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Dans chaque histoire il y a un début qui appelle une fin. [évent Vacances]
##   Jeu 11 Juin 2015 - 0:00

Personnage ~
► Âge : 11/07/1995
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Humeur : Vous connaissez le syndrome de la cocotte minute ? Bah voilà. sous pression et prête à exploser !

HRP : Pour les deux ans de ma petite Piu j'entame ce RP qui conclura la fin de son histoire, et marquera je l'espère le début de sa nouvelle vie. Je profite de l'évent pour en justifier une partie.



  • Préface

– Il était une fois un poisson rouge très rouge…
Mais non monsieur c’est mon histoire qu’il faut raconter.
– Comment ça ? Comment ça ?
C’est l’histoire d’Ipiu Raspeberry  qu’il faut raconter.
– A mais tu as raison Ipiu. Excuse-moi… Il était une fois dans un pays très très lointain une petite princesse qui vivait très heureuse dans un très grand et très joli château. Elle vivait avec son papa et sa maman et était trèèèèès heureuse.

Nan j’déconne ça ne s’est pas passé comme ça. La vie n’est pas un conte de fées,  Terrae ce n’est pas un château magique. Ce n’est pas un paradis heureux, c’est une prison, du moins pour moi. Terrae m’a construite pour que je reste sa prisonnière. Un peu comme le Centre. Lavage de cerveau, j’n’irais pas jusque-là… Sans doute.
Mais autant dire les choses telles qu’elles sont, Terrae m’a changée sans me dire que je pouvais changer. Laissée seule devant mes horreurs intérieures. Elle m’a fait changer en me faisant croire que je lui devais tout. Elle m’a faite croire que je devais lui être reconnaissante, me volant la liberté de me construire. Elle s’est donnée le droit de me détruire à nouveau. J’ai choisi mes nouveaux maîtres, la laisse semble plus lâche, mais elle n’en blesse pas moins mon cou. Sauf que la laisse c’est moi qui l'ais attachée.
Je suis injuste, j’en ai conscience. Si je n’étais pas venue ici je ne serais pas moi. Je ne suis pas encore moi, c’est la certitude que j’ai découvert. Tant que je resterais ici, je serais cette enveloppe vide qui espère qu’un jour sa peine passera. Non. En réalité tant que je vivrais ici je n’espèrerais plus rien de la vie. Je suis vide et cela me convient, je n’ai pas d’espoir en demain, pas de soulagement pour objectif, juste un vide sans cesse croissant. Voir Nath, sourire un instant, gueuler et boire avec Aaron, faire semblant que tout va bien comme si je commençais à le croire. Aider les autres et me convaincre que leur  bonheur remplacera le mien. Que je finirais par être heureuse si tout l’monde est heureux.
TU ME POURRIS LA VIE IPIU SACHE LE. Si t’avais pas été si greluche et optimiste, jamais cette idée n’aurait germé dans un coin de ma tête. Être forte, faire comme si rien ne m’atteignait, j’sais faire. Paraîtrait même que je suis douée dans ce domaine. Vous demanderez ça aux masters qui me prennent tous pour une salope ou une pétasse. Peut-être un savant mélange des deux, j’leur laisse jamais voir qu’en fait je ne suis qu’une paumée. De toute manière, j’pense qu’ils ont plus de chances d’aider les mômes qui arrivent que moi. Plus tu as de casseroles, plus tu es dure à reconstruire…

Et des casseroles j’en traîne plus que la voiture de jeunes mariés. Pourtant je n’ai même pas encore toutes les cartes du jeu pour me souvenir de tout. Ce dont j’me rappelle ? Je m’appelle Toumaï, je suis née dans un pays où des vagues de dunes émergent tels des mats de bateaux échoués les ruines de temples anciens. Je me souviens que j’avais l’habitude de jouer entre des ruines alors que mon père travaillait. Archéologue sans doute ? Ma mère… Ma mère je ne sais pas trop, je sais qu’elle me racontait des histoires. J’avais un frère aîné aussi. Je pense  que j’étais heureuse.
Puis la guerre a éclaté. Guerre, peut-être même pas. Un simple conflit inter ethnies pourrait suffire, j’en sais rien, j’admets que je n’ose pas chercher. J’ai peur de découvrir ce pan-là de ma vie. Je sais que j’étais heureuse, mais pas à quel point. Savoir d’où je viens me permettrait de cibler mes recherches. Pas envie. Pas l’courage.
La suite de ma vie est plus simple à narrer. J’ai tué un homme. Pas le bon, pas devant les bonnes personnes.
La suite de l’histoire vous la connaissez tous, et tous ceux qui la connaissent jugent. J’ai été brisée ? à de nombreuses reprises, autant dans mon corps que dans mon âme. Je suis entrée dans une école… HAhahaha. Le terme est approprié, les punitions étaient juste des leçons à part entière. J’étais brillante élève, le Centre bon professeur. Ensemble nous étions un tandem dévastateur. Puis tuer est devenu mon métier.

Et puis un jour une nouvelle mission, semblable aux autres. Toujours. Saviez-vous qu’un espion ne pouvait en règle générale pas jouer plus de sept personnalités différentes dans sa vie sans se perdre entre ces dernières ? Les meilleurs composent un camaïeu entre ces sept différentes teintes pour obtenir une palette complète. Je n’ai à ce jour pas trouvé le nombre de teintes primaires que je peux prendre.
La raison est simple quand je crée un personnage, je ne fais pas simplement que le jouer, je le deviens, je l’incarne.  Pas de demie mesure. Je deviens ce que j’ai créé. Je ne fais pas semblant, je suis. Parfois j’ai été mère de famille vous savez ? Sœur, fille, mère. C’était la même chose pour moi. Je devenais. J’aimais, je vivais, j’étais ces personnes pleines de vies…
Puis vint cette mission, une parmi tant d’autre. Je ne devais tuer personne, je devais devenir une jeune française parmi tant d’autre. Une gamine de douze ans qui avait perdu ses parents et baroudais entre familles d’accueil et pensionnats. Une vie passionnante, mais la gamine était positive. Elle était joyeuse et gardait le sourire toujours. Elle était optimiste toujours plus.


  • Acte 1 : Ipiu

Je m’appelais Ipiu. Ipiu Raspberry. J’étais timide. Toujours plantée le nez dans un bouquin, j’étais trop jeune pour être émancipée, trop vieille pour que quelqu’un ne veuille m’adopter. J’essayais de ne pas m’attacher aux gens que je rencontrais, sachant très bien que je ne resterais pas plus de quelques mois dans une famille ou un centre je préférais ne pas me faire d’amis.
Dans les nombreux collèges que je fréquentais on me trouvait bizarre, binoclarde, intello étaient mon lot courant. Je m’isolais des autres ayant peur de m’attacher à quelqu’un que j’allais devoir quitter. Le CDI était ma maison, le silence mon comparse. Nous nous étions apprivoisés tous les deux, il me respectait comme je le respectais. Il laissait libre cours à mes pensées, les accompagnait. Je n’avais pas peur de lui il m’enveloppait comme la plus douce des écharpes. Je me souviens d’un cours de physique où le prof m’avait directement interrogée, seul moyen de me faire desserrer les lèvres, pas que je ne connaisse pas les réponses, mais pourquoi attirer le regard des autres sur moi alors que j’étais amenée à disparaître ? Je me souviens de la surprise éprouvée alors que j’entendais pour la première fois depuis des semaines le son de ma voix. Je m’étonnais de son  timbre et de savoir encore comment transformer mes pensées en paroles. Ma voix s’était élevée un peu roque et avait retrouvé doucement sa fluidité.

Je vivais en silence et ma seule respiration était la lecture… un jour j’emménageais avec la famille Greffier. C’étaient des gens charmants mais ils ne me permettaient pas de me cacher derrière mon mutisme. Le matin ils me souhaitaient bonne journée, et le soir me demandaient comment cela s’était passé. Alors je repris doucement plaisir à la parole. Les mots qui semblaient m’avoir désertés revinrent comme s’ils ne m’avaient jamais quittée. Cependant il y avait un membre de la famille qui ne m’avait pas apprivoisé. Ou peut-être était-ce l’inverse ? Monsieur et madame Greffier avaient un fils à peine plus âgé que moi, il était au lycée. Je ne devais pas sembler bien intéressante à ses yeux. Une étrangère, qui volait de l’attention à ses parents. J’étais bonne élève, polie organisée… Il ne voyait pas en moi une amie potentielle. Il ne voyait pas que cette retenue n’était que l’expression de mon besoin de ne pas déranger.
Aussi, s’il ne voulait pas de moi, je ne m’imposais pas. Je me faisais discrète, disparaissais pour lui laisser plus de place… Et pourtant un jour je ne pus m’empêcher de lui parler. Je me souviens de cette après-midi-là. Il était assis au rang juste devant moi dans le bus et discutait avec un de ses camarades de classe. Il parlait de mathématiques, une question pour moi insolvable. Pouvait-on diviser par zéro. Ils semblaient dire que non, et moi je leur avais dit doucement, que ce n’était pas parce que c’était hors de leur entendement que cela n’était pas possible.
Il s’était foutu de moi gentiment. Il avait passé la suite de la soirée à m’expliquer pourquoi c’était impossible, me démontrant par des théorèmes poussés que je ne pouvais qu'avoir tord, mais je battais en brèche chaque fois plus loin ses théories. Nous dépassions tous les deux le niveau collège, puis lycée. Il ne me pensait pas capable de le suivre dans ses démonstrations. Julien était un jeune homme brillant voyez-vous ? Il était un peu comme moi, un solitaire mais quand on le lançait sur un sujet il ne tarissait plus. Face à son étonnement, je lui expliquais qu’étudier était ma seule distraction dans la vie. Je n’avais ni ami, ni parents, je changeais d’établissement trop souvent pour pouvoir m’investir dans la gymnastique dans laquelle je m’épanouissais pourtant. Lire, étudier… C’était les seules choses qui ne me quitteraient jamais.
De là il me prit en pitié je pense… Chose qu’il aurait mieux fait d’éviter. Je lui remis rapidement les pendules à l’heure, je n’étais pas triste, je n’étais pas misérable… Encore moins fragile, je n’avais pas besoin d’être protégée. Je n’avais pas besoin de sa pitié. Son amitié… Par contre je voulais bien l’accepter. Ainsi il n’y eu plus de je mais un nous. Nous étions inséparables, donnant la réplique l’un à l’autre. Il était vif, drôle et intelligent. Bien que discret…

Et puis un jour je l’ai su. J’étais amoureuse. Pas comme deux enfants pouvaient l’être, pas de cet amour simple et pur. Je l’aimais comme l’adulte que j’étais en train de devenir, comme ces formes que je dissimulais derrière d’amples chemises. Je l’aimais et ce n’était pas son amitié que je recherchais. Je voulais qu’il voit en moi la femme et non la petite fille. Je  voulais l’embrasser, le prendre dans mes bras. Je cherchais son contact, son regard. Espérant qu’il ressente la même chose que moi, espérant qu’il fasse enfin le premier pas. Jusqu’au jour où n’en pouvant plus j’ai explosé.

« Je t’aime.
Moi aussi ma petite Piu, tu es la sœur que je n’ai jamais eu. »
avait-il répondu.

Les dés étaient jetés et mon cœur brisé. Pourtant je l’acceptais avec le sourire. Avais-je le choix ? Bien sûr que non, pourtant le silence m’aurait brisée, alors calmement je lui avais expliqué mes sentiments, de cette voix même qui parfois me surprenait j’avais pour lui mis mon cœur à nu. Le mensonge n’avait jamais été pour moi un chemin empruntable. Je lui expliquais aussi que je n’attendais rien de sa part, que je ne souhaitais pas voir notre relation changer… Pas avant que je parte pour un nouveau foyer. La vie allait nous séparer, alors autant faire comme si je n’avais rien dit et continuer ainsi.
C’est que nous fîmes, amis malgré moi, amis pour moi. C’était une situation que je n’imaginais pas si douloureuse, pourtant je l’avais créé. J’étais seule responsable et si je m’étais dévoilée, je cachais par la suite la moindre de mes hésitations ne voulant pas qu’il se sente coupable. Je restais la gamine qui avait su redevenir joyeuse… Mais dans mon cœur ça s’émiettait, j’attendais la séparation et le temps qui sauraient surement réparer mon cœur brisé.

Pourtant la séparation je n’y étais pas préparée. Ne plus les voir fut un choc. Une blessure de plus. La solitude était devenue pour moi une cage. Je me résignais avec la force qui me permettait jours après jours d’oublier tout ce qui m’avait un jour blessée. Toute cette tristesse qui était mon lot quotidien depuis la mort de mes parents. Je m’oubliais une fois de plus dans mes lectures qui elles seules savaient apaiser mon âme. Je lisais de tout, du livre de recette à celui à l’eau de rose, en passant par celui parlant de théories mathématiques et en m’arrêtant au rayon mangas.
Le quotidien reprit ses droit et lentement la poussière commença à se déposer sur ce qui aurait pu être ma première histoire d’amour. Je m’enfonçais dans ce silence que j’apprivoisais à nouveau. La solitude me pesait plus qu’alors, mais en aucun moment j’en venais à regretter de les avoir rencontrés. Ils m’avaient fait comprendre quelque chose d’important. Je ne pourrais pas vivre toute ma vie seule, j’attendais avec impatience mes seize ans, âge auquel je pourrais enfin être émancipée et trouver un boulot qui me permettrait de me fixer en un lieu précis et de ne plus subir ma vie. J’espérais bien sûr pouvoir faire des études, mais je savais qu’avec les aides de l’état, cela ne serait pas incompatible…
Je gardais une foi inexorable en l’avenir, car quand on a connu le pire, il ne nous reste que le meilleur non ? C’était du moins ce dont je me convainquais. J’avais treize ans, je n’allais pas passer ma vie à déprimer pour un amour avorté. J’n’étais pas conne à ce point. Je voulais grandir vite et oublier tout ça.

Puis un jour alors que je croyais avoir oublié il était là. Il m’attendait devant mon nouveau collège. Déjà faut dire un truc important, je ne l’avais pas vu. J’étais myope mode puissance mile, et je ne m’attendais pas à le voir. Mon esprit à son habitude vagabondait. Si mon corps était présent et se dirigeait immanquablement vers ma nouvelle maison d’accueil, je ne sais plus vers quels rivages voguait mon esprit. Il m’a dit m’avoir appelé plusieurs fois avant que je me retourne et ouvre un regard stupéfait. Je lui ai souri comme à un ami, ça me faisait plaisir de le revoir, même si je me préparais déjà  à souffrir de notre séparation.
Si j’m’attendais à la suite des événements, certainement pas. Nous avions fini dans un bistro, et au vu de mon âge (et de mes moyens) j’avais commandé une grenadine pour justifier notre présence en ces lieux. On avait parlé, rattrapant le temps qui nous avait séparés comme s’il n’avait jamais existé. Et je n’sais trop comment s’est arrivé, mais j’ai fini avec ma langue dans sa bouche, à moins que cela n’eut été l’inverse ? J’en sais rien… Je sais juste qu’au moment se nous quitter j’ai levé des yeux tous timides vers lui, et rougissante je lui ai demandé :

« Est-ce qu’on peut dire qu’on sort ensemble ?
Tu en doutes encore ? »


Il avait souri et m’avait embrassée à nouveau. Alors j’avais su, avec mes yeux d’enfant que notre histoire durerait presque toujours. Jamais je ne voudrais que d’autres lèvres frôlent les miennes. J’étais heureuse. Simplement. Je n’étais plus seule. Plus vraiment, il m’acceptait totalement.
Bien entendu nous voir ne fut pas une mince affaire, pas que la famille chez laquelle j’avais atterrie fut très regardante. Au contraire, moins ils me voyaient mieux ils se portaient, j’étais une  gêne, je le savais. Je me faisais petite discrète, partant à la première heure pour aller au collège, rentrant pour souper uniquement. Je n’avais pas le droit de découcher, après je meublais mes journées comme bon me semblait à la condition que mes résultats scolaires ne baissent pas et que les flics ne me ramenaient pas. Ce qui connaissant mon caractère n’étaient pas la mère à boire. Sages ? Nous l’étions, les bibliothèques municipales étaient nos lieux de rendez-vous, nous pouvions nous asseoir sur un banc  au milieu d’un par cet rester des heures à parler.
Nous ne pouvions cependant pas repousser le moment d’annoncer la nouvelle à ses parents. Nous appréhendions un peu. Il faut dire que nous ne savions pas comment ils le prendraient… Après tout pendant six mois nous avions vécus sous le même toit presque comme frère et sœur. Il allait bientôt faire dix-huit ans. Notre relation était quasi incestueuse, enfin c’était ce que nous nous disions, nous n’étions pas très à l’aise avec notre différence d’âge. Elle ne nous dérangeait pas à soi, elle ne changeait rien à nos sentiments réciproques… Mais le regard es gens n’était pas… enfin, vous connaissez sans doute, être jugé par des inconnus n’a jamais fait plaisir à qui que ce soit… Et nous avions peur d’être jugés encore plus sévèrement par des gens que nous aimions. C’était grotesque, j’en ai bien conscience aujourd’hui, d’autant plus que la nouvelle ne les a pas ébranlés plus que ça. Ils étaient plutôt heureux pour nous. Ils nous faisaient confiance, comme ils n’auraient pas dû.

