés au gris.
Sans lui laisser le temps de réagir, je créai une grosse masse d'air, de la taille d'un rocher environ et la projeta de toute mes forces sur lui, qui la reçue à plein vitesse. Il décolla littéralement du sol en faisant de magnifiques pirouettes, pour atterrir de nouveau par terre avec violence, se frappant rudement la tête à atterrissage. Atterrissage que j'avais accentué en contrôlant le vent, de façon à le rendre incapable de se relever. Il ne bougea plus, assommé pour plusieurs heures sûrement. D'un mouvement lent, presque au ralenti, je fixai mon regard sur el portail qui m'avait empêché de secourir mes parents. Avec toute la force et la violence dont j'étais capable, j'abattis une énorme chape de pression sur le portail, qui se plia et se tordit dans tous les sens. Il s’affaissa enfin, laissant un énorme vide au centre du grillage, qu'il avait un peu emporté avec lui. Ainsi, pour la première fois depuis trois ans, depuis tout ce temps enfermé à l'intérieur de Terrae, j'en franchis le seuil, et me retrouva à l'extérieur. Mais loin de savourer cette nouvelle expérience, loin de prêter attention au décor autour de moi, mes yeux se tournèrent immédiatement en direction des scientifiques. Ces derniers s'étaient figés, surtout celui avec la seringue en main. Il ne s'attendait visiblement pas à ce que je puisse vraiment sortir. Le chef , en revanche, s'avançant, visiblement peu inquiet. Il avait un sourire de victoire que je me prit à détester. Je compris que le géant n'avait été qu'un test, un essai pour voir si je valais vraiment la peine de me faire étudier. Cela décupla encore davantage ma colère. Le vent commença à souffler, de plus en plus fort, faisant voletai leur blouse et leur cheveux en arrière. Le courant fut bientôt si fort qu'ils mettaient leur bras en avant comme protection, cherchant à lutter contre la force du vent. Seul le chef n'avait pas bougé. Seul lui continuait de me fixer comme un cas intéressant, comme sa découverte primordiale. Je m'apprêtais à l'expédier dans le décor quand une détonation se fit entendre. Un des scientifiques avait sorti un revolver, braqué sur moi. Je le regardai avec une colère noire, le fixant comme pour lui faire comprendre la futilité de son entreprise. La balle était près de moi, flottant dans l'air qui m'entourai. La pression se referma sur elle, la réduisant en miettes. Ce fut le signal de la débandade. Ils tournèrent tous les talons et commencèrent à s'enfuir, même le chef, à son grand regret, bien qu'il semblait tout à fait rassuré. Je laissais une fois de plus al colère me dominer. Avec un grand cri, je créai un gros ouragan, balayant chacun des scientifiques qui avaient été présent sur les lieux. A grand renfort de cris, leurs corps s'élevèrent dans les airs, ballottaient par les courants d'une rare violence, manquant d'être réduit en charpie s'ils luttaient. Leurs cris renforçaient ma conviction que ces scientifiques n'étaient que des plaies, des plaies dont il fallait se débarrasser. Définitivement. Les pulsions qui m'animaient me poussaient à les détruire. Puis une voix se fit entendre. Celle de l'homme que je n'avais pas encore aperçu. L'homme que les scientifiques avaient caché à ma vue.

- « Matheo... », murmura t-il.

Je me tournai lentement, n'entendant plus les cris des scientifiques, juste cette voix, que je n'avais pas entendu depuis trois longues années.

- « Papa... »

Il hocha la tête, souriant comme s'il venait de découvrir son plus beau trésor. Il en semblait aps se soucier de l'ouragan qui soufflait, des scientifiques qui tournoyaient, menaçant d'être réduit en miettes d'un instant à l'autre. Il en regardait que moi. Avec son regard, ce regard qui m'avait permis de me sentir bien toutes ces années. Le regard du parent qui exprime tout son amour pour son enfant. Le regard qui vous redonne la vie.

«  Calme-toi fiston. Tout va bien à présent », dit-il à voix basse, pour m'apaiser.

Puis, sans m'en rendre compte, je sentis la colère refluer. Je sentis tous mes maux s'évaporaient, en même temps que l'ouragan. Les scientifiques retombèrent au sol, tous assommés, et parsemés de blessures et contusions. Mais je ne les remarquai pas. Mes yeux ne voyaient que mon père. Ce dernier s'approcha alors et me prit dans ses bras. Tendrement. Ma colère s'effaça en un rien de temps. J'allais me laisser aller, comme pour tout relâcher, mais pas encore. Le pouvoir de l'étoile était encore là. Et j'avais encore une chose à faire.
Je quittai à regret les bras de mon père, puis avança vers ma mère. Elle respirait toujours très mal. Délicatement, sans brusquerie, je m'agenouillai près d'elle, puis l'allongea avec sa tête sur mes genoux.
« S'il te plait pouvoir de l'étoile, reste encore un peu avec moi. Sauve ma mère ! », implorais-je en silence, comme une prière à un dieu invisible
Penché au-dessus de maman, l'inspiration me vint alors. Je savais comment faire. Je n'avais même pas à réfléchir. C'était ainsi. Je le savais. Ma mère avait due être heureuse de revenir au Japon après toutce temps. Elle qui avait une fanatique inconsidérée de la culture japonaise. Même lorsqu'ils étaient petits, elle chantait à ses enfant une jolie berceuse en japonais. La seule que Matheo connaissait. La seule qui lui venait à présent, témoignage d'amour pour sa mère, témoignage de sa volonté de la sauver.