Bien entendu nous étions jeunes mais dignes de confiance… Aussi je vais passer les détails et vous dire que c’était un samedi après-midi comme les autres, nous étions chez les Greffiers à regarder une vidéo. Nous étions seuls… Faut-il vraiment que je vous conte la fin d’une histoire vieille comme le monde ? Il en avait envie, moi aussi. Ça n’a pas fait mal même si on s’y est sans doute pris comme des pieds. Je n’ai pas saigné non plus, mais après tout ce n’est pas anormal. Enfin, je ne sais que dire de plus à ce sujet, c’était magique et en même temps tout à fait réaliste. Un peu comme notre couple en fait.
Par contre Brigitte  et Patrick n’étaient pas vraiment de cet avis, j’étais trop jeune disaient-ils. Trop jeune pour quoi exactement ? Avoir vu mes parents mourir ? c’était fait. Vivre par moi-même ? C’était fait aussi. Quelle erreur avions nous commise autre que de nous aimer ? En même temps, je ne leur en voulu jamais car je savais qu’ils ne cherchaient qu’à nous protéger d’un amour à leurs yeux immatures. A leurs yeux seulement, nous savions ce que nous voulions et nous savions que ce n’était pas une amourette. Nous nous étions attendus, nous savions tout deux ce que nous désirions. Certes nous ne parlions pas de finir nos jours ensembles et d’avoir des mômes nous étions réalistes… Mais nous savions que notre histoire durerait certainement des années.
Nous étions heureux et nous acceptions que ses parents refusent dès lors de nous laisser seuls à la maison. Nous avions goûté à l’amour charnel, nous avions apprécié mais ne basions pas notre relation sur ce dernier. Un jour viendrait où nous en aurions tous les deux autant envie l’un que l’autre. Cependant pas de suite, en attendant nous nous donnions à nouveau rendez-vous dans des parcs.

  • Acte 2 : Le vide

C'était une routine nous nous retrouvions deux fois par semaines. Le lundi je finissais plus tôt que lui je parcourais donc le chemin jusqu'à son lycée et l'attendais dans un parc adjacent. Le jeudi, ou lorsqu'il pleuvait nous nous retrouvions dans une bibliothèque municipale. Nous révisions ensemble la plupart du temps, pas que nous n’avions d’autres sujets à aborder, loin de là mais, nous voulions prouver que nous pouvions  être sérieux. Il préparait son bac et moi mon brevet, on voulait prouver qu’on pouvait réussir ensemble. Bien sûr on savait que mon brevet et son bac n’étaient qu’une formalité, mais nous voulions des notes maximales. C’était un défi. C’était idiot, nous n’avions rien à prouver. Rien à nous prouver. Nous aurions dû profiter de… Nous.

17 janvier 2013, nous avions rendez-vous. Nous devions faire nos dernières révisions ensembles… Nous. J’étais seule ce matin-là dans le parc.

J’étais seule parce que ton sang avait été rependu sur cette allée de graviers blancs, parce que ton corps défiguré et mutilé m’attendait. C’était lui, il portait le pendentif que je lui avais cousu autour du cou, une sorte de porte-bonheur contenant une de mes mèches de cheveux, vous savez ces petits grigris d’amoureux qu’on se donne en sachant qu’on a l’air débiles, mais qu’on ne peut s’empêcher de donner… Ces petits trucs pitoyables qu’on…

« NOOoooooooooooooooooon ! »


Le cri résonna puis se tut. La conscience a quitté mon corps, je dois rêver, je suis obligée de rêver. C’est ce que je pensais, j’allais me réveiller dans mon lit, dans cette famille pas si aimante que ça qui m’accueillait à cette période. C’était une nécessité un besoin. Je ne voulais pas me réveiller dans un monde où il n’existait pas. Ça fait clicher, maintenant j’en ai conscience, mais alors le monde ne méritait plus d’exister.

Mes yeux s’ouvrirent sur les dalles blanches d’un hôpital. J’étais seule. C’était un constat autant physique que sentimental. J’étais seule, une infirmière entra et mes yeux ne quittèrent pas le plafond pour suivre cette apparition. Les larmes dégoulinaient, sans que je ne puisse rien faire, sans que je ne trouvasse le bouton off, je n’en avais même pas envie, je n’avais plus envie de rien. Les docteurs défilèrent, les agents de police, des camarades de classe parfois venaient faire leur BA en passant demander de mes nouvelles.
Alors mon regard vide et rougi se posait sur eux sans que leur présence ne vienne jamais combler ma solitude. Les questions restèrent sans réponses, je ne savais même plus comment actionner mes cordes vocales. Peut-être n’en avais-je pas non plus envie. « Choc post-traumatique, ça passera monsieur l’agent. » Comme si la souffrance s’atténuerait un jour, ce n’était pas un cauchemar, et pourtant s’en était un. Je ne pouvais pas agir, prisonnière de ce qu’ils appelaient réalité. Alors je les ai vu me perfuser au glucose, au truc, au cela. « Vous devriez vous alimenter mademoiselle Raspberry » Pourquoi donc ? Cela n’était qu’un cauchemar, j’allais me réveiller. « Vous êtes sûr qu’elle est consciente ? » Non bien sûr que non je n’étais pas consciente vu que j’étais dans un cauchemar, ils en avaient de ces idées. « Oui, ses réflexes pupillaires et son EEG le prouvent. » Des conneries tout ça.
Alors les rondeurs toutes enfantines de mon visage fondirent. Les parents de Julien finirent par venir me voir. Non, je suis injuste. Ils étaient déjà venus sans que je ne leur prête la moindre attention. A quoi bon ? J’allais me réveiller. Ils vinrent, revinrent, re-revinrent… Les yeux de sa mère étaient reflets des miens, tristes et hantés. Elle me prenait la main, me parlait. Alors mes pupilles quittèrent le plafond, alors les larmes qui s’étaient taries se remirent à couler, alors les mots retrouvèrent la porte de sortie.

« Je suis désolée. »


Je ne sais pas si je l’ai dit ou simplement pensé mais c’est à ce moment-là que j’ai réalisé que ce n’était pas un cauchemar. Leur réalité était devenue la mienne. Les mots, les excuses sans sens. « Ce n’était pas de ta faute. » C’était la faute à pas de chance, la faute à personne. Si je n’avais pas existé il ne se serait pas trouvé dans le parc de si bonne heure, nous le savions toutes deux. Si j’étais arrivée avant lui ça n’aurait pas été lui. Si je… Si. Tellement de si et de peut-être qui ne menaient à rien.
L’intraveineuse  fut retirée, je n’avais pas faim. Je n’avais pas envie de vivre, je me demandais pourquoi je devais perdre tous ceux que j’aimais. Mes parents et lui. Pourtant mourir n’était pas une solution, vivre serait ma vengeance sur la vie. Une vie terne et morne… Une vie sans lui.

La lassitude remplaça la douleur, le temps passa et mon cœur se vida, tristesse, amour, espoir, chagrin, honte, culpabilité, je les sentais encore en moi vibrer doucement. Une distance semblait maintenant les séparer doucement de ma conscience. Un gouffre se creusait en moi. Toujours plus profond. Ce vide me permettait d’avancer, de ne plus ressentir cette douleur, cette confusion. Ce vide me rendait inhumaine tout en me permettant de préserver cette vie qui me rendait si humaine.
Alors la vie devint insipide, alors le vide remplit mon cœur aussi bien qu’il sait remplir un atome. La matière est majoritairement constituée de vide. Ça tombait assez bien car c’était à présent mon majoritaire composant. La police était sur la piste d’un tueur en série et je n’en avais cure, ce n’était pas important. Rien n’était important à vrai dire. Il me fallait juste continuer, oublier, avancer. Et ça se fissurait et je tombais, lambeau d’inhumanité après lambeau de rêves.

Puis un jour il fut là « Veux-tu aller mieux ? » furent les mots qui me persuadèrent de le suivre. A vrai dire j’ai peut-être un instant pensé qu’il était le meurtrier de cet homme, de cet enfant que j’aimais. Peut-être Dieu existait-il quelque part en ces cieux, et dans son immense grâce m’accordait l’oubli et l’apaisement. En montant dans l’avion je compris qu’il n’en était rien. Alors je décidais de continuer à faire semblant de vivre. Alors je décidais d’avancer encore… même si chaque pas était une déchirure. Même si je renonçais un peu plus à celle que j’aurais aimé être pour devenir celle que les autres avaient besoin que je sois.

  • Acte 3 : Un nouveau départ.

Ce fut une arrivée banale. On me déroulerait pas le tapis rouge, on n’accueillerait pas la nouvelle venue. Je fus pucée, telle une chienne. Pourtant rien de dégradant dans ce processus, juste une nécessité, on venait de nombreux pays différents avant d’atterrir ici : on avait besoin de communiquer. Les portes n’avaient guère réussie à m’impressionner, j’étais trop paumée pour cela.
Ce jour-là je rencontrais Sixtine, elle était comme un double pour moi. Même taille, mêmes proportions, même style de postures, même couleur et longueur de cheveux, même frange, même type de visage. Peu de choses différaient entre elle et moi, la couleur de nos yeux et notre style vestimentaire seulement. Miroir troublant l’une de l’autre, pourtant sur le moment ce ne fut pas notre première préoccupation. On m’avait lâchée là, au milieu d’une ville qu’on m’avait nommée Terrae en me disant « rejoint le dortoir des novices. » Pas de plan ni d’indications, démerde toi toute seule ; j’apprendrais par la suite que c’était monnaie courante ici de lâcher dans la nature des adolescents suicidaires.
Sixtine m’a montrée le chemin, ou presque me trompant je finissais dans les dortoirs des garçons… Comment dire, je restais dubitative face à eux, fermée, je rougissais et rebroussais chemin, voyeuse pas tellement, étourdie je clamais coupable. Cela fit naître en moi un sentiment de flottement, comme si je réalisais qu’il y avait d’autres hommes, d’autres garçons que celui que j’vais perdu, comme si je réalisais que la vie pouvait continuer. Pour les autres… Et peut-être pour moi.
Lorsque j’ai rejoint Sixtine elle m’a de suite coatché sur Terrae… Qui n’était pas un pensionnat accueillant des cassos comme les autres finalement. Ce qui me laissait vraiment sur le cul, je me demandais un instant si la jeune fille avait fumé quoi que ce soit, son histoire de « dons » c’était un peu comme si on me disait « bienvenue à Poudlard des détraquées mentaux ! » Sauf qu’un jet d’eau est venu percuter ma main, elle maitrisait l’eau ! Aussi surprenant que cela sembla-être, elle ne racontait pas des conneries.
Voilà comment je fus initiée aux secrets de ces lieux. Voilà comment le Centre trouva les réponses qu’il cherchait… En partie. Car cela je ne m’en souvenais plus, pas consciemment du moins. J’avais jeté un voile sur Henrietta, je n’étais plus qu’Ipiu, une jeune fille désespérée. Mon double me fit faire le tour du campus en même temps que je digérais l’information : la magie existait en ce monde… Je ne comprenais pas encore tout. Cela viendrait.

Je découvris lentement les lieux et la vie qui les animait. Elle était réconfortablement banale,  je me levais trop tôt pour qu’on appelle mes nuits « nuits » et je partais m’entrainer sur le toit, il n’y avait personne ou presque.

Lors d’un de mes entrainements matinaux Nogaro fit irruption sur mon terrain de jeu, de surprise j’ai perdu l’équilibre et gagné quelques bleus en échange…. Je ne sais pas si c’était un échange équitable. Avec le recul je peux dire qu’il m’a fait du rentre dedans, ce qui était surprenant vu le jogging et la sueur qui courait sur mon corps et l’odeur qui l’accompagnait. Il s’est ensuite endormi l’air de rien, et je l’ai veillé jusqu’à ce qu’il ouvre les yeux… Puis on s’est séparé j’avais cours… Et je me sentais mal à l’aise de susciter ce genre de remarques flatteuses… J’ai fui.

J’ai décidé à cette période de gagner un peu d’argent par moi-même. Une annonce de la bibliothèque attira mon attention. Ils cherchaient une aide après les cours quelques soirs par semaine…

C’est à peu près à cette période que j’ai commencé à écrire un journal intime. J’avais besoin de tout noter pour ne pas risquer d’oublier un jour. J’avais peur qu’il disparaisse, qu’il ne soit plus qu’un songe, comme ceux qu’on fait par une nuit agitée. Alors j’ai écrit, tout, pour ne pas oublier. Alors j’ai écrit tout en espérant me libérer.
J’avais tout écrit, Julien notre rencontre, ses parents… Tout ce que j’arrivais à écrire sans  me perdre, sans me blesser. Puis un jour comme une idiote je l’ai oublié sur mon lieu de travail, le temps que je revienne il avait disparu. J’me sentais mal, trop mal. J’avais l’impression que maintenant tout allait s’effacer, et je dois avouer que je n’appréciais guère qu’on s’invite dans mon intimité.
Quelques jours plus tard, le journal reparut avec un message dedans… Ainsi nous commençâmes à
écrire à deux. Mon journal intime était maintenant enchanté, et j’y conversais avec un parfait étranger ou une étrangère. Nous nous racontions nos vies, et ses questions étaient perturbantes. Si j’avais su au combien il avait raison plutôt que de l’en blâmer peut-être que notre correspondance aurait-elle duré plus longuement ? Je ne sais pas, un jour tout s’arrêta.

Je m’intégrais de mieux en mieux à Terrae, si je ne trouvais toujours pas le courage d’aller vers les autres, je ne les repoussais plus non plus. J’avançais à mon rythme cherchant le bonheur que je pensais mériter après toutes les épreuves que j’avais subies. Je pensais que je devais être heureuse pour lui aussi. Pourtant dans chaque sourire je ressentais l’amertume de son absence.

Solitaire je me sentais mieux. Je n’avais plus ce poids dans la gorge, cette appréhension, cette sensation de le tromper.  Je vivais isolée dans la foule, je vous croisais tous sans vous rencontrer. Jamais tu ne seras plus seule que dans une foule fournie… Je partis à la découverte de ce lieu dans lequel j’allais vivre encore longtemps, je grimpais dans chaque arbre, soulevais chaque pierre. J’apprenais. Je comprenais. Je découvrais.

Un jour que j’étais à me peinturlurer les doigts de pieds perchée dans un arbre je fis tomber le pot de vernis vert pomme… Tiens qui voilà ?Takeda passait justement par-là, il fut la première personne à laquelle je parlais depuis longtemps . Peut-être la première depuis Nogaro, j’ai du bien entendu lui retirer le liquide gluant dont je venais de l’asperger et pour me faire pardonner je l’ai entrainé dans un café non loin de l bibliothèque où j’avais mes habitudes. Mes habitudes de solitaire. On a passé une aprem agréable et parfois on se rencontrait à nouveau.

Dans les rencontres un peu absurdes j’en ai vu d’autres. J’avais décidé d’apprendre à nager, toute seule comme une grande. J’avais peur de me ridiculiser en cours de sport, j’admets que j’étais un peu conne sur ce coup. La peur d’avoir honte est passée avant l’instinct de survie. Un beau jour j’ai donc plongé la tête la première, enfin pas vraiment, je n’avais pas de brassards mais j’avais une planche en mousse…
Sauf que bien évidemment ce n’était pas la meilleure des idées du monde,  comme on peut s’en douter, elle m’échappa. J’avais tellement honte et peur de déranger que je n’ai même pas pris la peine de crier. Pourquoi faire ? Alors l’eau commença à me submerger et mes poumons manquant d’air eurent le réflexe de se remplir à nouveau.  
Je suffoquais et mourrais, en silence. Avec du recul même si je me refusais à l'époque de le voir ainsi, c'était peut-être une tentative de suicide, personne ne m'aurait regretté je pense. On se serait dit « une de plus qui a pas réussi à aller mieux. » Vous savez faut pas s’attendre à des monts et des merveilles, un taux de suicide plus élevé que la moyenne ça par contre c’est compréhensible… Enfin bon…
Je ne suis pas morte, vous l’aurez remarqué c’est un peu con de se rencontrer comme ça.Quelqu’un m’a sauvé, et quand j’ai ouvert les yeux pendant un instant j’ai espéré que j’avais tout imaginé, que ces derniers mois à Terrae n‘étaient qu’une farce. J’ai cru que c’était Julien qui étaient à mes côtés. J’étais heureuse, je l’ai embrassé… Mais ce n’était pas lui.

Je poursuivais un mirage et c’était en réalité Lucky, un inconnu, pas vraiment quelqu’un de bien, mais quelqu’un qui m’avait sauvé. Je ne suis pas sûre que c’eût été une bonne chose. Pourtant sur le moment c’était la chose à faire. D’ailleurs il ne m’a pas lâché la grappe une fois que je suis sortie des vapes. Il voulait savoir comment j’en étais arrivée là, et je n’ai pas eu la présence d’esprit de lui mentir. J’étais déboussolée, je pense qu’il aurait finalement mieux fait de me foutre la paix mais non. Il a décidé qu’il allait m’apprendre à nager, et m’a laissée à peine trente minutes pour me préparer à l’idée que j’allais devoir retourner dans ce bassin où je venais de côtoyer la maraude. C’était pas forcément intelligent, mais après tout quand on tombe de vélo ne dit-on pas qu’il faut remonter illico ? Il devait en tous les cas le penser, pas moi. Tremblante je mettais de mon côté mon impitoyable et improbable sens de la dérision, je le surnommais « papa » pour le rôle qu’il avait décidé de jouer auprès de moi. Il m’a appris la brasse cet après-midi…  Et je me suis promise qu’un jour je ferais quelque chose pour lui aussi.

Je passais les jours suivants à m’interroger sur comment lui rendre sa gentillesse… Sans trouver quelque chose qui me convienne. C’est après une Une interminable journée qu’un nouvelle incident vient pimenter à nouveau mon morose quotidien. Takeda était dans une mauvaise passe. En même temps quelle idée il a eu de s’aventurer dans le dortoir des filles le soir ! Je l’ai dissimulé ! Son honneur est sauf… Même si je lui en parlerais longtemps ! On a failli se faire chopper quand même, mais bon je m’étais aussi un jour trompée de dortoir, je ne pouvais lui en vouloir.

Je continuais à me murer dans ma solitude… Un jour alors que je rentrais de la bibliothèque je m’arrêtais, plus par curiosité que par intérêt dans une salle d’arcades. Je n’avais jamais eu le temps ou l’argent de m’intéresser aux jeux-vidéos. C’est ainsi que je rencontrais un grossier personnage Michigan Carter, il semblait n’avoir pour seul but dans la vie que de me faire chier et de me prouver encore et encore que j’étais plus nulle que lui, il semblait penser  « Des jeux vidéos ? MOUHAHAHAHA je vais tous vous EXPLOSER ! » nous conviendrons que c’était puéril de sa part. Quand il m’a proposé de choisir le jeu sur lequel prendre ma revanche, je ne l’ai pas épargné. Un truc de danse, autant je n’étais pas habituée aux jeux-vidéos, aux consoles et aux manettes, autant je connaissais mon corps comme si j’y étais née.
Je n’ai pas remarqué qu’il était mal en point. Genre vraiment, j’l’ai achevé, le pauvre (?) Avec  ma partie de Just Danse. Je l’ai forcé à aller à l’hosto… Mais il y a toujours un prix à payer. En réalité je lui ai promis que s’il allait à l’hôpital, ce que ce crétin se refusait à faire, je réaliserais un de ces souhaits. Vous savez le genre de promesses qu’on fait à un enfant et qu’on ne compte pas tenir… Et bien ce n’était pas de celles-là. Je comptais la tenir et lui faire regretter à ce petit con de l’avoir mal formulée. Vous connaissez sans doute les pactes avec le diable là, c’était la même chose. J’ai été magnanime en lui laissant réfléchir à ce qu’il me demanderait jusqu’à notre prochaine rencontre et je l’ai payé plus tard.

Je retrouvais un jeune homme bien plus sympathique lors d’une intercours surprenante. Si j’osais dire je dirais qu’une Raspberry paie toujours ses dettes. Hum. Non c’pas ça. Bon en gros j’ai sauvé le cul de ce cher Lucky qui était en train de déclencher une petite bagarre dans les couloirs. Il n’a jamais été très doué pour les relations  j’ai l’impression, il frappait avant de réfléchir, mauvaise combine. Je lui ai sauvé la mise sur ce coup-là, lui évitant des coups et des heures de colle et scellant notre amitié.
Nous nous rencontrâmes assez fréquemment avec le blondinet pour nous considérer comme bon amis. Nous avions toutes sortes d’activité, la natation bien entendu, mais nous pratiquions ensembles bon nombres de sports solitaires qui n’en devenaient que plus agréables. (à la relecture je n’ai pu m’empêcher de penser à la branlette, mais sachez que cela ne faisait pas partie de nos activité de groupe.) Pparfois la pluie nous empêchait de sortir et j’avais pris l’habitude lors de ces jours-là de lire à la bibliothèque ou dans la salle commune lorsque je n’avais pas le courage de sortir.


« Je ne suis pas Sixtine ! » voilà ce que j’ai eu envie de crier quand je me suis retrouvée avec la langue de Léon dans le gosier. Il m’avait confondue avec sa chère et tendre… Qui bien sûr décida de se pointer à ce moment-là. Sixtine n’a vraiment pas apprécié.  Tout comme Léon quand il s’est aperçu de sa méprise. J’ai pensé à rire, mais ça criait trop de tous les côtés… Enfin surtout il perdait le contrôle de ses pouvoirs. Ce qui n’était jamais une bonne chose dans un lieu clos et fréquenté.
Alors j’ai embrassé Sixtine, un partout. Il avait « fauté » elle aussi. Merde et moi j’avais embrassé trois personnes de trop. J’avais ce goût amer sur les lèvres et cet écœurement profond dont je ne laissais rien voir. Je me sentais coupable, je me dégoûtais. Pourtant je ne regrettais pas mon geste qui ramenait la paix dans les ménages.
D’ailleurs on a décidé d’en rire et on a pensé à monter une arnaque avec cela. On est allés en discuter tous les trois dans la salle de musique. C’était drôle on a monté le plan des (fausses) jumelles sur un air de piano. Cela aurait pu être assez drôle, et quelque part j’aimais me laisser entrainer et distraire de mes sentiments.  Personne ne se doutait à l’époque que j’allais devenir une tonnerre, une eau timide m’aurais mieux convenue ; j’ai toujours eu trop de retenue pour être prédictible. Nous n’avons jamais eu le temps de réaliser notre plan, mais en même temps personne n’aurait pû prévenir ce qu’il adviendrait de mes cheveux.

Lundi 8h du mat’, math. était toujours une épreuve, reprendre les cours après avoir passé le week-end à lire ou à faire du sport avec Lucky n’était jamais agréable, et cela ne le fut pas plus quand je me retrouvais obligée de ramener l’une de mes petites camarades qui avait encore plus de mal que moi à émerger par la demande du sieur Ashton…  
Elena, tendre Elena. Je ne suis pas celle qui possédait le plus de tact pour te réveiller, mais ma chérie fallait que je le fasse. T’imagines même pas combien j’aurais pris cher par le professeur si je ne l’avais pas fait. Sauras-tu me pardonner ?

Les journées semblaient s’enfiler, similaires les unes aux autres, un matin ou un soir j’ai trouvé un numéro griffonné sur un banc avec de nombreuses insanités… Je me suis dit que je ne perdais rien à prévenir le destinataire du numéro, mais vous imaginez bien que ce n’était pas un message du genre   « Salut ça va ? » C’était plus du style mise en garde, j’lui ai demandé s’il voulait que je fasse disparaitre les preuves, il a accepté. Nous avons correspondu un temps par SMS mais au final nous nous sommes lassés…

Je travaillais tous les soirs à la bibliothèque, et tous les après-midi aussi… En fait dès que j’avais un peu de temps libre je m’y réfugiais, même quand je n’étais pas de service. J’y étais bien et le travail ne manquait jamais, un soir où j’aidais à la fermeture alors que je n’étais officiellement pas de service, je me suis retrouvée enfermée avec  Enrica, une jolie jeune fille. Voyant plutôt le verre plein que le verre vide, nous en avons profité pour nous amuser. Nous avons créé notre guide de survie en bibliothèque hostile. Je ne l’ai jamais revue, je crois qu’elle a quitté Terrae peu de temps après.

C’est peu de temps après que survint mon premier drame à Terrae, l’obtention de mes pouvoirs…


  • Acte 4: Quand le tonnerre gronde...


L’intiation, certains diront que c’était une révélation, d’autres que ça ne leur faisait pas si peur que ça. Moi j’étais terrorisée, terrorisée de ne plus rien maîtriser. Je m’attendais à devenir une paisible eau, ou peut-être une terre… Je ne m’attendais pas à me voir affublé de ce pouvoir dévastateur qu’était l’électricité. Je ne me sentais pas la capacité de contenir tout ça, je me croyais trop faible pour le dompter, et du coup je retenais tout.
L’électricité résiduelle s’était accumulée autour de moi. Vous connaissez sans doute cette sensation d’avoir de l’électricité statique tout autour de soi ? J’avais l’impression d’être une grenade dégoupillée, et quand je péterais ça serait sans doute une histoire de cuisson ?
Après être passée dans le camps des tonnerres, j’avais tout le temps peur. Peur de blesser des autres… Du coup je me blessais moi-même. Je suis allée demander de l’aide à mon « ami » Lucky. Il me l’a accordée, j’ai failli le toaster comme un pain grillé mais malgré tout il m’a prise sous son aile. Il m’a même proposé de venir aménager dans sa chambre pour que je n’ai plus peur. Ce que j’ai fait. Depuis ce jour des rumeurs coururent à notre sujet chez les tonnerres mais… ON S’EN FOUTAIT.

A vrai dire on était plus du genre à les entretenir, à se donner des petits noms d’amour en public. Sauf que non, c’était clair entre nous. Nous ne sortions pas ensembles, nous aimions chacun une personne différente, avec le temps je me suis ouverte à lui. Totalement, il était de ce genre de personnes qu’on comprend facilement. Une bouffée d’oxygène, il était je ne sais pas… Un ami ? Un frère ?
On passait beaucoup de temps ensembles, normal on vivait dans la même chambre. Ça me faisait du bien, je veux dire d’avoir un chez moi ou rentrer. D’avoir quelqu’un qui m’attendait avec joie. Il savait pour Julien, je savais pour Akira. C’était comme ça entre nous, on se faisait confiance, on ne se jugeait pas, je le comprenais même si j’avais souvent l’impression que ce n’était pas réciproque. Je l’aimais quand même. Le quotidien pour la première fois depuis longtemps me plaisait, même si parfois j’étais encore un peu triste… Mais je n’étais plus seule… Je vagabondais souvent, pour le seul plaisir de rentrer chez nous.

Pourtant je n’avais pas le sens de l’orientation.Quand on ne regarde pas où on met les pieds en marchant et en lisant à la fois, il ne faut pas s'étonner d'arriver dans des lieux bien étranges. Les souterrains font partie de ces lieux hors normes et inattendus… Tout comme la fille que j’ai renversée, Oska… On ne s’est pas vraiment attendues… Mais après elle j’ai presque arrêté de marcher en lisant presque…

Ce qui devait arriva, entre nous trois c’était une histoire d’amour, jalousie et trahison. C’était obligé que ça explose un jour… La petite Akira avait bien entendu toutes les rumeurs que nous faisions courir et était grandement jalouse de la relation que nous entretenions, non pas de notre relation fictive, elle  connaissait trop bien mon colocataire pour y croire, mais de la complicité qui nous permettait de rendre cette relation fictive crédible. Si vous avez arrêté de me suivre je comprendrais. J’aurais-peut-être dû commencer par lui confirmer que je n’étais pas enceinte ? En tous les cas elle s’est retenue de me tuer pour son frère… Et on a instauré une trêve pour lui dès lors qu’elle a compris que je ne prendrais jamais sa place dans le cœur du jeune homme.
Je n’étais qu’une amie, une très bonne amie, peut-être sa meilleure, mais nous pouvions vivre l’un sans l’autre. Nous pouvions imaginer un monde sans l’autre, et le futur nous montrerait que nous survivrions à notre séparation.

Les cours devenaient de plus en plus pénibles, passant la majeure partie de mon temps à étudier à la bibliothèque, je maîtrisais déjà une grande partie, pour ne pas dire la quasi-totalité des notions que nous abordions en classe. Pourtant j’appréciais encore le fait de voir un enseignant enseigner. C’était presque toujours magique, je connaissais la notion mais j’apprenais comme l’enseigner. J’avais toujours voulu être institutrice et cet art qu’était l’éducation me fascinait.
Presque toujours. Parfois en histoire je m’ennuyais vraiment. C’était une matière qui m’avait toujours passionnée car je l’apprenais comme un récit, comme un roman, je découvrais les personnages et appréciais les péripéties… Pourtant parfois les cours tournaient en histoire de l’ennuie. Heureusement ma voisine de classe trouvait toujours des moyens de me distraire… A moins que ce ne fut le contraire, je ne compte plus les parties de morpions qui avaient émergées dans les marges de nos cahiers avec Road.

Je changeais progressivement, mes pouvoirs étaient terrifiants et je ne les maîtrisais pas, les brûlures en tous genres fleurirent sur mes bras, me jambes… mon visage. Un jour que j’essayais de maîtriser la foudre pour vaincre ma peur, celle-ci m’échappa. Elle brûla net mes cheveux, passant à quelques mètres du galbe de mon épaule,  quelques centimètres de mon cœur qui aurait eu bien du mal à redémarrer. La tresse tomba solitaire.
Je dus égaliser de l’autre côté à regret. Je ne me ressemblais plus, mes cheveux avaient commencé à s’éclaircir aussi. Sans doute que cela avait un lien avec ma nouvelle  alimentation ? pensais-je. Je n’étais plus la fille que tu avais rencontrée et celle dont je mirais le reflet dans un miroir ne me ressemblait pas.



Je sentais le malaise surgir dans ce quotidien… tout allait trop bien ? Peut-être avais-je simplement besoin de me rendre malheureuse pour me dire que je ne l’avais pas oublié. Je me sentais pâteuse ce soir-là quand j’ai poussé la porte d’un bar en vile… Je ne sais pas exactement pourquoi je bois en général, [url= http://terrae.forumpro.fr/t2359-je-bois-pour-oublier-oublier-quoi-bin-ch-sais-plus-j-ai-oublie]  Je bois pour oublier, oublier quoi ? Bin ch’sais plus j’ai oublié… [/url] Là c’était d’autant plus vrai.
Seconde vraie rencontre avec Michigan… J’ai dû payer mes dettes. Je lui avais promis de faire ce qu’il voulait s’il allait à l’hôpital la fois précédente. Il m’a tout simplement demandé de lui obéir. Bon j’avais aussi pas mal bu… Bref mauvais mélange. Les faits remarquables de cette aventure ? On s’est réveillés dans le même lit. Je lui ai vomi dessus. Il m’a déguisée en bunny girl et j’y ai gagné un très chaud mais très moche manteau rose… Ah… Et je l’ai encore envoyé à l’hôpital…. J’appréhendais la prochaine fois que nos chemins se croiseraient. Elle ne vint jamais.

Foule et  houle cafet, comme tous les midis, j’étais une fois de plus en train de lire… Cette pause fut l’occasion d’une rencontre furtive avec Cendre de Lune, qui bien que jolie semble un peu perchée… Et avec Kei qui bien que grognant semble inoffensif. Le temps d’un repas est vite passé, je les ai recroisés encore quelques fois… Mais nous sommes trop disparates pour nous rassembler.

Je retournais donc dans mes livres. J’y étais bien, et je dois avouer que Lucky et Akira me suffisaient comme présence humaine. Aussi curieux que cela puisse sembler, malgré l’animosité de notre première rencontre, nous étions devenues amies, car une fois dépassée cette foutue jalousie, nous nous étions trouvées d’autres points communs que son frère et nous avions appris à nous apprécier.

C’est sur le chemin de la connaissance que je rencontrais un jeune homme qui deviendrait par la suite tellement important pour moi… Mais sur le moment il m’avait paru prétentieux ? Je ne sais pas, il me ressemblait trop et ça m’énervait. J’avais trouvais l’alter égo d’Ipiu Raspberry, lui aussi aimait étudier. Il était calme et attentif, il retenait tout… Il venait d’arriver à Terrae et avait besoin d’aide pour découvrir la bibliothécaire, cela tombait assez bien : j’étais bibliothécaire.
En parlant avec lui je me suis rendue compte que les gens malgré la puce ne lisaient pas dans une autre langue que la leur. J’étais perplexe quelque chose n’allait pas avec moi. J’étais capable de lire n’importe lequel des livres de la bibliothèque… Je ne me rendais même pas compte que je changeais de langue… Sauf  quand je tombais sur du japonais ou du chinois ancien ; j’avais toujours attribué ça à une lacune du programme, je pensais qu’on n’y avait juste pas ajouté les traducteurs adéquats…  Sauf qu’en fait non. Je lisais des langues dont je n’avais jamais entendu parler.
Le malaise  commença. Le doute suivit. Je ne comprenais pas, alors j’essayais de penser à autre chose. J’y arrivais plus ou moins par ailleurs. Même si parfois ça n’allait vraiment pas… Surtout que ce n’était pas le seul de mes problèmes…

Mes pouvoirs étaient en train d’augmenter, si tant est que significative fut cette augmentation. C’était plus… Je ne sais pas, incontrôlable ? Je survivais sans trop de mal aux nombreux coups de jus, j’avais préventivement arrêté les pulls en laine et le contact avec les surfaces métalliques.  Ce que je supportais moins c’était de capter l’humeur des gens à proximité, ça me rendait particulièrement folle. Je n’arrivais pas à enfoncer ce putain de bouton of… Et la plupart du temps je ne ressentais pas même mes pauvres sentiments. Vous ne saurez jamais ce que c’est que de vivre avec un type amoureux de sa sœur et de se prendre la tête avec lui pour savoir qui l’aime le plus, tout en vous rendant compte en sortant de la chambre que c’est bien lui qui l’aime et pas vous…

Du coup je m’isolais assez fréquemment.  Les arbres mettaient au minimum trois mètres de sécurité, si j’en prenais des reculés ou du moins éloigné de la cours, j’gagnais  en sûreté. Donc je passais mon temps loin, planquée dans des arbres et à lire. Tout se passait plutôt bien jusqu’à ce qu’un singe vienne me déranger dans mon arbre…
Non à cette période je ne fumais rien je le promets…  C’était Toto, le singe de poil de Sctroumpf, un nouvelle arrivant qui devait en l’occurrence se dire :   Non mais quelle idée d’avoir un singe ? Pourquoi j’ai pas acheté un cochon d’Inde plutôt ? car le dit singe semblait décidé à se carapater pour me faire la cours…  J’ai aiguillonné le jeune homme et essayé de le réconforter un peu… mais ça n’a pas trop fonctionné…
On ne peut pas tout réparer en trente secondes, certaines choses prennent du temps… A cette période j’imagine que je le vivais un peu comme un échec personnel. J’étais incapable de les aider mais je ressentais toujours leur peine. C’était pas mal chiant…
Tout comme c’était chiant d’être auprès de Lucky qui avait toujours envie de se figther avec tout le monde…  Il m’en voulait depuis que j’avais découché pour dormir avec Michigan. Bien entendu cette aventure n’était qu’en partie volontaire, mais je ne lui avais pas masqué ma responsabilité dans les faits. Du coup on passait notre temps à nous engueuler et c’était lourd. J’avais besoin de voir des personnes calmes et saines d’esprit, sans quoi je sentais que j’allais défaillir et finir par devenir violente… je ne savais pas si ce serait envers moi-même où les autres.
Un soir il se moqua royalement de moi, alors pour avoir la paix j’acceptais le défi qu’il me lançait malgré sa bêtise. Je n’avais rien à lui prouver, moi une trouillarde ? que ce soit ou non le cas, c’était mon problème et non le sien. Pourtant pour avoir la paix j’acceptais de passer la nuit dans les sous-sol armée d’une lampe-torche et de nombreux livres. J’avais même des piles de recharge. Le monde n’aurait su être plus beau, une nuit tranquille sans les sentiments de personne pour me perturber !