https://www.youtube.com/watch?v=SZVE-16rt_8

Tandis que je chantais, je sentais mon pouvoir s'accroître, non par la puissance de la colère cette fois, mais par celle de l'amour. Cette nouvelle puissance qui me permettait de dépasser les limites de l'entendement. Mon pouvoir de guérison s'écoula lentement dans son corps, comme un antidote miracle. Ces poumons absorbèrent ma lumière, comme y guettant l'air qui leur manquait. Ma mère et moi furent bientôt entourés d'un cocon de lumière blanche, faisant s'illuminer mes cheveux couleur de lune. La lumière se répandait comme un baume de soin sur le corps de ma mère, calmant son angoisse, apaisant sa respiration, lui redonnant son énergie. Finalement, celle-ci s'éteignit. Je regardai mon père avec un sourire puis hochai la tête, pour lui signifier que tout allait bien à présent. Maman ouvrit d'abord un œil, puis l'autre lentement, comme s'éveillant après une longue nuit de sommeil. Elle porta sa main à ma joue. Je savourais ce contact que je n'avais pas eus depuis trois ans. Le contact maternel.
Nous échangeâmes un sourire complice, puis, le pouvoir de l'étoile disparu, et ma conscience avec. Le noir s'empara de ma vision, mon corps se fit lourd. La dernière dont je me souvint, fut de voir mon père arriver en courant, aidant ma mère à me soutenir, avant de sombrer définitivement dans les vapes, un grand sourire aux lèvres.
##   Mar 31 Déc - 13:03

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-J'ai un mauvais pressentiment Ryu.
-Mais non... T'inquiète pas mon coeur, ça va aller.

Je hochai lentement la tête, pas totalement convaincue. Ryu déposa un baiser sur mon front avant de terminer de débarrasser la table tandis que je restai sur ma chaise. Je levai les yeux vers lui.

-Je vais aller coucher Daisuke.
-D'accord, me répondit-il en commençant à faire la vaisselle.


***


Mes yeux se perdaient dans le vide, décrochant de toutes ces images qui ne cessaient jamais de défiler en boucle à la télé. Ce mauvais sentiment ne m'avait pas quitté et m'empêchait de dormir. Ryu était déjà au lit, mais je ne pouvais pas lui en vouloir. Il avait passé une longue journée, encore. Il disait de moi... Mais lui aussi donnait beaucoup pour cet Institut.
Enfouie au fond de mon canapé, j'attrapai ma télécommande qui trônait à côté de moi, perdue entre les coussins, et zappai jusqu'à tomber sur une chaîne d'info. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu d'informations tomber sur Terrae. Les journalistes nous avaient un peu lâché, tiens. Ça faisait du bien, de souffler un peu. M'étirant de tout mon long en étouffant un bâillement, je m'allongeai dans le canapé, restant de profil, les yeux rivés sur l'écran.
Les nouvelles continuaient de défiler à l'écran tandis que je commençais à m'endormir petit à petit. J'allais me lever pour aller rejoindre Ryu quand une douleur atroce me frappa au cerveau. Plusieurs flashs m'apparurent alors : des grilles, un gamin aux cheveux terriblement blancs, le... gardien ?
Je me redressai en sursaut dans le canapé.

-Oh non... Ryu !


Me levant tant bien que mal, je titubai jusqu'à l'escalier. Je le savais... Je sentais que ça n'allait pas aller cette nuit. C'est étrange hein ? Mais petit à petit, je commence à pressentir les étoilisations...
Montant quatre à quatre les marches, je débouchais dans la chambre. Me laissant tomber à genoux devant le lit sans plus parvenir à me maintenir debout sur mes jambes, je commençai à secouer Ryu pour le réveiller.

-Ryu ! Ryu je t'en prie, réveille-toi ! Ryu, c'est-... Aïe !

Clignant de l'oeil, je portai rapidement une main sur mon front, comme si ça allait m'aider à avoir moins mal. Je serrai les dents, tentant vainement d'ignorer la douleur, et parvenant au moins à ne pas l'extérioriser.
Ryu s'était réveillé entre temps, sans doute alerté par ma main qui serrait les draps à m'en faire blanchir les articulations. Il se redressa dans le lit et me prit par les épaules pour me fixer dans les yeux.

-Hideko ! Hideko, ça va ?!

Je levai la tête vers lui en forçant un petit sourire, hochant maladroitement la tête, le regard vitreux.

-C'est Matheo... Il...


Ma voix se stoppa un instant, et je dus prendre une grand inspiration pour parvenir à terminer ma phrase.

-Il est en train de dévoiler son potentiel d'étoile.


Les prunelles de Ryu arborèrent l'espace d'un instant une lueur argentée. Je souris, heureuse. Il avait compris.
Tout ne se passait pas comme prévu.
Une douleur me prit brutalement au ventre et je l'enserrai vivement de mes bras, cherchant à estomper sans grand espoir la douleur. Ryu, lui, se leva du lit en hâte et enfila des vêtements sans même prendre la peine d'allumer la lumière. C'était une perte de temps. Et là, chaque seconde était importante.
Tandis qu'il laissait tomber son pyjama pour enfiler une tenue plus adéquate, je me relevai à mon tour, l'observant tout en continuant à me tenir au mur. Il se tourna finalement vers moi, et je hochai la tête.

-File. Je vais m'occuper de Daisuke.

Il fonça vers moi, déposa un baiser sur mon front tandis que la fenêtre s'ouvrait avec fracas, poussée par le vent de Ryu. Il courut vers cette dernière, et se laissa tomber dans les airs.
C'était parti.
Me laissant tomber au sol, achevant de me battre contre cette douleur qui me consumait, je me sentis tout à coup prise de vertige, puis ce fut comme si... Tout s'arrêtait. Ca y est. Matheo, il... La rage, la douleur et l'amertume... Ca avait laissé place à...
Je me redressai, et me dirigeai vers la chambre de Matheo, que je serrais dans mes bras, calmant ses pleurs qui s'étaient élevés dans la maison suite à tout ce bruit que nous avions fait, Ryu et moi.
Je n'avais jamais connu une étoilisation pareille.
Jamais... Jamais ça ne s'était terminé par autant d'amour.