Bien entendu c’était trop demander et comme souvent dans ma vie les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû… En effet, pour une fois elles se sont passées mieux qu’elles n’auraient dû. Je pense, pourtant ce n’était pas gagné dès le début.

Nathanaël avait entrepris d’explorer Terrae comme bien d’autres avant lui l’avaient fait. Sauf qu’il avait oublié un détail qui avait son importance… Les piles. Comment-ça les piles ? C’est bien simple, essayez d’explorer un lieu dans l’obscurité et vous ne retiendrez rien de ses détails. Il me surprit et sursautant je faisais tomber ma propre lampe torche brisant son ampoule, comble de malchance nos piles ne correspondaient pas. Nous étions tous les deux perdus dans un labyrinthe de couloirs sombres. Quelle merveilleuse idée.
Il se passa alors quelque chose d’indescriptible. Quelque chose d’horrible et qui pourtant nous sauva la mise. Je savais comment sortir… D’instinct. Cela précipita la fin d’Ipiu. Seulement ce soir là, une dernière fois je décidais de me concentrer sur autre chose, sur quelque chose de plus important. Sur le moment présent. Lorsque l’on se sait condamnée il arrive un moment que l’on peut nommer « le dernier jour où tout allait bien. » Le plus terrible, c’est que quand ce jour passe, on ne s’en rend pas compte, enfin pas vraiment… Mais après quand tout empire, quand on se sent mal, on y repense à ce jour en se disant que si nous avions su alors peut-être aurions-nous plus profité ?
Nous ne découvrîmes pas si les fantômes étaient chatouilleux. Nous nous découvrîmes un peu l’un l’autre, nous ouvrant, parfois même sans le vouloir. J’appris de lui, je sentis sa souffrance par instants et son intérêt naissant avant même qu’il ne le définisse. Le reste de la soirée fut moins mouvementé… presque.
A peine sortis des « catacombes » nous ne nous sentions pas près à nous séparer, aussi je lui proposais de grimper dans un arbre… de nuit.
Peu brillante idée qui se solda par un fiasco, il se foula la cheville en touchant le sol… Direction la cuisine pour y mettre de la glace, et nous nous remîmes de nos émotions devants des œufs savamment brouillés par mes soins, puis je l’accompagnais jusqu’au dortoir pour le border… Une vraie maman Piu.
Je ne le savais pas encore, mais cette soirée serait la dernière où je me considérerais comme Ipiu. Les incohérences s’accumulaient, et je doutais de moi-même. De ma mémoire, je semblais avoir oublié des choses importantes comme le visage de mes parents ou encore quand j’avais trouvé le temps d’apprendre à maîtriser les kanji. Tant de lacunes me faisaient peur et je me forçais à être active tout le temps pour ne pas réfléchir.



L'art du mensonge c'est de toujours dire la vérité.



Dernière édition par Ipiu Raspberry le Dim 1 Nov 2015 - 0:19, édité 1 fois
##   Mer 21 Oct 2015 - 22:10

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  • Acte 5: Polaris, nous montre le chemin

Il me fallait sans cesse des occupations nouvelles, Lucky m’en donnait de nombreuses : d’amie j’étais passée à mère. Je le forçais à se concentrer sur ses devoirs, à les faire tout court d’ailleurs. Il avait pris la mauvaise habitude de ne pas travailler et de se vanter derrière de se prendre des cartons aux interrogations. Ce qui me mettait presque hors de moi... Du coup je le forçais à travailler. J’avais d'ailleurs tout le soutient d’Akira, à croire que quand il s’agissait de le faire chier on était toujours sur la même longueur d'onde.

J’avais besoin, je ne sais pas d’action ? de mouvements ? Aussi la salle d’entrainement devint l’un de mes lieux de visite quotidiens, autant dire que Lucky se vengeait ardemment et y était un professeur sévère. Il en avait marre des multiples brûlures électriques qui constellaient mes bras et qui me laissaient indifférentes. Moi on s’en foutait. Je crois que ce fut longtemps mon problème, ce déni de moi-même. Je n’étais rien et ne serais rien, exister me semblait trop douloureux ? Je ne sais pas, et la réflexion alourdirait mon récit.
Plus d’une fois au cours de ces entraînements nous nous sommes opposés aux feux dans l’arène.
Cela commençait souvent par un « fait attention » et se terminait souvent par la vexation plus ou moins évidente de la personne qui n’avait pas apprécié qu’on lui fasse remarquer qu’il mettait les autres en danger alors qu’elle était persuadée de maîtriser, d’être un demi-dieu. Les tensions semblaient croissantes mais je ne m’en rendais pas vraiment compte, me concentrant sur les exercices que me donnaient mon colocataire et sa sœur.
Pourtant, ce n’est pas cette tension qui déclencha l’animosité d’un feu, ou peut-être que cela y contribua, et peut-être qu’il voulait juste rigoler… ou je ne sais pas quoi. Un jour que je m’entraînais, ma manche prit feu. En réalité ce n’était pas inhabituel, mais la fréquence de ces incidents avait tout de même décru. Cela faisait plusieurs semaines que je ne m’étais pas blessée, j’espérais donc que je ne me brûlerais plus, mais je me trompais visiblement… Quand j’ai vu le sourire en coin de ce type j’aurais dû lui foutre mon poing dans la gueule et le laisser compter ses dents sur le sol.
Au lieu de quoi, le cœur en rage je me rendis à l’infirmerie. Quand je croisais Akira, je lui expliquais que ce n’étais pas moi la responsable de ma brûlure ! Loin de là en réalité ! Je ne voulais pas que l’un de mes professeurs croit que j’avais régressé : j’étais fière de mes progrès. J’étais en train d’insulter ce connard de feu de... Connard justement, quand Ludmila débarqua.
On ne se connaissait pas mais elle aussi en avait beaucoup sur le cœur au sujet des feux. Akira nous apprit qu’elle avait fini à l’hosto suite à un affrontement avec un feu. Je crois que c’est ce qu’on appelle, jeter de l’huile sur le feu ? La rage montante, plus mon besoin de mouvement… Il n’en fallait sans doute pas plus pour embarquer mes deux consœurs tonnerres dans ce qui resterait pendant longtemps la plus grosse connerie de Terrae. Elles voulaient une idée pour montrer notre suprématie ?
J’ai balancé la première chose qui me venait à l’esprit… Ce qui n’est jamais quelque chose d’intelligent :

« Et si on piquait les sous-vêtements de la directrice ? C’est inédit et délirant… Et on pourra même peut-être… bien s’amuser ! »

C’était entre débile et génial, encore aujourd’hui je me demande d’où j’ai sorti ça… Nous étions   trois éclairs voulant en découdre. Allez savoir pourquoi, elles ont totalement adhéré à l’idée… Allez savoir pourquoi Ludmila a surenchéri :

« Je suis d'accord avec toi, mais il faudrait que tout le monde puisse les voir... Qu'il soit affiché que les Tonnerres ont réussi là où les feux ont échoué. Genre... Genre coudre les sous-vêtements sur une sorte de drapeau et le mettre dans le bureau de la directrice. Vous me suivez? Histoire que tout le monde puisse le voir ! »

Mon dieu que j’aime cette fille. Je ne savais pas ce qu’elle prenait mais j’l’ai suivie… Vous savez quoi ce jour fût le dernier où je me présentais  comme Ipiu Rasspberry. Sauf que ça je ne le savais pas encore, j’élaborais un plan pour réaliser notre affaire. Un truc qui éviterait qu’on se fasse chopper dès le début, nous permettrait de piquer des culottes et accessoirement de nous amuser. Ce serait fun, ce serait grandiose… Et je savais comment m’y prendre.  D’abord repérer les lieux, ce qu’on ferait dans l’après-midi en allant rendre un devoir à un prof chez lui.
Le plan devint de plus en plus précis dans ma tête quand nous parcourûmes le quartier des masters. Je savais de quoi on avait besoin,précisément. Une virée entre filles en ville plus tard nous possédions tout ce dont nous avions et aurions besoin pour cambrioler la maison de la directrice.

Ce que nous fîmes le soir même ne cherchant à répondre qu’à une seule question : Hideko porte-t-elle des strings ? Tout se passa bien, trop bien. J’étais dans un état de fébrile excitation. Je forçais la serrure et l’alarme comme si j’avais fait ça toute ma vie. J’étais en train de réver une réalité, comment l’exprimer en d’autres termes ?
J’étais là, mais tout était floconneux, j’agissais comme si mon corps ne m’appartenait pas. C’était agréable, j’avais l’impression que rien ne m’était impossible. Je me sentais légère, légère. Cela me faisait peur sans que je ne l’avoua.

“Ipiu on est pas obligé d'accord? Si tu ne te sens pas, on peut très bien abandonner, personne ne t'en voudra. De même pour toi Akira. “

Ludmila était en ces temps la voix de notre raison, elle était, sans doute, de nous trois la plus équilibrée. Nous ne savions pas que c’était sur le point de changer. Nous étions inconscientes, et c’est ce qui me perdit. Je ne voulais ni ne pouvais arrêter, ce besoin de mouvement était vital… je m’effondrais.
A-t-on déjà vu étoilisation plus pitoyable que celle de la meuf qui vient de tendre sa main pour saisir la culotte d’Hideko ? Sans doute remarque, vu les spécimens de Terrae, je dois m’imaginer normale.
L’électricité traverse les matériaux conducteurs, mais lorsqu’on lui résiste le résulta n’en est que plus intéressant, elle produit de la chaleur, intense… C’est ce qui m’arrivait, je me mis à convulser sur le sol.

Bien sûr ce ne fut pas la vue des sous-vêtements affriolants de mademoiselle Honda qui m'émoustilla au point de déclencher en moi ce changement drastique qu’est l’étoilisation. Croyez ce que vous voulez, mais je le regrette, cela aurait été tellement plus simple. Vous l’aurez sans doute compris, ma vie ne l’a jamais réellement été, et j’ai mis longtemps à réaliser que ce n’était pas seulement de mon fait.

Pourtant, ce soir-là je me suis rappelée de tout. De cette enfant heureuse qui jouait avec son frère dans ce château dont leur imagination avait creusé les fondements. De cette enfant torturée qui avait oublié jusqu’à son nom. De cette enfant qui avait appris à tenir une arme… De cette enfant qui avait appris à tuer. De cette traîtresse qui s’était infiltrée dans les murs de cette institution que j’avais appris à aimer.
Pire que tout… Je n’existais pas. Cette fille que je prétendais être depuis plus d’un an, Ipiu Raspberry n’avait jamais existé. Je n’étais rien : je n’étais plus rien. J’avais tout perdu et le dégoût était tel que je me ferais payer encore longtemps cette trahison. Jamais je ne me demanderais si j’avais eu le choix, j’étais coupable.

“Par moi le mal sera fait, par moi le mal sera jugé.” j’avais lu des années plus tôt sans réussir à me souvenir où, et encore aujourd’hui je ne saurais. Ces mots tournoyaient dans mon esprit… En réalité je n’étais pas “rien.” A mes yeux je devins autre, quelqu'un d'autre... Quelque chose d’autre…  Un monstre au nom d’Henrietta.


  • Acte 6: Le mensonge d'Henrietta


Et tu te réveilles un jour comme ça d’une illusion à laquelle tu as voulu croire. Et tu te réveilles un jours comme ça pleine d’un coupable désarrois… J’étais forte du moins je le pensais à cette période, j’étais forte et entraînée à mentir. Le mensonge reprit à peine mes yeux s’ouvrirent, je serais les dents.
La faute à Julien. Le dégoût était présent et bien dissimulé, nous devions finir ce que nous avions commencé. C’était la moindre des choses que je devais à mes compagnes. Que je devais à Akira, un dernier mensonge pour que ce soit plus facile. pour leur laisser un dernier souvenir d’Ipiur Raspberry. Cette jeune fille qui n’existait pas et que tu avais aimé. Cette jeune fille qui n’existait pas et pourtant qui t’avait tant aimé.

Tu sais le plus dur dans tout ça ? C’est que maintenant je ne pouvais plus le nier. Je t’avais tué, je ne sais pas qui t’a aimé, était-ce moi… Était-ce elle ? La cicatrice qui avait rafistolé son âme venait d’être arrachée violemment de la mienne. Si âme possédais-je. J’étais vide, brisée à nouveau.
Pourtant je prenais sur moi, je me relevais mentais et entraînais mes comparses loin de chez la directrice, notre butin entre nos mains. C’est dans l’atelier que se goupilla le reste de notre plan. Nous étions à trois (petites) culottes de la gloire… Nous nous cousîmes une bannière avec le fruit de notre larcin. Ce fut vite fait… nous avions besoin de nous débarrasser de ça. De finir enfin car mon malaise avait fait retomber notre prime euphorie et toutes mes exactions pour remettre de l’ambiance étaient dès lors vouées à l’échec. Alors nous avons expédié ça, on s’est dépêchées de mettre la bannière à la fenêtre du bureau d’Hideko et de se carapater sans demander notre reste… Puis on s’est séparées.

La solitude ne me réussit guère. Seule face à ma monstruosité une idée tournait dans ma tête. Je devais disparaître. Mourir, partir. Vivre était douloureux. Je ne voulais pas continuer ainsi, mais il me restait une dernière chose à faire avant… Une chose terrible. Je devais les protéger… Et pour cela je devais endurcir celle qui les protégerait tous… Je pris rendez-vous avec la directrice avec la ferme intention de la forcer à voir le monde sombre… La forcer à ouvrir ses yeux sur la cruauté… Et à me tuer.

La semaine qui précéda fut… Je ne saurais dire terrible car le mot me semble fade. je ne mangeais pas, ne dormais pas. J’évitais Lucky comme la peste. Le pauvre ne comprenais pas, il me pensait en colère. Je l’étais. Pas contre lui cependant, contre moi. Je me détestais, et je n’ai sans doute pas encore résolu ce problème.

Le rendez-vous arriva et tout fut révélé. Je luis racontais tout. La trahison, d’abord et avant tout. Je ne lui disais pas pourquoi, parce que le pourquoi n’avait pas vraiment de sens. Seuls les faits ont toujours compté pour moi. Les sentiments n’étaient pas assez tangibles pour être pris en considération, les actes étaient la seule chose que je pouvais juger. Malheureuse ? Si peu. Ce mot n’avait pas de sens. Coupable lui trouvait tout le sien.

Les questions de la directrice ne trouvaient pas les réponses qu’elle escomptait son établissement était en danger par ma faute. Je lui listais plus ou moins exhaustivement la liste des choses que j’aurais pus mettre en oeuvre pour annihiler  Terrae en un rien de tempst, bon je dois avouer que j’inventais au fur et à mesure : on ne m’avait jamais demandé de détruire Terrae, seulement de l’infiltrer. Je n’allais jamais plus loin que mes ordres, et pourtant je listais sans une hésitation les points faibles de l’institution. Je la poussais petit à petit vers la colère. Je la poussais petit à petit dans ses derniers retranchement. Il fallait qu’elle soit capable d’être cruelle, capable de jouer selon les règles du Centre…
La première était qu’ils ne feraient pas de cadeau à Terrae dès qu’ils décideraient que c’était un problème… Et ils finiraient par le  décider. Ils étaient comme tous les hommes, ils finiraient par vouloir détruire ce qu’ils ne comprenaient pas. La magie n’existerait jamais à leurs yeux, et les dons incompréhensibles  risquaient un jour ou l’autre de devenir une menace pour eux. Je le savais, mais elle ne connaissait pas mon monde.

“J'ai aussi besoin de savoir... Si suite à tes informations, cette organisation, le... "Centre", avait décrété que nous étions un problème. Tu m'as dit qu'il s'agissait de ton rôle : éliminer les problèmes avant qu'ils n'apparaissent. Mais Terrae est toujours là…
-  Si vous aviez représenté une menace je vous aurais tuée, ainsi que chacun des membres de votre communauté.


Je mentais. Je crois. Je ne peux que supposer de ce que j’aurais fais si cet ordre m’avait été donné. Aurais-je réellement acquiescé ? Opiné du chef et exécuté mes ordres et mes amis ? Peut-être et peut-être pas. J’ose aujourd’hui espérer que non, que quelque chose m’aurait retenue. J’espère que… Je ne sais pas.
Hideko a toujours été trop gentille, du moins c’est ainsi que je le voyais. Je méritais la mort, je cherchais la mort. Pourtant elle ne me tua pas.

“Tu es venue ici parce que tu es perdue. En réalité, tu ne sais plus ce que tu veux. Et tu veux que je prenne une décision à ta place. Parce qu'il y a toujours eu quelqu'un pour décider à ta place. Te donner des ordres. Est-ce que tu es au moins capable d'être autonome ? Ou bien est-ce que cette Ipiu était en réalité bien plus autonome que toi ? “


J’étais en colère, elle n’étais pas capable de prendre la décision qui s’imposait, j’étais en colère parce qu’elle ne pourrait ni protéger Lucky, ni protéger Akira ainsi que Nathanaël, Ludmila, Road, Cendre, Takeda… Et tous les autres. Tous ceux qui m’avaient faites me sentir humaine. Tous ceux que je chérissais étaient en danger… Et cela par ma faute. Larmes ? Sanglots ? Rien de tout ça, j’avais mal et j’assourdissais cette douleur avec cette colère intense.
Tellement intense que je ne vis pas la sagesse en tes mots. J’étais libre de décider, d’agir… Et pourtant je restais prisonnière de cette colère qui voilait ma capacité de réflexion.

Tu ne me tuas pas, et je disparus dans la nature. Je n’étais plus capable de leur faire face à tous. J’avais honte de moi. Je n’étais pas à leur hauteur. Bien des fois pendant cette période j’espérais que tu m’aies tuée. Bien des fois… Et pourtant tu me donnas une mission d’infiltration. Quand je passais mes journées à la dérive à fixer un point incertain, mes journées à réfléchir à monter des plans pour garder Terrae hors de portée du Centre, pendant que je planifiais tu me donnas quelques chose à faire de réel pour les protéger.

Je partis avec cette idée en tête pour cette mission. Je partis avec un master, pour me protéger ou m’empêcher de rejoindre l’ennemi ? Je ne savais pas trop. Je lui enseignais l’une des bases de l’espionnage, on ne soupçonne jamais la jolie fille maladroite.
On découvrit que les Scientifiques torturaient des enfants pour leur implanter des pouvoirs. Ils avaient mis la main sur de l’ADN d’un master, je ne saurais jamais si le master en question avait survécu, ou si quelqu’un nous avait trahis… Quelqu’un d’autre je veux dire.

Je rentrais avec ce dégoût de quelqu’un qui était rentré par mégarde à Auschwitz. Je me donnais l’impression d’être devenue l’assistante de Klaus Barbie.  Les enfants étaient torturés, pour ce qu’ils pourraient devenir.
Je m’étais retrouvée plongée dans mon propre passé. Enfant, j’avais été torturée. On ne peut transmettre la douleur que lorsque l’on s’affranchit de sa peur. On ne peut devenir personne sans être forgé. Arme tranchante ? Non. Affûtée. Pourtant je ne pouvais rien faire pour ces enfants… Rien sans mettre en danger Terrae, rien sans briser ma couverture et risquer la vie de l’homme qui m’accompagnait… Le regard de ces enfants était miroir du mien, et je ne… pouvais rien faire.

Rien à part abréger leurs souffrances, mais cela même je me le e refusais… Il y avait toujours un espoir que… Rien. L’enfant mourut sans que je n’ai jamais su son nom, il mourut dans l’indifférence générale, comme j’étais morte en mon temps.
La thérapie génique n’a jamais bien fonctionné et nos pouvoirs sont incrustés dans chacune de nos cellules. Essayer d’en transformer une ne suffisait pas et transformer ces enfants en des êtres humanoïdes dotés de super-pouvoirs magiques… Heureusement qu’ils n’avaient pas de femmes enceintes portant des hybrides… Je jure que si cela avait été le cas, j’aurais fait sauté cet endroit sans réfléchir.
Je ne l’ai pas fait et j’ai fuit. C’était la chose la plus intelligente à faire et pourtant je regretterais toute ma vie de ne pas les avoir tous démembrés un à un. J’ai fuis quand Terrae m’a demandé de rentrer, je devais rapporter des informations pas partir en guerre…

A peine rentrée à Terrae à peine repartie. Nikkou et Nariwen étaient mes compagnons cette fois-là. Ils étaient ceux qui devaient m’aider à empêcher une livraison de vivres et essayer de rentrer en vie. Si je comptais remplir la première partie de la mission je n’avais clairement pas envie de rentrer. Je n’avais rien à faire de ma vie et j’espérais mourir par inadvertance lors de cette mission. Vous ai-je déjà dit que rien ne se passe jamais comme je le voulais ? Je survécu, le convoi que nous avons attaqué ne contenait aucun renseignement et pourtant nous l’arrêtâmes.

Je ne sus jamais comment se terminait cet épisode de Terrae, je passais plusieurs jours, plusieurs semaines dans un comas artificiel. J’avais perdu trop de sang, quand je me réveillais j’étais éteinte. Vide toujours un peu plus chaque jours.
Je travaillais encore à la bibliothèque, mais j’arrêtais d’aller en cours. Pourquoi faire ? J’aurais pu les donner. Je n’allais pas y aller alors que tous les masters qui me faisaient cours me regardaient avec ce regard entre la pitié et le dégoût. Je décidais alors de quelque chose, je n’étais pas pitoyable, s’ils ressentaient de la pitié pour moi ils hésiteraient à nouveau si je devenais un danger pour eux. Ils me jugeraient sur des peut-être et pas sur des actes.
Je devins donc bibliothécaire à temps plein, ce qui était plus une reconnaissance de fait qu’une réelle promotion. Je travaillais déjà l’équivalent d’un temps plein (et plus) à la bibliothèque, il fallait bien que je m’occupe.


Je changeais du tout au tout, je ne voulais pas que ceux que j’aimais puissent me reconnaître. Le brun qui caractérisait Ipiu redevint blond, mes lunettes disparurent, les fringues amples et colorées suivirent le même chemin et les tailleurs les remplacèrent. Je n’étais plus une enfant et ne le serais plus jamais. L’avais-je seulement été un jour ? Je n’en sais rien… Le fard cerna mes yeux aussi sûrement que mes yeux se cernèrent, mes nuits étaient d’autant plus agitées que je n’avais plus d’endroit où rentrer.
Je ne pouvais plus vivre auprès de Lucky, j’étais trop dangereuse. J’avais peur de moi, de ce que j’avais fait et de ce que je pourrais faire. C’est ainsi que je commençais à coucher à droite et à gauche, chaque soit avec une personne différente qui ne voulait pas rentrer seule. Mon corps contre un lit et une douche, c’était pas cher payé non ? Dégoûtante vous pensez, mais au point où j’en étais vous croyez que j’allais me soucier de si peu ?

J’vais même vous dire quelque chose : c’est la période de ma vie que j’assumerais le mieux. Je n’avais rien à me reprocher, je ne couchais pas avec de personne mariée ou en couple tant que j’étais au courant… Et bizarrement une espionne ça se rend d’autant mieux compte de ce genre de détails qu’elle est sensitive… Mon corps m’appartenait, ou vous appartenait. A vous de voir mais je donnais du plaisir et en recevais aussi par instant, oubliant qui j’étais. C’était mon choix.

Chaque soir un nouveau toit, chaque soir le même bar. Je t’ai vu entrer et va savoir pourquoi c’est vers toi que mes pas m’ont menés. Aaron Williams. Tu sais j’aurais du t’éviter ? Tu étais l’un de ceux qui la connaissaient. Ipiu je veux dire, j’aurais du ne pas t’adresser un regard. Pourtant ce soir là je m’approchais de toi un verre de Whisky dans chaque main. Happy Birthday mister Williams je te souhaitais. Je vis dans ton regard que tu ne me replaçais pas. Je souris, j’avais réussi à devenir autre chose qu’Ipiu, pourtant je ne sais ce qui me poussa à ne pas te mentir, la lassitude peut-être ? Ou alors était-ce parce que tu puais l’hôpital ? Oui ça aussi je l’ai senti ce soir là… Nous jouons, à deux une question pour une réponse, un jeu qui ne pouvait nous réussir car chacun de nous se mentait à lui-même...
Comme de nombreuses fois je raccompagnais quelqu’un ce soir là. Nous aurions pu coucher ensemble, aurions-nous du ? Sans doute que cette relation eut été plus facile à expliquer pour toi que celle qui s’imposa à nous ce soir là.  Je n’étais pas celle que tu aurais voulu voir chez toi, pas même une amie. Je ne le serais sans doute jamais, et pourtant… Pourtant c’est moi qui t’accompagnait ce jour là, pourtant ce sont nos deux détresses qui se mêlèrent cette nuit là comme de nombreuses suivantes. Nous nous renvoyons ces vérités que nous voulions chacun ignorer dans la gueule et sans ménagement. Seuls.

La solitude nous unissait.

Tu sais, ce soir là tu as été le premier à me reconstruire. Le premier à me mettre sur la voie.

“Essaie de le prendre autrement. Si tu n'as plus d'identité, tu peux choisir de devenir celle que tu veux être, sans mensonge. Tu peux être cette espionne ; mais est-ce si incompatible avec Ipiu ?”


C’était une réponse partielle… Mais tes mots m’ont permise de repartir tu sais ? De recommencer à avancer. J’étais figée dans cet espace temps où je ne pouvais exister, tu as été la force de changement qui a rompu mon quotidien. Pourtant, ce genre de choses je ne te les dirais jamais. Trop pudique ? Peut-être… Mais certaines choses ne sont pas faites pour être dites à voix haute, certains mots perdent leur sens quand ils sont prononcés.

Merci.

Une rencontre fortuite quelques jours plus tard me bouleversa. Mon passé, ou plutôt celui de celle que j’avais voulu être me rattrapait. Nathanaël. Il était le seul à pouvoir me reconnaître j’imagine, le seul à pouvoir penser qu’au fond je n’avais pas changé, car il m’avait rencontrée en cet instant où Ipiu avait commencé à s’estomper. C’est par mégarde de ma part que nos chemins se rencontrèrent à nouveau, je l’évitais lui comme les autres. Lui plus que les autres peut-être ? Je le savais doué de cette empathie et de cette douceur qui l’aurait rendu capable de me pardonner.
Serait-ce le destin ? demandèrent ses yeux alors que j’espérais encore qu’il ne m’eut pas reconnue, il mit fin à l’illusion que j’espérais entretenir. Tu me reconnus, pour mon bien. Je n’étais pas capable de raisonner ainsi. Tu le sais sans doute, j’avais peur. Peur de moi, de ce que je pouvais faire autant que de ce que j’avais fait…
Alors j’ai pris l’une des décisions les plus douloureuses de ma misérable existence. Je t’ai repoussé avec pertes et fracas, te mettant en doutes, essayant de trouver ta colère et n’y parvenant pas je me résolu à te rendre inaccessible tout sentiment d’attirance ou d’amitié. transformant tout cela en morne indifférence.
Tu as toujours été plus intelligent que moi tu le sais ? Tu as su deviner  que j’avais modifié tes sentiments. Qui d’autre que toi pouvait faire cela ?

“J'attendrai que tu sois prête.”


Qui dit ça ? Réellement je veux dire. Qui à part toi est capable de sortir ce genre de phrases à une femme qu’il ne connaît pas ? Qui est capable d’une telle confiance ? D’une telle douceur ? Nath, si tu n’existais pas ce monde serait définitivement moche.
Sauf qu’en ces temps là j’étais incapable de t’accepter… Car t’accepter c’était commencer à me pardonner vois-tu ? Accepter  que je pouvais essayer d’être heureuse. Tendre vers toi c’était trop dur. C’était comme dire “j’accepte d’avoir tué l’homme que j’aimais et de refaire ma vie, j’accepte d’avoir détruit tant de vies et d’avoir droit au bonheur.” Le monde serait devenu trop sombre pour moi. Trop injuste…

Alors à nouveau je m’enfermais dans la solitude, m’éloignant de tous jusqu’à ne plus me sentir vivre. Parfois encore mon monde reprenait quelques couleurs, mais ce n’étaient pas celles de l’amitié. Nous nous utilisions l’un l’autre pour tromper nos solitudes avec Aaron, avec du recul je peux dire que c’était triste… Et dégueulasse. Pourtant cela nous convenait à tout deux je crois, aussi avec lui je pense que je pouvais être celle que je voulais, celle que je pouvais être. Je n’avais pas peur de le blesser car je savais que je lui étais indifférente. Il savait que j’étais dangereuse, c’était un acquis et même s’il profitait de ma présence, il restait sur ses gardes… je ne pouvais pas être son amie.
La vie continua, et moi je marchais un peu dans ses plates bandes. Pas vraiment morte, pas vraiment vivante, je continuais d’arpenter cette terre comme si elle n’était pas la mienne. Seule, c’est un mot terrible quand la solitude n’est plus un choix mais la punition qu’on s’impose. Parfois je me réveillais et trouvais ce monde beau… Je me réveillais et ouvrais grand les yeux, laissant cette beauté entrée dans le gouffre sans fin que j’étais devenue cette chose vide.
Puis tu me saisis m’éloignant de ce vide que je contemplais. Tu m’attrapas tu avais peur que je plonge dans ce vide à mes pieds… J’étais déjà en train de couler tu sais… Vide, terne et froide…
Tu m’as saisi me ramenant sur le toit, te mettant en danger. J’aurais pu t’emporter avec moi tu sais ? J’étais dangereuse pour moi mais pour toi aussi. Violence je me suis faite, il fallait que tu comprennes ce que j’étais. Ce dont j’étais capable. La peur Nath… Si tu avais peur tu m’éviterais, si tu m’évitais… Je ne te blesserais pas… Physiquement du moins.  Par contre moi… Mon poing heurta avec violence le sol, faisant éclater carpes et métacarpes une fois de plus...
Tu m’as faite comprendre qu’en préservant ton corps je heurtais ton âme. Tu m’as faite comprendre que je ne te préservais pas en te fuyant… Que tu avais besoin de moi, qu’il fallait que ton rève se réalise et pourtant ce jour-là tu m’as fuie. Tu as pleuré pour moi aussi. Je ne savais pas trop pourquoi mais cela m’a fait du bien, tu pleurés et mes yeux étaient secs… Ce jour là tu m’as libérée tu sais ?
Quand tu as fuis je t’ai suivi, ce n’était peut-être pas la chose à faire. Peut-être aurais-je du te laisser autant d’espace que tu m’en avais laissé ? Je n’ai pas pu car tu pleurais… Pour moi, pour toi. Pour nous peut-être ? Je t’ai suivi et j’ai usé de mon pouvoir pour ne pas briser la fenêtre qui nous séparait. Quelle m’as-tu-vue j’étais, une main pétée et même pas foutue de prendre les escaliers. J’avais pas grand chose dans l’crâne… Ou alors parce que ça te concernait j’ai pas réfléchis ?
Ensemble nous avons découvert ce qu’il arrive à une pile électrique quand elle bouffe toutes ses réserves tombe à plat. J’ai même pas compris entre les ombres que nous allions réellement à l’hôpital. J’étais dans cet espace flou, où démons et rêves de mêlent à la réalité. L’hôpital me terrifiait et ce qui me terrifiait encore plus aurait été que les médecins lui parlent par mégarde de mes antécédents… L’éducation que j’ai reçue au centre a laissé bien des marques. Os brisés ? Plus d’une fois. Brûlures ? Cicatrices ? Tout ça la chirurgie a pu les effacer, mais mon squelette ne saurait mentir. J’avais envie qu’il soit là mais pas qu’il entende, voit ce qui s’y passerait… Alors j’ai merdé…
Et on ne l’a pas tenu au courant de mon état, que ce soit pendant ou après l’opération… Du coup il a un peu forcé le passage et un peu assommé quelques agents de sécurité. Il a tenu à en assumer seul toute la responsabilité. Drôle d’idée vue que nous étions tous responsables. Moi, lui, eux. Tous.
Alors j’ai gagné du temps, à peine mes esprits retrouvés j’ai calmé les choses dans le but égoïste de le garder près de moi… J’aurais pu, du, le laisser partir… Je lui devais des explications et s’il restait je n’avais pas le droit de lui occulter la vérité que j’avais souhaité lui cacher.