***

Ma vitesse, alimentée par l'air qui me poussait, se décuplait plus vite que je ne l'aurais jamais cru. J'arrivais finalement à l'entrée après avoir localisé l'énergie explosive de Matheo. J'aperçus Chris, adossé au portail ouvert, les yeux fixés sur ses plaies qu'il tentait vainement d'empêcher de saigner. Je m'approchai de lui, atterrissant avec douceur.

-Il est...

-Vivant.

L'angoisse qui me hantait s'envola légèrement, et je tournai la tête vers le... carnage.

-Va à l'infirmerie Chris.

-Pas tant que vous n'êtes pas tous rentrés. Mon rôle, c'est de protéger Terrae, et toutes les personnes qui y vivent.

Je posai sur lui un regard reconnaissant, avant de m'éloigner vers... Ce qu'il semblait rester des scientifiques. Mes yeux trouvèrent rapidement Matheo, allongé sur le sol, une femme portant sa tête sur ses genoux et un homme agenouillé à côté posant une main rassurante sur l'épaule de... Son épouse, probablement.
Je m'approchai du premier scientifique que j'avais aperçu, celui qui était le plus proche de moi. Les pouvoirs de Matheo avaient été... Sacrément dévastateur. Vu l'état de ces gars... Ils avaient de la chance de ne pas être encore morts. Et je ne sais pas ce qui me retenait de les achever.
Je me redressai finalement après m'être assurés qu'ils n'allaient plus rien faire. Avant de me lever, j'avais pris la peine de fouiller ses poches à la recherche d'un émetteur ou d'un quelconque objet du même genre qui aurait pu indiquer sa présence. Ne trouvant rien d'autre qu'en portable que je m'étais amusé à détruire sous la semelle de ma chaussure, je m'approchai du couple qui se baissait sur Matheo. La femme semblait dans un sale état, pire que l'homme encore. Elle pleurait toutes les larmes de son corps, répétant sans cesse ce seul et unique prénom... "Matheo". Mon coeur se serra alors que j'observai son état. Sa respiration était lente, saccadée, et son corps était couvert de blessure. Je m'accroupis face à lui. Tout ce que je n'aurais pas donné pour être guérisseur, en cet instant.
Je pestai mentalement, énervé contre moi-même. Je n'avais pas réagi assez vite ! Je n'avais pas été assez rapide !
Tandis que la femme tentant de bredouiller quelques explications, l'homme me secouait l'épaule pour m'ordonner de lui expliquer la raison pour laquelle son gamin était dans cet état, pourquoi il avait créé une... tornade. Mais je restait muet.
Au bout de quelques instants de mutisme, je me redressai d'un coup, fit volte face, et envoyai une lame d'air dans le coin d'une rue. Je l'avais senti... Cette présence...
Tentant de canaliser ma colère face à ce que ces pourritures de scientifiques avaient encore fait, je fermai les yeux quelques secondes, me concentrant sur tous les bruits qui m'entouraient, jusqu'à la moindre respiration. Être Air, ça aidait parfois.
Je rouvris finalement les yeux d'un coup, tandis qu'une boule de feu s'abattait à quelques mètres devant moi et qu'Hideko apparaissait juste en face de moi, donnant un coup de pied dans quelque chose qui semblait voler dans ma direction.
Daisuke dans les bras, elle me fixait avec un air de reproche.

-Ryu, réveille-toi. Un des scientifiques a donné le signal à ses amis, il a repris connaissance. Enfin... Avait. Ne te fait plus avoir. Un peu plus et tu te retrouvais avec une seringue dans le thorax.

Je lui adressai un regard compatissant, tandis que j'apercevais plusieurs Masters arriver derrière elle, accompagnés d'une équipe de soin. Avec tous ces "renforts", les scientifiques n'entreprendraient plus rien. Les Masters étaient trop durs à atteindre pour eux. En revanche... Les initiés...
Je me sentais... Absent. Vide de tout. Comment j'avais pu laisser ça arriver sans rien faire ? J'aurais du être là au moment où ça a dégénéré... Il suffisait de voir l'état de Matheo... De ses parents. Et de ses scientifiques.
Hideko s'occupa de tout. S'adressant avec un sourire cordial aux parents de Matheo, elle leur expliqua que... Attend, comment savait-elle ça ?!

-Ce sont probablement les scientifiques qui vous ont attirés là, ainsi que Matheo. Je suis désolée que ce soit arrivé... Je suis sincèrement désolée. Une équipe de soin va s'occuper de votre fils, et nous allons vous laisser rester au sein de l'établissement jusqu'à ce que votre fils soit de nouveau sur pied.

Je la fixai, sans comprendre. Je le voyais, dans ses yeux. Elle savait. Elle savait tout.
Tandis que des infirmiers déposai Matheo sur un brancard, je m'approchai d'elle et l'attrapai par l'épaule. Je n'eus pas besoin de prononcer un mot qu'elle m'adressa un sourire doux.

-Il a laissé une lettre. Dans l'entrée. Je l'ai vu au moment de partir. Il nous remerciait pour tout ce qu'on avait fait pour lui. Et il te remerciait toi de l'avoir tant aidé à se retrouver. Il allait repartir avec ses parents, et nous remerciait de les avoir fait venir.

Je ravalai difficilement ma salive, le corps brûlant d'envie de tuer tous ces scientifiques, comprenant à mon tour petit à petit leur piège.

-Ils améliorent leurs techniques. Et parviennent de mieux en mieux à nous piéger.


Je sentis mon coeur se serrer.

-Ils savent... Ils savent qui se trouvent ici. Ils opèrent comme nous. Ils cherchent les enfants qui ressentent un vide, et étudient leur vie. Leur famille...


Je détournai le regard de son visage, avant de laisser mon poing d'abattre contre un poteau.

-La seule chose que je ne comprends pas, c'est comment ils font... Comment ils font pour savoir, eux aussi, qui sont les gens qui ressentent le vide. C'est... En tout cas, jusque là, ça me semblait impossible.