« J’ai été trop régulièrement battue pendant mes jeunes années… On va simplifier une longue histoire en disant qu'on ne m’a ni laissé le temps de grandir, ni  le temps de devenir une personne. »

Simplifier est bien le terme adéquat parce que en général quand on t’a lynché au point de te faire oublier ta vie d’avant, appris à tenir une arme et à tuer… ça ne se résume pas en une phrase. J’ai vu à ton regard que tu n’appréciais pas mes confidences.

“Je t'interdis de dire ça. Je ne sais pas ce que tu as fait, ou pas fait. Tu ne souhaites pas m'en parler. Pas grave, j'accepte. Mais sache qu'aucun enfant ne mérite d'être battu et si quelqu'un t'a mis cette idée dans le crâne, c'est un imbécile et un manipulateur. Tu n'as pas mérité ce qui t'es arrivée. Tu l'as subi…”


Tu avais raison comme toujours, mais j’étais incapable de le reconnaître. Sur le moment j’ai pensé qu’en effet j’étais une imbécile et une manipulatrice. Détournant tes paroles plutôt que d’en reconnaître la justesse… J’étais dans le déni de toute ça, être le bourreau plutôt que la victime. Si je commençais à me prendre pour une victime, ils m’auraient pris ma dignité aussi.
Par la suite je t’ai tout révélé, que j’avais tué. Blessé. J’ai tout dit, sans décrire. Des phrases simples, peut-être espérais-je encore que tu me trouves affreuse et t’éloignes ? Pourtant je voulais que tu restes à mes côté. C’était débile et contradictoire tu ne penses pas ?
Aoï, une jeune master, a été chargée de nous faire la morale sur ce coup là pour le grabuge qu’on a foutu à l’hosto… Elle en avait tellement envie que j’ai presque eu de la peine pour elle. Être forcée à ce genre de choses parce qu’on est censée représenter l’autorité, n’est pas un cadeau. Jamais.
Elle nous quitta après que Nathanaël eut promis qu’il aiderait à l’hôpital pour les dédommager. Nous passâmes le reste de l’aprem esemble. J’ai menti en quittant l’hôpital, je ne comptais pas passer la nuit chez quelqu’un mais seule à la bibliothèque… Sauf que mon ami n’était pas de cet avis et pour ne pas passer la nuit dans la même chambre que le jeune homme, j’étais sans pouvoir mais pas conne je savais l’effet que je lui faisais. Du coup encore une fois j’ai fini chez Aaron.
M’imposer ? Si peu. C’était pas chez moi, mais c’était là où je rentrais en cas de problème, parce qu’il m’utilisait autant que je l’utilisais. C’était plus simple que de lui devoir clairement quelque chose.

De loin je vous observez tous. Tous ceux que j’aimais et avais aimé. Je vous voyez peu à peu m’oublier et ne faisait rien pour rentrer à nouveau dans vos vies. Nathanaël resta l’exception, il était le seul pour qui ma présence était indispensable. Alors vous tous je vous observais, prenant soin de vous dans l’ombre, m’assurant que vous alliez bien…

Sauf que Ludmila tu n’allais pas bien. Tu avais appris la mort de ta soeur et tu t’en sentais coupable. Coupable d’être partie, ou de ne pas être revenue la chercher. Ce n’était pas mes oignons mais je m’étais résolue à essayer de te redonner le sourire. Tu es comme le soleil quand tu irradies tu illumines les autres. Je voulais que tu réchauffes encore le coeur des gens, alors j’ai décidé de t’aider, de loin avec de petites attentions mais tu m’as  grillée… Et je t’ai forcé à sortir. Je t’ai senti prendre ta décision, petit rossignol à la robe de rubis. Je t’ai vue décider que que ça n’en valait plus la peine. Vivre n’en valait pas la peine. Chante rossignol chante toi qui a le coeur gros…
quel droit avais-je de te faire changer d’avis ? J’ai cru en ta liberté de choisir, de faire de ta vie ce que tu voulais qu’elle soit et de la lâcher si cela te plaisait. Tu étais libre et je n’avais nul droit de t’enchaîner.
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« Désolée Lude, mais ne me demande pas de jouer la comédie du bonheur. T’as fait tes choix, je ne vais pas créer l’illusion que je les accepte. Tu les assumeras seule. »
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Nous nous quitâmes ainsi. toutes deux la mort dans l’âme, mais pas la même. Moi j’avais mal de savoir que j’allais la perdre et de ne pas avoir le droit…


Volent, volent, les hirondelles, même les beaux plumages peuvent t’être une cage.

Le besoin de te voir me submergea Nath, j’avais besoin de te parler. D’avoir ton avis, que tu me rassures aussi. Tu avais ce pouvoir sur moi, celui de me calmer. Je m’en étais rendue compte et j’avais l’impression de t’utiliser… Mais tu sais, maintenant je l’ai compris que tu acceptais. Je l’ai compris que je donnais sans m’en rendre compte… En ce temps là je ne le savais pas, j’étais trop nombriliste. Tu m’apportas à ton habitude des réponses et cette douceur qui me permettait d’être forte.  

La vie reprit, pour moi du moins je voyais assez régulièrement Nathanaël à la bibliothèque. Nous ne reparlâmes pas de qui j’avais été ni de qui je pourrais être. Nous nous contentions du moment présent. Je ne pouvais te donner plus. Petit à petit j’ai vu les nuages s’amonceler autour de toi mais “ce n’était rien.” Alors je gardais ne posais plus la question me contentant d’être à ton côté comme une amie.

Pendant cette période d'accalmie je m’occupais de former la “nouvelle moi” à la bibliothèque. Comprenez par là qu’elle devenait l’étudiante à mi temps. Elle était timide mais passionnée, ou pour être exacte passionnée mais timide, je pensais qu’on en ferait une bonne bibliothécaire et je ne me trompais pas. Elle mit du coeur à l’ouvrage et appliquée comme elle l’était elle ne posa jamais de soucis. Bien entendu elle s'emmêla les pinceaux comme tout au chacun sur les logiciels au début. Rien de méchant. Puis je l’aimais bien, nous partagions notre amour de la lecture.
Lis, lis, lis ! Cela rend intelligent et cela donne des ailes. Ma liberté je l’avais gagnée en lisant. Ipiu était née d’une lecture et pourtant… Elle était devenue réelle.

Rien moins que rien pourtant la vie

A doucement perdre le temps
Suivre un bras nu dans la lumière
Entrer sortir dormir aimer
Aller devant soi sous les arbres

Mille choses douces sans nom
Qu'on fait plus qu'on ne les remarque
Mille nuances d'êtres humaines
A demi-songe à demi-joie


La musique était un exutoire à ces sentiments que j’essayais d’enfermer. J’allais bien. tout allait bien. Alors pourquoi j’avais ce sentiment d’anormalité ? Pourquoi avais-je de plus en plus besoin de… Je ne sais pas réfléchir ? Penser à autre chose pour être exacte… Autre chose que quoi d’abord ? Je dirais simplement, autre chose que toi… Tu sais…
Tu me manquais tout simplement. La vie continuait sans toi, mais une partie de moi s’était arrêtée de vivre avec toi. Je crois que je t’aimais encore et toujours plus figée dans ce passé qui ne m’avait même pas appartenu… Julien, j’aurais voulu te rencontrer à nouveau, t’aimer à nouveau, en temps que moi et non pas en temps qu’Ipiu. Cependant je n’étais pas encore moi.

Alors je courais pour m’occuper, j’ai gagné je dirais un centimètre ou deux en envergure de mes cuisses. Un jour j’ai rencontré une meuf, Shinobu en courant le long du lac… Entre nous deux on va dire que le courant n’est pas passé et que ça plus fait  court-circuit. Elle était là au mauvais moment, et je n’arrivais pas à m’intéresser à elle. A être empathique avec elle. Elle était là et elle m’énervait pour rien. alors je suis partie avant de laisser tout ça dégénrer.

J’ai continué à courir mais plus pour les mêmes raisons. J’en avait gros sur le coeur en apprenant le décès de Michigan. Non pardon, pas le décès : la légumisation. Je ne sais pas pourquoi la différence est importante, et pourtant je suis certaine que cela lui aurait tenu à coeur qu’on fasse le distingo. Il a décidé de partir, alors que je cherchais des excuses pour rester.
La vie s’est dégueulasse vous ne croyez pas ? Moi j’dois avouer que j’avais grand mal à le digérer, j’étais en colère contre lui qui avait rendu l’athmosphère de Terrae si pesante… La colère plutôt que la douleur. J’étais bête, stupide… J’aurais mieux fait de reconnaître que j’avais mal… Que lui aussi je voulais qu’il revienne pour m’engueuler encore une fois avec lui. Une dernière dispute c’était trop demander ? visiblement oui.

C’est en courant que je rencontrais Alexander… La rose fanée porte toujours ses épines… Et épine il y avait, poussé par le désespoir de la perte de Michigan, comme par une réaction domino il allait se tuer… Un peu malgré lui, et beaucoup malgré moi. Désolée du con, j’laisse pas les gamins mourir. C’pas mon genre, aussi quand ton pouvoir t’a échappé et que t’as piqué ta crise, j’chuis venue à ton secours.
Genre tu vois le grand prince charmant qui t’as maravé la gueule pour que t’arrêtes ton délire, s’est entaillé les mains profondément pour te libérer de tes ronces et en prime c’est intoxiqué à la belladone pour toi putain de Terre. Tu vois la totale, heureusement que j’ai pensé à appeler les urgences aussi entre temps, un prince charmant higt-tech moi j’vous dis.

On a bien entendu fini à l’hôpital et j’l’ai aidé un peu à se rebâtir… Mais ce que je lui ai pas dit c’est que   d’une branche cassée peut renaître un bourgeon… Ce que je lui ai pas dit c’est que grâce à lui et à la belladone j’ai retrouvé mon prénom… un fragment de ma mémoire volée.


Je m’appelle Toumaï. Ou plutôt je m’appelais… Je n’avais plus l’impression d’être cette enfant, mais le simple fait e connaître ce nom, celui que m’avaient jadis donné des personnes que j’aimais et qui m’aimaient avant cela.

Alors j’ai voulu propager cet espoir. Alors que tous étaient morose, que l’ambiance était plombée depuis la… le départ de Michigan j’ai repris les opérations commandos dont Ipiu avait le secret. Une nuit j’ai décidé d’accrocher un grand nombre de lanternes dans la cour pour la white day, histoire de leur apporter un peu de cette magie qu’il manquait dans leurs vies récemment…. Une simple lueur d’espoir. J’me suis faite gauler par Huo que j’ai rencontré par la même occasion, il a manqué de  me cramer en m’aidant. Ce type il m’a de suite plu, j’ai accroché… En moins de deux j’me retrouvais dans sa chambre à jouer au jeu du plus con et à picoler tout en faisant des plans sur la comète et en réfléchissant à comment monter notre journal. Non nous bande de cochons, je sais très bien ce que vous avez imaginé, mais c’était no way avec ce type. Il aurait été gay que j’aurais eu plus de chances… Là il était amoureux ! ce qui est bien pire, et qui d’un autre côté nous permet de travailler ensemble sans penser au sexe, ce qui est tout bénef.
On a monté notre journal tous les deux, pas cette nuit là en particulier mais dans les semaines qui suivirent. Devenant amis, sans doute pas encore mais. nous entendant assez bien… Surtout que je devais reconnaître que quand il se met à bosser ce type c’est une machine de guerre, il abat un boulot monstre.

Bibliothécaire le jour, co-créatrice d’un journal la nuit et super héroïne à mes heures perdues. Je blague, j’étais loin de ça, ma vie était bien remplie, pas vraiment de divertissements. Je voyais de temps en temps Nathanaël, Aaron… D’ailleurs en parlant d’Aaron j’en ai une bonne à vous raconter.

Un matin, ou un soir je sais plus trop je me suis réveillée à poêle dans son appart avec deux autres élèves tout aussi vétus que nous. Si on fait un compte il y avait Pink Lady aux poils pubiens roses, il y avait pet schtroumpf intégralement bleu et qui cherchait une licorne ou un poney je sais plus trop… Et enfin le grand Aaron, en porte-jarretelles et string, les miens en l'occurrence soit dit en passant. Quant à moi, j’avais une jolie iroquoise et un truc gluant badijoné sur le corps qui n’était pas du sperme si vous voulez tout savoir. [http://terrae.forumpro.fr/t3028-very-bad-trip-dunkan-jacques-et-le-maitre-des-lieux] C’était un VBT[/url] en quelques sortes… Pour en rajouter une petite couche je dirais qu’on a retrouver Bloby dans la baignoire d’Aaron et que ce dernier (Aaron pas Bloby) était attaché à Jacques (Pink Lady pour ceux qui n’auraient pas suivi.) Après quelques crises d’hystérie, on s’en est sortis presque sans heurts…

C’est comme ça que j’ai rencontré Bloby, c’est Aaron qui en a la garde mais c’est moi qui l’aime. Ce poisson il a rien demandé à personne et pourtant on l’aime tous. Quand on voit sa tronche, il nous redonne du peps. Je ne sais vraiment pas comment il s’y prend. Il a pas beson de dire un mot pour me réconforter, alors parfois j’vais le voir lui et plus Aaron et je le regarde nager pendant quelques heures, ça me vide l’esprit mieux que beaucoup de choses, et puis je suis certaine qu’il aime avoir de la compagnie.

Parfois aussi je marchais au hasard et je me retrouvais bien proche de là où j’étais partie tout en ayant vagabondé toute la journée. Un jour lors de ces déambulations, je ne peux parler de marche vu le caractère automatique de mes promenades, un jour j’ai vu un gamin qui jouait au ballon… Alors comment dire, j’ai eu une forte envie de lui piquer ?
Non en fait même pas, juste j’avais l’impression que jouer tout seul l’ennuyait et qu’il lui fallait un adversaire. Quand on a compris tous les deux que nous n’irions pas bien loin seuls, je me suis mise en tête de rameuter tout le parc pour faire un match… J’vous ai déjà dit que j’étais très convaincante ? Non. Bah vous le savez maintenant… On a eu deux équipes quasi complètes pour se livrer un match sur un terrain inégal et mouiller le maillot.
On en a même parlé dans le journal en proposant de remettre ça de temps en temps, j’me demande ce que donnerait un match masters/élèves ça pourrait être fun !!!

Ce match et Bloby avaient été une partie de ma thérapie, j’étais… mieux. Un peu pourtant le soir encore parfois je ressentais cette solitude rongeante. Alors je sortais pour oublier. C’est un soir comme tant autres que j’ai recroisé Aoï, j’avais déjà vu un master dans un état second, mais là vraiment elle était… Droguée. Elle était complètement tarée. J’ai du appeler Huo au secours ! Non mais sa copine avait la connerie. J’ai à moitié démoli le type qui l’avait dopé, et j’lui ai sans doute foutu une trouille monstre pour qu’il ne recommence pas…
Pendant ce temps elle en profitait pour faire   de grosses conneries.
Elle s’est enfuie cette gourde… Et j’l’ai retrouvée après Huo qui était coincé dans un arbre comme un con… Ne droguez JAMAIS un master… Ou numérotez vos abattis avant. J’ai encore joué le prince pas si charmant et sauvé leurs miches.
J’ai accompagné Huo une partie de la nuit après avoir couché sa copine… Il a pensé que c’était pour le surveiller et qu’il ne lui fasse rien… qu’il ne cède pas. Sauf que si j’avais voulu ça je l’aurais attaché et j’aurais laissé à Aoï le plaisir de le détacher au petit matin. Si je suis restée c’était pour te changer les idées, pour que tu passes pas une nuit à endurer le calvaire de voir ta copine dire oui alors que tu sais qu’elle ne l’aurait pas dit dans d’autres circonstances… Et quand tu t’es endormi j’chuis partie. Tu n’aurais plus besoin de moi au réveil elle irait presque bien et tu la rassurais mieux que moi.
Spoiler:
 

Quelques jours plus tard je me suis rendue chez notre drag queen préférée, vous savez celle qui répond au doux nom d’Aaron et qu’une grande partie de la population de l’institut nomme incongrûment  professeur. En réalité comme souvent j’allais rendre visite à Bloby, mieux que la drogue tentez le Blobfish…
Sauf que ça s’est pas passé comme ça, bien entendu… J’ai retrouvé Aaron dans sa pisse bien imbibé d’alcool  en plein milieu de son appartement sous les yeux ébahis d’un pauvre petit poisson en état de choc qui n’avait rien demandé… J’ai pris le grand master par la peau du cul j’l’ai trainé sous la douche et j’l’ai lavé avant d’le foutre au pieux. J’ai mis Bloby devant National Géographie, il y avait documentaire sur les poissons marins, il était vachement intéressé et tout… Je voulais qu’il oublie ce qu’il avait vu plus tôt mais même ça ne me calma pas. Pas cette fois.
Après je dois avouer que j’ai pété une grosse crise, la colère plutôt que les larmes vous vous souvenez ? Il N’avait PAS le droit de MOURIR.   Pleures tu pisseras moins, mais si tu crèves je te tue tu le comprends ça ?
De quel droit je lui interdisait maintenant de mourir alors que j’avais accepté cela de Ludmila ? La réponse n’était pas tout à fait claire… Mais je crois qu’au fond j’étais juste plus proche d’Aaron ces derniers temps et que je me rendais compte que son départ serait insupportable. Alors j’ai… Juste pété un câble, j’ai commencé par espérer que la colère passerait après avoir dégagé tout l’alcool qui se trouvait encore chez lui, le café et toutes les substances addictives et /ou nocives après une gueule de bois… J’ai même balancé ses pornos quoi… Cela ne suffisait pas.