Je posai mon front contre ce poteau, fermant les yeux et inspirant lentement. Et il avait fallu que ça arrive avec Matheo. Vous parlez d'un bon prof vous. Même pas capable de le protéger des scientifiques. Le pire dans tout ça, c'est que je vois sa gueule d'ange. Son joli sourire, et son regard doux qui me fixe, tandis qu'il m'affirme et me remercie pour tout. "Sans ton entraînement, je n'aurais jamais pu sauver ma famille Ryu !". Je suis sûr qu'il dirait ça...
Je donnai un autre coup sur ce poteau, tandis qu'une voix me tira hors de mes pensées. Je tournai la tête vers Hideko, qui était en train de parler avec les infirmiers pour leur demander d'emmener les parents de Matheo à l'hôpital. Daisuke, qui était toujours dans ses bras, avait les yeux rivés sur Matheo. Une mine triste tirait les traits de son visage, comme s'il était désolé pour Matheo. Et puis un petit sourire étira ses lèvres. Un sourire à la Daisuke. Un sourire auquel personne ne résiste.
Daisuke tendit une main vers Matheo, et referma son poing en comprenant qu'il était trop loin pour qu'il puisse le toucher. Puis, innocemment, il porta sa main sur ses lèvres et après un petit bruit, éloigna ses doigts de ses lèvres pour les pointer vers Matheo.
Toi qui pensait qu'il ne t'aimerait pas... Il venait de t'envoyer un baiser. Par la suite, tout se passa relativement vite. Les parents de Matheo furent conduits à l'hôpital même si sa mère assurait qu'elle se sentait plus que bien depuis que Matheo avait fait cette... "chose", comme elle ne cessait de répéter. Le père de Matheo, lui, ne dit rien, suivant la marche, soutenant sa femme, et probablement aussi un peu perdu dans ses pensées. Quant à Matheo, il fut transporté dans une chambre d'hôpital aux volets fermés, le protégeant des rayons du soleil. Les infirmiers s'occupèrent rapidement de lui, le remettant sur pied, sans trop forcer les soins pour le moment, ne cherchant pas à brusquer son corps.
Moi, je passais la nuit à l'hôpital, Hideko ayant accepté de rentrer avec Daisuke suite à mes demandes répétées pour la forcer d'aller terminer sa nuit... Ou tout du moins la commencer.
Les scientifiques furent laissés dans la rue sans la moindre aide de notre part, ne soulevant l'intérêt de personne. Chris m'avoua après qu'une équipe, après notre départ, était venu les chercher pour les rapatrier, mais apparemment, il était déjà trop tard pour certains d'entre eux, d'après les injures que toutes ces ordures laissaient échapper.
J'étais désolé, Matheo. Je ne sais pas encore si j'allais te le dire un jour... Mais j'étais désolé. J'aurais du être là, j'aurais du le prévoir. Je savais que tu n'étais plus très loin de d'étoilisation. Alors j'aurais du m'y préparer.
Excuse-moi.
Excuse-moi, mais en même temps... Soit fier de toi. Tu as été remarquable. Un vrai prodige.
En fait, d'une certaine manière... Tu es mon prodige.
Et je ne laisserais plus jamais personne te faire du mal. A toi comme à ta famille.



Spoiler:
 

##   Mar 31 Déc - 19:10

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POV Mère de Matheo

Calfeutrant sûrement pour la énième fois la fenêtre de l’hôpital, pour être sure que la lumière du jour ne rentrerait pas, je restai penchée sur la fenêtre close et sombre, les yeux perdus dans le vague. Mes sentiments tournaient dans tous les sens, ainsi que mes pensées. Tout était allé si vite, que je ne me souviens même plus exactement quand et comment tout c'est passé. Matheo était-il venu nous voir ? Ou bien nous y étions en premier ? L'agression avait bel et bien eut lieu ? Oui sans doute... Machinalement, je caressai les fines cicatrices que j'avais sur le corps, marques du piège dans lequel j'étais si stupidement tombée. Je m'étais faîte manipulée comme une débutante, j'avais agit comme une gamine effarouchée, sans même penser deux secondes aux risques que cela pouvait comporter. Cette lettre pour moi c'était... juste le moyen de revoir mon fils. Je ne voyais que le visage de Matheo qui me souriait, la possibilité de revoir son visage angélique me sourire une dernière fois. J'ai été aveuglée par ma tristesse et à la fois par ma joie de pouvoir le serrer de nouveau dans mes bras. Ma sottise avait failli coûté la vie de mon mari et de mon fils. Mon fils...
Il était là. Allongé sur un grand lit d'hôpital. Le voir ainsi me replongeait 17 ans en arrière, alors qu'il était dans sa couveuse, protégé des rayons par un verre anti-UV, couvert de brûlures que le soleil lui avait fait. Je ne pouvais toucher mon enfant qu'à travers des gants installés à même la machine. Je n'avais pas la possibilité de le prendre dans mes bras. Il semblait si faible, si innocent... Et je ne pouvais même pas le prendre dans mes bras, le bercer, lui faire sentir qu'il n'était pas seul. Mais il ne pleurait pas. Il était tellement silencieux. Je le pensais mort par moment, alors je le poussai avec les gants, et il se mettait à crier et à pleurer. Les parents ont souvent du mal à supporter les pleurs de leur enfant. Quand ils grandissent, les parents font tout pour les calmer et les faire arrêter de pleurer. Mais pour moi, les pleurs de mon enfant était symbole de vie. La preuve que mon fils respirait, qu'il vivait, que je pourrais le tenir dans mes bras en lui chantant des berceuses. Que je pourrai vieillir avec lui pour longtemps. Pour le temps qui lui était imparti...
Toute ma vie avait tournée autour de lui. Dès l'instant où sa maladie avait été déclarée, j'ai su que j'allais devoir changer de vie, sacrifier tout ce que j'avais pour pouvoir vivre avec mon fils. Mon mari et moi avons alors changés radicalement tout ce qui avait été jusque là. Nos nuits étaient courtes, les journées trop longues et pleines d'angoisses. Les contrôles quotidiens amenaient avec eux une boule qui nous serrait la gorge et qui refusait de lâcher prise. Veiller à chaque seconde sur son enfant, car on sait qu'une seconde d'inattention amènera la fin. On sait que si l'on ne le surprotège pas, il lui arrivera un malheur. J'ai appris à vivre avec la peur continuelle qu'un accident arrive, que le taux d'UV monte trop haut, qu'un rayon filtre dans la maison. Dès l'instant où mon fils est né, nous avons tout abandonné pour vivre dans l'angoisse perpétuelle du destin de notre enfant. Mon bébé, si fragile, mon petit ange... Lorsque son monde s'écroule, il n'y a pas le temps de le reconstruire. Il faut agir vite, et au mieux pour son enfant. Et c'est alors que je me suis fait une promesse, penchée au-dessus du berceau de mon petit. Cela m'était égale qu'il me haïsse, qu'il pense que j'étais trop protectrice, j'étais prête à assumer toutes les choses qu'il penserait mais le plus important... c'était sa sécurité. Tant que mon fils vivrait sain et sauf, je pourrai endurer les violences et l'abandon de mes amis, de ma famille et de tous mes proches.
Et pourtant je n'ai jamais eu à regretter mon choix. En grandissant, Matheo était devenu un jeune garçon calme, timide mais profondément gentil. Il n'était jamais contrariant, se contentait de peu, s'adaptait à ce que sa maladie lui imposait. Il montrait chaque jour un tel courage, que jamais je n'avais eu à regretter ma décision. Jamais je ne regretterai d'avoir mener mon fils à ce qu'il est aujourd'hui.

Le voir ainsi me rappelait ma promesse. Assise sur un siège, près du lit, je caressais doucement sa main, pour le pousser à se réveiller, ramenant de temps en temps une mèche de ses cheveux en arrière, qu'un vent mystérieux avait amené sur son visage. Il semblait si paisible. Ses blessures avaient presque entièrement disparues, provoquées par un des miracles auxquels j'avais assisté.
J'avais posé tant de questions. Encore sous le choc, je devais paraître folle, incompréhensible, ne sachant pas moi-même ce que je demandais. Ce que j'avais vu et ressenti, tout cela n'était pas naturel. Tout cela n'était pas normal. Mon fils... Qu'avait-il fait ?
Résolue à attendre, j'avais gardé mes questions en moi, ressassant sans arrêt l'image de mon fils balayant ces hommes dans un gigantesque ouragan. Je revoyais les médecins, même si j'avais surpris de temps à autre le terme de « guérisseurs », déversant leur lumière sur le corps de mon fils et les blessures se refermaient. Cette même lumière qui m'avait submergée cette nuit, lorsque mon fils m'avait tenu dans ses bras. Étouffant un sanglot, je me tournai vers l'homme assis dans l'autre siège. C'était lui qui était arrivé en premier. Il n'avait pas bougé. Même pas un peu depuis que Matheo était endormi. Il gardait ses yeux fixés sur lui, sans ciller, attendant comme un signe de réveil. Ce garçon m'intriguait. Il était plutôt bel homme ( car il ressemblait plus à un homme qu'un jeune garçon ), avec des traits que j'aurais qualifiais de particulièrement normaux pour un habitant du Japon. Il parlait avec douceur mais aussi avec force. Un mélange de brutalité et de calme. Je l'avais observé tandis qu'ils emmenaient Matheo. J'avais perçu sa colère, senti sa tristesse. Et à présent il était là, veillant sur mon fils, comme s'il avait de louper quelque chose. Je sentais qu'il se reprochait de ne pas avoir été là, et qu'il ne voulait pas partir de peur de manquer à nouveau quelque chose. Quelque chose auquel il voulait assister : le réveil de Matheo. En l'observant ainsi, les yeux rivés sur mon fils, j'eus l'impression fugitive de voir ma fille quelques instants, avec la même posture, et le même regard inquiet, attendant patiemment. Je lâchais un petit hoquet de surprise face à cette apparition, qui disparu aussitôt. Bien qu'interloquée, mon corps sembla agir malgré moi. Mes traits s'étirèrent, ma bouche se fendit, et un sourire apparut sur mon visage.

Caressant le borde du lit de mon fils, je me dirigeais vers cet homme. Je pris mon siège, m'assis en face de lui et, d'une main douce, pleine de compassion, je posai celle-ci sur les siennes, croisées sur ses jambes et capta son regard.

-Maintenant, racontez-moi s'il vous plait.

***

Nous parlâmes longuement, très longuement. Il m'expliqua comment fonctionnait l'institut, qui était cette jeune femme et les gens que j'avais rencontré, comment Matheo avait-il pu faire cela. Je l'écoutai tout le long, sans jamais l'interrompre, le laissant parler, souriant lorsque je le surprenais à jeter un regard discret sur Matheo. Ma main n'avait pas quittée les siennes.
Je tournai d'un mouvement lent la tête vers mon fils. Mon regard avait changé. Face à l'incompréhension se dressait la plus grande fierté que je n'avais jamais ressentie . Mon fils était bien plus spécial que tout le monde le croyait. Je l'avais toujours su. J'ai toujours cru en lui. Alors que tout le monde lui tournait, alors qu'on essayait de me persuader que dans son état il ne pourrai jamais rien faire, qu'il partirai trop tôt, moi j'avais toujours espéré et j'avais toujours su que mon fils deviendrait une belle personne, quelqu'un de spécial. Et à présent, il pouvait réaliser des choses extraordinaires. Il devait avoir tellement souffert. Le jeune homme m'a avoué qu'il était un guérisseur. Un guérisseur... condamné à guérir les autres sans pouvoir se guérir soi-même.
Il avait dû tellement souffrir. Et pourtant, j'imaginais bien mon Matheo, fier, disant être heureux de pouvoir aider les autres. Je savais qu'il avait assumé son rôle pleinement. Je le savais. J'en étais convaincue. Et j'en étais fière. Si fière.
Me tournant vers Ryu, car c'était son nom, je revins sur une chose qui m'interpellait.