Quand le mettre des lieux se réveilla j’étais à deux doigts de l’étriper dans son sommeil tellement je lui en voulais. J’me suis mise en colère, j’ai crié et lui aussi. Je suis partie et revenue. Je ne pouvais pas le laisser dans cet état, une lettre oubliée par là m’avait appris que son ancien colocataire était mort, et je sentais qu’il était fragile.

Et puis j’ai voulu… Je sais plus tester les limites ? Un truc comme ça, encore une fois j’étais pas celle qu’il aurait voulu avoir à son côté… Et ça faisait mal. Peut-être que cela alimentait ma colère. La douleur est une puissante force motrice, alors j’ai cherché l’électrochoc…  Celui qui te réveillerait même si moi, moi au final tu t’en foutais non ? Non… Moi on s’en foutait. Tu m’as fait me rendre compte que je ne serais sans doute jamais importante pour personne ce soir là, un bâton sur lequel s’appuyer, une personne à utiliser… Et à jeter après, j’avais accepté ce rôle sans m’en rendre compte et ouvrant enfin les yeux j’ai eu mal. Pourtant ma douleur j’pouvais faire avec, et je cherchais juste à te forcer à aller bien… parce que je sentais que je n’aurais plus le courage de venir t’aider.

J’ai joué au plus con ce soir là, avec toi et avec moi. pour te leurrer j’ai réveillé des sentiments douloureux ceux que je cherchais à faire taire depuis longtemps… Il fallait que tu te rendes compte, tu étais amoureux, il y avait cette étincelle à toi… Tu sais t’as pris l’habitude de te bousiller, de te dire que le bonheur ce n’était pas pour toi et de reculer quand il s’offrait à toi… J’aurais aimé t’aider à comprendre cela, mais peut-être n’y suis-je pas arrivée…

Plus tard j’ai appris que tu étais enfin en couple avec cet homme, je ne sais même pas si j’ai souris… Je pense que j’étais soulagée et peinée, maintenant que tu n’étais plus seul, tu n’avais plus besoin de moi.

Heureusement il y avait Nathanaël. Ce gamin prenait une place sans cesse grandissante à mes côtés. Dorénavant il était sans doute le seul que pouvais appeler ami. Je veux dire, bien entendu je passais pas mal de temps avec Huo pour le journal et je l’appréciais pas mal, mais je n’acceptais pas de me reposer sur lui. J’avais franchis ce cap avec Nathanaël et si j’éprouvais encore quelques difficultés à parler du passé, du mien surtout, je savais que ce n’était pas si grave que cela. On était ensemble dans le présent.

Un jour que je lui apportais un article que j’avais parfaitement adoré pour qu’il le lise et qu’on en discute. On n’avait rarement la même approche et j’adorais confronter nos points de vue. en me rendant à son casier j’ai failli me faire percuter par la porte de celui  d’une autre personne… Ce qui nous a surpris autant l’une que l’autre. la jeune fille se nommait Abbée. J’étais d’humeur à partager, d’humeur à me faire pardonner. Après les salutations et les “
enchantées” d’usage je l’ai amenée dans un de mes endroits favoris de Terrae, si vous avez suivi mon récit jusque là vous aurez compris que j’aime particulièrement grimper aux arbres. Et c’est d’une pointe de bleu que nous effacions les nuages grimpant jusqu’à une plate-forme qu’avaient construit les Terres.. Du moins c’était ce que je présumais… La révélation vint alors que j’observais Tokyo derrière les grilles de Terrae.

Terrae était devenu ma prison.



  • Acte 6: Besoin d'air

Ma prison, avant j’étais vide mais je ne le savais pas Terrae m’avait rendue humaine, m’avait faite ressentir la profondeur de ce vide qui rongeait mon âme depuis trop longemps… mais ne m’en avait nullement guéri. Elle m’avait rendue coupable, elle m’avait appris la douleur. Je me rendais compte que mon engagement envers cette dernière n’avait jamais comblé le vide que tu avais laissé, et que les mois, les années passant ne remplaceraient jamais ta perte.
J’avais besoin d’air, besoin… De partir, de laisser Terrae, cet endroit où je ne serais jamais que l’espionne… pourtant je n’en avais pas le droit et je le savais. Partir pour me découvrir, pour dépasser Henrietta, pour dépasser l'espionne que tous voyaient ici. Partir c’était vous abandonner. Partir c’était vous mettre en danger…

Même si vous ne me considéreriez jamais comme une amie… Si je partais, si je partais… Abandonnant mes pouvoirs et mes souvenirs de Terrae je ne souffrirais plus. Cependant je n’étais pas prête à redevenir le monstre que j’avais été. Je ne voulais pas rendre au Centre l’espionne qu’ils avaient perdu quand j’avais commencé à devenir quelqu’un plutôt que quelque chose… Je n’étais pas prête à troquer une prison pour une autre.

Alors je me suis évadée autrement, l’alcool ne me faisait pas d’effet… Je me suis mise à la beuh, un peu agrémenté de produits chimiques histoire d’augmenter les effets et la durée d’action… Je suis sans doute passée pas très loin de l’overdose plus d’une fois, mais cela m’importait peu. Il fallait que je pense à autre chose et la méthode douce ne suffisait plus, les endorphines, le sport tout ça j’l’ai laissé tombé… Parce qu’au fond quand on se déçoit on ne cherche pas à remonter mais juste à creuser un peu plus pour se prouver qu’on avait raison.
J’étais simplement absente.
C’est lors de mon premier trip que je fis faire un petit tour du proprio à Ariana, ou plutôt Velma comme je la surnommais à cause de sa grande paire de lunettes et de sa coupe du moment, elle était cool cette fille… Complêtement à côté de mes pompes, mais chouette hein ? Bon en même temps j’avais pété ma dernière paire de talon, donc fatalement elle était à côté de mes pompes vu que je les avais jetées.
Oui, bon on ne se moque pas, on ne critique pas. J’étais vraiment pas dans mon état normal. Du coup j’ai embarqué la rousse ? Ouai, elle est rousse je crois, ou alors c’est un blond avec un nom chelou ? Merde je sais plus, faudra que je lui demande la prochaine fois que je la croiserais.  
Enfin, je lui ai fait découvrir Terrae et j’lui ai aussi expliqué ce que sont les pouvoirs, déjà je lui ai prouvé qu’on avait des pouvoirs, ce qui vu mes soucis avec la maîtrise de certains pans de ces dernier est déjà pas mal. Enfin je mens, la maîtrise je l’ai : c’est la puissance qui me fait cruellement défaut. J’ai l’impression que ce qui est naturellement fait par les autres étoiles, m’est difficilement accessible, je dois ruser, utiliser ma connaissance de l’électricité et des champs de force pour arriver à mes fins. Je ne peux pas dire “éclair là, cette puissance, cet angle” sans avoir calculé les données qui le rendront ainsi.
Pourtant je dois avouer que je ressens énormément. Je ne sais comment dire, je sens l’énergie électrique en chaque chose, dans un coeur dans un morceau de métal… Je ressens tout ça, mais je n’arrive pas à puiser dedans… C’est un cruel manque de puissance si vous voulez mon avis, mais après si j’ai compris quelque chose… C’est que je ne savais rien de tout ça.
Bref, avec Ariana on est allée s’acheter de nouvelles pompes… J’ai d’ailleurs eu une conversation très intéressante avec ces dernières… enfin non, j’ai eu une conversation très intéressante avec une paire que je n’ai pas acheté mais on n’est pas à un détail près.  

Je passais des longues journées me semblait-il à délirer, mais réalité maintenant je me rends compte que cela n’a pas duré plus d’un mois. Un mois pendant lequel j’ai essayé de le cacher à Nathanaël. Je ne voulais pas lui expliquer, pas le peiner… parce qu’au fond il  était la plus belle chose qui m’était arrivée à Terrae, il était l’homme le plus humain que j’avais rencontré et je l’admirais beaucoup. Son jugement était le seul qui pouvait réellement m’atteindre.

Alors quand je fumais je me planquais, les bois, un toit désert, un endroit où tu ne pourrais pas me voir. C’était bête j’en ai conscience, mais pourtant… Pourtant comment j’aurais pu te montrer le déchet que j’étais en train de devenir. Comment j’aurais du accepter de te dire “je ne suis pas à ma place à Terrae” alors que c’était à tes côtés. C’était comme te dire “tu ne me suffis pas pour être heureuse.” C’est cruel pour pas grand chose… Tu ne méritais pas ça.

C’est un de ces jours avec alors que je me promenais dans les bois que  j’ai une licorne attaquée par une licorne agressée par un vilain démon numérique. a comprendre que la jeune Dylan fleurtait avec une liseuse électronique alors que je cherchais une licorne dévêtue. J’avais en effet envoyé bouler tout ce qui s’apparentait de près ou de loin à une sape pour me sentir libre. Bref, j’vous fait pas un dessin j’étais déjà ridicule avant de m’aplatir contre un arbre… Que j’ai accusé de vouloir me séduire, puis ensuite de faire partie complot des arbres défenseurs de la nature qui prospectait contre les consommateurs de papier… ? Bon d’accord j’étais vraiment out.

Ce qui m’a dégrisé d’un coup c’est quand je le projet de départ en vacance que j’avais proposé a été accepté… J’dois avouer que là j’ai vraiment eu un coup de boost. J’étais responsable d’un petit groupe qui allait partir dans un coin paumé de montagne… La nénette qui avait reçu un entraînement de survie dans… N’importe quel milieu en fait… J’ai passé une semaine vraiment de flip à noter toutes les idées de ce qui me fallait, à me faire tous les scénarios catastrophes et à trouver les solutions avant le départ...

Le premier jour fut rude… La voie de la Terre est toujours mystérieuse, mais le séjour s’est  globalement bien passé. Il m’a fait du bien et m’a convaincu d’une chose… Je devais partir.

Partir ce n’est pas toujours simple et je dois avouer que j’ai pas mal galéré… J’ai du convaincre Nikkou, il m’en devait une pour lui avoir sauvé les miches pendant notre dernière mission commune, de m’accompagner. Déjà pour sortir de Terrae quand t’es élève c’est plein de paperasse, mais quand t’as été espionne je ne te dis pas la galère. J’ai plus ou moins magouillé pour que ça passe comme une sortie de vacances…
Je ne doutais nullement qu’il avait pour mission de me surveiller, mais qu’importe je ne comptais pas fuir. Je reviendrais, mais j’avais besoin de voir du pays…


L'art du mensonge c'est de toujours dire la vérité.

##   Sam 31 Oct 2015 - 23:34

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  • Acte 7: A la recherche du temps perdu

Je pars.

Il y a eu cette boule dans mon bide quand j’ai franchis les portes, ce pincement dans mon âme. Pourquoi tu pars ? La question tournait comme un sombre présage à l’horizon de mes pensées. Pourtant, je savais que je faisais le bon choix. Non, peut-être que ce choix n’était pas le bon comme souvent, c’était cependant le seul viable. Choisir n’est souvent qu’une illusion.

Parfois c’est dur de quitter tout ce qui fait son chez-soi. Pourtant aujourd’hui je ne sais plus si un tel lieu existe pour moi. Chez soi, c’est un joli terme, pendant deux ans j’ai considéré Terrae comme ma demeure mais maintenant… Maintenant je veux, je dois partir. Je me sens nostalgique de cette jeune fille qui est arrivée ici. Elle était malheureuse mais cherchait le bonheur, elle était malheureuse mais recommençait à avancer un pas après l’autre.

Moi j’ai besoin de recul, j’ai besoin d’une pause. D’enfoncer le bouton off un instant car j’ai l’impression en ce moment que tout me file entre les doigts… Au final je ne sais retenir l’important. Alors j’ai besoin de savoir qui je suis, d’arrêter de me définir par Terrae, parce que… Je n’en peux plus.

J’en peux plus d’être cette fille qui laisse les autres la définir, cette fille qui met tous ses efforts dans une image qui n’est pas celle qu’elle a choisie. Ces derniers temps c’est devenu trop dur. Ces derniers temps je ne me supporte plus. Parfois les enfants disent “quand je serais grande je voudrais être” et moi je suis grande mais je ne suis pas. Alors je dois partir, peut-être que je reviendrais plus forte, et peut-être pas. Ce que je sais c’est que je ne peux pas rester.

Alors nous montons dans cet avion à destination de mon passé, alors nous partons pour la France.

Le vol me parait interminable, et il l’est d’ailleurs. Trop long, quelques turbulences étaient à prévoir, deux tonnerres dans une boite d’alluminium volante, ça fait des étincelles si vous voyez ce que je veux dire. Pourtant j’ai refusé que Nikkou nous transporte sur une si longue distance. De quoi ai-je peur ? Pas de grand chose à vrai dire, j’ai toujours ce sentiment qu’utiliser nos pouvoirs à tord et à travers est mal.

J’ai pensé à lui demander de nous faire quitter discrètement Terrae, puis j’ai réfléchis que si le Centre me surveillait je m’en serais rendue compte… Et dans le cas contraire, prendre la poudre d’escampette semblerait sans doute encore plus suspect. J’en ai mare de devoir penser à tout ça, j’aimerais… arrêter tout ça. Arrêter de réfléchir à quoi faire pour ne pas mettre tout le monde en danger constamment. J’aimerais avoir le droit à un peu de sérénité. Le droit de vivre c’est trop demander ?

L’orage tonne dehors et par le hublot je vois éclater le ciel. Certains se cramponnent aux accoudoirs en fermant les yeux tandis que moi je m’extasie devant tant de beauté. Je sens que le master trafique doucement les éléments pour qu’on ne se prenne pas le plus gros de la tempête sur la carlingue. Cela m’étonne un peu de lui je dois l’avouer, je pensais qu’il trouverait ça fun d’avoir un tour de manège gratuit. Je l’ai sans doute mal jugé.
Plusieurs heures plus tard le spectacle de la furie des éléments s’est arrêté. Plusieurs heures plus tard encore nous avons atterri.

Cela faisait deux années que j’avais quitté le sol français, et je me rendais compte en y retournant que je ne me sentais plus du tout française comme Ipiu. Ce pays n’était pas le mien. Je trouvais le temps terne et je ne me sentais pas spécialement bien, il n’y a pas eu cette grande étincelle que j’attendais, cet immense feu de joie dans mon coeur me disant “ça va mieux.” Je ne vais pas dire que j’ai été déçue, mais un peu quand même…
Peut-être que l’électrochoc que je cherchais viendrait lors de la suite de notre voyage. J’avais définis un emplois du temps très précis, plus pour rassurer les masters et qu’ils me laissent partir, que pour le tenir avec exactitude. J’avais ajouté un passage à Disney World Paris pour Nikkou, je savais qu’il apprécierait l’intention, ce type a toujours été un grand enfant.
Je me rendis compte que je n’appréciais absolument pas les manèges à sens sensation, je m’y sentais à l’étroit et prisonnière. Ils ne m’apportaient pas ce sentiment de liberté que l’on ressent en faisant du parapente par exemple. Et vous savez quoi ? J’ai aimé découvrir que je n’aimais pas.

J’ai aimé parce que ça personne ne m’avait forcé à le ressentir. J’ai aimé découvrir que je pouvais être patiente en faisant la queue, j’ai aimé me rendre malade en me forçant à monter dans les manèges. J’appréciais le répit de l’attente, mais l’impatience finit par gagner. Je n’étais pas venue ici pour ça.

Pourtant je me découvris chaque instant un peu plus lors de ces trois jours au pays des contes e fée. J’aime le rose, et le bleu. J’aime la couleur en fait. J’aime les sourires des enfants, j’aime leurs yeux émerveillés. J’aime les rires. Je n’aime pas les granités à la framboise, ça un goût trop chimique. Je me dis que j’aurais pu découvrir tout ça à Terrae… Et je sais que ce n’est pas le cas. Je prends le temps d’être, enfin, une inconnue à découvrir.

“On va où maintenant ?”

La question n’est sans doute pas sortie de nulle part, bien que j’essaye de la contenir, mon impatience a du lui sauter aux yeux… Sans doute. Il me surprend sans cesse, je le pensais facilement manipulable et enfantin, et peu à peu je me rends compte que c’est ce qu’il a décidé de laisser paraître. Lui aussi porte un masque.

“On va chez des amis.”

Il me regarde soupçonneux. Je comprends ce qu’il a compris et cela me fauche un peu en plein vol. Le sourire se tend et l’âme vibre. Déception ? Non, simple retour sur Terre. Même ici, même à ses yeux je reste une espionne. Une traîtresse. Encore aujourd’hui je ne choisirais pas.

“Les parents d’un ami qui vivent à Marseille… Les parents du jeune homme dont la mort m’a conduite à Terrae.”