-Quelle est votre relation avec Matheo jeune homme ?, demandais-je avec un léger sourire

Il m'expliqua être son professeur et autres formalités, mais ce n'était pas ça que j'attendais. Il el vit bien, et il osa s'étendre un peu plus, mettant des mots sur leur relation. Et je compris. Je compris pourquoi l'image de ma fille m'était venue en mémoire. Je compris pourquoi, alors que je le regardai, je me sentais en paix, persuadé que Matheo était sauf. Ce Ryu se comportait avec lui comme quelqu'un se conduirait avec son petit frère.... Ou comme un père se conduirait avec son fils. Lorsqu'il m'avait parlé de ses pouvoirs et de leurs entraînements, je ne pouvais m'empêcher de noter cette nuance de fierté dans la voix, et ce petit éclat dans ses yeux, le même que je devais avoir lorsque je contemplai mon enfant réussir. Je portais alors la main à mon cœur, et me mit à respirer, lentement. Je poussai un long soupir et esquissai un sourire, ravie. Je fit alors ce que je n'aurais jamais pensé faire en arrivant ici, lorsqu'ils avaient emmenés mon fils. Je quittai mon siège, me dirigeant vers le jeune Ryu, et le serra dans mes bras, comme je l'aurai fait avec mon propre enfant. Ce garçon aime Matheo. Je le sens bien. J'ai senti sa colère devant ses blessures, devant ces hommes qui avaient voulus l'enlever, j'ai senti sa rage contre lui-même de ne pas avoir été là, de ne pas avoir pu intervenir. J'avais senti tout ça. Et j'avais senti cet amour qu'il lui portait, et qui entourait Matheo comme une bulle protectrice. Je savais à présent ce que je devais faire. Et je savais ce que j'avais, au fond, toujours voulu savoir. Alors qu'il était encore dans mes bras, j'en profitai pour lui dire à l'oreille.

-Merci. Merci d'être là pour lui.

La lâchant, je me reculai en douceur, le contemplant avec des yeux attendris. Ce jeune homme me donnait l'impression d'avoir été écorché par la vie. Il s'était attaché à mon fils avec facilité, comment ne pas le faire ? Je savais à présent qu mon fils était en sécurité. Je savais que même loin de moi, il vivait sa vie et devenait un beau jeune homme, rendant fier son entourage . Et je savais que ce Ryu n'y était pas pour rien.

-Sachez que vous faîtes à présent partie de ma famille. Vous avez pris soin de mon fils, vous l'avez protégé. Je vous en serais éternellement reconnaissante.

J'encadrai alors mon visage de ses mains, le contemplant avec une gratitude qu'aucun mots ne pouvaient rendre.

-Ma famille est votre famille.

Avec un dernier sourire, je m'écartai, pour ne pas le gêner davantage avec les délires d'une mère qui s'aperçoit que son fils va bien. Je m'approchai alors du lit d'hôpital, contemplant mon fils au visage d'ange. Je passai mes doigts dans ses cheveux, m'arrêtant sur chacun des traits de son visage, gravant à jamais son apparence dans ma mémoire. Il avait grandi, il semblait allait bien, aussi bien qu'un enfant normal, ses traits étaient plus fins, quittant l'enfance pour de bon pour le faire devenir un beau jeune homme.

-Vous savez... Je me rends compte à quelle point j'ai été sotte durant toutes ces années. J'ai vu que vous aviez un enfant, celui que portait la jeune femme qui vous a rejointe après.

En disant cela, je m'étais retourné vers lui, lui adressant un sourire compréhensif. Je m’apprêtais à lui parler comme à un parent. Je me préparais enfin à dévoiler tout ce qui avait été au fond de mon cœur pendant tout ce temps.

-Lorsque son enfant naît, chaque parent se fait une promesse. Celle de le protéger, de le rendre heureux, de le défendre contre le mal, me perdis-je un instant. Mais lorsque Matheo est parti, j'ai eus l'impression d'avoir échouée. Je me suis dit que j'avais été une mauvaise mère, que je n'avais pas su protéger mon enfant. Pour une mère... non, pour un parent, se dire que l'on a failli à protéger son enfant, c'est la douleur la plus profonde que l'on peut connaître. C'est comme plonger dans un abysse sans fond, où chaque vous renvoie à la figure ce que vous n'avez pas su faire.

J'avais commencé à marcher autour du lit, sans quitter des yeux mon fils. Je m'installai de nouveau près de lui, lui pris la main, et la lui caressais doucement, lui montrant que j'étais là.

-Pourtant, je savais au fond de moi que viendrait le jour où je devrais le laisser sans aller. Sa maladie nous avait préparé il y a bien longtemps aux séparations douloureuses. Mais...

Je repris mon souffle quelques instants, puis repris, laissant les mots s'échapper comme un cours d'eau que rien ne pouvait arrêter.

-Je venais juste de perdre ma fille, ma chérie... Et quelques heures plus tard, j'apprends la perte de mon second enfant. En quelques minutes, seulement quelques minutes, ma vie a entièrement basculée. Je ne savais plus quoi faire, je ne savais plus quoi penser. Une seule chose me venait en tête : J'avais échouée, mon enfant était parti et je n'étais plus là pour le protéger. C'est sûrement pour cela que j'étais devenue une proie facile pour ces hommes...

Perdue dans mes sentiments, chaque impression sortait librement. Depuis longtemps, pour la première fois, je pouvais enfin dire librement tout ce que je ressentais, je pouvais enfin me libérer. Ces hommes, ces scientifiques, m'avaient piégés si facilement. Mon égoïsme et ma sottise avait failli entraîner des conséquences plus désastreuses que tout.

-J'ai été idiote. Je m'en rends compte à présent que je le vois ici. Il est heureux, je le sens bien dans vos mots. Il est aimé, je le sens dans vos yeux. Et il est en sécurité... Il y a des gens qui se soucient de lui, qui font attention à lui. Jamais je n'aurai pensé ça possible, c'est pour cela que je le surprotégeais en permanence. Mais maintenant, je sais qu'il n'a plus besoin que je sois là.

Je me penchais alors sur mon fils et lui embrassai le front. Longtemps. Avec une douceur que seule une maman possède. Avec l'amour maternelle. Avec chaque fibre de mon corps. Un baiser qui exprimait tout cet amour que je n'avais pas pu exprimer depuis trois ans. Avec ce baiser, c'est tout mon chagrin et le poids des ans qui parti au loin. Je me sentis plus légère, moins oppressée ? Je compris alors que je pouvais retourner à ma vie comme avant. Que je pouvais recommencer à vivre. Mon fils allait bien, il était en sécurité. Il était heureux. C'est tout ce qui comptait.
Je me redressais de nouveau et me tournai vers mon mari. Il s'était réveillé dans son fauteuil et me contemplai en silence. Il avait compris ce qui se passait. Il avait aussi compris ce qui allait se passer.
Ils e leva et me rejoignit, glissant sa main dans la mienne. Pendant un temps, nous restions immobiles, contemplant notre fils sous nos yeux, ce fils que l'on avait tant cherché, ce fils que l'on avait tant désiré. Puis, d'un même mouvement, sur un dernier regard, nous avançâmes vers la porte. Ryu se leva lui aussi, sans comprendre apparemment. Je ne lui laissais pas le temps de parler que je pris la parole, d'un ton ferme mais plein de douceur. Le ton d'une maman.

-Nous partons. C'est mieux ainsi. S'il se réveille et qu'il nous voit, il voudra repartir avec nous. Ou alors, sachant que nous devrions repartir quand même, il n'en sera que plus triste. Nous ne pourrons pas nous revoir avant longtemps, notre vue ne le rendrait que plus triste encore.

Jetant un dernier regard plein de tendresse à mon enfant, je lui envoyais un baiser avec tout l'amour qu'il était possible d'envoyer.

-Je sais à présent que mon fils est heureux. Il doit rester ici. Il doit rester avec vous, dis-je à son encontre, avec un petit sourire.

Et, alors qu'il n'avait rien depuis son arrivée, alors qu'il semblait terrassé par tout ce qui se passait et que, tout autant que moi, il souhaitait ramené son fils par-dessus tout, mon mari s'avança vers Ryu et lui donna une accolade. Il posa ensuite ses mains sur ses épaules et lui dit avec force :

-Prenez soin de mon fils !

C'est ainsi que nous partîmes de Terrae, laissant notre fils derrière nous. Pourtant ce n'était pas aussi dur que l'on pourrait le croire. Car à présent, je savais tout ce qu'une mère avait besoin de savoir. Mon fils était heureux. Je me tournai alors vers mon mari. Il souriait. Laissant mes propres lèvres esquissait un doux sourire, je me blotti contre lui. Il passa un bras autour de mes épaules et c'est ainsi, le cœur léger et le bonheur retrouvé, l'équilibre de nouveau en nous, que nous laissions Terrae, lui confiant la vie de notre enfant. L'air résonna d'une dernière complainte, d'un dernier geste parental, d'une dernière preuve d'amour :