Il acquiesce en silence. J’ai été sincère, et ça m’a fait du bien. Pourtant encore une fois il me faudra mentir, encore une fois… Car si je veux les revoir, si j’ai besoin de les revoir pour leur dire la vérité… Il ne faudra pas que je la leur révèle en entier. La vérité est trop dangereuse, il faudra que je mente sur certains points… Encore.
Je veux qu’ils sachent que la mort de leur fils n’était pas un hasard, que je suis responsable mais je ne peux pas tout leur dire, leur parler du Centre les mettrait en danger. Je sais la vérité que je vais leur raconter, une vérité partielle, un mensonge comme toujours. Je faisais partie d’un gang, j’ai voulu les quitter, ils me l’ont fait payer. On ne quitte pas la famille…
C’est un gros mensonge mais j’ai besoin qu’ils sachent que c’est de ma faute. J’ai besoin qu’ils m’en veuillent… Je sais. Je sais que c’est mal ce besoin de me blesser, mais je veux que les bonnes personnes m’en veuillent. Je veux être jugée par ceux qui en ont le droit.

Nikkou est en retrait alors que je toque à la porte de cette maison où j’ai vécu pendant plusieurs mois. Cette maison où tu vivais, je sens cette douce nostalgie étreindre mon coeur. Tu sais j’aimerais y rester, parce que j’ai encore l’impression que c’est toi qui va venir m’ouvrir, parce qu’un instant j’ai cet espoir d’avoir rêvé les deux dernières années.

Le mécanisme grince, la serrure tourne et je vois une femme inconnue. L'incompréhension laisse place à la déception.

Excusez moi, je cherchais les Duvals.
- Ah. C’étaient les anciens propriétaires. Ils ont déménagé il y a un peu moins de deux ans… C’est une sombre affaire.


J’hôche la tête. Si cette femme savait à quel point l’affaire était sombre. Elle semble être mère de famille si je juge du désordre et des jouets qui traînent dans ce hall d’entrée que j’avais l’habitude d’arpenter en chaussettes. Elle semble un peu fatiguée, j’imagine que ses marmots l’épuisent.

“Vous auraient-ils laissé une adresse ?”


La réponse négative me blesse un peu. J’aurais aimé qu’ils me disent qu’ils déménageaient qu’ils quittaient la demeure qui avait vu Julien grandir, bien entendu je ne peux que comprendre ce qui a motivé leur choix. Être ici c’est s’attendre à le voir apparaître à tout instant… pourtant… Pourtant nous avions gardé contact pendant un bon moment, pourquoi ne m’avaient-ils rien dit ? Pourquoi ?!

Le retour à l’hôtel fut silencieux. Je me sentais je ne sais pas… Triste sans nul doute, mais surtout déçue. Il m’avait fallu mobiliser beaucoup de force pour venir me confesser… Et là rien. Le silence, j’avais l’impression d’avoir tout raté.




“Bon tu vas arrêter de faire ta tête  de dépressive et tu vas les chercher sur internet. C’est pas comme s’ils étaient morts crétine.”

Je n’y avais même pas pensé… J’ai toujours été trop défaitiste. C’est drôle j’imagine, mais je reprends courage. Je m’installe l’ordinateur portable en équilibre sur mes jambes en tailleurs. Nikkou est planté devant la télé, je me demande d’où il est originaire. Il ne semble pas avoir besoin de sa puce pour comprendre.

Bon alors google, pages blanches. Jean Duval, à proximité de Marseille. Quelques réponses s’affichent, et rien ne me renseigne réellement sur qui serait le bon, j’élimine cependant deux des recherches car les villages ne correspondent pas aux goût de la famille. Je me saisis du téléphone et compose le premier numéro.

“Allo ?
- Excusez-moi je me suis trompée de numéro. Bonne journée.


Je reconnaîtrais leurs voix. Je raccroche et appelle le numéro suivant, tombant sur une messagerie, ce n’est pas eux non plus. Je continue, mais peu à peu je vois la fin de la liste se rapprocher. Plus qu’un numéro, c’est forcément le bon. Non, c’est une femme à l’accent suisse. Je tique, teste les deux numéros que j’avais éloigné sans plus de résultats. J’élargis ma recherche à toute la région puis à toute la France sans plus de résultat. Peut-être qu’ils sont passés sur liste rouge ?
Ce doit être ça, je fais des recherches en partant de leur ancienne adresse mais je ne trouve rien. Je cherche donc en partant de la mort de Julien, elle a laissé des traces, sa famille a été suivie. Je cherche dan la presse, je lis le nom de l’inspecteur en charge de l’affaire. Je cherche, j’appelle… Pour tomber sur sa femme. L’inspecteur est mort dans une fusillade presque un an plus tôt. Je m’excuse et lui souhaite toutes mes condoléances. J’appelle le commissariat pour savoir qui a été chargé de reprendre ses enquêtes, mais même après avoir parlé au concerné je n’ai pas avancé. Il n’est pas en mesure de me répondre, il n’a pas eu le temps de feuilleter tous les dossiers en cours de son prédécesseur.

Il y a quelque chose qui cloche, si je ne trouve rien dans leur présent, je vais chercher dans leur passé, ils ont bien des amis qui sauront où les trouver. Je pars de l’entreprise de monsieur Duval qui a fait faillite… Il y a quatre ans, ce n’est pas possible, il y travaillait encore quand je vivais chez lui, j’ai du confondre. Madame Duval était femme au foyer, je ne sais pas où ils sont nés.

“Tu veux manger quelque chose ?”

Je ne réponds pas je suis trop concentrée sur ce que je fais. Sa main se pose sur mon épaule je sursaute. Il répète sa question, j’acquièce. Nous descendons dans une pizzeria non loin de l’hôtel où nous partageons une chambre à lits superposés. C’était l’une des condition à mon départ. Il devait toujours pouvoir garder un oeil sur moi, et je dois avouer que nous avons tous les deux pris nos aises avec détail… Il me laisse aller seule aux toilettes !

Je n’ai pas bien faim je dois l’avouer. Je me force parce que je sais que la nuit va être longue, je suis passé du côté obscur de la force. J’entends par là, je suis passée du côté espionne. Le temps se distend d’une étrange façon quand on est absorbé par ce que l’on cherche. Nous remontons dans la chambre. Je me remets à chercher, mais je me retrouve vite limitée par les capacité de ma bécane. C’est un ordinateur basique...

Je commence à chercher des infos par le biais de Julien. Un enfant a de nombreux documents à remplir dès lors qu’il change d’établissement. On peut facilement faire le chemin inverse. Je pirate donc le serveur de son lycée pour trouver son dossier… mais surprise quand je fais de même avec son collège, je trouve qu’il n’y a jamais été élève.

Il est près de deux heures du matin, je cherche tout renseignement disponible et piratable sur le net. Cette histoire pue. Cette histoire pue, le Centre a sans doute voulu les effacer. J’ai peur de ce que je pourrais trouver. Sont-ils encore vivants ? Je contacte une de mes sources… Qui fait autant chou blanc que moi.

“C’est bizarre cette famille semble être apparue en 2012 et s’être évaporée dans la nature en 2015…”

Les pièces prennent peu à peu leur place. 2012 c’est l’année où je les ais rencontrés. Je doute. Je demande à ma source de faire un truc risqué, mais il m’en doit une… Et je crois qu’il m’aime bien de toute manière. Je lui demande de chercher dans les dossier du Centre tout ce qui est en rapport avec ma mission et de m’envoyer les fichiers.  J’ai peur qu’ils n’aient laissé traîné que ce qui serait indispensable à confirmer mes dires si quelqu’un à Terrae doutait. Le lycée de Julien, l’ancienne adresse de ses parents...

Le soleil se lève et je ferme l’ordi. Je me sens mal… J’ai peur que… Je me rends compte que mes mains tremblent, l’attente. L’attente est la plus longue de ma vie, des dizaines de plans s'emmêlent. Des dizaines de peut-être.

Ça va ?
- Non.

J’ai même pas pris la peine de mentir, faudrait être aveugle pour pas voir que je me fous en l’air. Faudrait être aveugle et con. Il ne l’est pas, ou du moins moins que je ne le pensais. Je me lève mes jambes me portent à peine, je suis restée assise trop longtemps. Je me dirige chancelante vers la salle de bain et me passe un peu d’eau froide sur le visage.

Qu’est-ce qu’il se passe ?
- Je ne sais pas.

Ces mots ils me brûlent la gorgent. L’appréhension me dévore toute entière. J’attends. Je sais que les pare-feux de l’organisation sont durs à franchir, on a travaillé pendant un moment à les renforcer avec Tjay… Un autre de mes informateurs, il ne savait pas sur quoi il bossait. Je lui donnais juste des parties de code à faire et je les intégrais dans quelque chose de plus grands, chaque espion avait son hacker et des missions définies… Personne ne connaît l’intégralité du code… Mais ce que je demandais aujourd’hui à ma source serait facilité par le fait que j’avais déjà quelques codes d’accès pour le faire… Pas les miens évidemment.

“On va faire un tour… S’il te plaît ?”

Faut croire que ces mots je ne les prononce que quand j’ai quelque chose à demander. Quelque chose qui ne va pas. D’habitude j’impose plus. Je suis une vraie garce en fait vous ne croyez pas ? Mais là j’ai peur.

“Okay.”

Nous nous retrouvons en un rien de temps sur une plage à marcher sans un mot les pieds nus. J’imagine que nous sommes trop dissemblables pour avoir des sujets de conversation. Pourtant j’ai besoin de parler.

“Les gens que je recherche, j’ai peur que mon organisation… Enfin l’organisation à laquelle j’appartenais les ait fait tuer.”

Ma voix tremble. Je n’ai pas l’habitude, mais je sens qu’il ne me juge pas. Il ne me comprend pas, simplement. Il cherche ses mots, je continue.

“Ce sont des gens bien, ils… Ils croyaient que j’étais orpheline et ils m’ont donné un foyer.”

Je lui raconte Julien, ses parents. Je lui raconte tout. C’est la première personne à Terrae qui a droit à l’intégralité de l’histoire. J’ai besoin de parler pour me rassurer, si j’en parle ils sont encore vivants hein ? Si j’en parle… Alors ils restent réels et pas de simples souvenirs. Nous rentrons assez tard, mon histoire ne tiendrait pas en quelques lignes. Il est tard quand et  nous nous arrêtons rapidement picorer sur le chemin du retour. Le silence s’est imposé, nous allons nous coucher mais le sommeil m’échappe. Alors quand j’entends son souffle se faire profond et régulier j’allume mon ordinateur.
Je zone sur le net jusqu’à ce que l’icône signifiant que j’ai un message se mette  clignoter. Sans doute une pub me dis-je pour calmer le rythme frénétique de mon coeur. Qui explose quand je vois le destinataire. Je frise la crise de nerfs alors que lentement les fichiers se téléchargent. J’utilise une code que nous avons défini pour ouvrir ses dossier.. Je parcours rapidement les fichiers les plus récents. Rien n’indique la mort ou l’ordre de mise à mort de ces témoins gênants que sont les parents du garçons que j’ai aimé. J’inspire. Expire. Soulagée. Je continue à regarder leurs dossiers, cherchant une piste pour mes recherches.

L'incompréhension se peint progressivement sur mon visage… Je suis en face d’une photographie de Julien. Non pas Julien, ce garçon est un poil plus âgé. Pourtant c’’est lui j’en suis certaine… Choquée je parcours attentivement le dossier.

Il s’appelle Vincent. Il est espion comme moi. Vincent… Vincent est Julien. Vincent est vivant.

Je retiens un cri, mais pas mes larmes. Je ne peux pas crier ici. Je ne veux pas réveiller le master qui m’accompagne. Je dois me calmer. Je lui prends les clefs de la voiture de location avec laquelle nous nous déplaçons depuis notre arrivée. Je sors de la chambre, et enfermée dans la cabine de l’automobile sur le parking je me fous à pleurer à gros bouillons. J’me fous à pleurer, il est vivant. Je me fous à pleurer, il n’a jamais existé.

Ipiu et Julien se sont aimé un instant, Ipiu et Julien étaient deux personnages d’une pièce comique écrite par le Centre. Il avait été chargé d’accélérer mon entrée à Terrae. Voilà tout.

La colère me terrasse, je démarre le moteur et quitte la place. Je dois… JE DOIS LEUR FAIRE MAL. Je dois leur faire mal comme j’ai mal. Je dois leur faire payer leur trahison. Je dois… Je passe la cinquième. Les larmes coulent de mes yeux… Moi qui ne savait pas pleurer, moi qui étais sèche… Je me noies à présent…J’accélère : il faut que je me rende à leur base la plus proche… Faut que je trouve cet homme, ce garçon, Julien. Faut qu’on s’explique, et pour ça me faut un accès direct au serveur du Centre. Je suis hystérique. Il faut que je le retrouve. Je dois être à plus de deux cents kilomètres heures sur une départementale quand je perds le contrôle de la voiture entre deux sanglots… voiture qui fait je ne sais comment un tonneau, peut-être deux je suis désorientée. Le platane arrête ma course en cueillant mon pare-choc.

Je croyais être la menteuse j’étais le mensonge. Je perds conscience

  • Acte 8: La lutte pour demain s’est achevée hier.

Le ploc ploc régulier de la perfusion s’harmonise avec celui de mon coeur. Mes yeux peinent à s’ouvrir, je leurs demande plusieurs fois de m’obéir en vain avant qu’ils ne me répondent. Alors lentement se dessine le paysage connu d’une chambre d’hôpital. Combien de fois me suis ainsi réveillée seule dans un lit blanc ?
Sans doute trop. Trop pour moi, trop de réveils, je n’en ai plus envie. La lute pour demain c’est achevée hier, alors mes yeux se referment et le sommeil me gobe toute entière.

Elle est inconsciente ?
- Non elle dort.


Je reconnais la voix du master qui m’a accompagnée dans ce dernier voyage. Je me sens coupable de l’avoir abandonné comme ça, pourtant je ne trouve toujours pas la force d’ouvrir les yeux pour m’excuser et le brouhaha rassurant des machines me sert de berceuse. Il y a un bip aiguë et régulier, sans doute celui de mon coeur analysé par une machine, j’imagine les montagnes s’afficher sur l’écran identiques  les unes aux autres, dessinant un électrocardiogramme normal, pourtant tout n’est pas normal aujourd’hui… Je replonge dans les bras de Morphée.

Un bruit, la porte qui se ferme, trouverais-je le courage d’ouvrir les yeux aujourd’hui ? Sans doute, mais ce n’est pas le courage qui me manque. C’est l’envie. Les pièces du puzzle se sont progressivement remises en place. Je sais. Je sais et je n’ai plus envie d’essayer. Je sais que ce monde n’est pas fait pour moi et qu’il ne l’a jamais été. Je le sais PUTAIN, le bruit de la soufflerie ne discontinue pas, c’est un vrai orchestre pour qui sait écouter. La soufflerie du respirateur artificiel, le bip bip  du moniteur de contrôle des fonctions vitales, le clapotis des gouttes de la perfusion. C’est beau je crois. Je sombre à nouveau.

C’est un rêve sans en être un, je progresse doucement au rythme de la sève qui coule dans mes branches. Je sens le soleil se lever à nouveau, éveillant une lueur de conscience. Je sens la vie renaître après  l’hiver. Sauf que je ne veux pas de ce coeur que j’entends maintenant battre, je ne veux pas de cette vie. Je veux que la cacophonie s’arrête, je me souviens de tout.

Alors je tends mon esprit vers ces machines qui me maintiennent en vie. Je me tends et maîtrise pour la première fois depuis  longtemps. Enfin, pour la première fois, je maîtrise ma vie.

Il aura suffit d’une étincelle pour que la cacophonie des machines s’arrête, une étincelle de vie.

Je m'étouffe.

  • Epilogue: Moi.


L’infirmière accourt et retire le tube qui assurait ta respiration alors que tu suffoques. Tu la regarde d’un regard vide. Tes yeux violets fixent le vide et des larmes coulent à nouveau. Alors que l’air est craché de ta gorge, amer et dégoûtant.

“Calmez vous mademoiselle, vous avez recommencé à respirer par vous même, vous êtes à l’hôpital tout va bien.”


Non tout ne va pas bien, tu sanglotes. Tu ne veux pas être là, tu voudrais être morte… Alors pourquoi ton coeur bat encore ? Les larmes se tarissent et tu restes immobile. Un médecin entre t’examine. Tu es là coquille vide aux yeux délavés. Tu vois sa mine s’obscurcir et ses sourcils dangereusement se rapprocher l’un de l’autre.

“Sentez-vous quelque chose ?”

Au travers de tes larmes tu lui fais signe que non.

“Sentez-vous quelque chose ?”

Tu le regardes pleine d’incompréhension, il ne t’a pas touché. Tes yeux suivent son épaule, son bras, sa main… Posée sur ton pied gauche. Tu le vois te pincer, te piquer avec un stylo et essayer ainsi de te faire réagir. Tu fais non du menton.

“Vous sentez là ?”


Il te touche la main gauche et tu articules difficilement un oui.


“Vos radios n'étaient pas nettes du fait de vos nombreuses blessures antérieures... Je suis désolé, il se peut que vous ne retrouviez jamais j'usage de vos jambes”


Alors je réalise, je n’ai plus aucune sensation dans le bas de mon corps alors que mes côtes me font douiller… Un sourire naît sur mes lèvres… J’ai gagné contre le Centre… Maintenant peu importe ce qu’il adviendra je ne serais plus leur.

J’ai cassé leur jouet, maintenant… je peux être moi.


L'art du mensonge c'est de toujours dire la vérité.

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