«  Je t'aime mon chéri. »
##   Jeu 2 Jan - 13:14

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La nuit avait été longue. Pleine de rebondissant.
Imprévisible, si je puis dire.
J'étais resté au chevet de Matheo des heures entières, sans dire un mot, la pièce restant plongée dans le silence. La mère de Matheo était là aussi, penchée sur le lit de son fils, affichant ce regard propre aux mères. Le père de Matheo, lui, était resté debout, dans un coin, observant la scène, sans dire jamais un seul mot. Comme tout le monde. Aucun de nous ne s'était adressé la parole.
J'étais plongé dans mes pensées, repensant sans cesse à ce qu'il avait du se passer, me revoyant toujours arriver trop tard. Je ne fis même pas attention aux infirmières qui passaient parfois vérifier l'état de Matheo, et s'assurer que ses parents étaient en bonne santé. Apparemment, d'ailleurs, il n'avait qu'à peine eu besoin de soin. Matheo s'était évanoui en utilisant toute son énergie pour soigner sa mère.
Finalement, je fus sorti de mes pensées par la mère de Matheo qui vint s'asseoir à côté de moi pour me demander... De tout lui raconter. D'abord surpris par sa demande, j'acquiesçai et entamai un long discours, lui décrivant cet endroit, la raison de la présence de son fils ici. Je lui expliquai que j'étais ce qu'on pourrait appelé son "professeur particulier", puis je lui racontais nos entraînements, tout ce qu'il était capable de faire, à quel point il m'impressionnait chaque jour un peu plus.
Alors que je terminai mon discours en lâchant enfin Matheo du regard pour le poser sur sa mère, lui expliquant que son fils était une personne incroyable, je remarquai que le regard qu'elle portait sur moi était différent. Et soudain elle me remercia. Ce à quoi je ne m'attendais pas du tout. J'en vins à me demander si je n'avais pas laissé échapper des paroles qui auraient pu valoir ses remerciements, mais j'avais été tellement porté par mes sentiments et l'instant que je ne me souvenais déjà plus de ce que j'avais pu dire exactement.
Elle m'avait pris dans ses bras, avant de m'avouer que je faisais dorénavant... Partie de sa famille. De nouveau surpris, je restai coi. De toute façon, je n'aurais rien eu à dire. Je pense que c'était mieux que je ne dise rien. J'avais déjà parlé. Et à l'air qu'elle affichait... C'était à elle de parler.
Elle me fit alors part de ses sentiments. Elle me parla du fait d'être parent, des inquiétude que ça impliquait. Elle m'expliqua ce qu'elle avait vécu suite à la mort de sa fille, et au départ de son fils. C'est idiot, hein ? Parce que dans le fond, tous ces faits, je les connaissais déjà. J'avais fait partie de l'équipe qui avait participé à l'élaboration du dossier de Matheo. Je connaissais son histoire, presque dans tous les moindres détails. Et pourtant... Pourtant, je l'écoutai avec soin.
Parce que savoir les faits ne nous permet pas de connaître ce que les gens ont ressenti. Et les sentiments sont toujours étonnamment plus forts que les faits.
Par ailleurs, je la compris, notamment lorsqu'elle évoqua Daisuke. Pourtant, je savais... Que ce n'était pas mon sang. Je n'étais pas le père. Et malgré cela... Je l'aimais plus que je n'aimerais jamais un enfant. Alors je compris. Ce qui l'unissait à Matheo était ce qui m'unissait à Daisuke.
Toujours silencieux, je l'écoutai s'ouvrir à moi, parce que je savais que c'était mon rôle. Je savais aussi que c'était important pour elle... Mais aussi pour moi. Ce qu'il se passait là ce n'était pas n'importe quoi. J'en étais conscient.
Finalement, elle acheva ses paroles par un baiser sur le front de Matheo. Le même genre de baiser que déposait Hideko sur le front de Daisuke lorsqu'elle avait peur que tout bascule dans sa vie. Elle s'éloigna ensuite de son fils, et m'expliqua qu'ils allaient partir. Parce que c'était mieux ainsi. Parce que sinon, leur fils allait repartir avec eux. Et elle savait, tout autant que j'avais fini par le comprendre, que c'était mieux qu'il reste ici. Parce que là, il était aimé. Il avait tout ce qu'il voulait.
Ici, on avait confiance en lui. Et il reprenait ainsi confiance en lui.
Je hochai donc la tête suite à ses mots. Son père vint me faire une accolade à son tour, après que la mère de Matheo m'aie dit au revoir, et me pria de prendre soin de son fils. Moi, je me contentai, une fois encore, d'acquiescer, sans piper mot.
Ils quittèrent la chambre d'hôpital et je restai là à fixer mon regard sur le jeune endormi pendant un long moment. Tandis que mon visage affichait un air parfaitement calme, mes pensées fonçaient à toute allure dans ma tête. Et alors, je compris. Je compris qu'il manquait une dernière chose. Un dernier détail pour que Matheo se sente bien ici mieux que partout ailleurs.
En quelques secondes à peine, j'étais hors de l'hôpital. J'aperçus une moto garée et je m'en emparais. Fonçant à toute allure, j'arrivais à l'entrée. Chris avait laissé les portes ouvertes et regardait les parents du gamin qui lui avait fait des misères cette nuit partir. Il s'apprêtait à refermer la grille tandis que le couple entrait dans un taxi, probablement en direction de l'aéroport. J'arrêtai la moto, et courus vers le portail, enlevant mon casque pour le porter sous mon bras. Arrivant devant les grilles qui étaient désormais fermées, je collais mon front contre les barreaux, laissant une main s'y accrocher.

-Il vous aime aussi !
criai-je.

Les parents de Matheo tournèrent vivement la tête vers moi, surpris. Prenant une grande inspiration, je répétai :

-Matheo vous aime !


Le moteur de la voiture se mit en marche et le conducteur relâcha lentement l'embrayage tandis que la mère de mon cher élève m'observait avec un regard plein de reconnaissance. J'affichai un sourire doux, calme... Attendri. Un sourire terriblement sincère.

-Et je suis sûr qu'il tient à ce que vous le sachiez...

Mes derniers mots s'élevèrent dans les airs, battant de l'aile, s'éloignant dans l'atmosphère. Je fixai mon regard sur cette voiture qui s'en allait, tournant à l'angle de la rue. Ma main glissa contre la grille et je fermai les yeux un instant. Chris s'approcha de moi, et posa une main sur mon épaule en signe de solidarité.
Mes yeux se rouvrirent, et je posai mon regard à l'endroit exact où se trouvait leur voiture au moment où je leur avais adressé mes derniers mots.
Mes lèvres s'ouvrirent alors pour laisser filer une dernière parole.

-Merci.

Et je fis volte face.
Retournant à l'hôpital, je m'aperçus que le soleil était déjà monté dans le ciel. Il allait bientôt être midi. J'arrivai dans la chambre de Matheo et remarquai que j'avais déjà 5 appels en absence sur mon portable, que j'avais laissé sur ma chaise. Hideko...
Je pris mon téléphone, et m'éloignai dans le couloir pour la rappeler. Sa voix inquiète me parvint aux oreilles en quelques secondes à peine.
Retrouvant un peu de chaleur humaine, je la rassurai, lui assurai que le gamin allait bien. Je lui expliquai que ses parents étaient partis, et quand j'allais raccrocher, lui promettant de bientôt retourner la voir pour qu'elle cesse de s'inquiéter, une infirmière arriva en courant jusqu'à moi, apparemment dans tous ses états.

-Il est réveillé ! Il est réveillé !
ne cessa-t-elle de répéter en me secouant les épaules comme pour me réveiller moi aussi.

Ma réaction se fit alors toute seule. Je raccrochai mon téléphone en promettant à Hideko de la rappeler ou de la retrouver dès que possible. Je posai un pied devant moi, puis deux, jusqu'à me mettre à courir doucement jusqu'à la chambre de Matheo. Arrivant en hâte à côté de son lit, sans écouter les infirmières qui me demandaient de m'écarter pour lui faire une piqûre, je lui adressai un large sourire et je serrai sa main contre la mienne.

-Ils t'aiment, Matheo. Et ils sont terriblement fiers de toi.

Je marquai une pause, tentant de ralentir mon débit de parole pour ne pas le perdre.

-Tout ce qu'ils veulent maintenant... C'est que tu sois heureux.



Spoiler:
 

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